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Réponse #15 Le mai 06, 2017, 21:38:05 pm Par Kyojin972
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Kyojin972

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Bon chapitre comme d'hab !

Jin en apprend un peu plus sur Al via la conversation entre le soldat et le fermier. Sa réaction primaire est tout à fait normal ne connaissant pas du tout Al, cependant reste néanmoins un peu précipité, mais sa tension retombe peu à peu en voyant à quel point sa soeur à eu un bon feeling avec lui et surtout la surprise qu'elles ont eu en apprenant qu'il est le fils adoptif du légendaire forgeron.

J'ai bien envie de comment ça se passera tout ça.
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Réponse #16 Le mai 08, 2017, 05:45:08 am Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 6 - SOUVENIRS


   Les premières lueurs de l'aube dissipaient la voûte céleste, révélant peu à peu un autre visage de la cité des forgerons. L'aspect métallique et industriel de Shura devenait moins évident à mesure que les cheminées des multiples forges et autres fonderies affichaient des couleurs vives et chaleureuses. Ces tuiles plates et vernissées, enduites d'un émail à base de sel et d'étain, prenaient leurs couleurs grâce à une double cuisson au four. Il s'agissait d'une méthode empruntée à une civilisation disparue, qui selon la rumeur, fut importée dans le royaume Daër par Maëda en personne. Jin, alors qu'elle guidait à contrecœur Alestan vers son humble demeure, contemplait ces toits colorés avec un émerveillement sans cesse renouvelé. Les gens aimaient attribuer toutes sortes de prodiges au forgeron le plus célèbre de Shura, mais la plupart oubliait que le vieil homme, bien qu'extrêmement âgé, pouvait difficilement prétendre avoir plus de mille ans. Sa renommée et le voile de mystères qu'il entretenait autour de sa personne avaient donné naissance à toutes sortes de légendes. Jin admirait Maëda, même si elle l'avait rencontré en tout et pour tout une seule fois.

   C'était avant son adoption, quand elle vivait encore à l'orphelinat avec sa sœur. Elle avait huit ans, et profitant de l’inattention de ces tuteurs, Jin s'échappa jusqu'à la place du marché, où les étals multicolores et les odeurs exotiques faisaient travailler son imagination, des épices du grand désert aux cristaux lumineux d'Albieros. Ce jour-là, un vieil homme étonnement vigoureux s'exprimait avec passion devant une foule. Jin l'écoutait de loin, mais elle garda le souvenir d'un beau vieillard, avec de longs cheveux coiffées en catogan et une courte barbe grise. Il parlait d'une voix claire et forte, sans toutefois crier pour se faire entendre. Un silence religieux régnait dans l'assemblée.

   « Les souterrains de notre monde sont comme une gigantesque forge, et les merveilles qu'ils renferment feraient rougir de honte les orfèvres de la couronne. L'homme se vante d'être maître de la terre, alors qu'il est en réalité un simple locataire sur sa surface. Sous nos pieds, la poussière des étoiles cuit lentement pour former des veines de charbons, de fer, d'étain, d'argent, et d'une infinités de minerais et de cristaux tous plus extraordinaire les uns que les autres... Il n'en demeure pas moins que ces merveilles étaient à la base une seule et même matière, qui dans le sein de la terre, au fil de sa lente cuisson, se purifie jusqu'à atteindre l'avant-dernier stade de la perfection : L'or. »

   Dans la pause qui suivit, un homme demanda quel était le dernier stade de cette évolution, imaginant difficilement ce qui pouvait être plus parfait que ce précieux métal tant convoité.

   « C'est une bonne question. Elle montre que notre vision de la Création est limitée par nos sens, par le concret. Il se trouve que j'ai eût la chance d'assister à la transmutation de dix onces d'or vers un stade supérieur, et je dois avouer que le résultat laissa perplexe le propriétaire de ce petit trésor. Pourquoi ? Car l'or disparu subitement. Il se changea en lumière. Le stade ultime de la perfection est ni plus, ni moins que la lumière. Comme il s'agit d'un transport d'énergie sans transport de matière, il est facile de comprendre comment les dix onces d'or se sont envolées. Et autre chose, si la lumière est de l'énergie en mouvement, qu'est-ce que de l'énergie immobile ? Personne ? Il y a un grand secret caché dans cette réponse... Je vous le donne : Des ténèbres. Oui... La lumière naît lorsque les ténèbres se mettent en mouvement et sans l'un, l'autre serait incapable d'exister. »

   Évidemment, le fond de ce discours paru extrêmement compliqué pour l'enfant qu'était Jin. Mais les démonstrations qui suivirent, où Maëda versa une étrange poudre sur de l'étain en fusion, le changeant en or, bouleversèrent la jeune fille. Pour pallier aux risques de créer une émeute, le vieil homme saupoudra à nouveau le métal précieux qui, dans un éclair aveuglant, devînt invisible aux yeux de la foule. Puis il présenta différentes pierres, qu'il fit vibrer dans une symphonie harmonieuse tout en expliquant le rôle des ondes sonores et leurs pouvoirs de guérison. Enfin, Maëda présenta un objet que Jin n'arrivait pas à se remémorer. Elle se souvenait uniquement de la peur qui s'empara de l'assemblée, tandis qu'une brume d'encre enveloppait le vieux forgeron, et la surprise de chacun en découvrant qu'il avait à son tour disparu, pour ne jamais réapparaître aux yeux du public.

   Depuis, Jin avait lu tous les ouvrages qu'elle pouvait trouver sur les travaux de ce fameux personnage. Cependant, les secrets qu'il dévoila sur la place du marché de Shura étaient si incroyablement complexes qu'aucun homme de sciences n'arrivaient à déchiffrer les explications obscures du vieux maître. De plus, il citait parfois des noms et des lieux si reculés dans le temps qu'on le soupçonna de supercheries, le traitant même de mystificateur en mélangeant des faits historiques avec des faits mythologiques. Pour Maëda, l'un comme l'autre comportait autant de vérités que de mensonges, et ses prises de positions politiques  dérangeaient beaucoup de monde, particulièrement lorsqu'il persistait à dénoncer dans ses livres la menace que représentait l'Union des Cinq Royaumes, bâtit selon lui sur « les ruines d'un monde oublié, hostile aux hommes et à l'origine d'une terrible catastrophe. » Le nom d'Hekaïm, Prince de la Cité d'Ombres, revenait souvent, tout comme celui des Novaë, les Sept Gardiens ayant sauvé Alesta d'après une vieille légende.

   Si certains méprisaient Maëda à cause de ces sources invérifiables, Jin admirait au contraire son indépendance d'opinion et la façon dont il continuait de la faire rêver. De plus, après avoir observé de ses propres yeux les miracles du maître, elle restait persuadée qu'il détenait un savoir depuis longtemps perdu. Ces souvenirs emplissaient la mémoire de Jin avec une clarté renouvelée, comme si la déclaration farfelue d'Alestan, un peu plus tôt, avait ravivé une flamme déclinante. Le vagabond marchait silencieusement à ses côtés, sirotant distraitement les dernières gorgées de sa liqueur de prune. Elle leur faisait emprunter les ruelles peu fréquentées des vieux quartiers, craignant de voir apparaître une patrouille au coin de chaque carrefour. Jin était certaine que des soldats fouillaient la ville, et malgré l'insistance d'Alestan, qui souhaitait se rendre directement chez son soi-disant grand-père adoptif, elle l'obligea à l'accompagner dans son atelier pour changer leur apparence. En vérité, si le jeune homme n'avait pas évoqué le nom de Maëda chez sa sœur, elle l'aurait semé pour ensuite le dénoncer à la garde de Shura. Ils arrivaient au bout d'une impasse, encerclés par d'anciennes bâtisses en bois peu reluisantes, lorsque Jin s'arrêta en face d'une petite maison sur deux étages, à laquelle était accolée une cheminée de pierre. Surplombant une double cloison coulissante, une pancarte indiquait « Naotsuna Kamo », révélant le nom de son défunt maître d'apprentissage.

   - Je crois que je viens de comprendre. Marmonna Alestan, la voix rauque après un long silence.
   - Comprendre ? Répéta Jin pour l'inciter à développer.
   - Dans une cité qui tient en aussi haute estime l'art de la forge, un métier traditionnellement d'hommes, je doute qu'une femme soit capable d'hériter d'un atelier sans faire de concession... J'étais curieux de connaître la raison qui te pousse à te travestir, et je pense avoir la réponse.

   Jin ne savait pas si elle devait se sentir offensée ou fascinée par la réflexion du vagabond. Soit Sorina lui en avait trop dit sous l'effet de l'alcool, soit il possédait un don pour percer le secret des autres. Une mèche sombre couvrait l'un de ses yeux, et seul celui barré par une cicatrice la détaillait avec attention, alors que l'aurore se reflétait à travers lui dans un éclat presque surnaturel.

   - Tu devrais réfléchir à comment me dédommager au lieu d'éplucher ma vie privée.
   - C'est difficile de faire confiance à quelqu'un qui ne fait pas confiance aux autres.  Se défendit-il.
   - Et c'est un criminel en fuite qui me dis ça ? S'offusqua Jin, avant de se justifier face à l'expression dubitative du vagabond. Ne fais pas l'innocent, j'ai entendu un soldat en parler. Je risque d'avoir mon portrait placardé en ville à cause de toi.
   - Ce doit être mon cas dans les trois quarts des bourgades d'Alesta et ça ne m'a pas empêché de vivre. Relativisa-t-il.

   Jin, qui s'apprêtait à ouvrir le cadenas de sa demeure, stoppa son geste. Elle se retourna pour lui faire face, une boule à l'estomac. Alestan semblait se rendre compte qu'il venait d'en dévoiler plus qu'elle ne pouvait en accepter, et il s'agissait pourtant que de la partie visible de l'iceberg. Jin l'ignorait encore, mais l'homme était impliqué dans un dessein qui dépassait ses hypothèses les plus folles.

   - Qu'est-ce-que tu as fais ? L'interrogea-t-elle, la voix légèrement tremblante.
   - J'ai hérité d'une mission. Répondit-il avec gravité. Et comme elle implique des intérêts chez les plus puissants de ce monde, ma tête a été mise à prix.
   - Quelle mission ?
   - Tu auras la réponse en temps voulu. L'apaisa-t-il. En fait, tu comprendras beaucoup de choses lorsque nous serons chez l'ancien, au point de remettre en cause tout ce que tu pensais savoir.
   - Entres. L'invita Jin, sa curiosité l'emportant sur sa raison.
« Modifié: mai 08, 2017, 05:54:36 am par Alestan »

Réponse #17 Le mai 08, 2017, 16:31:06 pm Par Kyojin972

Kyojin972

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Toujours prenant à chaque chapitre !

On en revient à une brique du passé de Jin au moment où elle a rencontré Maëda pour la première fois et le lieu où il fit par d'une partie de son savoir mais qui chamboula la vie de Jin ce jour là. Et comme à chaque fois, dès qu'un homme parle d'histoires dépassant la compréhension de l'homme on le traitre de fou, mais Maëda c'est bien de quoi il parle et cette catastrophe risque de nouveau de se répéter.

Bref j'attends la suite  ;D !
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Réponse #18 Le mai 10, 2017, 05:31:52 am Par Arsène

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Tu es donc sur un projet d'animation ? Mais c'est cool ! Bon courage ! C'est avec enthousiasme que j'attendrai et regarderai le fruit de ton travail. Attends, une vidéo d'animation sur la légende des sept sabres et une autre sur la première minute de l'histoire ? Ça veut dire... Qu'Alestan aura une voix ! Alors, là, je dis « oui » ! Je veux l'entendre.  ;D

Concernant les chapitres, On reste dans la continuité des trois autres dans laquelle tu installes parfaitement le décor où se déroule l'arc, la ville de Shura, distillant deux trois informations sur l'univers qui peuvent parfois passer à la trappe si on n'est pas habitué à porter la moindre attention au détail. Des informations très importantes. Je pense notamment au dernier chapitre où nous suivons un souvenir de Jin, le jour où elle assista à un maigre cours du grand Maëda. Une personne aux connaissances innombrables qui n'ont d'égales que sa sagesse, et dont le voile mystérieux l'entourant semble difficilement perméable. Un tel personnage ne pouvait que susciter l'intérêt aux yeux d'un enfant tel qu'elle, tout comme il suscite encore et toujours le mien. J'aime beaucoup ce passage parce qu'il présente une certaine innocence qui avait commencé à disparaître petit à petit, exactement comme un adulte qui perçoit les simples faits de la vie d'une manière « blasée », ce qu'elle a fini par devenir, avant de revenir à l'idée de rencontrer la personne qu'elle admire le plus. Mais je m'égare, là ! Je veux venir aux faits les plus importants : cette démonstration sur le stade ultime de la perfection. L'or, la lumière et les ténèbres. Connaissant la légende avant de potentiels nouveaux lecteurs de cette aventure, je ne peux que dire qu'une chose. Il faut retenir les paroles de Maëda, car comme sous-entendu, elles détiennent un lourd sens. Quoi qu'il en soit, de ses grandes connaissances, de ses prises de positions politiques, ou des légendes autour de lui, personne ne reste indifférent face à lui.

Ah, on y est bientôt ! C'est un personnage très important qui m'avait manqué, qui est la clé même de cette histoire, et pour tout te dire, je ne suis pas toujours rassasié au niveau des révélations et de son rôle dans l'histoire qui n'avait pas encore atteint son point culminant dans la précédente « interprétation ». Il restait encore beaucoup de choses, j'en suis sûr, et je sais qu'il en reste beaucoup plus à cause de tes ajouts. J'ai hâte de tous les découvrir.   

N'oublierai-je pas quelque chose, moi ? Ah... Bien sûr... Je n'ai pas parlé de ce cher Alestan. Un personnage, encore une fois, empli de mystère à l'image des griffes du destin qu'il semble prisonnier. Cependant, n'est-ce pas logique pour un être comme lui ? Le doute et la suspicion attendent les vagabonds, une chose que notre héros ne peut se défaire en rencontrant un inconnu. Seulement, il a toujours quelque chose de spécial en lui, un courant qui finit toujours par généralement passer, et ceux qui l'ont rencontré et côtoyé se surprennent à chaque fois de beaucoup l'apprécier alors qu'ils n'ont rien vécu avec lui, seulement échanger quelques paroles ou passer plusieurs jours à ses côtés tout au plus. Et ça ne se limite pas là ! Cette façon de n'être jamais dans la peau d'Alestan, de découvrir à chaque fois de nouvelles choses au moment où on croit commencer à le cerner. Je ne peux parler au nom de ceux qui te lisent et de ceux qui te liront, mais Alestan charme tout autant le monde que lecteur. Ou bien... J'aime juste un peu trop les personnages décalés aux actions imprédictibles, accompagné d'une grande courbe d'évolution. Le genre incontrôlable même auprès de l'auteur qui est pourtant l'inévitable « imprévisible », destinée, abattant lourdement sa plume sans état d'âme, peu importe les circonstances. En tout cas, c'est mon ressenti, peut-être exagéré à cause de ma trop grande affection envers lui, mais je le pense.

Puisqu'on est dans le sujet, j'aimerais terminer en basculant sur un détail que j'ai vu revenir. Jin et Sorina ont remarqué toutes les deux qu'Alestan possédait un genre de don pour facilement mettre à nu les gens, ou du moins percer leurs défenses jusqu'au point qu'ils se confient souvent naturellement, se surprenant eux-même. J'avoue que dans le cas de Sorina, l'ambiance s'y prêtait drôlement bien. Il y avait plusieurs facteurs, comme l'alcool. Toutefois, ça recommence dans le chapitre 6, avec une légère insistance sur son regard argenté. Une description qui revient également dans le quatrième chapitre. J'avais déjà soupçonné cette particularité, terriblement bien caché, mais j'ai toujours assimilé cela grâce à sa sociabilité. Mais en y réfléchissant, quelque chose se cache derrière tout ça. C'était comme s'il arrivait à sonder leurs âmes, de voir directement ce que les gens peuvent cacher au plus profond de leurs cœurs. Alestan n'est pas de ce monde, et ça ne me surprendrait pas si cela était possible. D'autant plus que tu m'as déjà dévoilé que cet oeil n'est pas anodin et détient son importance. 

« Modifié: mai 10, 2017, 05:37:10 am par Atsuki »
« You are a slave. Want emancipation ? »

Réponse #19 Le mai 11, 2017, 05:59:31 am Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 7 - L'OFFRE


   Sorina sursauta, éveillée par des coups frappés à la porte. Elle s'était endormie après le départ de sa sœur et Alestan, sans même s'être changée. La voix vacillante qui s'éleva lui était familière, il s'agissait d'Ayame, une servante âgée du clan Sonata.

   - Mademoiselle, vous êtes réveillée ?
   - J'arrive !

   Le soleil filtrait à travers les volets de sa chambre, et Sorina se demanda si elle avait dormi jusqu'à l'heure du déjeuner. Elle cacha la bouteille vide qu'elle avait partagé la veille avec le vagabond avant d'ouvrir à son aîné. Bien que son dos commençait à se courber, Ayame gardait une certaine rigidité dans son attitude envers les plus jeunes femmes. Elle appartenait à ses filles de joies d'une autre génération, où l'art de séduire et de distraire s'enseignait avec une rigueur militaire. Sous sa coiffure tirée à quatre épingles, son visage ridé se renfrogna en découvrant la tenue froissée et le visage endormi de Sorina.

   - Il est midi passé mademoiselle... Déplora-t-elle.
   - Mon service ne commence qu'à la nuit tombée.
   - Le maître vous requiert pour divertir un invité de marque.

   La nouvelle fit l'effet d'une douche froide, et Sorina s'empressa de se préparer dans le court délai qui lui était imparti. Après un bain rapide, Ayame l'aida à enfiler un kimono que la servante avait eût la sagesse de fournir. Sa couleur sombre et la broderie des blasons du clan informèrent Sorina du rang noble de l'invité. Elle suivait son aîné sans vraiment écouter ses consignes.

   - … Ne veut pas de shamisen mais préférerait de la harpe... Kiyoka sera avec toi, ne répandez pas la honte sur le nom des Sonata comme pour la venue du Sénateur...
   - Qui est notre invité ?
   - Le duc Haruda de la province de Suo. 

   Sorina sentit sa gorge légèrement se nouer. L'individu était de la haute noblesse, l'un des seigneurs des douze provinces de Daërda, sous l'autorité du roi. Elle trouva étrange que le gouverneur de la région voisine s'invite chez un malfrat de Shura, bien que celui-ici demeurait le plus influent de la ville. Kiyoka attendait près du panneau de la salle de réception, au deuxième étage de la luxueuse maison close. Le bâtiment en lui-même était parmi les plus anciens de la cité des forgerons, et à la connaissance de Sorina, seul le manoir de Maëda et la citadelle pouvait se vanter de le dépasser en âge. Les panneaux des différentes pièces avaient tous été peint par des artistes talentueux,  avec parfois une richesse étourdissante, à l'égale des boiseries sculptées au plafond des différentes salles. Kiyoka, la jeune hôtesse qui devait accompagner Sorina semblait anxieuse, comme si elle hésitait à lui demander une faveur.

   - Ne t'en fait pas, c'est un client comme un autre. La rassura-t-elle.
   - Je suis mauvaise à la harpe... Murmura sa cadette.
   - Je m'en occuperais.

   Kiyoka lui adressa un sourire, qui s'effaça à l'arriver du chef de clan. Yuzan Sonata était un homme avec une forte carrure, à l'apparence toujours soigné et deux fois plus âgé que Sorina. Ses cheveux noirs plaqués sur son crâne, il se plaisait à sourire afin d'exposer fièrement ses dents en or, remplaçant celles qu'il avait perdu lors de ses nombreuses bagarres. Trois tentatives d'assassinats lui laissèrent également des cicatrices, dont l'une lui ôta l'oreille droite et une autre deux doigts de la main gauche. Malgré ces blessures, dont le chef de clan se vantait, il gardait un visage charismatique et le charme d'un homme qui fut séduisant, mais dont l'ambition changea le regard en celui d'un dangereux prédateur.

   - Je vais chercher notre invité personnellement. Les informa-t-il sans préambule. Que tout soit prêt à notre arrivé. Ayame ?
   - Oui maître ? Répondit respectueusement la vieille servante, qui considérait l'homme comme son propre fils.
   - C'est qui celle-là ? Demanda-t-il en désignant Kiyoka.
   - J'ai pensé que vous auriez besoin d'au moins deux hôtesses afin de distraire un homme aussi prestigieux que...
   - Non, non. Non. La rabroua Yuzan, irrité. Je veux seulement Sorina. Ne prenez pas d'initiatives si je ne vous en demande pas.

   Le chef du clan s'éloigna sur cette remontrance, et lorsque les trois femmes terminèrent les préparatifs, Ayame et Kiyoka laissèrent Sorina seule. Le thé était prêt à être servi lorsque Yuzan Sonata et le duc de Suo entrèrent dans la pièce sobre et confortable, baignée dans une douce lumière dorée. Sorina s'inclina respectueusement pour ensuite saluer le noble invité, qui la détailla avec un certain plaisir. Dans sa sombre armure, l'homme était imposant, et elle parvînt à ne pas tressaillir en découvrant la brûlure qui déformait partiellement son visage. Elle remarqua deux guerriers se placer derrière le panneau coulissant avant que celui-ci se referme sur eux. Le duc et son maître échangèrent quelques banalités tandis qu'elle leur servait le thé, puis la conversation prit une teinte beaucoup plus sérieuse lorsque Sorina commença à jouer une mélodie mélancolique.

   - Il y a de quoi faire un scandale avec cette histoire... J'imagine que vous avez déjà songé à ma rétribution Excellence. Insinua habilement le chef de clan. Même si l'argent a de plus en plus de mal à assouvir mes ambitions...
   - Je ne vous propose pas de l'or. Contra le duc Haruda avec gravité. Si vous me le remettez vivant Yuzan, je suis prêt à vous donner la main de ma fille.

   Un silence pesant s'imposa entre les deux hommes de pouvoir, et le premier à troubler le son de la harpe fut le maître de Sorina. Son timbre laissait percevoir une excitation mal contenue.

   - Pardonnez mon manque de politesse Excellence, mais vous seriez prêt à accorder un tel honneur pour la capture d'un seul homme ? Vos soldats se sont-ils révélés inefficaces ?
   - Si je requiert vos services Yuzan, ce n'est pas par choix. Rétorqua froidement le duc de Suo. Doutez-vous bien qu'anoblir un coupe-jarret de votre genre me fait l'effet d'un coup de pied dans les couilles. Si mes hommes commencent à fouiller la ville les rumeurs vont circuler... Cette affaire ne doit pas s'ébruiter.

   L'hôte ignora les insultes de son invité pour savourer sa future promotion. Un mariage avec la fille d'un duc lui ouvrait les portes sur une plus grande ambition. Son patrimoine était déjà aussi élevé que celui d'un marquis, et s'il obtenait un titre son influence pouvait s'étendre à d'autres villes, voir même toute une province. Yuzan Sonata souriait, et Sorina écoutait désormais avec attention leur conversation, ignorant les coups d’œils méfiant que lui lançait parfois le commandant Haruda.

   - Excellence, mes lèvres sont scellées. Jura le chef de clan. Mes gars vont ratisser la ville, et votre fuyard ne pourra plus se cacher. Vous aviez parler d'une femme également ?
   - Un témoin a affirmé que ce criminel était accompagné par une jeune femme aux cheveux courts, vêtu comme un homme. Rapporta le Duc. Ils auraient loué un âne, fait confirmé par deux gardes de la porte Nord.

   Sorina manqua une corde, et le rythme de son cœur devînt chaotique. Fort heureusement, les deux hommes ne semblaient plus lui accorder d'attention, et son maquillage masquait son teint devenu livide. Jin était en danger. Elle devait la prévenir d'une manière ou d'une autre. Mais le plus grand risque demeurait la réaction de Yuzan Sonata, qui n'accorda qu'une seule faveur à Sorina tout au long de ces années de servitudes. Ce fut cet homme qui fournit les faux papiers permettant à Jin d'hériter de la forge de son maître. Il était un des rares à savoir que la jeune femme exerçait son métier sous un déguisement. Au grand soulagement de Sorina, le chef de clan ne prêta guère attention à la complice, préférant aborder le coupable.

   - Votre lieutenant m'a confié que votre proie était insaisissable.
   - Je me suis renseigné... Révéla le commandant Haruda, joignant ses mains pour prendre un air grave. Ne le sous-estimé surtout pas Yuzan, et ne songez à aucun assaut frontal si vous n'y êtes pas préparé.
   - Mes hommes savent se battre. Le rassura-t-il.
   - Ils n'ont jamais combattu au-delà de la Grande Forêt. Souffla sombrement le duc, le regard pensif. Vous non plus j'imagine, donc vous ignorez ce que cache encore de nos jours les cavernes des montagnes d'Ürkaeb... Vous n'avez jamais contemplez la cité d'Elaris, ni parcouru en Perce-Nuage la plaine morte de Karn Caëdros ?
   - Excellence, je crois que nous nous éloignons du sujet...
   - Yuzan ! Le coupa Haruda, les yeux exorbités. Les hommes n'ont pas été les seuls à fouler les terres d'Alesta. Il y a une sorte... Comme une sombre magie à l’œuvre. Notre cible est liée à ces choses-là. Si vous n'êtes pas à la hauteur je peux vous assurez que vous tomberez avec moi.
 
   Sur ces mots le duc se leva, sans même avoir touché à sa tasse de thé. Tremblante, Sorina fit tout son possible pour ne pas laisser paraître son inquiétude, terminant sa mélodie sur un accord pour ensuite faire ses adieux au prestigieux invité. Le maître de maison l'accompagna jusqu'à la sortie de la pièce, traînant le pas pour pouvoir s'adresser discrètement à son hôtesse.

   - Ce n'est pas dans tes habitudes de faire de fausses notes.
   - Excusez-moi, je manque encore de pratique.

   Il fronça légèrement les sourcils avant de disparaître avec le duc, la laissant seule pour nettoyer la pièce. Sorina se demanda si elle avait le temps de retrouver Jin avant le début de son service, regrettant de l'avoir laissé en compagnie du vagabond. La manière dont le soldat avait décrit Alestan lui semblait exagéré, et elle trouvait malheureux qu'un jeune homme aussi charmant soit coupable d'un crime. Sans compter que l'affaire impliquait désormais l'un des clans les plus dangereux de la province. Jin devait s'éloigner au plus vite d'Alestan et rester discrète jusqu'à ce que la situation se calme. Sa décision prise, Sorina parvînt à convaincre Ayame de la laisser sortir pour faire une course, priant de trouver sa sœur chez elle, saine et sauve.


« Modifié: mai 13, 2017, 03:06:47 am par Alestan »

Réponse #20 Le mai 12, 2017, 04:35:41 am Par Kyojin972

Kyojin972

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Un chapitre où la tension fut maître.

On découvre un peu plus le monde de Sorina par le biais de la venu de Haruda et outre le décor qui semble bien saisissant, j'ai bien aimé le dialogue entre les deux hommes, surtout lorsque que le Duc fait allusion au terre mystique abritant des hommes et de la magie, ça donne envie d'en voir plus.

J'attends la suite qui monte en flèche
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Réponse #21 Le mai 19, 2017, 03:13:01 am Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 8 - LE MANOIR


   Lorsque Jin ouvrit les yeux, elle se trouvait dans son bain. L'eau froide et ses doigts fripés lui apprirent qu'elle s'était endormie sans s'en rendre compte. Il faisait encore jour, et une odeur de viande grillée lui rappela à quel point elle avait faim. Son corps frissonna lorsqu'elle quitta le bassin en bois, et elle s'empressa de s'emmitoufler dans une serviette pour sortir de la salle de bain. La main de Jin s'immobilisa sur la poignée quand elle reconnu la voix qui fredonnait de l'autre côté de la porte. C'était un air chantonné dans une langue inconnue, imprégné d'une douce nostalgie. Alestan en était l'auteur tandis qu'il cuisinait tranquillement chez elle, sans son autorisation, et pourtant Jin resta silencieuse pour l'écouter.

   - Changes-toi c'est bientôt prêt !

   Elle sursauta comme si le vagabond venait de défoncer l'entrée de sa salle de bain. Il n'avait aucun moyen de savoir qu'elle ne dormait plus, et pourtant ce fut comme s'il pouvait la voir à travers les cloisons. Cette pensée la fit rougir jusqu'aux deux oreilles, la poussant même à plaquer les mains sur sa poitrine. Jin enfila sa robe de nuit, faute de ne pas avoir des vêtements sous la main, pour rejoindre Alestan. Elle vivait au-dessus de son atelier et disposait de trois pièces pour vivre, à savoir une salle d'hygiène, sa chambre et un salon où elle avait aménagé une petite cuisine. Elle faisait son possible pour garder l'endroit propre et agréable, réduisant son mobilier au minimum dans le but de gagner de l'espace. Jin prenait soin de cet héritage légué par son défunt maître d'apprentissage, et sa colère était justifiée lorsqu'elle constata le nuage de fumée, au parfum gras, qui emplissait le lieu.

   - Tu veux nous étouffer ? Ouvres les fenêtres !

   Sans laisser le temps au vagabond d'agir, elle aéra la pièce en toute hâte avant de se précipiter vers le poêle, détaillant avec effrois la mixture que préparait le jeune homme, torse nu. Il avait vraisemblablement fouillé dans tous ces placards afin de remplir une énorme casserole, où un mélange de viande hachée, d'épices, de tomates, de riz, de fromage, et d'un tas d'autres ingrédients mijotaient à feu vif. Jin lui jeta un regard noir, essayant de le pousser pour prendre la relève.

   - T'embêtes pas ça devrait être assez cuit. L'informa Alestan, tout sourire.
   - On ne t'a jamais appris à demander avant de te servir ?
   - Je l'ai fait, mais tu ne répondait pas. La taquina-t-il. Tu peux mettre la table si tu veux.
   - Tu as intérêt à tout nettoyer. Gronda-t-elle. J'ajoute à ta dette la nourriture que tu as utilisé... Et habilles-toi !

    Elle regrettait de s'être assoupie, mais sa mauvaise humeur s'estompa en contemplant les cicatrices qui sillonnaient le corps du vagabond. La vision des blessures récentes, en particulier celles de la veille avec leurs chairs boursouflées et encore suintantes d'hémoglobine, lui nouèrent la gorge. Jin comprit  pourquoi Alestan avait ôté sa veste sombre et ses protections de cuirs. Un coup d’œil vers la corbeille, où dépassaient des tissus imbibés de sang, lui confirmèrent que l'homme tenta tant bien que mal de nettoyer ses plaies.

   - Lâches ce que tu es en train de faire et vas t'asseoir. Ordonna-t-elle.
   - Je n'ai...
   - S'il-te-plaît, écoutes-moi.

   Elle prononça ces mots avec douceur, et ce fut sans doute la raison pour laquelle Alestan obtempéra. Il se dirigea vers la petite table du salon pour s'installer sur l'un des tabourets, patientant jusqu'au retour de Jin et de sa trousse de soins. Dans un coin de la pièce, sur un fauteuil usé mais confortable, les vêtements du vagabond étaient roulés en boule. Il y avait quelque chose d'étonnant dans la façon dont il s'était approprié l'espace en si peu de temps, au point qu'on aurait cru assez facilement qu'il vivait avec Jin depuis plusieurs jours. Chassant cette pensée embarrassante, elle prit place derrière Alestan pour désinfecter les plaies lui parsemant le dos. Par chance, la plus grosse des balafres n'était pas aussi profonde qu'elle le craignait, et une lésion sous sa clavicule entamait déjà sa cicatrisation. Il était plus musclé qu'elle le pensait, et d'étranges tatouages encerclaient son bras droit. Jin compta quatre bandes noires, entre lesquelles étaient calligraphiées des runes inconnues. Elle reconnaissait toutefois l’œil dans un croissant de lune, ce symbole qui ornait la poignée de son sabre ainsi que les portes du manoir de Maëda.

   - Je ne te fais pas mal ? Le questionna-t-elle en appliquant une bande de gaze sur ses blessures.
   - Si, mais rien d'insurmontable.
   - Tu devrais faire plus attention à ton corps. On a qu'une vie tu sais.
   - C'est ce qu'on dit... Souffla-t-il, pensif. N'empêche, je suis un peu surpris.
   - Surpris ? Par quoi ?
   - Tu es particulièrement mignonne avec cette robe.

   Jin sentit la chaleur lui monter aux joues et elle préféra garder le silence. En raison de sa situation, personne ne lui faisait ce genre de compliments, exceptée Sorina.

   - Je suis certain que les clients se bousculeraient à ta porte si tu travaillais ainsi. Ajouta-t-il, espiègle.
   - Très drôle. Trancha Jin, qui ne souhaitait pas poursuivre sur ce sujet.

   Une fois les blessures d'Alestan nettoyées et pansées, elle lui prêta un haut de kimono appartenant à l'ancien propriétaire de la forge. Le tissu vert sale n'était pas très reluisant, mais le vagabond ne protesta pas. Le soleil était à son point le plus haut lorsqu'ils terminèrent leur déjeuner, et Jin mangea avec appétit le ragoût épicé. Le vagabond n'était pas dénué de talents culinaires,  tout en maîtrisant l'art de la conversation. Elle répondit à ses questions sur son métier, allant jusqu'à évoquer sa rencontre avec le sage du manoir. Alestan semblait intéressé par les moindres détails de son parcours, demandant parfois des précisions qui la faisait lentement dériver sur le sujet de sa sœur. Il amenait Jin sur un terrain qu'elle gardait habituellement secret, avec douceur et honnêteté. Un manipulateur né, mais sans mauvaises intentions.

   - Je voulais vendre mes pièces chez les Elnaë. Avoua-t-elle. Depuis que les frontières sont gardés, ils ne viennent quasiment plus à Shura. La valeur de leur Couronne est dix fois supérieure à l'alliage de notre Jougen, ce qui est très avantageux à la fois pour nous et pour eux.
   - Vous leur vendez à prix réduit tout en gardant un bénéfice grâce au taux de change. Comprit Alestan.
   - C'est avec cet avantage que je peux faire des économies.
   - Et racheter la liberté de ta sœur. Termina-t-il.
   - Bientôt... Murmura Jin, confiante. Encore quelques ventes et j'aurais réunie cent cinquante milles Jougen.
   - C'est une belle somme.
   - Le prix d'une Forgeciel. Rêva-t-elle.
   - Tu pourrais t'en acheter cent avec ma prime... Du moins l'ancienne, elle a certainement augmenter depuis.
   - Dommage que je risque d'être considérée comme une complice, je t'aurais bien dénoncé.
   - J'en doute.

   Le coin de ses lèvres s'étira, et la façon dont il la dévisagea emballait le rythme de son cœur. Jin ne pouvait pas dire qu'elle le trouvait séduisant, mais il dégageait parfois un charisme irrésistible. Elle n'était pas loin d'imaginer avoir affaire à un prince exilé, errant sans destination dans les vastes contrées d'Alesta.

   - D'où viens-tu ? Demanda-t-elle, curieuse de connaître ses origines.
   - Si je te disais que j'ai passé de longues années dans le palais de la reine d'Elnath, tu me croirais ?
   - Tu m'aurais donc menti en affirmant être lié à Maëda ? Lui retourna Jin, sceptique.
   - L'un n'empêche pas l'autre. C'est même l'inverse.

   Sur ces paroles, il l'invita à ce rendre chez le forgeron le plus célèbre de Daërda. Quelques préparatifs s'imposèrent étant donné leur situation, et Jin prit soin de dissimuler une partie de leurs visages à l'aide de larges chapeaux coniques. Elle revêtit sa tenue de travail et conseilla à Alestan de laisser son sabre dans son atelier, ce qu'il refusa catégoriquement.

   - C'est impossible.
   - Il ne risque rien ici. Le rassura-t-elle.
   - Ce n'est pas une lame ordinaire. Contra-t-il.
   - C'est-à-dire ?
   - Elle est vivante.

   Jin se demanda ce qu'il insinuait, mais le vagabond ne lui laissa pas le temps de l'interroger davantage, la poussant à se mettre en route vers leur destination. Elle ressentait un étrange malaise en contemplant l'arme ténébreuse car, malgré son expérience de forgeronne, elle se trouvait incapable de définir le métal qui le composait. Jin espérait en apprendre plus sur Alestan, et s'il disait la vérité concernant le sage Maëda, l'occasion se présenterait rapidement. Après avoir nettoyé le désordre de la cuisine, ils se mirent en marche vers le manoir du vieux maître.

   L'après-midi s'annonçait chaleureuse, et dans d'autres circonstances Jin se serait autorisée une balade aux jardins de la cité. Les cheminées des toits multicolores expiraient leurs vapeurs dans le ciel azuré, et la chaleur qu'elles produisaient nuançaient subtilement la couleur des tuiles, si bien que l'on pouvait estimer l'âge d'une forge grâce à cette particularité. Alestan ne tenait pas en place, attiré par les articles des différentes échoppes tout en se remémorant les commerces qu'il avait autrefois connu à Shura. Jin apprit ainsi que le vagabond connaissait bien la ville dans sa jeunesse, des quartiers les plus pauvres aux plus riches.

   - On devrait faire un tour à la confiserie Huan. Proposa-t-il.
   - Dois-je te rappeler que nous sommes activement recherchés ?

   Ils arrivaient au croisement de l'une des avenues principales de la cité, reliant la place du marché à l'ancienne forteresse, désormais convertie en théâtre. Sans avertissement, Alestan la poussa dans une ruelle étroite, lui intimant le silence alors qu'elle s'apprêtait à protester. Jin comprit son geste quelques secondes plus tard, lorsque cinq cavaliers passèrent à proximité de leur position.

   - C'est...
   - L'officier qui nous a précipité dans le vide. Termina-t-il.

   En effet, un homme de haute stature et revêtu de l'armure sombre des guerriers Daër menait la petite compagnie, son visage en partie défiguré ravivant les mauvais souvenirs de la veille. Jin frissonna en apercevant clairement l'insigne sur la selle des montures, de motif chrysanthème, appartenant au duché de la province de Suo.

   - Ils n'ont pas l'air de nous traquer. Constata Alestan.
   - Les soldats des autres régions ont besoin d'une autorisation pour agir ici. L'informa-t-elle. Shura est sous l'autorité de la famille Huan, des nobles de sang royal.
   - Ne traînons pas ici.

   Les cavaliers étaient hors de vue lorsqu'ils émergèrent de leur cachette pour se mélanger à la foule du marché. Jin avait un mauvais pressentiment quand à la venue du duc Haruda, car il n'était pas rare de voir une personnalité de haute noblesse conclure un pacte avec les clans les plus influents de la cité. Elle était bien placée pour le savoir, ayant entendue des anecdotes terrifiantes de la bouche de Sorina. Contrairement aux soldats de l'armée, les sbires des organisations criminelles se fondaient sans problème dans la masse, et les règlements de comptes en pleine rue étaient monnaie courante. Alestan sembla partager son raisonnement, car son attitude décontractée avait laissé place à une tension presque palpable.

   - Si jamais les choses tournent mal, je te prendrais comme otage. Lui souffla-t-il. Tu devras jouer la victime pour être lavée de tout soupçon.
   - Je préférerais éviter ce genre de mesures...
   - Retiens ce que je viens de dire, insista-t-il, au cas où.

   Leurs inquiétudes n'étaient pas infondées, mais la traversée du marché de Shura s'effectua sans le moindre problème, au grand soulagement de Jin. Ils faisaient désormais face aux imposantes portes de bronze du manoir de Maëda, et hormis quelques illustres personnalités d'Alesta, rare étaient ceux sachant ce qui se cachait derrière leurs lourds battants gravés. Un œil dans un croissant de lune. Alestan contemplait l'entrée avec un regard indéfinissable, et Jin se sentit soudainement insignifiante. Une curieuse émotion s'empara d'elle, emplit à la fois d’excitation et de peur. Elle avait le sentiment que sa vie ne serait jamais plus la même après avoir franchit l'arche de pierre noire, et son instinct lui commanda de rebrousser chemin. Elle souhaitait de tout son cœur revoir le vieil homme qui l'avait tant fait rêver, mais une petite voix dans sa tête la mettait en garde.

   « Une fois de l'autre côté, il n'y a plus de marche arrière. »

   Les yeux vairons d'Alestan l'observaient, difficilement soutenables, et pourtant si intrigant qu'ils laissaient un souvenir impérissable à ceux qui les croisaient. Le genre de regard à hanter un rêve, appartenant à une autre réalité. Une autre vérité. Jin tremblait sans pouvoir se contrôler, comme si une force invisible était à l’œuvre. Elle oublia le danger de leur traque, sa quête d'argent et même sa propre sœur. Il y avait une barrière dans son esprit, inexplicable. Elle se sentait ensorcelée. Alestan claqua des doigts à un pouce de son visage, l'expulsant de ses pensées. Jin eût l'impression de s'être brusquement réveillé, au point d'être surprise en constatant qu'ils se trouvaient toujours devant les portes de la demeure du vieux maître.

   - Je me sens... Bizarre. Murmura-t-elle, confuse.
   - Tu le ressens aussi n'est-ce-pas ?
   - De quoi ? L'interrogea Jin sans comprendre.
   - L'aura du dernier Novaë. Lui révéla Alestan. L'âme d'un homme ayant connu les jours sombres et la cité noire... Maëda l'Immortel.

   Il termina sa phrase en posant sa main sur le bronze verdâtre, et dans un grondement sourd, l'immense porte s'ouvrit.
« Modifié: mai 19, 2017, 13:08:03 pm par Alestan »

Réponse #22 Le mai 19, 2017, 04:49:41 am Par Kyojin972

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Alestan comme d'habitude s'adapte à toute situation et bien que la durée chez Jin fut courte, c'est comme si ils vivaient ensemble depuis un bout de temps et cette dernière commence à tomber sous son charme. Al donne un détail important avec la reine d'Elnath, on en saura plus bientôt et les voila parti chez Maeda où les ennuis vont se poursuivre avec pas mal de petites révélations avant tout ça.

Jin se retrouve embarqué par la force du destin, dans une aventure qui l'a dépassera !
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Réponse #23 Le mai 21, 2017, 20:46:19 pm Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 9 - LA COLLINE DU PRINTEMPS ÉTERNEL


   Les battants s'écartaient lourdement, animés par un mécanisme invisible. Ce fut comme si les portes de la muraille répondaient au contact de la main d'Alestan. Jin sentait son estomac se contracter tant le mystère lui faisant face dépassait son imagination. Elle aperçut dans un premier temps un magnifique jardin peuplé d'arbres et de plantes étonnement variés. La végétation était en fleur, en avance sur la saison, et provenaient des quatre coins d'Alesta. Des roses multicolores côtoyaient des orchidées, des ochnas lunaire, encerclées de tulipes et de lilas, de lys et de lavandes gardant les fragiles clochettes du muguet, jusqu'aux coquelicots et aux mystérieuses fleurs des proteas du désert. Certaines espèces étaient inconnues, et donnaient l'impression d'appartenir au règne minéral plutôt que végétal. Il y avait également des arbres à l'intérieur du domaine, beaucoup étaient de la famille des rosacées, comme les différents pruniers, poiriers, cerisiers, amandiers, pêchers et tant d'autres. Mais Jin distingua également un olivier et un tilleul, plusieurs conifères ou encore un chêne, un ginkgo, ainsi que le célèbre Korino Karasu, le plus grand de tous, avec son tronc à l'écorce charbonnée et ses feuilles noires, abritant des dizaines de corbeaux sur ses branches. Enfin, au centre de ce musée naturel et unique, trônait sur une petite colline le manoir de Maëda. Alestan lui donna une petite tape dans le dos afin de l'inviter à avancer, et les portes de bronze se refermèrent sur leur passage. Jin ne pouvait plus parler, ni même penser. Elle suivait le vagabond le long d'un chemin aux pavés blancs, découvrant parfois une fontaine sculptée ou des statues étranges, humaines et animales, voir monstrueuses.

   - Isdori Bruna Caël... La Colline du Printemps Éternel. L'informa Alestan, amusé par son expression abasourdie.

   Jin ne fit aucun commentaire, car aucun mot ne pouvait décrire ce qu'elle ressentait à cet instant. Elle qui avait vécu toute sa vie à Shura ignorait qu'un tel décor se cachait derrière les hauts murs de l'antique demeure. Elle reconnaissait néanmoins la flèche d'or qui surplombait l'une des cheminées du manoir, un bâtiment de quatre étages aux toits incurvés et identiques à ceux des forges de la cité. Le chemin blanc s'arrêtait devant une cour en galets de rivière, où une longue table de marbre laissait imaginer des réceptions somptueuses à l'orée du jardin féerique. La demeure en elle-même se composait d'un rez-de-chaussé en pierre, orné d'une corniche et percée d'une arche qui donnait accès à un hall plongé dans l'obscurité. Les étages étaient quand à eux en bois hormis deux tours à chaque extrémité du manoir, ainsi que les différentes cheminées. Sur le portique de l'entrée, un phylactère gravé dans un alphabet runique se trouvait entouré par deux symboles. L'un était le blason de l'illustre forgeron, l'autre un cercle enflammé renfermant trois vagues. Remarquant le regard interrogateur de Jin, Alestan lui révéla à nouveau la traduction de cette langue inconnue.

   - Du feu de l'Eau Céleste naquit l'instrument de la fin des temps.
   - Qu'est-ce-que ça signifie ? L'interrogea-t-elle, effrayée par l'implacable message.
   - Tout ce que je peux te dire, c'est que l'homme tenta par le passé de maîtriser des forces qui le dépassait. Sans l'intervention de Maëda et six autres de ses compagnons, Alesta serait désormais de l'histoire ancienne.
   - Quand ? De quelle époque parles-tu ?
   - Il y a mille cent onze ans.
   - C'est impossible, ça n'a aucun sens...

   Jin fut forcée malgré elle de prendre appui sur la table de marbre, sans quoi ses jambes auraient été incapable de la soutenir davantage. Elle ne parvenait pas à croire les paroles d'Alestan, car celles-ci impliquaient l'existence d'un monde digne des contes de fées. Une réalité à la fois enchanteresse et terrifiante, qui prenait vie sous ses yeux, derrière les murs du domaine de Maëda. Même si Jin avait peine à croire en l'existence d'un immortel, elle se trouvait pourtant sur la Colline du Printemps Éternel, et le paysage qui l'entourait était parfaitement tangible.

   - Comment... Balbutia-t-elle. Qui es-tu ? Pourquoi moi ? Pourquoi suis-je ici ?
   - Tu as accepté de me suivre. Lui rappela-t-il en se plaçant devant elle. Alestan est mon nom, héritier de la Lame Morte, la Septième et dernière Clef du Cœur d'Hekaïm. Tu m'as sauvé, donc ton destin est lié au mien.

   En ce moment précis, le vagabond lui apparut comme une figure des vieilles légendes. Jin ne pouvait fuir son regard digne et imperturbable, saisissant véritablement la signification de cet œil aux reflets d'argent, dont la nature surnaturelle prenait tout son sens. Elle faisait face à un Novaë, l'un des sept gardiens légendaires d'Alesta. Le sabre ténébreux à sa hanche devait par conséquent renfermé un pouvoir si extraordinaire qu'il pouvait anéantir à lui seul une armée. Jin comprenait pourquoi il était recherché aussi activement au sein des Cinq Royaumes.

   - Mais ce n'est pas aussi simple. Souffla-t-il, comme s'il venait de lire dans ses pensées. Je ne veux pas t'obliger à aller plus loin. Tu peux rentrer chez toi si tu veux.
   - Et faire une croix sur l'argent que tu me dois ? Bien essayé mais je suis loin d'être idiote.

   Jin c'était brusquement ragaillardie, et sa stupeur laissa place à une ébullition qu'elle n'avait jamais ressenti. Ses rêves d'enfances devenaient réalités. Son quotidien monotone, promit à un avenir fade et sans surprise, venait de trouver une alternative dépassant de loin ses espérances les plus folles. En réponse à sa remarque, Alestan afficha un large sourire.

   - Entrons.

   De nombreuses questions demeuraient en suspends, mais Jin ne souhaitait pas précipiter l'heure des révélations, encore fébrile après avoir soulevée une infime partie du voile. Ils passèrent sous l'arche et son sinistre avertissement, pénétrant dans l'étonnant manoir du sage immortel. La première salle paraissait vaste, et cette impression fut confirmée lorsqu'ils posèrent un pied sur les larges dalles de l'entrée. Une pâle lueur bleutée illumina la voûte couronnant le lieu, alimentée par des cristaux soudés dans son architecture. Jin distingua tout d'abord des colonnes, puis des sculptures disposées entre elles, formant de longs couloirs aux allures de labyrinthes. Cette sensation fut renforcée par la présence d'innombrables étagères, qui débordaient d'échantillons fascinants. Il s'agissait d'une gigantesque collection d'herbes, d'épices, de minerais vulgaires et précieux, de poudres multicolores, d'ossements et d'organes aussi bien humains qu'animales, ainsi que des substances dont elle ignorait le nom. Certaines étaient scellées derrière une vitre, d'autres cachées dans des coffres solides, parfois étiquetés d'un avertissement. Jin sursauta au détour d'un rayonnage, se trouvant face à une épouvantable armure couverte de cornes et d'excroissances répugnantes, que seul un géant difforme aurait été capable d'arborer. Un silence pesant régnait dans le hall, presque morbide. Alestan semblait savoir où se diriger, et elle s'en trouva grandement rassurée. Jin avait le sentiment de se balader dans le repère d'un mage noir, bien loin de l'image qu'elle s'était forgée du maître de Shura. Ce sentiment se trouvait renforcé par des peintures dérangeantes, dépeignant des scènes d'une monstruosité obscène. Un folklore de créatures horrifiques dévorant hommes, femmes et enfants avec un réalisme insoutenable.

   - Les Siècles Obscurs. Renseigna Alestan, dont la voix se réverbérait contre les parois du hall. Lorsque l'espèce dominante sur le globe n'avait rien d'humain.
   - Ces... Choses, ont vraiment existé ?
   - Elles n'ont jamais réellement disparue.

   Le frisson qui s'empara de Jin la glaça jusqu'au sang, et elle préféra oublier la réponse du jeune homme. Cette réaction était plus que naturelle, car ceux qui étudiaient de trop près le sujet finissaient généralement fous. Même Alestan, dont le ton laissait deviner un contact avec ces créatures cauchemardesques, évitait de les évoquer. Il s'agissait pourtant d'un élément essentiel à la compréhension de notre monde et de la place qu'occupait l'homme à cette époque oubliée de tous. Seul Maëda connaissait l'histoire complète de notre espèce et les faits héroïques accomplis en cette ère de tourments, mais il ne les dévoila jamais à ses semblables. Jin poursuivit sa visite dans le silence, et ils laissèrent derrière eux le mystérieux musée pour s'engager dans une salle circulaire, au cœur du manoir. L'endroit baignait dans une lumière blanche, si intense qu'elle en était aveuglante après la douce clarté du hall. Les yeux de Jin s'habituèrent à ce nouvel environnement, et elle contempla avec admiration un escalier à double hélice, en marbre blanc. Celui-ci permettait de rejoindre les étages supérieurs de la demeure, mais il s'enfonçait également vers un sous-sol, qui se trouva être leur destination. Tandis qu'Alestan l’entraînait toujours plus profondément dans la demeure, il lui expliqua qu'une personne pouvait monter et une autre descendre l'escalier sans jamais se croiser. Jin l'écoutait cependant qu'à moitié, car ils atteignaient une caverne plus spacieuse que le domaine tout entier.

   Le lieu était cette fois-ci plongé dans un chatoiement familier aux forgerons. Les ombres dansaient sur les parois rocheuses au rythme lancinant des flambeaux et des chandeliers, accentuant la chaleur étouffante qui poussa Jin et Alestan à retirer leur chapeau. Ils s'engagèrent sur un chemin tracé aux milieux des bassins et des stalagmites, contournant parfois des puits ténébreux, dont certains expiraient une étrange vapeur noire, inodore. Une atmosphère indescriptible régnait dans le souterrain, comme si une pression anormale alourdissait les membres, au point de rendre les mouvements de Jin lents et maladroits. L'écoulement du temps lui-même donnait l'impression d'être perturbé, et à mesure qu'ils arrivaient au bout du chemin, un détail attira son attention. Elle retînt une exclamation en apercevant son reflet dans un miroir colossal, dont la matière translucide était aussi instable que la surface d'un lac sous un ciel orageux. Des ondes déformaient son image, et Jin fit un bond en se voyant enfant l'espace d'un éclair. De son côté Alestan faisait face à une ombre indéfinissable, à laquelle il s'adressa d'une voix dénuée d'émotions.

   - Dis-lui que je suis arrivé.

   La chose s'évapora pour laisser place à son reflet, et Jin remarqua que l’œil argenté du vagabond n'apparaissait pas dans le déconcertant miroir. Il y avait à la place une cavité, comme une vieille blessure de guerre. Elle aurait aimé l'interroger, mais son effarement l'empêchait de formuler le moindre mot. Alestan continuait de fixer son double, lorsqu'un mouvement attira son regard. Une silhouette se dessina dans le mur translucide, approchant avec une démarche ferme bien que légèrement courbée. Jin reconnu le visage qui transpirait l’intelligence et la sagesse, de sa barbe blanche tressée aux rides qui parcouraient son front dégarni. De ses longs sourcils enneigés à son regard gris et insondable. Il portait un pantalon large et une veste d’un bleu d’opale, sur laquelle était brodée l’œil dans un croissant de lune. Sa voix rocailleuse retentit dans leur dos, les forçant à se retourner.

   - Vous êtes à l'heure pour le thé.
« Modifié: mai 21, 2017, 20:55:17 pm par Alestan »

Réponse #24 Le mai 21, 2017, 21:05:02 pm Par Kyojin972

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Un très bon chapitre !

J'ai beaucoup aimé ce dernier qui était fort riche en description qui d'ailleurs est bien géré. Le manoir, son extérieur et tout ce qu'il contient ne laisse pas indifférent. Alestan en rajoute encore plus en parlant d'époques oubliés pour lequel j'aurai bien aimé en savoir plus ;D.

Jin la pauvre n'en a pas fini d'en voir de toutes les couleurs. La suite en sera que plus intéressante ! 8)
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Réponse #25 Le mai 23, 2017, 17:11:56 pm Par Alestan

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CHAPITRE 10 - L'ERREUR


   Sorina tortillait nerveusement le pendentif autour de son cou, préoccupée par l'absence de sa sœur. L'atelier était fermé, et ses appels demeuraient sans réponse. Jin devait se trouver au manoir de Maëda, ignorante du danger qui la guettait. Elle hésita à se rendre elle-même chez le vieux forgeron, mais son départ prolongé risquait d'attirer les soupçons. Ayame avait la fâcheuse tendance de rapporter chaque faits et gestes des courtisanes au chef du clan, avilie par ses longues années de servitude. De plus, l'aînée jalousait l'attention accordée à Sorina, qui n'avait pourtant jamais cherché à figurer parmi les favorites de Yuzan Sonata.

   Elle demeura plusieurs secondes devant l'entrée de la forge, angoissée par la situation délicate de sa sœur. Les choses auraient été beaucoup plus simple si elle avait laissé Alestan partir la nuit précédente. Sorina insista pour qu'il demeure en sa compagnie, et cette décision était avant tout égoïste. Elle se sentait seule et éprouvait le désir de se confier. Peu importait les crimes du jeune homme, il l'avait écouté. Réellement écouter. Ses doutes, ses regrets et ses espoirs. Il l'avait réconforté, avec une franchise à la fois douloureuse et rédemptrice.

   « La Vérité blesse aussi bien qu'elle libère. »

   Mais pour le bien de sœur, Sorina était prête à le trahir. Elle l'aurait fait si Jin ne risquait pas de subir la punition réservée aux complices, identique aux coupables. Elle songea à négocier avec son maître, comme elle le fit pour l'héritage de la forge de Naotsuna Kamo. Elle était prête à subir le châtiment à la place de sa sœur, si seulement elle avait la certitude que les choses se passeraient comme elle le prévoyait. Sorina devait prendre une décision, et elle choisit de laisser un message d'avertissement.

     Un double des clefs était dissimulé derrière l'enseigne de l'atelier. Elle monta à l'étage pour écrire fébrilement une mise en garde, qu'elle déposa sur la table du salon. Les affaires d'Alestan reposaient dans un coin de la pièce, sur le fauteuil rapiécé. Ils avaient prit des précautions, ce qui rassura légèrement Sorina. Elle retrouvait la sortie au rez-de-chaussée lorsque son cœur manqua un battement. Une figure terriblement familière l'attendait, adossée à l'encadrement de la porte. Son sourire doré luisait, carnassier, et il la salua d'une main mutilée de deux doigts.

   - Yuzan, ce n'est pas...
   - Tu me déçois Rin. La coupa-t-il. Vraiment.

   Paralysée sur la dernière marche de l'escalier, Sorina fit un effort considérable pour ne pas fuir vers l'étage. Il y avait une faible chance que le malfrat ignore la raison de sa venue. Yuzan Sonata comprima les cheveux sur son crâne, inspirant bruyamment tandis qu'il approchait.

   - Ai-je l'air d'un imbécile ? Demanda-t-il d'une voix traînante, sarcastique.
   - Je rendais simplement visite à...
   - Ferme-là !

   Il frappa du poing l'un des piliers de l'atelier, avant de se ressaisir face à l'expression mortifiée de Sorina. Elle esquissa un geste de recul, jetant un œil aux armes exposées contre les murs de la forge. Des pensées désespérées traversaient son esprit, et elle peinait à maîtriser ses tremblements incontrôlables. Le ton du chef de clan s'adoucit, comme s'il regrettait de s'être emporté.

   - Désolé ma belle, désolé... Mais tu vois, je déteste qu'on me prenne pour un idiot.
   - Yuzan, je rendais juste visite à ma sœur. Jura Sorina.
   - Je sais, ce n'est pas de ta faute. C'est normal de vouloir protéger les siens.

   Il s'arrêta à un pas des escaliers, la dévisageant avec un mélange de pitié et de déception. Elle sût à cet instant qu'il avait deviné l'identité de la complice d'Alestan dès la visite du duc, lorsque Sorina manqua les cordes de sa harpe.

   - Elle n'y ait pour rien... Supplia-t-elle. Je suis sûre qu'elle sera prête à coopérer.
   - On est jamais sûr de rien. Susurra-t-il. Mais je te promets de la laisser en paix si tu fais comme je dis.

   Des larmes perlèrent aux yeux de Sorina alors qu'elle acquiesçait, maudissant sa lâcheté devant le sourire satisfait de son tortionnaire.
« Modifié: mai 23, 2017, 17:18:31 pm par Alestan »

Réponse #26 Le mai 24, 2017, 02:26:07 am Par Arsène

Arsène

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Je commence mieux à comprendre tes changements, particulièrement ceux de Jin et le personnage de Sorina. Bien que le rôle de ces deux derniers soient rester le même, cette complexité et leur lien familiaux nous permettent de découvrir plus sur ce qui se passe à l'intérieur du clan Sonata. Là où ce n'était pas possible avec Sora ( on remarqua que sans le « in » Sorina devient Sora, belle continuité, ça fait plaisir à relever ), car sa situation était plus compliquée. Jin ne pouvait pas s'approcher, alors on ne pouvait qu'avoir difficilement un point de vue de l'intérieur ( même si faisable, j'imagine ) et les prochaines scènes, comme celle du dernier chapitre. Et ce chapitre 7 nous permet justement de voir en partie la vie de la grande sœur de Jin et sa triste vie, apportant en plus son lot de tensions quant à la suite. La forgeronne se retrouve impliqué dans une histoire inimaginable, mais ce fut un pari qu'elle décida de jouer. Cependant... Sorina risque gros en essayant de la prévenir. Comment vont-elles s'en sortir ? J'y reviens juste après. 

Oh, alors le sénateur est passé chez Haruda ? Ayame parle-t-elle du seul et l'unique ? Si oui, pourquoi ? Tu y reviendras dessus, j'en suis sûr.

Comme à son habitude, Alestan prend vite ses habitudes chez les gens, et il détient cette aura, ce quelque chose de spécial, dont j'ai parlé lors de mon dernier commentaire qui charme les gens. Jin ne fut pas l’exception qui confirme la règle, ayant l'impression de vivre avec lui déjà depuis quelques jours. Un détail intéressant à noter, le vagabond cicatrise plutôt vite pour quelqu'un qui avait encore des blessures assez sérieuses... La veille. Je crois que c'est assez pour se poser beaucoup de questions à son sujet, mais j'ai déjà ma réponse. Il est de même avec d'autres informations ! En tout cas, la prime d'Alestan a de quoi donner l'eau à la bouche à n'importe qui. 150 000 x 100... On monte à 15 000 000 ! Et encore, selon ses dires, celle-ci a probablement augmenté. Avec une somme d'argent pour sa capturer, on comprend facilement pourquoi il siège dans le top 10 des criminels les plus recherchés de l'Union. Mais ça reste beaucoup. Il a quelque chose derrière.

Ceci, on l'apprend dans le chapitre qui suit, et ce n'est pas la seule chose. Riche en description, comme l'a commenté Kyojin, on peut constater que les légendes sur le légendaire Maëda ne sont pas du vent. Ce dernier semble carrément vivre dans un autre monde, au point que tout le monde de Jin soit remis en cause par la présence de toutes ces choses surnaturelles. Elle s'en retrouve dépaysée. Une réaction logique, et comme les lecteurs, elle se pose plein de questions sans réponses. Qu'est-ce qu'est l'instrument de la fin des temps ? Les Siècles Obscurs ? Que veut dire Alestan par « la Lame Morte, la Septième et dernière Clef du Cœur d'Hekaïm » ? Et surtout, qu'est qu'un Novaë ? Ce sont vraisemblablement des gardians, mais quand agissent-ils ? En quoi consistent-ils ? De quoi doivent-ils protéger Alesta ? Il y a de quoi réfléchir. C'est pour cela que couplé avec cette atmosphère mystique, à la fois intrigante et effrayante, je n'ai pas pu m'empêcher de me repasser mentalement l'OST que tu avais créé. Elle va encore mieux qu'avant à ce passage. La dernière scène, celle du miroir, est aussi très étrange concernant Alestan. Pour Jin, c'est très logique. Ses rêves d'enfance viennent de devenir réalité, et face à ce lot d'information, ses yeux et son esprit sont en train de tout redécouvrir, de tout voir, comme ceux d'un enfant. Mais concernant l'autre, je commence à croire, grâce à toutes les petites indications par-ci par-là, que cet œil ne lui appartenait pas. J'y crois de plus en plus au fil des chapitres. Aussi, quelle est cette ombre ?     

La fin du chapitre se conclut avec l'arrivée de Maëda qui les accueille pour le thé. Décidément, le monde de Jin n'a pas fini d'être chamboulé. Je plains le moment où elle devra quitter cet endroit pour faire face à la réalité de ses problèmes : Haruda. Je l'ai sous-estimé légèrement. À la fin du chapitre 7, il avait remarqué que quelque chose n'allait pas, mais je pensais que l'excuse de Sorina passerait sans problème. Peut-être se serait-il douté de rien si elle n'avait pas fait de fausse note au pire moment. Ça + la description du Duc, il ne faut pas plus pour quelqu'un comme lui qui connaît les deux sœurs pour faire le rapprochement. Désormais, le maître du clan Sonata détient une arme de taille. Ce dernier sera prêt à tout pour obtenir un rang de haute noblesse. Pas sûr qu'il tient parole. Au début, je pense, mais si tout ne se passe pas comme prévu, il n'hésitera pas à revenir sur ses mots. C'est l'impression qu'il me laisse. La situation se complique.

« You are a slave. Want emancipation ? »

Réponse #27 Le mai 24, 2017, 13:09:05 pm Par Alestan

Alestan

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Sora ( on remarqua que sans le « in » Sorina devient Sora, belle continuité, ça fait plaisir à relever )

Bien vu Arsène ! Plus le jeu de noms Rin/Jin  :) Et oui, en abordant la vision de Sorina je me suis rendu compte que le côté dramatique pouvait être décuplé, à la manière d'un GOT ou pour carrément prendre ma source d'inspi : Ginga Eiyuu Densetsu. Je pense que ça vaudra plus le coup de relire le premier arc une fois terminé (et corrigé car c'est un premier jet), vu que les différents personnages se croisent tout en donnant une idée de la timeline dans laquelle ils se trouvent.

La dernière scène, celle du miroir, est aussi très étrange concernant Alestan. Pour Jin, c'est très logique. Ses rêves d'enfance viennent de devenir réalité, et face à ce lot d'information, ses yeux et son esprit sont en train de tout redécouvrir, de tout voir, comme ceux d'un enfant. Mais concernant l'autre, je commence à croire, grâce à toutes les petites indications par-ci par-là, que cet œil ne lui appartenait pas. J'y crois de plus en plus au fil des chapitres. Aussi, quelle est cette ombre ?     

Excellente analyse pour Jin ! Le miroir agit comme un portail entre le réel et "l'imaginaire", mais je ne vais pas en dire plus car on va retrouver Maëda dans le chapitre 11, et des explications.

Qu'est-ce qu'est l'instrument de la fin des temps ? Les Siècles Obscurs ? Que veut dire Alestan par « la Lame Morte, la Septième et dernière Clef du Cœur d'Hekaïm » ? Et surtout, qu'est qu'un Novaë ? Ce sont vraisemblablement des gardians, mais quand agissent-ils ? En quoi consistent-ils ? De quoi doivent-ils protéger Alesta ? Il y a de quoi réfléchir.

Même chose ici, bien que normalement l'animation répond à la majorité de tes questions. Mais comme le montage actuel ne me satisfait pas encore, je crains que vous allez devoir patienter jusqu'à la semaine prochaine.

Haruda. Je l'ai sous-estimé légèrement.

Yuzan plutôt ? Comme Sorina, et comme tu l'as souligné, le retour à la réalité risque d'être douloureux.

 

Réponse #28 Le mai 24, 2017, 16:22:56 pm Par Kyojin972

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C'est confirmé Yuzan fut perspicace !

Il avait déjà bien cerné Sorina lors de son face à face avec Haruzan et il a feinté l'incrédulité pour mieux la piéger, bref voila Sorina dans la mouise et sa soeur qui va se faire du sang d'encre dans quelques temps.
Manga en développement : Dessinateur Marvyn/Scénariste Kyojin972. Nom : Last Heart.
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Réponse #29 Le mai 27, 2017, 03:23:44 am Par Alestan

Alestan

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CHAPITRE 11 - LA LEGENDE


   Le cœur emballé par la vision du sage, Jin s'inclina respectueusement. Maëda avait vieilli depuis sa dernière apparition en public, mais  son aura écrasante semblait décuplée, surtout après la découverte de son extraordinaire demeure. Lorsqu'elle leva les yeux, Alestan et l'illustre forgeron se donnaient une accolade affective. Le vagabond ne lui avait pas menti, comme le confirma le regard paternel du vieil homme et ses mots chargés d'émotions.

   - Je suis heureux de te voir.
   - Le voyage n'a pas été de tout repos.
   - Tu n'es pas venu seul, ajouta chaleureusement Maëda, à qui ai-je l'honneur ?
   - J-Jin. Balbutia-t-elle. Jin Kamo. L'honneur est pour moi.
   - Kamo... Comme Naostuna Kamo ?
   - J'étais son élève. Confirma-t-elle.
   - Voilà une belle surprise. Sourit-il. Allez au jardin, je vais demander à Gaëlios de nous préparer la table.

   Ils quittèrent l'étrange caverne pour retrouver la colline féerique, laissant le sage gravir les étages supérieurs du manoir. Alestan la guida jusqu'à la cour pavée de galets, où ils patientèrent jusqu'au retour de Maëda. La vision du miroir hantait encore Jin, qui ne pouvait s'empêcher de dévisager le vagabond, conduite que ce dernier remarqua avec amusement.

   - Dis-moi.
   - J'ai vu des choses... Bizarres.
   - Le contraire aurait été surprenant.
   - Je me suis vu petite, et toi... Ton reflet était... Enfin, il y avait cette ombre et ton œil...
   - Ce n'était pas mon reflet, mais celui du sabre. Dévoila-t-il.
   - Je ne comprend pas. Avoua Jin.
   - Quand je disais que cette lame était vivante, ce n'était pas du second degré. Ce miroir montre l'envers de la réalité. Dans ton cas, tu devais te sentir comme une enfant, et dans le mien... Je préfère ne pas en parler.
   - Et pour Maëda ?
   - C'est une exception. Il est censé être mort depuis des siècles, ce qui lui permet d'exister au-dedans et en dehors de la réalité. Son reflet est plus réel que lui-même si tu préfères.
   - Comme un fantôme ?
   - Un fantôme vivant.
   - Paradoxe. Conclu Jin.
   - Poses-toi cette question : La mort est-elle une conséquence de la vie ? Ou bien la vie est une conséquence de la mort ?
   - J'ai lu quelque part que la mort d'une étoile peut provoquer la naissance d'un système solaire.
   - Paradoxe ? Reprit Alestan, tout sourire.

   Il prenait un malin plaisir à la déstabiliser dans ses certitudes, et il le faisait en la poussant à réfléchir. Jin comprit qu'elle n'obtiendrait jamais une réponse claire du vagabond, car sa stratégie consistait à comprendre par soi-même. Alestan l'avait prise sous son aile, et ce fut sans doute sa manière de la remercier. Il lui ouvrait les yeux, montrant à quel point le monde regorgeait de mystères aussi fantastiques qu'effrayant.

   « Le réel est-il le fruit de l'imaginaire ? Ou l'imaginaire est un produit du réel ? »

   La plupart des créations humaines étant basée sur une simple idée, la réflexion sembla légitime dans l'esprit de Jin. Lorsqu'elle fit part de son raisonnement à Alestan, il se contenta de lui donner une pichenette affectueuse sur le front.

   - Ta sœur a vu juste. Confia-t-il. On se souviendra de ton nom.

   Elle se renfrogna, et pourtant le coin de ses lèvres s'étira timidement lorsqu'il cessa de la regarder. Leur hôte était de retour, le bras levé pour les saluer d'un air enjoué, sa veste dansant sous la brise. La vision aurait été agréable si un démon couvert de poils n'avait pas émergé à sa suite, un service à thé entre ses immondes griffes. Jin poussa un cri haut perché, et sa fuite fut interrompue par le bras d'Alestan tandis qu'il lui intimait de se calmer.

   - Ne craint rien, ce n'est que le majordome.
   - Un monstre ! Glapit-elle en désignant l'énorme silhouette.

   Maëda laissa éclater un rire contagieux tout en prenant place autour de la table de marbre. Ignorant la réaction de Jin, la bête féroce disposa les tasses et un panier de biscuits avant de se diriger vers le vagabond, qu'il salua chaleureusement.

   - C'est bon de te revoir Al.
   - Gaël... Tu m'as manqué vieux loup.

   La créature se tourna ensuite vers Jin pour s'incliner, et elle la dépassait toujours d'une tête dans cette posture. Elle fut incapable de faire le moindre geste, tétanisée par l'apparence monstrueuse et sauvage du dénommé Gaëlios. Cependant ses manières imitaient celles d'un homme éduqué, et son grand regard jaune était dépourvu d'animalité. Il avait conscience de la peur qu'il inspirait chez la jeune femme, car il prit congé une fois le thé servi. Jin l'observa jusqu'à ce qu'il disparaisse sous l'arche du hall, pour ensuite se frotter énergiquement les yeux, craignant d'avoir été sujette à une hallucination. La voix profonde et apaisante de Maëda les invita à s'installer, puis il s'adressa directement à Jin afin de dissiper ses doutes.

   - Gaël a été victime d'une malédiction. As-tu déjà entendu parlé du Chat Errant et de son capitaine ?
   - Ne l'embête pas avec cette histoire. Intervînt Alestan. On a des choses plus importantes à traiter.
   - Je ne vais pas la laisser sans réponse. Contra le vieil homme.
   - Je n'en ai jamais entendu parlé. L'encouragea Jin.
   - Après la Guerre des Cent Jours, le capitaine Reis Wigbold entreprit d'explorer les Terres Extérieures à bord de son perce-nuage. Conta Maëda, les mains jointes sous sa barbe. Nul n'est jamais revenu d'un tel périple, en partie à cause de la brume qui entoure Alesta... Mais cela est aussi dû à la magie des Anciens Jours, qui affecte tout ceux qui entrent dans son champ d'action. Gaëlios était le second du capitaine Wigbold, et ses deux hommes sont les seuls survivants de cette exploration. J'ignore le ou les responsables de leur malédiction, mais Gaël m'a certifié avoir croisé de gigantesques reptiles volants, qui feraient passer un dragon pour un lézard insignifiant.
   - Ta comparaison tombe à l'eau vu que nous avons jamais rencontré de dragons... Soupira Alestan avant de se tourner vers Jin. Retiens simplement que Gaël est devenu un lycan après une aventure qui a mal tourné.
   - D'accord...

   Elle ne préféra pas s'attarder sur le récit abracadabrantesque, mais elle avait déjà eût l'occasion d'apercevoir quelques perce-nuages survoler le ciel de Shura. Ses bateaux célestes voguaient avec leur cargaison dans l'océan des cumulus et des nimbus, attisant les rêves des plus jeunes. Le royaume d'Albieros, au Nord d'Alesta, était le seul à connaître le secret de leur conception. Du moins avant la célèbre Guerre des Cent Jours, qui opposa les créateurs du perce-nuage à leur voisin d'Ademar, au cour des batailles aériennes les plus meurtrières des temps modernes. Un silence gênant s'instaura, et Jin pensa en être la cause, se réfugiant dans la dégustation de son thé aux feuilles de menthe, avec une pointe de miel. Le maître du manoir l'imita, son regard gris jonglant entre ses deux invités avec intensité. Alestan fut le premier à relancer la conversation, révélant la raison de sa venue.

   - Le coup d'état a échoué. Déclara-t-il avec gravité. Impossible de compter sur le soutien de Jelaka.
   - Les Elnaë seront donc livrés à eux-même. Regretta Maëda. La reine aura besoin de nous dans la guerre à venir.
   - Aucune nouvelle d'Albieros ?
   - Aucune. Confirma le sage. Les messages sont certainement interceptés avant d'arriver à destination.
   - Les frontières sont bouclées, des mercenaires pullulent dans les villages, et deux Novaë manquent à l'appel. Récapitula Alestan. Est-ce que Ren t'a contacté ?
   - Ils a lancé les soldats sur tes traces. Si tout se passe bien l'armée du duc de Suo sera désorganisée. Mais je crains que sa couverture au sein de l'Union soit découverte... Ce garçon prend des risques inconsidérés.
   - Sans oublier qu'il veut me tuer.
   - Je t'en prie, le moment est mal choisi pour vos querelles.
   - Je dis juste qu'il n'est pas digne de confiance. Insista le vagabond.
   - Il ne sème pas la mort à tord et à travers contrairement à toi. Répliqua froidement Maëda.
   - Qu'est-ce-que tu veux dire ? S'emporta Alestan. Tu crois que je le fais par plaisir ?
   - Tu sais très bien ce que je veux dire.
   - Comme si j'avais le choix... Pèses le poids de tes propres fautes avant d'en juger les miennes !

   Jin sursauta lorsqu'il se leva brusquement, jetant son sabre avec fracas sur la table avant de s'enfoncer dans l'obscurité du manoir. Maëda lui ordonna à plusieurs reprises de revenir, puis il s'excusa, sans succès. Son âge avancé semblait le rattraper, comme en témoignaient les rides creusant son visage fatigué, emplit de regrets. Jin hésita à rejoindre Alestan, mais la détresse du vieil homme la poussa à rester. Elle n'avait pas entièrement comprit leur conversation, mais l'évocation d'une guerre impliquant son pays suffit à la convaincre de la gravité de leur situation.

   - Un millénaire d'existence et je suis toujours incapable d'appréhender les relations humaines...
   - C'est peut-être... Ce qui fait leur charme.

   Elle avait prononcé ses mots d'une petite voix, dans une tentative d'alléger la tension embarrassante. Songeur, Maëda la dévisagea avant de reporter son attention sur le sabre noir. Il écarta la porcelaine brisée pour éponger le fourreau d'ébène, maniant l'arme avec un soin particulier. Ses doigts rongés par l'arthrose caressèrent la poignée, remontant jusqu'au pommeau en croissant de lune. Prenant son courage à deux mains, Jin tenta une autre approche, qui lui tenait particulièrement à cœur.

   - J'admire votre travail. Vous m'avez donné envie d'étudier.
   - C'est ce que j'ai toujours souhaité... Rien de plus. Confia-t-il avec mélancolie. Shura a perdu un grand forgeron après le décès de maître Kamo. Tu as appris chez l'un des meilleurs.
   - Je lui dois beaucoup.
   - Est-ce-que... Alestan t'a parlé de ce sabre ?
   - Il... Vaguement. J'ai vu tant de choses incroyables que j'ignore encore si tout ça est... Réel.
   - C'est parce que nous avons fait de notre mieux pour cacher au monde la vérité. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression que notre serment s'est transformé en malédiction.
   - Votre serment ?

   Pour toute réponse, Maëda retira le fourreau de l'arme d'un mouvement vif, révélant une lame sombre. Jin ne trouvait aucun mot pour décrire la matière dans laquelle elle avait été forgée, mais celle-ci ne brillait pas. Comme si le vide séparant les étoiles avait été précipité à l'intérieur du métal. Un fragment de pierre écarlate, semblable à un rubis, apparaissait discrètement au dessus de la garde. Il dégageait une faible lueur, de plus en plus intense tandis que ciel commençait à s'assombrir. L’admiration de Jin s'estompa pour laisser place à un malaise grandissant. Une brise légère, si discrète qu’elle semblait être le fruit de son imagination, la fit frissonner. Il lui sembla même que, dans le silence étouffant qui s'était installé, un murmure s'échappait du sabre. Une odeur putride remontait du sol lorsque Maëda rengaina la lame ténébreuse, et l'inquiétante atmosphère disparut aussitôt. Jin demeura un moment nauséeuse, s'obligeant à détourner les yeux du sabre. Les images des tableaux repoussant et de l'ombre du miroir lui revenaient en mémoire, tout comme les paroles d'Alestan.

   « Héritier de la Lame Morte, la Septième et dernière Clef du Cœur d'Hekaïm. »

   Une fresque cyclopéenne apparut l'espace d'un éclair dans l'esprit de Jin. Un monde oublié, une catastrophe, un forgeron immortel, sept gardiens, une guerre à venir. Le regard cendré de Maëda la fixait intensément, et sa voix rocailleuse s'éleva avec gravité.

   - Il y a longtemps, une cité en ruine fut découverte sous les montagnes des Terres Gelées. La technologie qu'elle renfermait dépassait de loin nos connaissances, mais l'objet qui attisa le plus la curiosité des explorateurs fut une gemme pourpre, enfouie au plus profond de l’abîme. Hélas... Aucun n'arriva à décrypter les symboles qui couvraient le tombeau de cet artefact. Nous aurions alors évité l'un des pires drames de notre histoire.
   
   Jin buvait les paroles du vieil homme avec un mélange de fascination et de terreur. Ses doigts tremblaient légèrement autour de sa tasse, tandis que les mains de Maëda étaient crispées sur la poignée du sabre. Il poursuivit son récit sur un ton plus faible, comme si ses paroles risquaient d'invoquer une calamité.

   - Quelque chose dormait dans cette pierre. Une chose qui ne devait pas être réveillée... Un esprit ancien, qui répondait au nom d'Hekaïm. Son éveil fut suivit par de nombreux autres, et rapidement Alesta sombra dans un âge ténébreux. Les Siècles Obscurs, lorsque la cité noire planait dans le ciel, étendant son ombre sur les terres des hommes. Du haut de sa forteresse, Hekaïm terrassa ceux qui osaient s'opposer à lui. La gemme nourrissait son pouvoir, et celui-ici était suffisamment destructeur pour anéantir un royaume. Tout semblait perdu... Jusqu'à notre ultime offensive. Elle nécessita l'alliance des dernières forces de l'humanité, dans la vallée de l'Argos, où se trouve aujourd'hui la Mer Intérieure.

   Il fit une pause, un rictus d'affliction gravé sur son visage. Jin avait déjà entendu parlé d'un grand royaume désormais enfouit sous les eaux. L'un des détails concernant le peuple qui y vivait lui échappait, mais sa réflexion s'interrompit à la reprise du récit.

   - Tous ces hommes et ces femmes se sont sacrifiés pour créer une simple diversion... C'est grâce à eux que sept guerriers ont réussi à s'introduire dans la cité noire pour assassiner Hekaïm.
   - Les Novaë. Devina Jin. Les Gardiens d'Alesta.
   - Ephaïr du Rocher de l'Aigle, Lëome aux cheveux ardents, Halfael des Rivages Blancs, Agata du Croissant de Lune, Gildaë des Landes du Tigre, pour finir par moi-même et mon frère Apolys, chevaliers d'Aënor.
   - Le royaume des Yeux d'Argents...

   La légende prenait vie sous le regard de Jin, émue de se trouver en présence d'un tel personnage. Les fables de son enfance prenaient une toute autre dimension, et elle remercia le ciel d'avoir croisé la route d'Alestan.

   - Hekaïm fut vaincu, et sa cité alla s'écraser dans les Gorges d'Elaris, au-delà de la Baie des Sirènes.
   - C'est étrange, mais le nom me dit quelque chose...
   - Le siège de l'Union des Cinq Royaumes se trouve désormais à cet endroit, qu'ils ont rebaptisé la Terre Neutre. L'informa Maëda. Ils n'ont pas souhaité prendre en compte mon avis sur le sujet.
   - Vous voulez dire... La pierre se trouve toujours...
   - Non. La rassura-t-il. Le Cœur d'Hekaïm fut brisé en sept fragments. Tu as aperçu l'un d'eux tout à l'heure.

   Jin jeta un œil craintif au sabre d'Alestan, et le souvenir de l'ombre du miroir lui procura un frisson désagréable. La réputation du forgeron trouvait une tout autre explication, et elle était encore loin d'imaginer les conséquences qu'impliquaient les actions de Maëda.

   - Le pouvoir de la pierre, même une fois divisée, eût de lourdes répercussions sur mes camarades et moi-même. Notre temps s'était figé. Sans cesse, elle cherche à se recomposer, car l'esprit d'Hekaïm subsiste au sein de chaque fragment. Afin de le contenir, j'ai forgé les sept sabres avec l'aide des autres gardiens. Nous avons fait le serment de les garder éloignés les uns des autres. Au fil des siècles, l'humanité s'est reconstruite, et l'histoire est devenue une légende, jusqu'à être oubliée par la majorité des gens.
   - J'ai l'impression qu'il manque des éléments, ou vous avez peut-être oublié consciemment de les évoquer.
   - Il y a certaines choses qu'il vaut mieux découvrir par soi-même.
   - Donc Alestan...
   - Il a hérité de mon fardeau. Termina Maëda. Tout comme ma fille en hérita avant lui. D'ailleurs... Si je peux te demander une faveur, dis-lui de me retrouver près de l'Arbre aux Corbeaux lorsqu'il sera calmé. Il est certainement dans la bibliothèque du deuxième étage.

   Bien qu'il ne fit pas sa requête sous la forme d'un ordre, Jin comprit que le vieux maître souhaitait être seul. Son récit avait sans doute ravivé des souvenirs douloureux, et elle n'était de toute manière pas prête à entendre d'autres révélations. L'après-midi touchait à sa fin tandis qu'elle passait sous l'arche du manoir. Jin était épuisée, mais le phylactère gravé lui parut cette fois-ci plus clair, tout en étant encore plus menaçant.

   « Du feu de l'Eau Céleste naquit l'instrument de la fin des temps. »

   Elle se demanda si la pierre de la légende n'était pas en réalité une larme tombée du ciel. Une larme brûlante, écrin de la tristesse des étoiles.


« Modifié: mai 27, 2017, 03:27:51 am par Alestan »