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0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Le mars 17, 2017, 21:40:44 pm Par Alestan
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Alestan

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PROLOGUE

       « Fuis ! »

       La voix résonnait avec force dans son crâne, et il lui faisait entièrement confiance. Sa course enfiévrée à travers l'épaisse forêt semblait confuse, mais il n'en était rien. Son instinct avait pris le dessus pour le guider avec une agilité animale, bondissant au-dessus des énormes racines qui jonchaient la terre, s'engouffrant sous les branches pour parfois stopper net, comme si le jeune homme avait perçu un danger imminent.

       Au loin, dissimulée par plusieurs rangées d'arbres, une flèche fut décochée. La main qui maniait cet arc était expérimentée, et le trait fila entre les troncs pour se diriger droit sur sa cible. L'archer jura de l'avoir touché, mais l'autre avait déjà repris sa course folle. La voix lui avait chuchoté chacun de ces événements avant qu'ils ne se produisent. La seconde qui précédait une mort imminente.

       « Droite. Trente pas. Douze soldats. »

       Ce fut cette fois-ci une pluie de flèches, mais déjà le fuyard avait dégainé un sabre noir, dont la lame ne brillait pas. Il y eut un mot prononcé, suivit d'un bruit assourdissant, roulant comme le tonnerre sous les arbres de la forêt. Une rumeur. Un cri, prolongé par de nombreux autres. Les carreaux des archers ne touchèrent pas le jeune homme, excepté le premier. La flèche lui traversa l'épaule, et il serra les dents après un mouvement de recul. Un simple mortel se serait sans doute écroulé de douleur, mais le feu qui coulait dans ses veines le maintenait sur ses jambes. Il avait connu pire.

       « Urkaëth. »

       Le sabre expira un nuage ténébreux, qui prit de l'ampleur à chaque battement de cœur, et cette brume d'encre se dispersa ensuite dans un terrible tumulte. Elle glissa entre les feuilles des vieux chênes et des érables centenaires, avec la forme vaporeuse de visages et de crânes. Face à ce spectacle qui relevait certainement d'un puissant sortilège, les soldats restèrent figés de terreur. La vie de la forêt elle-même semblait s'être flétrie. Il n'y avait que ce sombre brouillard aux formes grotesques, et une ombre qui fuyait à travers les feuillages. Celle-ci faucha deux gaillards de sa lame morte avant de disparaître à la vue de tous. Le jeune homme reprenait ses esprits quand la voix retentit une dernière fois.

       « Là-bas, vers le pont. »

« Modifié: juillet 19, 2017, 16:44:28 pm par Alestan »

Réponse #1 Le mars 20, 2017, 02:50:12 am Par Arsène

Arsène

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Jimbox, te revoilà de retour... Avec un prologue bien intriguant ! Et ce, pour deux choses à mes yeux : le titre qui est cité à l'intérieur et cette voix qu'entend ce mystérieux inconnu. *clin d’œil*

J'ai reconnu tous les éléments que tu présentes. Je sais ce que tout ce que cela représente, en particulier ce pont. Ah oui, là où tout a commencé, là où la vie d'un jeune homme en ressortit changée à jamais... À moins que je n'aie rêvé ce jour-là ? Qu'est-ce qui est différent, qu'est-ce qui ne l'est pas ? Vers où nous conduiras-tu, nous, lecteurs, pauvres témoins impuissants de cette histoire ? Quant à ce je ne connais pas, j'ai bien une première idée en ce qui concerne ce murmure au pouvoir de prédiction, mais il est trop tôt ! Hélas ! Les pièces du puzzle sont encore incomplètes. Il manque encore des éléments. En attente du grand commencement de cette aventure !
« Modifié: mars 20, 2017, 02:55:42 am par Atsuki »
« You are a slave. Want emancipation ? »

Réponse #2 Le avril 15, 2017, 02:12:56 am Par Kyojin972

Kyojin972

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Hmm Jimbox le retour !

Un prologue court mais intense et prenant, On dirai une sorte de prequel juste avant qu'Alestan arrive sur le pont comme l'a souligné Atsuki.

J'ai hâte de voir où tu emmèneras !
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Réponse #3 Le avril 26, 2017, 17:24:52 pm Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 1 - L'IMPREVISIBLE

   Effrayé par l'inconnu, l'homme tend naturellement à élargir ses connaissances dans le but de comprendre et maîtriser son environnement. Du plus riche au plus pauvre, du plus puissant au plus faible, chaque membre de l'espèce humaine se trouve émotionnellement impacté lorsqu'une situation illogique, non préméditée, se dresse devant lui. Nous le nommons « l'imprévisible », ou encore le Destin, et quelque soit le lieu ou l'époque, l'homme préfère dépendre de ce qu'il connaît, quitte à faire abstraction de ce qu'il ne comprend pas.

   Mais lorsque la peur du changement est la conséquence d'une paresse confortable, la roue tourne pour précipiter les nations et les empires dans la dégénérescence. Un royaume en plein déclin se voit alors en proie à des rebellions et une corruption de plus en plus virulente. La société meurt de l'intérieur, sans intervention extérieur. Le peuple devient son propre ennemi, car il est désormais esclave de l'imprévisible, au lieu d'être le maître de son destin.

   C'était dans ce climat instable et étrange, peu avant l'équinoxe de mars, que Jin se rendait à la frontière Nord de son pays. Un grand panier en osier dans le dos, un chapeau de paille cachant son regard, Jin se présentait généralement comme un petit forgeron commerçant avec les villages frontaliers. Un commerce de plus en plus difficile depuis la rupture diplomatique avec le royaume voisin, car les marchands se trouvaient souvent confronté à de longs interrogatoires par les gardes frontières, se voyant même confisquer leurs biens, dans l'illégalité la plus complète. Cependant Jin avait entendu parlé dans une auberge de Shura, sa ville natale, d'un passage  peu connu dans la forêt.

   « … Paraît que ça débouche directement chez les Elnaë. »
   « Et ils payent avec une monnaie frappée d'or ! »

   C'était l'argument qui avait poussé Jin à réunir ses plus belles pièces et venir les vendre au peuple voisin, et ce malgré les tensions entre les deux royaumes. Le soleil déclinait sous un voile pourpre lorsque le forgeron arriva à la frontière entre sa patrie et les régions verdoyantes d'Elnath. Une faille délimitait les deux territoires et un fleuve s'y engouffrait pour se perdre à l'horizon. Comme le client de l'auberge l'avait signalé, aucun soldat ne surveillait le passage, et Jin se dirigea sans hésiter vers la seule structure permettant de traverser l'obstacle naturel.

   Il s'agissait d'un pont suspendu depuis longtemps oublié, fait d'un enchevêtrement de lianes et de cordes usées, dont les planches pourrissantes menaçaient de se rompre au moindre faux pas. Il avait sans doute été construit par les habitants des alentours, voir même par des chasseurs en quête d'un plus vaste choix de gibier. Réajustant son fardeau, Jin entreprit la traversée avec calme et précaution. Le pont était en mauvais état, mais il demeurait encore solide, et le seul véritable danger résidait dans les parties moisies du bois. La largeur de la passerelle était trop étroite pour laisser passer plus d'une personne, et Jin remarqua à mi-chemin que le courant du fleuve, en contrebas, s'accélérait à l'approche d'un entonnoir rocailleux. Comme expirer par l'immense forêt du royaume voisin, une bourrasque fit frissonner le pont de fortune, charriant dans son sillage un air froid et emplit d'un parfum primitif.

   Jin s'immobilisa en maintenant son équilibre, et son regard ambré s'arrêta entre les arbres qui lui faisait face. Il y avait des éclats de voix étouffés, et de nombreux bruissements, comme si une battue battait son plein. La végétation semblait aussi plus menaçante, plus dense, avec des ombres qui donnait l'impression de s'étendre à vue d’œil. Jin hésita à faire demi-tour, avant de se raviser avec une pointe de colère.

   La monnaie d'or des Elnaë lui permettait d'économiser, et il ne manquait plus qu'une bonne vente pour enfin atteindre son but. Ce passage lui évitait d'être questionné par des soldats, d'autant plus qu'ils risquaient de découvrir son secret au terme d'un interrogatoire. Après avoir abaisser son chapeau de paille, Jin reprit sa traversée lorsqu'une nuée d'oiseaux émergea de la cime des arbres. Des gens se rapprochaient. Sa silhouette fine dissimulée sous d'amples vêtements, le jeune forgeron esquissa un geste en arrière. Un individu venait d'émerger de la forêt pour se diriger vers le pont à toute vitesse. Une cape blanche et déchirée de part en part s'agitait nerveusement dans son dos, et Jin parvînt à décerner les traits d'un homme sous une cascade de mèches sombres.

   - Dégages !

   Il regardait dans sa direction en agitant un bras, l'autre occupé à maintenir un fourreau à sa hanche. D'autres formes émergèrent à sa suite, et Jin se paralysa en reconnaissant les armures de l'armée Daër. Les soldats de son royaume poursuivaient le fuyard qui s'apprêtait désormais à traverser le pont instable, tout en hurlant des ordres à son attention.

   - Demi-tour ! Bouges !
   - J'étais là en premier ! Protesta courageusement Jin.

   L'autre se préoccupa nullement de cette règle de priorité pour s'engager sur le pont, qui se mit alors à tanguer dangereusement.

   - A quoi vous jouez ?
   - Au jeu de la vie et de la mort.

   Sa voix s'était brusquement baissée, suffisamment forte pour que Jin soit capable de l'entendre, grave et teinté d'un léger sarcasme.  Sur ces mots, il fit un bond prodigieux pour plaquer le forgeron hébété contre les planches pourrissantes du pont. Le bois émit des craquements plaintifs sans toutefois se rompre, et Jin commença à se débattre lorsque son agresseur, couché sur lui, le força à basculer sur le coté. Il y eût un sifflement suivit d'un choc sourd, et Jin devina qu'une flèche venait de se planter dans son panier. Le visage du fuyard était beaucoup trop proche du sien, et malgré la confusion de leur situation, il était impossible d'ignorer une figure aussi particulière. Outre la finesse des traits et la jeunesse qui en résultait, les yeux qui fixaient Jin donnaient l'impression d'être figés dans le flot du temps. L’œil de gauche était semblable à l'ancienne forêt qui bordait la frontière et l'autre, aux teintes d'une pierre de lune, éveillait les souvenirs d'un âge oublié. Il se trouvait barré par une cicatrice, comme si quelqu'un avait tenté de l'arracher, incapable d'en supporter le jugement implacable.

   Ce regard était celui de l'imprévisible, et il marqua profondément Jin. Le jeune homme qui venait de sauver sa vie dégageait une aura chaotique de sentiments contraires. Il semblait sournois tout en inspirant la confiance, sombre et menaçant en dépit de son air sympathique. Noble, malgré une apparence de pauvre vagabond. Il jeta un coup d’œil en direction du fleuve qui se précipitait à bonne distance sous leur position, avant de reporter son attention sur ses poursuivants. Cinq de ces guerriers en armure d'ébène étaient sur le point de les rejoindre, poussant Jin à lancer un avertissement d'une voix beaucoup plus aiguë que prévue.

   - Les cordes vont céder !

   L'homme à ses côtés se redressa agilement, dévoilant une blessure impressionnante lui lacérant le dos. Les lambeaux de sa cape trouvaient leur explication, et tandis qu'il esquissait un pas vers ses adversaires, sa voix parvînt aux oreilles de Jin.

   - Fuis.
   - De quoi vous...

   Sa réplique s'évanouit dans la secousse qui suivit, indiquant la traversée inconsciente des soldats frontaliers.

« Modifié: juillet 11, 2017, 17:19:51 pm par Alestan »

Réponse #4 Le avril 27, 2017, 04:35:43 am Par Kyojin972

Kyojin972

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Super chapitre !

Et je commence à comprendre que tu as repris le début de ton histoire à priori...donc tu as changé quelques éléments scénaristiques pour cela et on découvrira pourquoi lors de la suite. Mais en tout cas l'écriture est toujours aussi bonne à lire, fluide et bien décrit, chapeau bas !
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Réponse #5 Le avril 28, 2017, 03:10:19 am Par Alestan

Alestan

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   La plainte des cordes s'éleva clairement, et le pont perdit soudainement de l'altitude, menaçant de les faire basculer dans le précipice. La passerelle se stabilisa malgré la terrible tension exercée dans son armature, et tandis que chacun soupirait avec soulagement, Jin distingua plus précisément la situation. Un trio de guerriers s'étaient immobilisé l'un derrière l'autre, à deux pas du jeune fuyard blessé. Leurs camarades s'amassaient aux abords de la faille, et certains les visaient désormais avec de longs arcs d'if. Une voix se répercuta contre les arbres de la forêt pour se perdre dans le courant du fleuve, appartenant sans doute à l'officier en charge du régiment.     

   - Prenez-le vivant !

   Il y eût des hésitations et des regards appuyés, aussi bien entre les soldats qu'avec le vagabond aux cheveux sombres. Sur le pont, il était en position de force, mais s'il parvenait par miracle à terrasser ses adversaires, il deviendrait alors la cible des archers perchés sur la rive. La seule stratégie consistait à maintenir l'attention sur la fragilité croissante du pont, et convaincre les soldats de les laisser reculer. Ce long raisonnement, Jin ne le fit que bien plus tard,  car à cet instant son instinct de survie l'avait redressé pour l'écarter lentement et discrètement du conflit. Des brides de la conversation entre le jeune homme et les trois guerriers perçaient par intermittences le sifflement naissant du vent.

   - Vos soldes valent vraiment un sacrifice aussi absurde ?
   - Contentes-toi de nous suivre !
   - J'ai une famille...
   - Mais qu'est-ce-que vous attendez ! Keiro !

   Le chef de troupe vociférait à la tête du pont, son sabre dégainé près des poutres qui supportaient la structure et ses cinq passagers. Dans son armure de plate noire, le gradé désigna le nœud de lianes et de cordes avec la pointe de sa lame.

   - Prenez une décision Keiro !

   L'homme désigné par son commandant se trouva confronté à une pression beaucoup trop grande, entre la menace d'être précipité dans le vide et celle de désobéir à un ordre qui allait à coup sûr lui valoir le même sort. De son côté, Jin avait parcouru plus de la moitié du chemin vers sa fuite, lorsque le dénommé Keiro craqua. Son sabre étincela telle une flamme dans les derniers rayons du couchant, et imité par ses deux compagnons, il chargea le vagabond blessé.

   Jin se mit à courir, mais trop tard, car les ondulations qui s'emparèrent du pont étaient assez puissantes pour l'envoyer dans le lit du fleuve. Le matériel qui remplissait son panier l'attira contre les cordes instables, et c'est avec le cœur serré que Jin abandonna le fruit de son travail dans le précipice pour agripper les liens de la passerelle, évitant ainsi une chute prodigieuse. Son regard passa de la ruée des flots à l'autre rive, où une douzaine de soldats observaient avec un mélange d'effroi et d'admiration le combat chaotique de leurs trois camarades. 

   Les valeureux guerriers se cramponnaient à la manière de Jin, tout en abattant aveuglément leurs lames en direction du vagabond qui, perché dans le vide, tirait de tout son poids le côté droit du pont. Les ondulations qui menaçaient Jin n'étaient rien comparé aux vagues éprouvées par les trois soldats, qui leur éjectaient parfois des morceaux de bois pourris au visage.  Les archers eux-même se trouvaient incapable de viser tant leur cible se balançait inlassablement à bout de corde, au point ou le pont agissait comme un élastique, en le renvoyant plus haut à chaque poussée. L'un des guerriers ne put tenir, et dans un dernier mouvement de lame il lâcha prise. Son cri résonna contre les parois de l’entonnoir avant de s'éteindre dans le courant du fleuve. 

   Une liane se rompit dans un coup de fouet, mais l'homme au regard mystérieux s'était déjà laissé projeter dans les airs au terme d'une dernière poussée. Son corps effectua plusieurs rotations, telle une flèche tourbillonnant dans le vent. Son fourreau ténébreux en main, le vagabond désarma le dénommé Keiro avant de se réceptionner difficilement contre les planches éparses du pont. Plusieurs se brisèrent sous son poids, le forçant dans sa chute à se cramponner à l'armure du brave soldat. Entre les cris de protestations et le tir incertain d'un archer, le guerrier restant entreprit de rejoindre ses camarades malgré les ordres répétés de son supérieur.

   - Capturez-le ! Ne m'obligez pas... Soldats !

   Même en réitérant sa menace de trancher les liens du pont, son sous-fifre refusa de périr inutilement pour continuer sa progression vers la rive. Jin l'imitait de son côté, progressant pas à pas sans que personne ne lui prête attention. Son salut était proche quand un nouvel éclat l'immobilisa. Après avoir escaladé le corps de Keiro, le vagabond progressait désormais avec agilité dans sa direction, évitant miraculeusement les flèches qui sifflaient autour de lui.

   - Cours ! Cours !

   Il lui adressait ses mots sans se préoccuper de l'officier qui abattait son sabre contre les poutres soutenant l'armature du pont. Dans un effort ultime Jin se projeta vers la rive, mais sans parvenir à atteindre le rebord rocailleux. L'une des cordes se coupa net sous la lame du gradé, et le choc propulsa les deux soldats restants dans le vide. Alors que Jin s'accrochait de toutes ses forces au lien restant, ses yeux passèrent de l'officier enragé au vagabond qui progressait inlassablement de liane en liane, sans faiblir. Cette vision l'encouragea à faire de même malgré la fatigue qui se faisait ressentir dans ses membres, alourdissant son corps à chaque secondes.

   - Accroches-toi !

   Sans cet avertissement, Jin aurait été entraîné de tout son corps dans la faille. La dernière corde fut tranchée dans un sifflement sinistre, puis la carcasse du pont s'écrasa contre la parois du précipice dans un terrible fracas. Les planches éclatèrent de toutes parts tandis qu'ils heurtaient douloureusement le roc. Jin, ses mains solidement resserrées sur la liane, sentit son front percuter la pierre dans un éclair aveuglant. Le temps se figea, et le chaos des sons se réduit à un bourdonnement sourd, presque agréable. Un ronronnement dans lequel son chapeau de paille s'envolait au gré du vent tandis que son corps chutait dans le vide, et que son secret se dévoilait aux yeux du monde.

   Le visage de celui qui se prétendait jeune forgeron arborait une grâce et une finesse n'ayant rien de masculin. Et sous ses vêtements amples de marchand itinérant, se cachait des formes qui n'échappèrent pas au regard du vagabond. Jin perdait conscience lorsqu'une poigne puissante se referma sur son bras. Elle sentit sa chute se stopper brusquement, et l'homme qui était à l'origine de tout ce chaos lui sauva une nouvelle fois la vie. Ils n'étaient qu'à quelques mètres sous le bord de la rive, et derrière eux, des soldats bandaient leurs arcs sous les dernières lueurs de l'astre du jour. Jin entendit un juron, et tandis que son regard se voilait d'obscurité, son corps sembla soudainement être tirer vers le ciel.
« Modifié: mai 13, 2017, 02:50:32 am par Alestan »

Réponse #6 Le avril 29, 2017, 04:50:09 am Par Kyojin972

Kyojin972

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Alors quel revirement !

Jin est maintenant une femme Oo, que s'est il passé pour ce nouveau choix ;D. M'enfin je suppose que c'est pour une raison que tu connais, néanmoins encore une fois un super chapitre, les actions toujours bien décrit et accrocheur. Franchement j'ai hâte de voir tout ça sous format dessin ^^
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Réponse #7 Le avril 29, 2017, 23:52:42 pm Par Alestan

Alestan

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Merci pour vos remarques Kyojin et Atsuki ! Voici le chapitre 2 :


CHAPITRE 2 : L'HESITATION

   Jin flottait dans une mer d'étoiles, enveloppée de brume et naufragée dans le silence de l'espace, elle réfléchissait à la façon dont sa vie venait de prendre un tournant décisif, autant qu'improbable. Son esprit voyageait, mais elle gardait une image de son corps matériel. Le jour s'était retiré et un homme la portait, ses vêtements couverts de terre et de sang. L'un de ses bras formait un angle inquiétant, et sous des mèches sombres trempées de sueur, son visage se crispait d'épuisement. Il marchait hors des sentiers, longeant un ruisseau et de hauts peupliers, lorsqu'il trébucha près d'un champ de blé. Jin ressentit la secousse, et le ciel embuée de son rêve laissa place à la véritable voie lactée.

   Elle se trouvait allongée près du paysage qu'elle venait d'imaginer, et tandis qu'elle touchait une bosse énorme et douloureuse sur son front, un regard inquisiteur apparu dans son champ de vision. Un œil gris de félin et un autre dont les teintes variaient du vert au bleu sombre. De la transpiration perlait sur un nez légèrement busqué, alors que le timbre amusé de sa voix ramenait Jin à la réalité.

   - Vivant... Ou vivante ?

   Pour toute réponse, elle abaissa instinctivement son chapeau de paille, mais celui-ci voyageait désormais au gré du fleuve. Embarrassée, elle se redressa pour forcer le vagabond à s'écarter, et formula la première question qui lui venait à l'esprit.

   - Où sommes-nous ?
   - Tu le sais mieux que moi.
   - Qui êtes-vous ?
   - Je le sais mieux que toi.

   Jin perçu de la légèreté dans le ton qu'il avait employé, comme si la situation lui convenait telle qu'elle était. En vérité, celle qui avait le plus perdu dans la folie des derniers événements c'était elle. Le fruit de son travail, sa réputation auprès de l'armée, car après tout, elle pouvait être considéré comme complice d'un criminel. Le pire demeurait la perte d'argent, car elle sacrifiait ses journées et parfois ses nuits à produire des pièces de qualité pour les vendre une misère comparé à ses concurrents. La colère s'emparait irraisonnablement de Jin, et elle s’apprêta à la déverser sur le responsable de ses déboires lorsqu'elle se trouva face à une main tendue et meurtrie. Le jeune homme esquissait un sourire triste, et son état faisait peine à voir.

   - Alestan.

   Cet inconnu avait un nom. Un nom étrange et rare, la version masculine des terres l'ayant vu naître. L'imprévisible qui lui évita la mort, tout en étant la cause. Sans pouvoir l'expliquer, Jin le perçu à cet instant comme un messager. Elle lui serra la main pour se présenter d'une voix ferme, contrairement aux émotions qui naissaient en elle.

   - Jin.
   - Je vois...

   Il fit mine de comprendre quelque chose puis, sans avertissement, Alestan s'écroula dans l'herbe. Il saisit dans un geste mécanique la poignée de son sabre, avant de s'immobiliser pour sombrer dans l'inconscience. Jin ne sût combien de secondes, voir même de minutes elle demeura silencieuse et contemplative.

   - N'y songe pas.

   Elle contredisait à voix haute les pensées qui luttaient dans son crâne douloureux. Passant plusieurs fois les mains dans ses cheveux courts, Jin jetait parfois un regard hésitant sur le corps du vagabond.

   - Tu lui dois rien... Je te dois rien ! Ajouta-t-elle en le désignant du doigt.

   Il ne broncha pas, et les secondes s'écoulèrent au rythme des clapotements du ruisseau. Des grenouilles croassaient, et au loin des clameurs étaient portées par le vent. Les nuits étaient encore fraîche et Jin frissonna. Elle crût entendre la voix de sa sœur, dont la compassion frisait parfois la naïveté, mais qui agissait toujours selon la raison de son cœur.

   « C'est souvent quand nous avons le moins que nous donnons le plus. »

   Une partie d'elle souhaitait aider le vagabond, tandis que l'autre la pressait de rentrer au plus vite. Au terme d'un long débat intérieur, elle tira difficilement le corps jusqu'à une ferme en se faisant passer pour la compagne du jeune homme blessé. Un cultivateur au visage buriné par le soleil et aux muscles saillants interrompit son dîner pour les guider jusqu'à la grange, sans s'attarder sur les nombreuses incohérences du récit de Jin. Une partie des blessures d'Alestan ne s'expliquait pas par l'accident du pont suspendu, et le sabre qu'il serrait aussi fermement qu'un étau sur le fer éveilla un regard suspicieux chez le fermier.

   - Vous êtes sûr qu'il est vivant ?
   - Oui. Affirma Jin, presque suppliante. Je dois l'emmener chez un soigneur au plus vite.
   - Oui, oui je vous comprends... Je veux bien vous louer un âne, mais pas d'entourloupe.

   Tremblante, Jin fouilla dans ses poches en quête de quelques pièces. Par chance, elle avait prévue des réserves pour les échanges qu'elle aurait normalement conclu sans la tournure des évènements.
 
   - Trente-deux Jougen ? C'est suffisant ?
   - Je peux vous en prêter un vieux à ce prix là.

   Jin lui fourra dans la main une dizaine de pièces en alliage de cuivre argent et de tailles diverses. L'homme d'une quarantaine d'années les compta rapidement avant de s'éclipser une longue minute. A son retour, il tirait une bête aux poils presque blancs et aux sabots trop long, signe d'un certain désintérêt du cultivateur envers l'animal. Ignorant la petite voix qui critiquait cette dépense inutile, Jin se pressa d'installer le corps inerte d'Alestan sur l'âne avant de remercier d'innombrables fois le fermier, qui affichait une expression satisfaite après cette affaire plus que rentable. 

   - Tu as intérêt à être un noble ou je ne sais quoi de fortuné...

   Elle s'autorisait parfois une remarque à l'encontre de son fardeau inconscient, tandis que ses mains guidaient doucement l'animal le long d'un sentier qu'elle connaissait bien. Le croissant de lune projetait une lumière douce, presque irréelle, sur la ville qui apparaissait à l'horizon. De hautes cheminées se dressaient au milieu d'une couronne de pierre et leurs tuiles, baignées dans un rayon d'argent, scintillaient comme des fers de lances gardant le flanc des collines. Il s'agissait de Shura, dernière cité majeure du royaume de Daërda avant l'immense forêt des Elnaë, et principale  carrefour économique des exportations vers les pays du Nord. Une ville indépendante et indispensable, dont le cœur industriel voyait défilé les minerais les plus précieux et les plus résistants des mines du Chemin d'Or. Certains trouvaient leur bonheur dans les marchés sauvages autour de l'ancien palais, où se glissait parfois un marchand du royaume voisin, sous une allure d'apothicaire, vantant les mérites d'un remède de fée.

   Mais l'attraction principale demeurait ces grandes cheminées aux tuiles colorées, tradition millénaire des forgerons Daër, dont la réputation s'apparentait à une légende au sein des peuples d'Alesta. Jin était bien placée pour le savoir, et les gens disaient vrai en chuchotant que les forges de Shura abritait un mystère. Celui-ci n'était pas dans la conception des lames réputées indestructibles, ou la transmutation des métaux en or, mais il concernait le propriétaire d'un vieux manoir sur une colline.

   Jin avait entendu des choses incroyables sur le vieillard qui y vivait seul, coupé du monde par un grand mur supplanté de piques, par delà lesquels on pouvait apercevoir une cheminée et la cime d'un immense arbre aux feuilles noires. Le vieux Maëda, dont le nom rappelait des souvenirs d'enfances aux plus anciens de la ville. C'est de lui que venait le secret d'un alliage métallique inaltérable, et la classification de toutes les gemmes avec leurs propriétés alchimiques. Les plus audacieux le désignait même comme étant le concepteur des Forgeciels, même si cela impliquait un âge extrêmement avancé pour l'inventeur, frôlant les dix siècles.

   Jin pouvait apercevoir la flèche qui surplombait la cheminée du domaine impénétrable, encore tremblante après l'interrogatoire des gardes de la porte Nord. Leurs questions, sur la présence d'un homme armé et blessée gisant sur un âne en fin de vie, l'obligèrent à inventer une histoire de duel lié à une querelle amoureuse à grand renfort de larmes, qui venaient presque trop naturellement. Alors que la demeure sur la colline disparaissait derrière les toits sombres des bâtisses, Jin engagea l'animal et son fardeau vers les rues plus étroites et plus proches du cœur de la ville. Des lampions d'un rouge émaillé diffusaient une lueur tamisée, alternant parfois avec une ruelle aux lanternes colorées. Les toits courbés s'allongeaient à mesure que les routes pavés rétrécissaient, et un tumulte s'élevait depuis un quartier proche, où l'on devinait une brasserie et d'autres divertissements pour les âmes vagabondes de la nuit.

   L'âne se stoppa à l'arrière d'un bâtiment qui donnait sur l'avenue festive, haut de trois étage et parmi les plus grands de cette partie de la ville. Ramassant un petit gravier sur le sol, Jin le fit ricoché sur un volet du premier balcon, qui s'incrustait dans l'enchevêtrement de poutres et de piliers de l'édifice. Plusieurs secondes passèrent dans une attente anxieuse, puis le volet glissa pour révéler un visage partiellement maquillé, sous une coiffure aussi complexe qu’élégante.

   - Jin ? Qu'est-ce-que... Ce n'est pas un cadavre sur cet âne ?
   - Je t'en prie Sorina, fais-moi confiance.

   Elle jeta à sa sœur un regard implorant, espérant qu'elle percevrait la détresse dans sa voix, à peine plus haute qu'un chuchotement.

   - Je ne ferais jamais une demande pareil si ce n'était pas une urgence absolue, poursuivit Jin avec ferveur, j'ai besoin que tu caches cet homme pour une nuit.
   - Attends une seconde...

   Sans la questionner d'avantages, Sorina disparut de son champ de vision pour réapparaître avec un cordage enroulé, qu'elle passa par une poulie suspendu à la poutre du balcon supérieur. Ce mécanisme, qui était ordinairement utilisé pour emménager des meubles plus facilement aux étages, servit à hisser le vagabond jusqu'à la chambre de Sorina à l'aide de l'âne. Jin ne savait pas si elle devait se réjouir ou s'alarmer de la vitesse avec laquelle sa sœur s'était laissée convaincre.

   - Tu me sauves la vie... La remercia-t-elle en joignant ses mains en signe de prière. Je viens le récupérer avant l'aube.
   - Où comptes-tu aller au milieu de la nuit ?
   - Je vais rendre cet âne, prendre un bain, et réfléchir.

   Sa sœur la fixait intensément depuis son lieu de vie et de travail, mordant ses lèvres pour ne pas la noyer de questions. Jin s'en voulait de lui causer autant d'inquiétudes alors qu'elle s’apprêtait à divertir des hommes esseulés et des amants infidèles, jusqu'à une heure avancée de la nuit. Elle se sentait honteuse d'importuner Sorina, de se reposer sur celle qui lui avait éviter de finir esclave dans une maison close.

   - Jures-moi que tu n'es pas en danger.
   - Promis. La rassura Jin. Je serais vite de retour.
« Modifié: avril 30, 2017, 17:52:00 pm par Alestan »

Réponse #8 Le avril 30, 2017, 17:25:05 pm Par Kyojin972

Kyojin972

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Un chapitre plus calme mais néanmoins enrichissant !

Ce coup ci c'est la ville de départ qui est changé directement par un royaume qui n'est pas n'importe lequel. On entend même parler du légendaire et mythique forgeron et Jin ne semble pas le connaitre véritablement dans cette réédition. Bref ça avance petit à petit avec des changements assez percutants et j'attends de voir les autres surprises que tu nous réserves ! 
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Réponse #9 Le mai 02, 2017, 05:00:18 am Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 3 - LE DUC

Avec son acabit de noble guerrier,  seul dans une salle de réception pierreuse et circulaire, le duc de la province de Suo versa une grande portion de liqueur dans sa tasse de thé. Massif dans son armure de plates sombres, les cheveux longs et légèrement dégarnis, son visage inspirait le respect plus que l'admiration, la faute à une large brûlure qui défigurait l'un de ses profils. Son devoir de noblesse l'avait tiré hors de sa retraite rurale pour désormais commander la tour d'Agashita, poste frontière le plus au Nord du royaume de Daërda. Cette particularité avait son petit effet auprès du peuple, et Haruda, duc de Suo, pouvait prétendre à peser dans les décisions politiques de sa patrie. Du moins, avant l'incident.

   Le commandant Haruda avait reçu une missive au début de l'après-midi, un avertissement du capitaine de la Troisième Division de ce qu'il nommait « l'armée des armées ». L'Union des Cinq Royaumes. Depuis la rupture des relations diplomatiques entre son pays et leur voisin Elnaë, cette organisation de paix avait envoyé ses forces assurer la sécurité des frontières. Haruda ne les aimait pas, mais la décision des représentants des cinq puissances était irrévocable. Il devait coopérer. Ainsi, le message qui l'appelait à intercepter un homme suspect, de préférence en vie, fuyant vers son secteur lui paru au premier abord comme une requête simple, une occasion pour le duc de faire ses preuves. Grave erreur.

   Le fuyard en question, un gamin aux yeux d'Haruda, s'avéra être aussi insaisissable qu'un démon des vieilles histoires. Le premier groupe que le commandant envoya ne donna plus de nouvelles, et le deuxième, plus imposant, était rentré la queue entre les jambes, jurant qu'une brume d'ombre les empêchait de voir et d'avancer.

   Excédé, Haruda organisa une battue qu'il dirigea en personne, et tout se passa selon sa stratégie jusqu'à l'incident du pont. Le duc voyait encore cet homme appuyé contre les rocs de la faille, enroulant une corde autour d'un bras, l'autre retenant le corps inerte d'un civil, évitant les traits de ses archers pour toujours progresser hors du précipice. Le commandant Haruda avait laissé filer un homme en causant la perte de huit valeureux soldats. Sa réputation était fichue, à moins de rejeter la faute sur ce fameux capitaine de l'Union. Le duc réfléchissait à cette éventualité quand deux coups discrets retentirent à la porte de la salle, trônant au centre de la tour de guet d'Agashita. Un soldat entra pour s'incliner rapidement devant son commandant, qui s'était levé en lui faisant signe de parler.

   - Excellence, tout porte à croire que notre homme se cache dans la ville de Shura.
   - Et ? Gronda Haruda, dont le mécontentement semblait le faire enfler secondes après secondes. Je suppose que vous l'avez pisté, lieutenant Sannan ?

   Le guerrier semblait hésiter, ce qui irrita davantage le duc. Il réitéra cependant sa question d'un ton calme et paternel, dans l'espoir d'encourager le soldat à confesser ses fautes. Rassuré, le lieutenant Sannan Keisuke, trentenaire à la fois sérieux et ambitieux, se mit alors à conter une histoire d'âne, de paysan aidant un jeune couple, et encore d'un duel pour une querelle amoureuse, jusqu'à ce que le commandant abatte son poing sur la table ronde meublant le cœur de la pièce.

   - Bordel Sannan ! On ne vous paye pas pour raconter des conneries mais pour agir !
   - Pardonnez-moi Excellence, mais... Ce sont les témoins qui...
   - Foutez moi le camp !

   Le guerrier tressaillit en demeurant solennellement au garde-à-vous, visiblement habitué aux excès colériques de son supérieur. Voyant que le lieutenant ne bougeait pas, Haruda se prépara mentalement à une mauvaise nouvelle supplémentaire.

   - Autre chose ?
   - Oui Excellence. S'excusa le soldat. Le capitaine Raigin de l'Union souhaite s'entretenir personnellement avec vous.
   - Quand ça ? S'exclama le commandant, prit au dépourvu.
   - Tout de suite, si possible.

   Inimaginable. Sous l'effet de l'alcool sans doute, Haruda perdit son sang froid, écartant les bras pour ensuite frapper ses hanches à plusieurs reprises. Le métal de son armure résonna contre les pierres de la salle circulaire, alors qu'il insultait le pauvre Sannan, ce dernier embarrassé par le comportement de son supérieur.

   - Mais oui lieutenant ! Scanda le duc avec ironie. Laissez donc passer n'importe qui dans ma tour ! Demeuré ! J'emmerde ces bandits de l'Union !
   - Excellence...

   Le commandant s’apprêtait à lancer une nouvelle salve de remontrances lorsque la porte de la salle s'écarta vigoureusement, obligeant le soldat à s'écarter. Une grande silhouette, effilée comme une lame, se dessina dans l'encadrement de l'entrée, et une brise s'engouffra en même temps qu'elle dans la pièce, où se tenait ordinairement les réunions stratégiques. Haruda faisait désormais face à un homme beaucoup plus jeune que lui, drapé d'un long manteau noir sur lequel était tressé, à l'emplacement du cœur, trois rayons dans un cercle blanc. Son regard d'aigle, d'un bleu d'azur, était difficilement soutenable.

   - Pardonnez ma venue soudaine commandant Haruda.

   Le ton était stricte, comme le visage du capitaine Raigin, dont l'allure dégageait pourtant une forme de douceur. Ses longs cheveux sombres noués en une tresse guerrière, et l’absence d'une armure donnait l'impression que le jeune soldat de l'Union appartenait à une classe presque religieuse. Outre le silence qui avait suivit les paroles du capitaine, le duc se surpris à ressentir une légère inquiétude. Il semblait qu'un courant d'air continuait d'entrer dans la salle même après que Sannan eût fermé la porte. Cette impression se portait étrangement sur le sabre à la hanche du capitaine Raigin, dont la poignée était faite d'un cuir bleu électrisant.

   - Je ne m'y attendais pas. Parvint à articuler le commandant Haruda, après avoir retrouvé son calme au terme d'un effort considérable. Capitaine Raigin, c'est bien ça ? Enchaîna-t-il, sans laisser le temps à son interlocuteur de répondre. Du thé peut-être ?
   - Je dois vous parler commandant.
   - J'en prendrais aussi. Sannan, allez nous faire du thé.

   Le lieutenant saisit l'occasion avec soulagement, ravi de ne pas assister à la discussion qui allait suivre. Haruda se demandait pourquoi il se sentait gêné, comme si le capitaine était son supérieur. Son aura et sa voix autoritaire avait peut-être impressionné le duc, mais n'était-il pas, de par sa naissance, un seigneur de Daërda ? Ce Raigin possédait les traits de son peuple, et son grade lui était nettement inférieur. Après tout, l'Union des Cinq Royaumes ne représentait aucune menace au plan militaire, ce qui ramena Haruda à son idée de rejeter l'incident sur l'inexpérience du jeune Raigin.

   - Toute cette histoire trouve son origine dans votre lettre capitaine. Nous devrions clarifier la situation sur...
   - Je n'ai pas le temps de bavarder commandant, je vous prie de vous asseoir et de m'écouter.
 
   Sans la moindre protestation, le duc prit place autour de la table ronde, alors que le capitaine demeurait debout, tel un maître éduquant son élève. Haruda comprit alors pourquoi il se sentait aussi étrangement impressionné. L'homme devant lui dégageait la solide impression qu'il pouvait à tout instant le tuer, et s'il était parvenu à pénétrer au cœur du camp sans se faire repérer par la garde, il pouvait très bien en sortir de la même manière.

   - Je vous écoute. Obtempéra Haruda.
   - Le suspect que vous avez laissé échappé est classé parmi les dix criminels les plus recherché de l'Union. Récita le capitaine Raigin. Il est coupable notamment de complicité dans un coup d'état sur le territoire de Jelaka, de crime envers des représentants de la royauté d'Ademar, et a été objet d'un exil prononcé par la reine d'Elnath. Seïmu, roi de votre nation, a signé un décret en accord avec l'Union engageant la coopération de son armée dans l'arrestation des individus les plus dangereux d'Alesta. Si vous ne faites rien pour l'arrêter commandant, vous êtes passible de voir votre titre de noblesse dégradé.
   - Gardez vos menaces capitaine. Se défendit courageusement le duc. C'est vous qui n'avez pas sût le retenir hors du pays, et la responsabilité vous en incombe !
   - Je ne dépends d'aucun royaume commandant.

   Le jeune guerrier avait effectué un pas en avant, et l'air semblait s'être densifier, au point d'en devenir étouffant. Confus, Haruda cligna des yeux, se demandant si l'alcool n'était pas à l'origine de son malaise grandissant.

   - Et je dispose d'aucune autorisation me permettant de chasser sur vos terres. Reprit le capitaine.
   - Vous n'avez pas le droit d'être là ! Réalisa Haruda en le pointant du doigt. Je peux vous mettre aux arrêts si je le désire capitaine !
   - Et j'aurais pour ma part eût maintes occasions de vous trancher la tête commandant, tout en éliminant les potentiels témoins lors de ma fuite.

   Il avait prononcé ces mots sur un ton calme, presque pédagogique.  Haruda croisa brièvement les iris du guerrier, qui étaient passé d'un ciel d'azur au sombre bleu d'orage. Quelque chose dans ce regard aiguisé déclenchait une peur irrationnelle,  comme si une ancienne magie était à l’œuvre.

   - Je préférais vous avertir en personne des conséquences de votre échec. L'apaisa le capitaine Raigin, dans l'espoir d'atténuer légèrement la tension.  Je tiens personnellement à rencontrer ce criminel, et j'aurais aimé l'intercepter plus tôt, mais je dois reconnaître ses talents à fuir.
   - Vous voulez me faire croire que vous êtes ici uniquement pour me conseiller ? Ricana Haruda, qui s'attendait à devoir débourser de l'or pour acheter le silence du capitaine.
   - Cet homme qui vous a échappé appartient à un monde depuis longtemps oublié. Lui rétorqua le sombre sabreur. Si vous voulez éviter une catastrophe, je vous conseil de le trouver dans les plus bref délais.
   - Qu'est-ce-que ça veut dire ?
   - Vous avez trois semaines. Conclu le capitaine. Passé ce délai, je me verrai obligé de dénoncer votre refus de coopérer avec les forces de l'Union, ce qui est passible de lourdes sanctions, vous en êtes conscient.

    La porte s'ouvrit une nouvelle fois pour laisser entrer le lieutenant Sannan avec un plateau de thé. Le capitaine Raigin en profita pour saluer le commandant Haruda, et après avoir jeter un regard compatissant envers le soldat, il s'en alla comme une brise dans la nuit. Le duc demeura de longues secondes dans un état léthargique, jusqu'à ce que son lieutenant ose finalement lui servir une tasse de thé. Il devait agir vite, quitte à employer les grands moyens pour trouver son homme dans Shura. Bien que le commandant répugnait à passer un marché avec les riches réseaux contrôlant la cité des forgerons dans l'ombre, il devait admettre que leur aide s'avérait souvent efficace. De plus, le duc devait veiller à ce que son erreur ne s'ébruite pas.
 
   - Sannan, allez porter un message au chef du clan Sonata. Je souhaiterais le rencontrer au plus vite.
   - Bien Excellence.
   - Immédiatement, son bordel ne restera pas ouvert toute la nuit.

   Le commandant Haruda attendit que le lieutenant soit hors de la pièce pour ajouter une bonne dose de liqueur dans sa tasse, qu'il but d'une seule traite. Dans son désarrois et sa colère, il maudissait le capitaine Raigin tout en se demandant ce que voulait dire celui-ci, lorsqu'il parlait d'éviter une « catastrophe ».
« Modifié: mai 02, 2017, 05:17:33 am par Alestan »

Réponse #10 Le mai 03, 2017, 04:50:32 am Par Kyojin972

Kyojin972

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Bon chapitre !

On découvre deux nouveaux personnages, le commandant derrière la recherche d'Al qui est une mission confié par les 5 grandes puissances et de plus on découvre le manieur de l'épée du vent, hmm son nom a changé si je me trompe pas ? En tout cas il dégage du charisme et beaucoup de crainte en le regardant, j'ai déjà hâte de le voir face à Al et me pose la même question sur le mot "Catastrophe".
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Réponse #11 Le mai 04, 2017, 04:56:57 am Par Arsène

Arsène

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Eh bien, il y a une chose que je dois souligner avant de commenter les petits changements... C'est toujours aussi propre ! Vraiment, ton style se lit toujours tranquillement, sans qu'on ait forcément besoin de se relire pour comprendre. On ressent ce qui se passe, et je trouve toujours tes dialogues très naturels. En plus, il y a une très bonne harmonie avec la description. Je note aussi de l'amélioration au niveau de ton coup de crayon ! Alestan dont le regard est toujours aussi perçant, on sent bien ton style, surtout au niveau des couleurs. Et ce paysage avec la brume noire au loin du vagabond, avec ce coucher de soleil, dégageait un certain charme. Une image de Shura pour le prochain chapitre puisqu'on s'y dirige ?

Maintenant, passons à l'histoire. Je reconnais Alestan, avec son humour et ses répliques qui marchent à chaque fois, la ville de Shura et sa notoriété pour ses sabres, mais aussi le fait qu'elle abrite le légendaire Masamune, le prénom de Jin, etc... Pourtant, je ne lis pas la même chose. La légende reste inchangée, seuls les détails la parsemant le sont. C'est fou ! Pour être honnête, c'est un peu excitant de se demander : « Mais qu'est qu'il me réserve encore ? ». Tout est en mouvement, et pendant que moi je vis ma vie, je réalise pleinement maintenant que ton histoire continue de s’enrichir, encore et encore ! J'ai l'impression de tout savoir, mais aussi de rien connaître. Je ne sais pas ce qui peut se passer, et j'ai vraiment hâte de connaître la suite. Le fait que Jin ne soit plus un homme mais une femme, ça change vraiment beaucoup de choses. À moins que tu sois en train de nous prendre tous à revers, et que le personnage de Jin existe encore, quelque part. Je te vois venir, là ! Cependant, le destin fait que ces deux personnages se croisent encore, sur un pont, dans des circonstances liées au hasard. Il était là quand Jin passait par là, ni plus ni moins. C'est ainsi que commence cette histoire.

Je ne pensais pas revoir le capitaine Ren Raigin aussi rapidement. Son arrivée introduit plus rapidement l'union des Cinq Royaumes et son influence, nous livrant avec lui des informations géopolitique sur le monde d'Alesta qui auront leur importance. Avec toi, il faut toujours prendre conscience des détails, parfois flagrant, d'autres beaucoup moins, à relier tôt ou tard à un moment de l'histoire. Là, il y a deux nouvelles informations qui m'ont particulièrement retenu l'esprit. Premièrement, Alestan appartiendrait à un monde depuis longtemps oublié ? Que cela veut-il dire ? Fait-il référence au fait qu'il soit l'un des Sept, et par conséquent, de la légende longtemps oublié et de sa destinée ? Deuxièmement, il souhaiterait aussi le rencontrer, mais pourquoi ? Je n'ai pas de réponse, bien que j'aie ma petite idée. J'attendrai plus d'informations. 

Donc, il existe dix criminels très recherchés par l'Union... Je me demande si nous croiserons l'un d'eux au fil de l'aventure.

Ah, j'ai aussi appris quelque chose d'intéressant sur mon vagabond favori ! Son coup d'état sur le territoire de Jelaka. C'est la première fois que je lis ceci, et ça m'intéresse beaucoup, tout comme son crime envers la royauté d'Ademar dont tu n'en as pas dévoilé plus auparavant. Je ne peux qu'attendre de recevoir des informations, mais comme c'est le passé du personnage principal, je peux encore patienter un bout de temps. Enfin, je sais que ça viendra en temps et en heure, et l'importance d'y revenir avec. Pour l'instant, nous sommes à Shura, concentrons sur ce qui va suivre. 

En tout cas, ça fait plaisir de le revoir Ren. Un personnage que j'ai beaucoup aimé suivre durant le deuxième arc, et même plus tard, de par son charisme, son sang-froid, de son caractère qui donne de drôle de situation face à des personnages qui lui sont totalement opposés, et de ses interactions. Les Sept font toujours ressentir toujours autant de crainte et de mystère dès lors qu'on croise leur route. Ils sont à l'image de leur sabre, ils semblent faire partie d'un grand tout qui dépasse l'entendement. En attente du prochain chapitre !     
« Modifié: mai 10, 2017, 05:39:46 am par Atsuki »
« You are a slave. Want emancipation ? »

Réponse #12 Le mai 04, 2017, 05:32:08 am Par Alestan

Alestan

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Atsuki et Kyojin, c'est un plaisir de vous lire. Vos remarques m'encouragent et surtout me motive à toujours améliorer ma mythologie. J'aime particulièrement la façon dont tu arrives à décrypter l'univers Atsuki ! J'ai décidé d'aller plus loin dans la crédibilité d'Alesta, et l'ancien premier Arc manquait de "background" comparé à ceux qui suivaient. Comme je n'écris presque jamais dans la peau d'Alestan, je peux conserver ma ligne directrice dans l'histoire principale tout en changeant le cour des événements. Mais cette fois, je veux tenter de rassembler les destinées des personnages comme un puzzle, et chaque fois que les pièces s'imbriqueront on entrera dans une plus grande vision de ce monde.

Egalement, je travail depuis quelques mois sur une vidéo d'animation de 4 minutes, avec une longue partie sur la légende des sept sabres et l'autre sur la première minute de l'histoire. Les images que j'ai intégré sont des screenshot du métrage, et j'espère mettre un projet d'anime français en place dans l'avenir. Je vous tiendrais au courant de l'avancé !


CHAPITRE 4 - LES SOEURS

   Sorina actionna le verrou de sa porte. Son service était terminé, et le reste de la cité dormait déjà profondément. Sa chambre était éclairé par de minces faisceaux lunaire qui s’immisçait dans les interstices des volets, et un silence pesant régnait dans les deux pièces constituées d'une part de son matelas, d'une commode et d'un bureau, puis d'autre part un espace réservé à son hygiène séparé par un long paravent minutieusement décoré. Sorina se dirigea vers un grand miroir surplombant une vasque en pierre pour retirer son maquillage, réalisant trop tard qu'une chose importante manquait à l'appel. Réajustant son kimono délicat sous une large ceinture de soie, elle effectua prudemment un pas en arrière avant de s'immobiliser dans un frisson d'effroi. Son cœur fit un bond vertigineux dans sa poitrine et elle aurait hurlé si une main ne s'était pas plaqué sur ses lèvres, tandis que l'autre l'enserrait solidement par la taille.

   - Ne criez pas. Lui murmura une voix grave à l'oreille, d'un ton qui se voulait rassurant.

   Il écarta délicatement sa paume de la bouche de Sorina, qui garda le silence tout en maîtrisant rigoureusement ses nerfs. Elle avait déjà assisté à des règlements de comptes, car son propriétaire l'utilisait parfois à des fins politiques pour régler des affaires du clan Sonata. La violence du pouvoir et le sang versé en son nom ne lui était malheureusement pas étranger. Mais elle devina facilement l'identité de l'homme qui commençait à relâcher son étreinte, et à la pensée que sa sœur lui en avait confié la garde, Sorina eût la certitude que sa vie n'était pas en danger.

   - Je meurs de faim.
   - Je vous croyais mourant. Avoua-t-elle.

   Le vagabond la dépassa pour lui faire face, et la manière dont les ombres de la chambre jouaient sur sa silhouette donnaient l'étrange impression qu'elles lui obéissaient. Sorina ne voyait qu'un profil de son visage, l'autre couvert par les ténèbres. Sous des mèches de cheveux noires, un œil argenté la dévisageait avec curiosité.

   - Mort, je le suis. Déclara-t-il. Mais si vous n'avez rien à grignoter vous avez peut-être de la monnaie à me prêter ?
   - L'argent ne se mange pas. Contra-t-elle.
   - Non, il nourrit.
   - Vous seriez prêt à abuser de ma gentillesse ?
   - Je vous en prie mademoiselle, croyez-moi.

   Le jeune homme s'avança d'un pas, et son visage apparut pleinement dans la clarté lunaire. Il sembla beau aux yeux de Sorina, moins âgé qu'elle, mais comme marqué par des épreuves qu'elle ne pouvait imaginer. Malgré ses blessures, il adoptait une posture décontractée et presque taquine, comme s'il testait la répartie de son interlocutrice.

   - Que devrais-je croire ? L'interrogea-t-elle, sans le lâcher du regard.
   - La vérité, c'est que je dois me rendre chez Maëda, le vieux forgeron de Shura. Des soldats m'ont confondus avec un autre alors que je traversais la frontière, et dans ma fuite j'ai croisé cet homme qui s'est avéré être une femme. Comment s'était déjà... Réfléchit-il en triturant les quatre boucles qui lui perçaient l'oreille. Un truc en... Jin ! C'est ça, Jin m'a certainement amené ici. Et donc vous êtes...
   - Sorina, la sœur de Jin.

   Le malaise et la gêne qui sévissaient jusqu'ici s'étaient entièrement dissipés. La courbette qu'effectua le vagabond, une main sur le cœur, et le ton amusé de sa voix, en était en partie la cause.

   - Alestan, désormais redevable à deux sœurs. Se présenta-t-il.
   - Tu as toujours faim ?

   Il acquiesça vigoureusement, et Sorina s’absenta plusieurs minutes pour revenir avec plusieurs boulettes de riz, du pain, ainsi qu'une bouteille de liqueur de prune. Elle l'observait manger à grandes bouchées à travers le miroir, tandis qu'elle retirait son maquillage et libérait ses longs cheveux bruns, qui retombèrent en cascade bouclée sur ses épaules. La poudre et les teintes dévoilèrent son petit nez et ses hautes pommettes, un grand regard de jade tendre et innocent. Un visage d'une grande beauté que son maître réservait à la crème de ses clients. Alestan lui jetait parfois un coup d’œil furtif, adossé contre l'extrémité du paravent, les jambes croisées sur le sol matelassé. Il fut le premier à briser le silence qui s'était installé.

   - Tu le fais par choix ou sous la contrainte ?

   Sorina se retourna pour fixer l'homme de ses propres yeux, surprise par la gravité soudaine de sa voix. Elle n'était pas certaine de savoir s'il parlait de son activité ou du fait de l'aider.

   - C'est plus un choix sous la contrainte. Dans les deux cas. Précisa-t-elle.
   - C'est plutôt limité, mais après tout, choisir est souvent la conséquence d'un problème. Reste à savoir si la décision était la bonne.
   - Pour le bien d'un être cher, la question ne se pose pas.
   - Tu as donc tout fait pour que ta sœur ne soit pas enchaîné à ce lieu.     

   Sorina marqua une pause dans ses réponses, à la fois gênée par la franchise des paroles d'Alestan et impressionnée par sa perspicacité. Elle pensait effectivement à Jin lorsqu'elle parlait d'un être cher. L'une des sœurs devait rester pour que l'autre puisse partir, et un tel choix s'imposait souvent aux orphelines achetées par les clans. La jeune femme servit un verre de liqueur au vagabond avant d'en faire de même pour elle. Elle allait vers ses trente ans, esclave d'un homme depuis son adolescence, et même si son corps était en cage, l'âme de Sorina elle, rêvait parfois d'un avenir meilleur. 

   - Lorsque l'on naît sans nom dans une société gouvernée par une caste d'héritiers, on se fait passer pour quelqu'un d'autre dans l'espoir de survivre. Jin et moi sommes pareilles au fond, mais elle... Je sais que son nom ne tombera pas dans l'oubli.
   - Pardon, je ne voulais pas...

   Sorina réalisa seulement qu'une larme perlait sur sa joue, bien qu'elle continuait de sourire aimablement. En réalité, elle vivait à travers Jin. Mais ce constat lui convenait, car il résultait de sa décision. Sa conviction. Sorina se sentit légèrement confuse, comme si l'homme dégustant son verre perçait ses défenses trop facilement.

   - En tant que captif, c'est à toi de répondre à mes questions. Se reprit-elle. Pourquoi ton chemin a croisé celui de ma sœur ? Pourquoi ses blessures ? Pourquoi un âne ?
   - Je ne me savais pas prisonnier... Ce serait trop long a expliqué, et je dois me rendre à Shura, chez le vieux Maëda.

   Elle nota la manière dont il esquiva ses questions pour lui rappeler son objectif improbable. Nul entrait dans la demeure fortifiée de l'ancien maître, hormis quelques illustres princes et parfois même, pour les plus imaginatif, d'une visite des fées de la Forêt des Cèdres, au-delà des portes du Désert. Sorina ne l'avait jamais vu de ses propres yeux, mais Jin lui assura avoir écouté le vieux Maëda donner un cour lors d'une chaude après-midi, près de la place du marché. Ce que sa soeur entendit ce jour la changea, car elle développa une obsession pour les pierres, les gemmes, les minerais et leurs secrets dans le royaume incandescent des métaux.

   - Nous sommes à Shura. L'informa Sorina. Au cœur de la vieille ville.
   - Parfait. Se félicita Alestan. Je ne vais pas te déranger davantage...
   - Attends.

   Il immobilisa son geste alors qu'il posait son verre, et Sorina ne sût dire ce qui l'empêcha de le laisser partir. Elle avait la sensation qu'il n'était pas entré aussi abruptement dans sa vie et celle de sa sœur par le fruit du hasard.

   - Le jour va bientôt se lever et ma sœur souhaitait te parler. Tu lui es redevable non ?
   - Je le suis. Confirma-t-il.
   - J'ai besoin de savoir autre chose.

   Elle s'approcha pour lui servir un autre verre d'alcool sucré, éprouvant une certaine satisfaction à le voir reprendre une position confortable. Cela faisait longtemps qu'un homme ne l'avait pas regardé sans d'obscènes arrière pensées, mais elle devait encore s'ôter d'un doute important.

   - Tu n'as rien fait de mal ?
   - Tout dépend de ta vision du bien.
« Modifié: mai 13, 2017, 02:57:28 am par Alestan »

Réponse #13 Le mai 04, 2017, 15:40:55 pm Par Kyojin972

Kyojin972

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Un chapitre posé !

Tu as gardé l'enjeux et la situation dramatique que vit Sorina c'est à dire, se trouvé dans le monde de la prostitution pour le bien de sa chère soeur.

Comme d'habitude Al avec son tchat et son charisme fait toujours mouche, on apprend encore pas mal de chose sur l'univers avec les fées et le désert non loin.

En parlant de hasard sur Al qui rencontre Jin et Sorina, Je me dis aussi que la passion de Jin qui est né lors de la venue de l'illustre forgeron ne l'ait pas nn plus.
Manga en développement : Dessinateur Marvyn/Scénariste Kyojin972. Nom : Last Heart.
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Réponse #14 Le mai 05, 2017, 05:04:37 am Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 5 - LE CRIMINEL


   - Il s'agit d'un bandit de la pire espèce.

   Dissimulée derrière la grange du fermier, Jin écoutait à bout de souffle l'échange entre un soldat de l'armée et le fermier lui ayant loué le vieil âne. Par chance, elle avait aperçu au loin la silhouette d'un cavalier sur le sentier, et l'heure tardive lui permit de trouver une cachette sous un abri à foin. L'animal broutait silencieusement près d'elle, et l'immobilisme lui paru être la meilleure stratégie à adopter. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que le cultivateur, visiblement dérangé dans son sommeil, daigne ouvrir au soldat pour répondre sommairement à son interrogatoire. Entre la lourde respiration des bêtes et la symphonie des batraciens, Jin percevait par instant la conversation des deux hommes, et ce qu'elle comprit ne la rassurait pas.

   - J'vous l'ai déjà dis. S'irrita le fermier. Un jeune couple avec une drôle d'allure m'a loué un âne, et c'est tout ce que je sais. Ils sont parti vers Shura.
   - Seriez-vous capable de me les décrire précisément ?

   Jin écouta le paysan dresser un tableau assez fidèle de son apparence : Une jeune femme de taille moyenne, vêtu comme un ouvrier, avec de courts cheveux noirs et de grands yeux couleur de sève. Étrangement, il eût beaucoup plus de difficulté à trouver ses mots pour élaborer le portrait d'Alestan, comme si sa mémoire lui faisait défaut.

   - Bref... Un genre de loup solitaire quoi. Conclu le cultivateur, avant d'ajouter, habilement. Je serais remboursé pour l'âne ?
   - J'en toucherais un mot au Duc. Rétorqua distraitement le soldat.

   S'en suivit un dialogue inaudible pour Jin, puis le cavalier et sa monture chevauchèrent vers la cité de Shura. Elle attendit que le fermier regagne sa demeure pour à son tour retrouver les cheminées colorées de la ville des forgerons. Cette fois-ci, Jin s'était mise dans de beaux draps. Non seulement elle risquait d'être accusée de complicité, mais elle avait de surplus laissé un criminel avec sa sœur. Son cœur battait la chamade tandis qu'elle contournait les murs de Shura pour atteindre l'entrée Est, où non loin de la porte se trouvait une grille menant aux égouts de la cité. De là, Jin parvint à regagner le vieux centre sans passer devant les gardes, avec en prime une odeur fort désagréable incrustée dans ses amples vêtements. Elle espérait que le vagabond ne s'était pas réveillé alors qu'elle approchait de l'arrière cour du vieux et prestigieux cabaret du clan Sonata. Jin était dans un état épouvantable, épuisée par cette interminable journée. Elle jeta un gravier sur le volet de sa sœur au premier étage, puis attendit anxieusement une réponse, qui tardait à arriver. Finalement, le bois glissa pour laisser apparaître le visage radieux de Sorina, un verre à la main.

   - Jin ! L'appela-t-elle.
   - Moins fort !
   - Mince... S'excusa sa sœur en cachant son sourire. Montes.
   - Tu as bu ? Comprit Jin.

   Pour toute réponse, une corde tomba à ses pieds et elle se laissa tirer par une force largement supérieure à ce qu'elle imaginait. Ses craintes se confirmèrent en reconnaissant l'homme qui tenait une bouteille de liqueur, affalé sur le sol après l'avoir hissé dans la chambre. Près de la commode, un jeu de cartes et une autre bouteille vide laissaient présager le pire.

   - Qu'est-ce-que vous faites... Murmura-t-elle, confuse.
   - On s'amuse. Lui révéla Sorina avant de l'embrasser sur la joue.
   - Et le jour n'est pas levé.

   Le vagabond était assis en tailleur près du lit, secouant la liqueur dans son contenant, comme pour l'inciter à se joindre à la fête. Ses blessures ne semblaient pas le déranger, et il paraissait au contraire revigoré, comme si l'alcool l'avait réanimé. Jin songea à tout ce qu'elle venait de traverser, et lorsqu'il prononça la phrase de trop, elle ne put réprimer les sentiments qui bouillonnaient en elle.

   - On peut s'estimer heureux d'être encore en vie.

   Les paroles d'Alestan se ponctuèrent par la charge de Jin, frêle comparé au jeune homme, mais qui parvînt néanmoins à le plaquer sur le tapis rembourré. Elle projeta tout son poids sur les bras du vagabond, qui ne lutta pas. Son visage était désormais à un pouce de celui de Jin, et il semblait impatient de découvrir ce qu'elle lui réservait.

   - Je sais qui tu es et tu me dois un paquet d'argent. Le menaça-t-elle, consciente qu'il pouvait à tout instant retourner la situation à son avantage.
   - Qui suis-je ? Souffla-t-il, à la manière d'un amnésique.

   Jin se tourna vers Sorina, qui ne savait comment réagir en pareil situation. Si sa sœur apprenait que l'homme était un dangereux criminel, sa réaction pouvait alerter les gros bras du clan Sonata, et cette simple pensée la terrifiait.

   - Un homme qui m'est redevable. Grommela-t-elle en relâchant sa prise.
   - Je te rembourserais. Assura-t-il, un sourire aux lèvres.
   - Jin...

   Sorina s'était rapprochée pour lui presser gentiment l'épaule, ce qui eût pour effet de légèrement l'apaiser. L'un des côtés positif de cette altercation demeurait l'attitude calme et réfléchit du vagabond. Pour un criminel de son envergure, Jin le trouvait étonnement détendu. Des dizaines de questions se formulaient dans l'esprit de la jeune femme, mais sa priorité était d'éloigner Alestan de sa sœur, par précaution.

   - On va te laisser frangine, tu dois te reposer.
   - Tu pars déjà ? Regretta Sorina.
   - Oui, et lui aussi. Ajouta-t-elle.
   - Je doute que Maëda accepte de le recevoir à cette heure.

   Craignant d'avoir mal comprit, Jin se tourna vers sa sœur, avant de porter son attention sur Alestan, qui se contenta de hausser les épaules.

   - Qu'est-ce-que Maëda vient faire dans cette histoire ?
   - Je dois le voir. Soupira-t-il, comme s'il s'agissait d'un rendez-vous ennuyeux.
   - Pourquoi il voudrait te voir ? Insista Jin, à deux doigts de se moquer d'un tel mensonge.
   - On a certaines... Disons certaines « affaires » en commun.
   - Des affaires. Ironisa-t-elle. Rien que ça. L'un des hommes les plus célèbres du royaume et un vagabond louche font des affaires.
   - Il est vraiment si connu ? Intervînt Sorina, perplexe.
   - On en a déjà parlé. Rétorqua Jin, un brin agacé par l'ignorance de sa sœur. Je crois plutôt qu'il t'a raconté des salades pour profiter de ta gentillesse. La liqueur peut en témoigner...
   - Je suis son petit-fils, par adoption.

   Un silence de mort s’abattit dans la chambre après la déclaration du jeune homme.  Ses mots, prononcés sérieusement et avec un naturel épatant, étaient si ridicules qu'ils ne pouvaient avoir été inventé. Mais le coup de grâce survint lorsqu'Alestan dégrafa le sabre ténébreux à sa ceinture pour en présenter le Kashira, la décoration au bout du pommeau. Jin observa la finesse du laçage de tresse en soie, où tout du moins de la matière noire et brillante qui enlaçait la poignée de l'arme, remontant jusqu'au croissant de lune sculpté, dans lequel dormait un œil de jais, toujours ouvert. Pour l'avoir longuement contempler sans en saisir le sens, Jin savait que ce symbole figurait sur les portes du manoir de Maëda.
 
   - C'est... Je pense que ça reste à prouver. Finit-elle par articuler, malgré le doute qui la saisissait.
   - Tu seras fixée dans quelques heures. Lui assura Alestan.
   - Comment ?
   - Tu vas m'accompagner. Annonça-t-il en rangeant son sabre.
   - Tu parles comme si tout se passait selon ton bon vouloir. Lui reprocha Jin.
   - C'est souvent le cas. Affirma-t-il avec un sourire énigmatique.
« Modifié: mai 05, 2017, 05:13:30 am par Alestan »