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Hou Son Mei Tong

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About Hou Son Mei Tong

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    Pirate
  • Birthday 03/26/1992
  1. Chapitre V : Réminiscences Charles flotte dans les airs. Tout est blanc autour de lui. Il ne ressent rien, pas la moindre douleur, pas la moindre démangeaison. Puis, petit à petit, des images commencent à se matérialiser autour de lui. Une porte, gigantesque, se dessine. Composée de deux piliers surmontés de sculptures représentant quatre flambeaux et un sablier, l'entrée impose le respect. Le ciel grisâtre se reflète sur les pierres blanches composant le mur d'enceinte. Une longue file de personnes habillées en noir entrent en silence dans le cimetière du Père-Lachaise. Il fait froid. Les températures semblent basses pour un mois d'Octobre à Paris. Les oiseaux sont étrangement silencieux. Mais qu'est ce que je fais ici, en plein territoire de la Fédération Européenne ?, se demande l'inspecteur. D'ailleurs, il regarde la procession d'un œil extérieur. Il ne possède même pas de corps. De grosses goûtes tombent du ciel. Il pleut sur la ville comme un saule pleure sur une tombe. Les innombrables sculptures du cimetière se revêtent d'une fine couche d'eau semblable à du cristal, reflétant la lumière du jour. La procession s'arrête devant un caveau familiale. Malgré le bruit de la pluie, on entend les pleurs d'une famille en deuil. Bizarrement, Charles ne distingue aucun visage. L'endroit lui est pourtant familier. Les noms gravés dans le marbre du caveau ne lui apparaissent pas. Soudain, un homme à forte stature se positionne juste devant l'entrée de la sépulture. Une aura intimidante se dégage de sa personne. C'est un membre des forces spatiales européennes et à en croire ses habits, il commande son propre vaisseau de guerre, classe Marguerite. Mais c'est étrange. L'inspecteur Du Hautoy connaît ce capitaine. Mon… frère ?, s'interroge le quinquagénaire Suite à cette illumination, les visages de toutes les personnes présentes lui apparaissent. Du Hautoy reconnaît nombre des membres de sa famille : son frère cadet militaire, sa sœur artiste, ses cousins et… Mais je rêve !, se dit Charles Son ex-femme et ses trois enfants rendent un dernier hommage devant la tombe. Cela doit bien faire cinq ans qu'il ne les a pas vu. Sophie, sa fille cadette, a désormais dix huit ans. Elle est devenue une belle jeune femme pleine de vie et d'énergie. Ses yeux verts émeraude sont rougis par les larmes. Juste à côté d'elle, François, son frère de vingt et un ans, fournit un effort conséquent pour ne pas éclater en sanglots. Lui aussi est devenu quelqu'un d'admirable. Il est beaucoup plus mature mais son regard reflète une profonde tristesse. Et enfin, Louise, la fille aînée de Charles qui doit avoir fêté ses vingt cinq ans, pleure en silence. La dernière fois que le quinquagénaire l'a vue, elle entamait sa troisième année d'étude de médecine. Depuis toute petite, la jolie blonde voulait devenir chirurgienne et sauver des vies. L'inspecteur tourne son regard sur son ex-femme. Il se remémore leur rencontre, dans une soirée entre amis alors qu'ils étaient tous les deux étudiants et à quel point il l'avait trouvé belle alors qu'il l'avait invité à danser. Lucie Du Hautoy éclate à son tour en sanglots. Il n'y a personne à ses côtés. Tiens, c'est étrange, pense Charles. Je croyais qu'elle s'était remariée. Le quinquagénaire se rendit compte alors de quelque chose. Il peut désormais lire les lettres gravées dans le marbre du caveau des Du Hautoy. Une nouvelle ligne y a été ajoutée : « Ci-gît Charles Du Hautoy 15 Août 2295 – 5 Octobre 2345 ». Tout d'un coup, la vision de l'inspecteur se trouble. *** Titania Andromède fait face à la porte blanche de la chambre G-385. Elle tient un bouquet de fleurs synthétiques entre les mains. La jeune martienne hésite. Elle matérialise un écran virtuel dans son environnement de Réalité Augmentée. L’hôpital du secteur vingt quatre est vraiment gigantesque. On peut s'y perdre facilement si l'on n'est pas un habitué des lieux. D'après les informations glanées par son I.A. de soutien, Charles Du Hautoy ne s'est toujours pas réveillé. Cela fait trois jours qu'il est plongé dans le coma, trois jours que Titania se rend quotidiennement dans la chambre G-385. La policière souffle un bon coup avant de passer sa main sur le senseur d'identification. La porte s'ouvre presque immédiatement. La jeune femme jette un œil dans la pièce. Celle-ci est spartiate. On y trouve une fenêtre donnant sur l'un des rares parcs de verdure des souterrains de Borealis. Sur la droite, une petite table avec une multitude de bouquets synthétiques fait face au lit de l'inspecteur. Lorsqu'elle aperçoit son coéquipier, son cœur se serre dans sa poitrine. Charles est sous perfusion. Des bandages et des couches de gels médicaux recouvrent une bonne partie de son crâne. Il a dû subir une opération assez lourde pour que sa boîte crânienne fendue soit réparée. Heureusement pour lui, son cerveau a été miraculeusement épargné par les morceaux de permabéton qui l'ont atteint à la tête. Comme à son habitude, Titania s'assoit sur un petit tabouret à côté du quinquagénaire. Si elle est toujours en vie aujourd'hui, c'est bien grâce à lui. Ce terrien a risqué son existence pour sauver la sienne. La jeune martienne ne l'oubliera jamais. En silence, elle continue d'observer le visage détendu de son collègue. Elle sent monter en elle une colère indomptable. Quelque soient les types qui les ont attaqué, ils vont amèrement le regretter. Elle s'en fait la promesse. Soudain, les paupières de Charles se mettent en mouvement. L'inspecteur ouvre les yeux avec difficulté. Malgré la lumière tamisée, il est aveuglé. Les effets de l'hypermorphine se font toujours sentir. Il a l'impression de planer en haute atmosphère. Il tente de se mouvoir. Ses muscles sont douloureux. - ...autoy… tendez ? … moi … naissez ? Le quinquagénaire tourne sa tête dans la direction des sons diffus qu'il entend. Une silhouette floue auréolée de lumière blanche est penchée vers lui. Le terrien secoue négligemment sa tête. Très mauvaise idée. Une forte migraine l'assaille aussitôt. Il grimace. Mais où suis-je ?, se demande-t-il. Tout d'un coup, les images deviennent nettes. Charles peut distinguer les formes et les couleurs. Ses sens lui reviennent petit à petit. - Inspecteur Du Hautoy, vous m'entendez ? C'est moi ! Vous me reconnaissez ? Le quinquagénaire regarde son interlocutrice d'un air atterré. Une jeune femme l'observe de ses yeux azurs. Ses cheveux blonds retombent avec magnificence sur sa poitrine. Son nez arlequin et sa peau reflétant la lumière des lampes plasmiques lui donnent l'air d'une déesse antique vénérée par les anciens peuples de la Terre. Des larmes coulent sur ses joues légèrement rouges. Brusquement, les souvenirs de Charles lui reviennent. - Il ne faut pas... se mettre dans des états pareils, mademoiselle Andromède, fait le terrien d'un voix tremblotante. C'est très mauvais pour le teint... Séchant ses larmes d'un revers de la main, la martienne ne lui répond pas tout de suite. Elle se contente de sourire. Un sourire qui lui remémore le visage de sa propre fille aînée. Bon sang, ce que sa famille peut lui manquer. - Vous êtes un sacré phénomène, finit par dire la policière. Si vous pouvez plaisanter, c'est que vous allez mieux... Je ne sais pas comment vous faites. Les médecins m'ont dit que vous n'avez jamais subi d'opération d'amélioration ou de traitement rajeunissant. Et vous arrivez malgré tout à encaisser tout ça. - C'est un choix de vie, lui répond le terrien. Lorsque mon corps me dira stop naturellement, je laisserai la place à la nouvelle génération que vous représentez. Charles s'interrompt. Il reprend son souffle. Il est encore très fatigué. Cela dit, il continue tout de même sur sa lancée : - Enfin, je dis ça, mais je ne suis pas encore au stade d'antiquité. Malheureusement pour vous, vous devrez me supporter encore un moment. Titania Andromède éclate de rire. La jeune femme ne s'est pas sentie aussi détendue depuis plusieurs jours. Elle met quelques dizaines de secondes à se ressaisir avant de déclarer : - Ne vous en faites pas, des antiquités comme vous, je peux les supporter un bon moment. L'inspecteur sourit. Un profond sentiment de soulagement l'envahit. Visiblement, sa coéquipière n'a pas démissionné. Son premier jour aurait rebuté nombre de nouvelles recrues. Mais c'est aussi ça la vie dans les souterrains : un milieu qui peut être à la fois insoutenable et impitoyable. Le terrien tente de se redresser, lui arrachant une grimace comique au passage. Il aperçoit les deux douzaines de bouquets de fleurs synthétiques sur la table de sa chambre. - Beaucoup de vos collègues sont venus vous rendre visite, répond la martienne à sa question silencieuse. Même Yamamoto et le technocybride Nikolaï se sont déplacés à votre chevet. - Nikolaï ? Ce Nikolaï ?, questionne Charles sur un ton sarcastique. - En chair et en os, conclut la martienne. Mais pour ma part, je le trouve plutôt sympathique. Le quinquagénaire arbore un large sourire. Nikolaï est le technocybride attitré du commissariat du secteur vingt quatre. Bien qu'il quitte rarement son poste de travail, c'est quelqu'un d'extrêmement compétant. La cybersphère est comme une seconde maison pour lui. - Oh oui, il est sympa… surtout avec les jeunes femmes, répond l'inspecteur en riant. Mais je vois que vous le connaissez maintenant. - On a passé pas mal de temps ensemble dont au moins deux nuits blanches, déclare la martienne. Charles arque un sourcil. - Eh bien, vous ne perdez pas votre temps !, finit-il par dire sur un ton plaisantin. Andromède se surprend à rougir. Visiblement, ledit Nikolaï ne semble pas la laisser indifférente. Du Hautoy se met à rire à gorge déployé avant de grimacer encore une fois. Ses mots de tête reviennent au pas de charge. Cela dit, la douleur se dissipe rapidement. - Vous allez bien ?, s'inquiète la jeune martienne. - Oui, oui, lui répond le terrien. C'est passé. Le silence retombe dans la chambre. Dehors, la lumière des lampes plasmiques devient bleutée. La nuit artificielle tombe dans les souterrains. Les rues et les corridors commencent à être bouchés par les différents véhicules des travailleurs qui rentrent chez eux. La policière finit par dire : - En tout cas, je ne sais pas ce que vous vous imaginez, mais il y a une raison si j'ai passé autant de temps avec Nikolaï. - Vous savez, vous n'avez pas à vous justifier devant moi, réplique Charles sur un ton amusé. - Nous avons mené des recherches et des traçages dans la cybersphère pour tenter d'identifier nos attaquants, déclare la martienne en faisant fi de la remarque de son coéquipier. Le quinquagénaire reprend son sérieux. Malgré la fatigue, il tente de se concentrer davantage. - Et qu'est-ce que cela a donné ?, demande-t-il. - Je préfère vous en parler une fois que vous serez en pleine possession de vos moyens, lui répond Titania. Il vaut mieux que vous vous reposiez, à présent. Alors qu'elle est sur le point de se lever, Charles la questionne une nouvelle fois : - Attendez un instant. Pouvez-vous me dire si la situation entre les souriceaux et les têtards s'est dégradée ? Titania Andromède ne lui répond pas tout de suite, restant silencieuse un petit moment. Durant ces quelques secondes, le terrien imagine les pires scénarios. À en croire le visage préoccupé de sa coéquipière, le secteur vingt quatre est peut-être en train de connaître une série de violences comme ce fut le cas lors de la Guerre des Six Mois. La technocybride finit par lâcher : - En réalité, la situation est plutôt stable. Suite à notre agression, la directrice Yamamoto est entrée dans une colère noire. Nikolaï m'a dit qu'il ne l'avait jamais vu aussi énervé. Elle a ordonné un couvre-feu dans tout le secteur. Les forces spéciales ont déployé des dizaines de blindés et effectuent des patrouilles régulièrement. Avec ça, la Grenouille et The Mouse se font plutôt discrets… Cependant, je ne pense pas que nos effectifs pourront maintenir une telle cadence de travail bien longtemps. Le quinquagénaire pousse un soupir de soulagement. Même si ce n'est que provisoire, la directrice a pris les décisions qui s'imposent pour éviter un embrasement généralisé du secteur vingt quatre. Charles se laisse retomber sur le coussin en biofibre extensible si moelleux qu'il pourrait s'y endormir presque instantanément. Mais de nouveaux souvenirs refont surface. L'inspecteur se revoit interroger le témoin du meurtre du têtard. Un témoin qu'il connaît très bien. - Et Kira ?, fait-il d'une petit voix. Comment va-t-elle ? Titania regarde son coéquipier avec un air attendrissant. Sans dire un mot, elle se met à pianoter dans les airs sur des commandes holographiques qu'elle seule peut discerner dans son environnement de Réalité Augmentée. Au bout d'une vingtaine de secondes, elle ferme ses ports informatiques et se déconnecte du Réseau local. Je suis vraiment devenue parano, se dit-elle. Mais comment ne pas l'être avec ce que j'ai découvert récemment ?… La jeune martienne pointe les bouquets de fleurs synthétiques. - Elle est venue vous rendre visite à plusieurs reprises, finit-elle par déclarer. Et à chaque fois, elle vous a apporté des fleurs. Cette petite tient vraiment à vous. - Oui, je sais, lui répond le terrien. J'espère qu'elle ne sera plus embarquée dans cette histoire. Le silence retombe dans la pièce. Titania continue de fixer son coéquipier. Ce dernier a le regard dans le vague. Visiblement, il se remémore quelque chose. Intriguée, la technocybride demande : - La dernière fois que nous en avons parlé, nous avons été interrompus… Je vous repose donc la question : quelle votre relation avec Kira, exactement ? Charles se tourne vers la jeune femme. Il la prévient : - C'est une assez longue histoire, vous savez. Vous avez du temps devant vous ? - Toujours, lui répond la martienne. - Dans ce cas… Le quinquagénaire prend son temps avant de dire quoi que ce soit. Il remet de l'ordre dans ses pensées. Des souvenirs douloureux remontent à la surface, des images qu'il aurait bien voulu oublier. Soufflant un bon coup, Charles Du Hautoy débute son récit : - C'était pendant la guerre, deux mois après mon arrivée sur Mars. Une armure cybernétique à ma taille avait enfin été construite et je pouvais désormais aller au casse-pipe avec mes collègues des forces spéciales. Et que dire de ma première mission ?… À mesure qu'il parle, l'inspecteur se remémore ses moindres faits et gestes qu'il a effectué ce jour là, cinq années auparavant. Ses souvenirs sont toujours aussi vivaces et les images sont aussi nettes que précises. Son regard se perd dans le vague. *** - Clear !, déclare Titus Cmatic. - Clear !, lui répond à son tour le terrien de quarante cinq ans. - Clear !, fait le sergent Juan Larmonius. Les trois hommes en cyber-armure avancent en formation. Leurs fusils d'assaut polyvalent à bobine accélératrice sont déployés. Ils ont la boule au ventre. Cela fait presque trois heures qu'ils arpentent le secteur B-26 sans avoir rencontré le moindre signe de vie. La plupart des lampes plasmiques sont hors service. Et les rares qui n'ont pas encore été atteintes par un projectile fonctionnent par à coups. Les habitations et les loges troglodytiques sont criblées de balles. Les gravats traversent certains hologrammes publicitaires qui sont toujours actifs. C'est un véritable spectacle de désolation qui s'offre à leurs yeux. - On s'approche de la zone en quarantaine, commente l'agent Cmatic. Passez en circuit fermé. - Bordel, fait Juan. On ne voit même pas un putain de rat. C'est mauvais signe. - Les scanners ne détectent toujours rien, renseigne Charles. Le groupe continue sa progression. Leur équipement leur assure une réserve d'air de quinze heures, ce qui est largement suffisant pour une opération de reconnaissance. Au bout d'un moment, les trois membres des forces spéciales se retrouvent face à une porte massive. Charles redémarre son environnement R.A. Visiblement, le Réseau fonctionne encore dans les parages. Il tente de se connecter à la résidence d'habitations troglodytiques, située derrière l'entrée blindée. Accès refusé. Restons zen, restons zen… se dit le terrien. - Ça donne quoi ?, demande Juan Larmonius - Rien de probant, lui répond Du Hautoy. La cyberattaque a fait de lourds dégâts et le système s'est coupé de tout lien externe. Je ne peux même pas avoir accès aux caméras de sécurité. - On va devoir employer la manière forte, dit alors Cmatic. Sans ajouter un mot, Titus se dirige vers la porte blindée. Sous les yeux hallucinés du terrien, l'agent des forces spéciales donne de puissants coups dans l'entrée. Son exosquelette avec ses vérins hydrauliques et ses composants cybernétiques couine sous l'effort demandé. Au bout d'une trentaine de secondes, la porte cède dans un craquement métallique. Juan hausse les épaules. - On a connu plus subtil, mais le résultat y est, commente-t-il. - Allez, on y va, ordonne Titus. La zone résidentielle dans laquelle pénètre le groupe est censée être contrôlée par la Grenouille et épargnée par les combats. Pourtant, il fait noir. On n'y voit strictement rien. Les policiers allument les lampes de leurs fusils d'assaut et de leurs casques. Tout le secteur est privé d'énergie. Même le ronronnement rassurant des systèmes de ventilation ne se fait plus entendre. Il y règne un silence oppressant, un silence de mort. - Ohé ! Il y a quelqu'un ?, se met à crier Juan Larmonius. - Les scans ne donnent toujours rien, lui dit Charles. - Je sais, je sais, lui répond le sergent des forces spéciales. Mais ça me calme un peu… - En tout cas, il n'y a toujours aucun cadavre en vue, déclare le terrien. Peut-être qu'ils ont évacué avant l'attaque, tout compte fait. - Cela m'étonnerait, réplique l'agent Cmatic. Nous n'avons reçu aucun réfugié venant de cette zone. Tout d'un coup, un écran virtuel se matérialise à un mètre devant le visage du terrien dans son environnement R.A. Son Intelligence Artificielle de soutien l'avertit que les niveaux de gaz toxiques deviennent critiques. - Merde, fait Juan. Les gaz n'ont pas été évacués. - Les systèmes d'aération ont été stoppés juste après leur diffusion me semble-t-il, lui répond Titus. - Quels putains d'enfoirés !, commente Juan. Charles se sent mal. Plus il avance, plus ses pas lui semblent lourds et maladroits. Son groupe va bientôt déboulé dans un des corridors principaux de la zone résidentielle. Ledit corridor doit donner, d'après son plan holographique, sur un petit espace vert où les arbres sont alimentés par des solutions salines. Le terrien n'a pas envie d'avancer. Tous ses sens le lui disent. Une scène terrible l'attend dans cette petite avenue. C'est Juan qui découvre le carnage en premier. Lui qui est si prompt à fanfaronner a maintenant les jambes qui flanchent. Il est vite rejoint par l'agent Cmatic et Charles. Sous la lumière de leurs lampes frontales et des diodes luminescentes de leurs fusils d'assaut, les corps ensanglantés des civils se dévoilent. Ils en voient des dizaines. Peut-être même des centaines. Tous ont subi des hémorragies majeures. Leur sang séché a dégouliné par tous les orifices : les yeux, le nez, la bouche et sans doute ailleurs aussi… Les victimes arborent des visages torturés par la souffrance, se tenant le ventre ou la tête dans un ultime sursaut. Les gaz ont littéralement liquéfié plusieurs de leurs organes internes. L'escouade d'exploration poursuit sa marche en silence, dévoilant à chaque pas une nouvelle tragédie. Ici, une mère qui tient son enfant à l'agonie dans ses bras. Là, un couple qui se fait face pour l'éternité. Le terrien se retient de vomir. Les trois hommes en cyber-armure arrivent près du petit parc de verdure, au centre de la zone résidentielle. Tous les végétaux ont perdu leurs feuilles. Le bois de leur tronc est attaqué par les composés chimiques. Les résidences troglodytiques sont devenues une crypte des plus sinistres. - Combien de personnes vivaient ici ?, demande Titus d'une voix emprunte d'émotion. - La dernière estimation faisait état de plus de six milles cinq cents personnes, lui répond Charles. À l'entrée du parc, le groupe des forces spéciales remarquent des piles de corps portant une armure énergétique. Le terrien éclaire le logo de leurs cyberprotections : des têtards. La plupart ont été exécutés. Visiblement, plus de deux cents combattants sont entassés là, comme de vulgaires ordures. Brisant le silence, l'agent Cmatic déclare : - Bon, allons réalimenter la zone en énergie et redémarrons les systèmes d'aération… Bon sang, les nettoyeurs vont avoir du pain sur la planche. Du Hautoy et Larmonius n'ajoutent aucun commentaire. Ils suivent Titus sans rien dire, évitant de braquer la lueur de leurs lampes sur les cadavres qu'il croisent. Au bout d'une dizaine de minutes, ils arrivent au poste de contrôle des systèmes de survie. Un violent combat s'est déroulé dans ces lieux. Les murs en permaton des couloirs sont largement criblés de projectiles en tout genre. Les portes blindées ont toute été défoncées à l'explosif lourd. Et enfin, ça et là, des corps charcutés par des armes énergétiques ont parfois fusionné avec leur équipement. Certains sont réduits à un simple tas de viande sans forme précise. En vitesse et toujours en silence, les trois hommes relancent l'alimentation énergétique et les principaux systèmes de survie. On peut de nouveau accéder au Réseau. Le ronronnement rassurant de la ventilation se fait entendre. Les lampes plasmiques sont réactivées. - Bordel de merde, fait Juan. À travers les fenêtres en néo-polymère, l'escouade des forces spéciales a une vue globale sur la zone résidentielle. Mis à part quelques endroits localisés, il n'y a pas de trace de combat. Mais le spectacle qui s'offre à leur yeux glacerait le sang à n'importe quel soldat aguerri. Des cadavres. Des corps partout. Combien de personnes ont-elles payé le prix ultime aujourd'hui ? S'enfermant dans le silence, les trois hommes attendent patiemment que les gaz toxiques soient évacués. Pendant ce temps, l'agent Cmatic fait un premier rapport au P.C.. Charles, quant à lui, se connecte au Réseau. Il cherche dans les différents logs le déroulement de l'attaque. Après un premier assaut des systèmes informatiques de la zone résidentielle, les assaillants non identifiés se sont servis des systèmes d'aération pour diffuser très rapidement les gaz mortels. Une fois le processus terminé, ils ont coupé la ventilation et l'énergie. Simple et efficace. Il faudra que les technocybrides analysent les systèmes cybernétiques avec attention pour espérer trouver des indices sur ces bourreaux. Le terrien pousse un profond soupir. Il repense à la Terre, aux membres de sa famille qu'il a laissés là-bas pour les protéger. Au bout d'une demi-heure, son I.A. de soutien lui indique que l'air ambiant est de nouveau viable. Les trois membres des forces spéciales retirent leurs casques. L'atmosphère pue le sang et la mort. Soudain, un écran se virtualise dans l'environnement R.A. de Du Hautoy. Les scanners ont repéré deux signaux biométriques dans un complexe d'habitation. - J'ai trouvé deux survivants au niveau des Balcons de l'Olympe ! s'écrie le terrien, enthousiaste. Sans attendre, l'escouade se précipite au complexe. Une douzaine d'heures s'est écoulée depuis l'attaque. Les rescapés doivent être très mal au point, surtout avec les systèmes de survie hors service pendant une longue durée. Il faut presque vingt minutes aux trois membres des forces spéciales pour atteindre l'appartement d'où les signaux ont été localisés. Rapidement, Titus Cmactic éventre la porte d'entrée. Les hommes en cyber-armure pénètrent dans l'habitation avec appréhension. Les lumières s'allument à leur passage. Ils découvrent deux adultes dans le salon. Une femme et un homme d'une trentaine d'années. Morts. Charles chasse en vitesse ces images d'épouvante de son esprit et continue d'explorer le reste du logement. Les signaux se rapprochent. Dans une des chambres, il tombe sur une porte mécanique fermée. Impossible de l'ouvrir en utilisant le Réseau. Très vite, il est rejoint par ses deux collègues martiens. - D'après les scans, les rescapés se trouvent derrière cette porte, déclare Du Hautoy. - Y'a quelqu'un ?! s'écrie Juan Larmonius. Pas de réponse. L'agent Cmatic analyse rapidement l'entrée avant de la forcer en évitant de propulser des éléments métalliques. La porte finit par s'ouvrir. Derrière, trois enfants se sont réfugiés pour échapper aux gaz, leur tête emmitouflés dans des vêtements synthétiques. L'un d'entre eux, un petit garçonnet de quatre ans, est décédé. Les deux autres, une fille de onze ans et un autre garçon de huit ans sont inconscients. Ce dernier est mal au point. Du sang coule abondamment de son nez et de sa bouche. Il n'en a plus pour très longtemps. - Médipack, vite ! ordonne Titus. Charles détache de son dos une mallette contenant une I.A. d'intervention d'urgence, des nanites médicaux et des gels de soin. Alors qu'il mène les gestes de premiers secours avec ses deux collègues, le terrien se surprend à prier en son for intérieur. Mon Dieu, faites qu'ils s'en sortent. Que notre expédition sauve au moins quelques vies…
  2. Chapitre IV : Au cœur de la cybersphère Stress. Choc émotionnel. Sous les yeux hallucinés du terrien, à travers ses lunettes R.A., le monde change d'humeur et de couleur. Il s'assombrit. L'espace se déforme. Le spectre lumineux des lampes plasmiques dévie vers le bleu. Les hologrammes disparaissent. Les textures des murs se couvrent de suites de un et de zéro. Ces successions de chiffres deviennent de plus en plus petits jusqu'à se transformer en de minces filaments cyans. Puis, sortant de nulle part, des cubes bleutés de différentes tailles apparaissent soudainement. La cybersphère se mêle à la réalité. Cet espace le plus profond du Réseau se dessine sous le regard de l'inspecteur. Seuls les technocybrides peuvent normalement y accéder, manipulant directement les paquets et les trames d'information via l'interface neuronale de leur cybercerveau. Mais naviguer dans le monde des intelligences artificielles n'est pas sans risque. Cela requiert un entraînement particulier et les technocybrides peuvent y perdre la raison s'ils n'y prennent pas garde. Tout comme certains autistes férus de mathématiques voient les opérations et les chiffres comme autant de formes et de couleurs mentales, l'interface neurale des technocybrides construit une représentation psychique des données informatiques dans l'esprit de leur propriétaire. Ces plongeurs de la cybersphère ont alors la possibilité d'évoluer dans ce monde virtuel tout comme les humains lambda le font dans la réalité. Cela dit, Charles n'a jamais entendu parlé que des individus ne possédant pas de cybercerveau puissent avoir un aperçu de la cybersphère et ce, juste à travers de simples lunettes de Réalité Augmentée. Petit à petit, des milliers de liens se créent et disparaissent entre les formes cubiques bleutées. Le terrien suppose qu'il est en train d'observer les systèmes et les serveurs cybernétiques du nœud local du Réseau. Il jette un coup d’œil à sa coéquipière. Agenouillée, cette dernière tient toujours sa tête entre ses deux mains. Elle semble souffrir terriblement. Alors que Du Hautoy s'apprête à lui porter secours, un hologramme aux allures fantomatiques apparaît dans son champs de vision, à vingt mètres juste devant lui. L'inspecteur plisse les yeux. Il distingue deux bras, deux jambes mais pas de visage. La forme humaine est de couleur blanche et semble immatérielle. Elle est immobile. Instinctivement, le terrien se tient prêt à dégainer son pistolet lourd, bien qu'il sache pertinemment que ses tirs n'auront aucun effet. Quelques secondes s'écoulent avant que l'hologramme translucide n'effectue un premier geste. Dans les mains de la forme fantomatique, un longue épée légèrement courbée se matérialise. La lame de l'arme semble étinceler de mille feux. Un katana ?, se questionne le terrien. Tout d'un coup, en un battement de cil, l'hologramme humaine de deux mètres cinquante se téléporte à moins d'un mètre du terrien, brandissant son arme de mêlée. D'un geste instinctif, Charles se protège le visage alors que la longue lame s'abat sur lui. Mais à sa grande surprise, le katana le traverse de part en part sans difficulté, et sans qu'il ne souffre d'aucune manière. Les attaques immatérielles n'ont pas de prise sur son corps ancré dans la réalité. Ce n'est qu'en entendant le cri terrible lancé par sa coéquipière que Du Hautoy comprit qu'il n'était pas la cible de l'attaque. Derrière lui, fauchée de plein fouet, Titania perd connaissance. L'agresseur se téléporte à nouveau à vingt mètres devant les deux policiers. Son attitude suggère qu'il va lancer une seconde attaque. Soudain, une demi sphère dorée parcourue de zébrures jaunes extrêmement lumineuse se matérialise, entourant les deux policiers du secteur vingt quatre. - Mais qu'est ce que… commence l'inspecteur alors qu'il lève les yeux. Juste à ses côtés, se tient debout sa collègue, Titania Andromède. Ou plus précisément, c'est l'hologramme de la martienne qui le surplombe du haut de ses deux mètres trente. La policière fixe sans sourciller leur adversaire. Ce dernier assène des coups sans relâche sur le dôme doré. Chacune de ses attaques est repoussée violemment dans une déflagration numérique étincelante. Charles regarde à ses pieds. Le corps physique d'Andromède est toujours là, immobile, comme si sa collègue était plongée dans un profond coma. Le terrien pousse un soupir avant de déclarer : - Vous ne m'aviez pas dit que vous étiez une technocybride, Titania. - Nous avons tous nos petits secrets, Charles, lui répond-t-elle à travers son avatar holographique. Alors que les attaques contre le dôme protecteur doré augmentent en intensité, la martienne finit par dire : - Ça ne va pas tenir très longtemps… - Il n'y a aucun moyen de contacter le commissariat ou d'autres équipes en renfort ? - Non, lui répond la jeune femme. L'espace autour de ce nœud local du Réseau a été mis en quarantaine. Il est impossible de communiquer avec qui que ce soit… Charles retire un instant ses lunettes R.A.. On n'y voit plus rien. Les rues et les corridors du secteur sont complètement plongés dans le noir. Les lampes plasmiques sont toutes éteintes. À plus de cent mètres de sa position, l'éclairage est en revanche fonctionnel, signe qu'un autre nœud du Réseau semble être en charge de cette partie du secteur. L'inspecteur remet ses lunettes. - On dirait que l'attaque informatique ne touche pas les zones d'influence des autres nœuds du Réseau, commente le terrien. - Cela ne m'étonne guère, lui répond sa collègue. C'est déjà un exploit technique que d’avoir pu pirater un seul nœud. Le type qui nous fait face n'est pas n'importe qui… à supposer que ce soit bien un humain… - Ce n'est pas très encourageant… - En effet, déclare la martienne sur un ton sarcastique Le dôme s'illumine encore un peu plus. La fréquence des attaques à son encontre augmente considérablement si bien qu'il devient impossible pour l’œil humain de toutes les suivre. En plus des coups donnés avec son arme de mêlée, l'avatar translucide semble aussi contrôler des plate-formes volante de tir. - Qu'est ce qui peut bien le pousser à nous attaquer ? Se demande à haute voix l'inspecteur. - Il doit sûrement en vouloir aux données stockées dans mon cybercerveau, lui répond Titania. Ses premières attaques ont violemment ébranlé mes pare-feux et anti-virus. C'est comme si on vous donnait des coups de marteau dans votre propre crâne. - Et il y a un moyen de s'échapper de ce bourbier ? - Comme vous ne possédez aucun port d'entrée à la cybersphère, l'attaquant ne peut rien contre vous. Je ne peux pas en dire autant en ce qui me concerne… Si seulement mon corps physique pouvait être transporté hors de la zone d'influence de ce nœud du Réseau, il ne serait plus en mesure de m'attaquer comme il le fait actuellement. - Je vois. Le terrien réfléchit à toute vitesse. La zone d'influence de l'autre nœud du Réseau ne se trouve qu'à cent mètres de leur position. Depuis qu'il se trouve sur Mars, Charles n'a cessé de faire du sport tous les jours et d'utiliser des appareils qui entretiennent sa masse musculaire ainsi que sa structure osseuse. Ainsi, s'il devait retourner sur Terre, il n'aurait besoin que de quelques jours pour se réhabituer à la gravité terrestre. Il pourra donc transporter sa collègue sans difficulté afin de la mettre à l'abri, cent mètres plus loin. Cela dit, il lui faudra un peu de temps. - Titania, fait-il. Si vous deviez retenir ce type pour éviter qu'il ne s'attaque à votre corps physique, vous tiendriez combien de temps ? L'avatar d'Andromède se tourne vers le quinquagénaire, interloquée. - Où voulez-vous en venir, Charles ?, lui dit-elle. - Eh bien, je suis terrien et je me maintiens en forme. Il me faudra moins d'une vingtaine de secondes pour vous transporter vers la zone d'influence du nœud suivant. Est ce que vous pensez pouvoir lui faire face durant ce laps de temps ? - Au train où vont les choses, nous n'avons pas vraiment le choix, conclue-t-elle. Dites-moi lorsque vous serez prêt à sprinter. - OK, répond du Hautoy. Toute la difficulté de l'affaire réside dans le transport du corps physique de Titania. Ce dernier a une masse d'environ quarante cinq kilogrammes. Mais sur Mars, compte tenu de la gravité trois fois plus petite que celle de la Terre, le poids d'Andromède est également trois fois inférieur à celui qu'il pèserait sur la planète bleue pour cette même masse. En ce qui concerne Charles, le problème vient donc surtout de la grande taille de la jeune demoiselle. Il finit tant bien que mal par la hisser sur son dos en tentant de ne pas laisser traîner les jambes de la martienne. Hors contexte, on aurait dit un mauvais numéro d'équilibriste qui prêterait à rire. Malheureusement pour lui, Charles ne devra surtout pas perdre l'équilibre au risque de blesser gravement sa collègue et de la laisser sans défense aux mains de leur adversaire. - Je suis prêt, finit par dire l'inspecteur. C'est quand vous voulez. - À trois, lance l'avatar de la martienne. Un… Deux… Trois. Brusquement, le dôme de lumière dorée disparaît. Titania commence sa contre-attaque. Des dizaines de filaments violacés partent de son avatar pour se lancer à l'assaut de l'hologramme translucide de leur attaquant. Ils vont si vite que Charles ne peut pas les suivre du regard. Parallèlement, trois sphères de couleur bleue s'élèvent à trois mètres au-dessus du terrien. Ils ouvrent le feu sans discontinuer sur les plate-formes volantes adverses qui répliquent instantanément. C'est un véritable spectacle pyrotechnique qui se déploie sous les yeux du quinquagénaire. Des projectiles lumineux partent dans tous les sens, détruisant certains cubes bleutés qui disparaissent dans des déflagrations numériques. Mais le terrien n'a pas le temps d'admirer ce duel de technocybrides. Il s'élance vers la zone d'influence du second nœud. Faisant des bons de plus de quatre mètres, Charles du Hautoy augmente sa vitesse. À chaque pas, à chaque nouveau saut, il a l'impression qu'il va perdre l'équilibre. Mais il parvient toujours à bien se réceptionner. La limite floue de l'aire d'influence du second nœud du Réseau se rapproche. Plus que vingt mètres. Plus que cinq sauts. Tout d'un coup, un filament rougeâtre se dirige vers lui à toute vitesse. Sans appuie au sol, voltigeant dans les airs, il n'a aucun moyen de l'éviter. Merde !, se dit-il. Alors que le filament est sur le point de toucher la martienne, un mur bleuté apparaît soudainement. Le filament le percute de plein fouet, provoquant une explosion de mille couleurs. - Fonce, Charles ! Fonce !, hurle l'avatar de la martienne. Le quinquagénaire reprend ses esprits. En quelques secondes, il finit d'effectuer les cinq sauts qui le sépare de la seconde zone d'influence. Lorsqu'il pénètre dans le périmètre du second nœud du Réseau, il est aveuglé. Déséquilibré, le terrien trébuche. Du Hautoy et sa collègue martienne s'étalent de tout leur long sur le sol jaunâtre, sous la lumière des lampes plasmiques. Rapidement, Charles se relève avant de se diriger vers la jeune femme blonde. - Titania !, lance-t-il. Vous allez bien ? La martienne ne lui répond pas tout de suite. Elle peine à ouvrir ses yeux avant de se tenir la tête dans sa main droite. Tout en tentant de se redresser, la jeune femme émet un grognement. Le visage soucieux de son vieux collègue la force de répondre : - Je vais bien, Charles. Je vais bien. - Votre voix tremblante m'indique tout le contraire. - Tiens donc, je ne pensais pas que vous… Elle s'interrompt. L'inspecteur lui a fait un geste de la main sans équivoque. Quelque chose ne va pas. Délicatement, il sort de sa ceinture une petite boule de deux centimètres de diamètre. - Surtout, ne faites pas de geste brusque, lui chuchote-t-il. À soixante mètres de leur position au niveau d'un coin de rue, des mouvements imperceptibles provoquent des déplacements d'air. Titania ne les a pas remarqué. - Essayez d'éteindre vos lunettes R.A. Et si vous n'y parvenez pas, fermez les yeux, lui conseille le terrien. - Très bien. D'un même mouvement, Charles jette au loin sa petite grenade aveuglante avant de prendre sa collègue toute surprise dans les bras et de s'élancer à couvert derrière un véhicule à quelques mètres d'eux. L'instant d'après, un flash lumineux interrompt pour quelques secondes les systèmes d'aide à la visée des hommes en camouflage optique. Malgré tout, ils ouvrent le feu. Les projectiles filent à plus de deux kilomètres par seconde. Les murs en permabéton sont déchiquetés. Le véhicule derrière lequel les deux policiers se sont abrités prend feu. Au bout d'une vingtaine de secondes d'un feu nourri, un nuage de poussière englobe toute une partie de l'avenue. On n'y voit plus rien. Le terrien n'ose pas bouger d'un pouce. Il ne possède pas d'armure énergétique. S'il est touché par un projectile à haute vélocité, il est certain de perdre un membre dans le meilleur des cas. Malgré tout, il finit par revêtir ses lunettes R.A. D'une voix désespérée, il lance sur toutes les fréquence de police : - A toutes les unités, nous sommes sous le feu ! Envoyez des renforts au sous-secteur B-51. Je répète : nous sommes sous le feu et nous ne tiendrons pas longtemps ! Sous-secteur B-51. - On arrive, inspecteur !, lui répond Juan Larmonius, le membre des forces spéciales qu'Andromède et du Hautoy ont rencontré quelques temps auparavant. Durant l'échange, les tirs n'ont pas cessé. Petit à petit, le véhicule qui protège les policiers se désagrège. D'ici peu, les balles ferromagnétiques risqueront de toucher Charles et sa collègue. Le terrien réfléchit à toute vitesse. Sa grenade aveuglante a dû endommager certains systèmes cybernétiques de leurs agresseurs. Ces derniers semblent se contenter d'arroser leur position sans aucune précision. Leur aide à la visée est-il hors service ? L'inspecteur Du Hautoy jette un coup d’œil à la jeune martienne. Malgré le feu de l'action, celle-ci garde un calme professionnel. Elle a déjà dégainé son propre pistolet lourd M-X6. Entièrement déployée, l'arme mesure une trentaine de centimètres de long. Sa batterie supraconductrice est prête à accélérer les projectiles de quatre chargeurs, c'est à dire cent balles au total. Charles dégaine à son tour son propre M-X6 avant de s'emparer d'une nouvelle grenade aveuglante. Il ne lui en reste plus que deux. Le terrien se tourne vers sa coéquipière. Tentant de surpasser le brouhaha ambiant, il lui crie : - Il y a un coin de rue, cinq mètres plus loin. On ne peut pas le voir à cause de la poussière. Voici le topo, une fois que j'aurai lancé ma grenade IEM, on s'y précipite tout en leur tirant dessus. Vous passerez d'abord, je serai juste derrière vous. Si nous restons cachés derrière cette voiture, nous sommes morts. Courage, ce n'est que cinq mètres.* La jeune femme acquiesce d'un mouvement de la tête. Sans attendre, le quinquagénaire retire ses lunettes R.A. avant de lancer sa grenade aveuglante. Même à travers la poussière, l'impulsion bleutée l'oblige à se protéger les yeux. Les tirs cessent. - Maintenant !, lance le terrien. Alors que Titania fonce vers le coin de rue, Charles se met à découvert et vise au jugé le point d'origine des tirs, par delà les flammes du véhicule et la poussière. Il fait feu à trois reprises. Le M-X6 décharge une quantité incroyable d'énergie dans les bobines accélératrices. L'arme toute entière semble s'illuminer avant que le système de refroidissement n'expulse la chaleur dans quatre directions différentes au bout du canon. Ce dernier se comprime sur une dizaine de centimètres pour contre-carrer l'effet de recul. Les projectiles ferromagnétiques rouge-orangés fendent les airs à plus de trois kilomètres par seconde. Avec une telle quantité d'énergie cinétique, ils peuvent provoquer des trous d'une cinquantaine de centimètres de diamètre dans les parois en permabéton. Juste après ses trois tirs, le quinquagénaire se précipite à la suite de sa collègue. Il effectue un bond gigantesque. Ses adversaires ne répliquent toujours pas. Peut-être qu'ils se sont mis à couvert ou qu'ils sont toujours affectés par les effets de la grenade IEM. Quoiqu'il en soit, l'inspecteur Du Hautoy distingue à présent le coin de rue, à moins d'un mètre de sa position. Dans moins d'une seconde, il sera hors de portée. Charles passe la paroi en permabéton sous les yeux soulagés de sa coéquipière. Tout d'un coup, une salve de projectiles accélérés fusent à ses oreilles. Des éjectas du mur à une vingtaine de centimètres de sa tête sont projetées contre son visage. Le terrien tombe à terre. Il a le souffle coupé. Ses oreilles sifflent. Il tente de faire un mouvement. Ni ses jambes, ni ses bras ne lui répondent. Sa vision se trouble. Du Hautoy sent qu'un large filet de sang recouvre ses sourcils. Mince, se dit-il. C'est ainsi que mon aventure s'achève ? De temps à autre, des flashs bleutés l'empêchent de sombrer totalement dans l'inconscience. Tiens, Andromède réplique. Elle ferait mieux de se mettre à l'abri… Malgré tous ses efforts, le quinquagénaire ne parvient pas à maintenir ses paupières ouvertes. Ses sens deviennent de plus en plus engourdis. Son environnement se déforme. Finalement, Charles sent son esprit s'enfoncer dans le néant.
  3. Chapitre III : Puis vinrent les rêves brisés Les trois policiers entrent dans la petite salle. La lumière y est tamisée. Sur la gauche, on peut apercevoir deux grands placards. La pièce est exiguë. Apparemment, on s'en sert comme débarras de vêtements. Des piles de pantalons, de T-shirts, de sweats parfois à demi déchirés et de chaussures s'y entassent à même le sol. Tous sont en matière synthétique. Au centre de la salle, on trouve une table rectangulaire avec cinq chaises en néo-polymères. Sur l'une d'entre elles, une jeune fille de deux mètres vingt y est assise. Très légèrement vêtue, elle a la tête recroquevillée entre ses bras. Parcourue de soubresauts, elle sanglote encore fortement. Mais ce n'est vraiment qu'une gamine !, se dit Andromède. - Kira ?, dit doucement le terrien. La petite prostituée lève la tête, les yeux rougis par les larmes. Elle est toujours sous le choc. La scène qu'elle a vue va, à coup sûr, la marquer tout au long de sa vie. Dés qu'elle aperçoit le quinquagénaire, la jeune fille se lève brusquement, faisant tomber sa chaise à la renverse. Puis, elle se précipite dans les bras de l'inspecteur avant de pleurer de plus belle. - Là, là… Tout va bien…, rassure Charles. Aux côtés de la ''petite'' martienne, Du Hautoy fait figure de véritable nain. Mais malgré tout, Titania a l'impression de voir un père calmer sa fille avec douceur. Dix minutes durant, le quinquagénaire reste ainsi avec Kira jusqu'à ce qu'elle finisse par s'apaiser. - Je…, commence la jeune fille avant d'être parcourue par de nouveaux soubresauts. - Ne te force pas, la conseille le terrien. Va d'abord t’asseoir et respire un bon coup. On verra la suite après. Sans dire un mot de plus, Kira obtempère. Elle semble beaucoup respecter Charles. Andromède compte d'ailleurs poser plusieurs questions à l'inspecteur plus tard, à ce propos. - Bien. Comment va ton frère ?, commence le quinquagénaire. - Il va un peu mieux, lui répond la jeune fille. Il n'a pas fait de rechute depuis la prise de son dernier traitement. - Ah, ça c'est une bonne nouvelle. Avec un peu de chance, il y aura quelques améliorations. Kira sourit. Pour la première fois depuis longtemps, la jeune martienne sourit. Elle semble se détendre quelque peu. La tension accumulée dans ses muscles se relâche. Elle prend une grande inspiration avant de prendre la parole : - Tu as toujours été là pour moi et mon frérot, Charles. Et pour cela, même une vie entière ne suffira pas à te rembourser la dette que je te dois. - Encore à radoter ça, réplique le terrien. Fais attention, tu vas finir par attraper quelques rides ! La plaisanterie fait mouche. Kira se met à rire. Dire qu'un instant plus tôt, elle était inconsolable. Maintenant, durant quelques secondes, elle ressemble à toutes les adolescentes de son âge : pleine de vie et énergétique. Mais bien vite, le silence retombe dans la pièce. Titania jette un coup d’œil à son collègue terrien. Ce dernier se demande comment aborder le sujet du meurtre sans être brusque. Il n'aura pas l'occasion d'y réfléchir davantage. La jeune fille amène d'elle-même le sujet. - J'ai tout vu, déclare-t-elle. Sans qu'elle en soit consciente, Kira est parcourue de petits tremblements. Lorsqu'elle tente de se souvenir de la scène, la panique se lit dans ses yeux. Mais courageuse qu'elle est, elle tient bon. - Ne te force pas, fait le terrien. Si tu n'as pas envie d'en parler maintenant, rien ne presse. - Non, Charles. Je dois le faire. L'adolescente prend une longue inspiration avant de reprendre son récit. - Le type qui s'est fait… qui s'est fait tuer… Il s'appelle Frank Corellien. J'avais rendez-vous avec lui pour… enfin, tu vois quoi. - Oui, répond simplement le quinquagénaire. Kira regarde le plafond. Quelques fissures ont fait leur apparition dans le permabéton. Se forçant à les observer pour ne pas pleurer, la jeune fille continue : - J'étais ici en train de me préparer lorsque c'est arrivé… Franky… Franky était en train de m'attendre dans la salle de stockage. Oh merde, c'était un jeune con mais il méritait pas ça ! Personne ne mérite ça. Personne. Charles reste silencieux. Il ne peut pas lui donner tord. De telles images traumatiseraient n'importe qui. Le quinquagénaire se rappelle d'autres scènes, toutes aussi violentes : des souvenirs liés à ses premiers mois d'affectation sur Mars. Des souvenirs de la guerre des Six Mois. Après une courte pause, l'adolescente reprend : - Au début, je n'ai rien remarqué. Puis, j'ai comme entendu un gargouillement. On aurait dit quelqu'un en train de se noyer. Discrètement, j'ai jeté un coup d’œil par la porte et… et je… Kira a un haut le cœur. Rapidement, elle met sa main devant sa bouche pour éviter de vomir. Son visage devient blême. - Titus, voulez-vous lui apporter un peu d'eau s'il vous plaît ? Demande le quinquagénaire à son collègue en armure. - Bien sûr inspecteur. Le temps que Cmatic revienne avec un verre d'eau, l'adolescente s'est reprise. Elle accepte avec gratitude le récipient que lui tend l'agent des forces spéciales. Puis, elle essuie la sueur sur son front d'un revers de la main avant de continuer : - Il y avait trois types. Tous en cyber-armure et très lourdement armés. C'étaient des colosses, je m'en souviens parfaitement. Ils devaient bien faire plus de deux mètres quatre vingt… Deux d'entre eux avaient sorti une lame à ultra-son et étaient en train de… de jouer au boucher avec Franky… Il y avait du sang partout… Le troisième surveillait les alentours. La jeune fille fait une pause. Elle se force à calmer ses tremblements. Au bout d'un certain temps, elle finit par dire : - À un moment, l'un de ces mecs a dû s'apercevoir que la porte d'ici était entre-ouverte. Le type qui surveillait s'est ensuite dirigé vers moi. J'ai paniqué. J'ai vraiment cru que j'allais y rester. Mais j'ai eu le réflexe de me cacher dans l'armoire que vous voyez, là… Je … Je m'y étais à peine enfermée que le mec a débarqué dans la pièce en poussant lentement la porte. Il avait déployé son arme… J'ai prié tous les Dieux existants… Lorsqu'il a regardé dans ma direction, je me suis faite dessus… Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie... Au bout de quelques secondes qui m'ont parues être une éternité, il a fini par quitter la pièce. Je n'ai plus bougé de mon armoire jusqu'à ce que la police arrive. Elle s'est mise à parler rapidement, sans forcément prendre le temps de respirer. Kira reprend son souffle. Le silence retombe dans la pièce et personne n'ose le rompre durant un moment. Finalement, l'inspecteur demande: - Kira, est ce que tu peux me décrire le type d'armure que portaient ces hommes ? La jeune fille se tourne vers le quinquagénaire. Cherchant à mettre de l'ordre dans ses pensées, l'adolescente passe inconsciemment sa main droite dans ses longs cheveux bruns. Les policiers voient qu'elle fournit un gros effort pour ne pas s’apitoyer de nouveau. - Je… Leur armures étaient gris-noires, finit-elle par répondre. Je me souviens que parfois, elles semblaient refléter la lumière par endroit, comme de petits miroirs. Le visage de Charles se décompose. Titania s'en aperçoit mais ne fait aucun commentaire. - Des petits miroirs…, reprend le quinquagénaire, pensif. Des armures à camouflage optique. - Mais c'est horriblement cher, ces cyberprotections !, s'exclame Titus Cmatic. - En effet. Je n'aime pas du tout la tournure que prend cette affaire, commente l'inspecteur. La déclaration de Du Hautoy ne rassure absolument pas l'adolescente. Inconsciemment, elle se recroqueville à nouveau. Titania Andromède jette un regard noir à son collègue terrien. Ce dernier prend un air navré. Mais bien vite, l'inspecteur se met à manipuler son ordinateur portable quantique. - Agent Cmatic, finit-il par lâcher. Il va falloir exfiltrer la témoin le plus discrètement possible. Personne ne doit savoir qu'elle était ici. Je ne veux aucune trace dans la cybersphère non plus. Pas un mot sur elle en dehors des serveurs internes du commissariat, me suis-je bien fait comprendre ? - Tout à fait, inspecteur. Nous ferons en sortes de faire sortir Kira sans faire de vagues. - Très bien, je m'en remets à vous, Titus. Le terrien se lève. Ses recherches rapides sur le réseau martien ont de quoi inquiéter. De plus en plus d'incidents impliquant des têtards sont signalés dans tout le secteur. La rumeur s'est propagée beaucoup plus vite que ce qu'il avait envisagé. La cybersphère est en effervescence. - Titus, est-ce que vous pouvez nous prêter deux M-X6, à moi et à ma collègue ?, demande soudainement Du Hautoy. - Oui, bien sûr inspecteur, lui répond l'intéressé. Mais qu'est ce que vous comptez faire ? - Je vais rendre visite à la Grenouille. - Vous n'y pensez pas ! - Au contraire. La grogne monte et la rumeur se propage. Si on n'y va pas maintenant, on le regrettera amèrement ensuite… Et je ne veux surtout pas revivre une guerre des Six Mois. À ces mots, le policier en armure sort précipitamment de la pièce. Parti chercher les deux pistolets lourds demandés par le terrien, il en aura pour quelques minutes. Pendant ce temps, Kira porte un regard horrifié sur son protecteur terrien. Malgré son jeune âge, l'adolescente est loin d'être une idiote. De sombres souvenirs remontant aux événements d'il y a cinq ans reviennent à son esprit. Les larmes aux yeux, elle supplie : - Charles, tu ne vas pas me laisser toute seule, dis ? Le terrien se tourne vers la jeune martienne. Lorsqu'il croise son regard, son cœur se déchire. Mais s'il veut éviter que la situation s'envenime, il doit absolument tuer le problème dans l’œuf. - Écoute, Kira, commence-t-il. L'agent Cmatic va tout faire pour garantir ton anonymat. Même pour un technocybride qui consultera la cybersphère, tu ne seras jamais reliée à cette affaire. Et crois-moi : de nos jours, l'anonymat est la protection la plus efficace que je puisse te donner. En attendant, prends bien soin de ton frère. Hier, je t'ai fait un transfert de cinq cents crédits pour son traitement, comme je le fais chaque mois. - À t'entendre, j'ai l'impression que tu ne vas pas revenir, lui répond l'adolescente d'une voix tremblante sous le coup de l'émotion. - J'ai connu bien pire, Kira. Et je m'en suis toujours sorti. Aujourd'hui ne fera pas exception… Alors que la jeune martienne est sur le point de répliquer, l'agent des forces spéciales Titus Cmatic débarque dans la pièce. Il porte dans chacune de ses mains deux armes en mode transport. Vu de loin, on a l'impression que ce sont deux petits ballons de rugby. Une partie de ces armes émet une lumière bleutée, preuve que la batterie supraconductrice est pleine d'énergie électrique. Cela signifie que les balles tirées par ces pistolets pourront être accélérées à des vitesses dépassant les trois kilomètres par seconde. De quoi mettre à rude épreuve les armures cybernétiques les plus modernes. À la vue des M-X6, Charles finit par dire : - Tout bien réfléchi, mademoiselle Andromède, il vaudrait peut-être mieux que vous restez ici avec Cmatic et que vous accompagnez Kira au commissariat lorsque le transporteur de mise sous scellé arrivera. La martienne blonde regarde son collègue terrien droit dans les yeux. - Inspecteur Du Hautoy, dit-elle. Je suis votre coéquipière. Je vous accompagne. - Ça risque d'être dangereux, prévient Charles. - Quand bien même. Je serais une bien piètre policière si, dés qu'il y a un danger, je ne dois pas l'affronter. Faites-moi confiance. J'ai suivi plusieurs stages commandos et je sais me servir d'une arme, croyez moi. Alors qu'elle parlait, Titania n'a pas cillé une seule fois. L'inspecteur a bien senti sa volonté à toute épreuve qui émane de sa personne. Cela dit, Charles n'a pas pour habitude de mettre en danger quelqu'un d'autre, à fortiori s'il s'agit d'une bleue sans expérience. Son visage plongé dans une profonde réflexion, le terrien garde le silence. - Faites-moi confiance, Charles, lui répète Andromède. Vous ne le regretterez pas. Ce n'est pas avec mes beaux yeux que je suis sortie major de promo. L'argument semble porter. L'inspecteur finit par dire : - Très bien, vous pouvez m'accompagner. De toute façon, j'ai comme l'impression que vous m'aurez suivi de toute manière… - Suis-je si prévisible que ça ?, lui répond en souriant sa jeune coéquipière. Puis, se tournant vers l'adolescente, le quinquagénaire déclare : - Kira, je te promets de vous rendre visite à toi et à ton frère ce soir. Ne te décourage pas. Jamais. - Oui, Charles. Nous t'attendrons. Alors tu as intérêt à venir ! - Je t'en fais la promesse, Kira. Entre temps, Titus a déposé les M-X6 sur la table. Depuis un petit moment déjà, il manipule son O.P.Q. afin de programmer les deux armes de poing. Ces derniers ne seront utilisables que par leur utilisateur attitré. Une fois l'opération terminé, l'agent des forces spéciales se contente de faire un signe de tête à l'inspecteur. Sans dire un mot, Charles prend l'un des pistolet lourd. La voix artificielle de l'intelligence artificielle (I.A.) de l'arme se fait entendre dans les oreillettes de ses lunettes de Réalité Augmentée : - Charles Du Hautoy. Statut : inspecteur. Autorisation d'utilisation accordée. Mise à jour du système d'aide à la visée terminée. Puissions-nous protéger, ensemble, l'humanité par delà le système solaire. Le quinquagénaire sourit. Depuis qu'il est entré dans la police, sur Terre, la formule de politesse des I.A. de soutien n'a toujours pas changé. ''Protéger l'humanité''… Quelle noble cause ! Surtout qu'il s'agit toujours de protéger les humains d'eux-mêmes… L'Homme est un loup pour l'Homme, comme disait Hobbes près de huit siècles auparavant. Et depuis tout ce temps, ce proverbe a toujours été d'actualité. - Bien, il faut y aller maintenant, conclue Charles. - Je vous suis, inspecteur, lui répond sa coéquipière martienne. Rapidement, les deux policiers du vingt-quatrième sortent de la pièce, leur arme en mode transport à leur ceinture. Lorsqu'ils finissent dans le hall du bâtiment troglodytique, Charles récupère les nanites d'isolation dans sa fiole avant de sortir dans le corridor principal de circulation. Alors qu'ils passent le barrage policier établi par Juan et son collègue, les deux inspecteurs leur adressent un salut d'un signe de la tête avant de poursuivre leur chemin. Sur la route menant à la station mono-rail, Titania demande à son coéquipier : - Dites-moi, Du Hautoy, comment avez-vous connu Kira ? - C'est une longue histoire, Titania Andromède. Et pas des plus joyeuses. Enfin, je suppose que j'ai le temps de vous la raconter jusqu'à ce que nous arrivons à destination. Le terrien réfléchit avant de dire quoi que ce soit. Son regard se perd dans le plafond en permaton du corridor. Portant ses lunettes R.A., une myriade de publicités holographiques tridims camouflent les fissures et la mousse verdâtre que l'on pourrait y voir. De temps à autres, Charles repère des boules relais grises, à demi-cachés par les hologrammes mal configurés. Ces dernières permettent au réseau et à la cybersphère de s'étendre d'un bout à l'autre des sous-terrains de Borealis. Tout comme les systèmes de ventilation et de recyclage, la cybersphère est indispensable à l'épanouissement économique de Mars. Toutes les installations qui y sont associées sont donc entretenues avec soin par les compagnies de la planète rouge. Alors qu'ils sont en vue de la station mono-rail, Charles est sur le point de commencer son histoire. Mais tout d'un coup, Titania s'agenouille et se prend sa tête entre ses mains. Son corps tremble. La jolie blonde sue à grosse goûte. Elle semble souffrir d'une très forte migraine. - Titania, qu'est ce qui ne va pas ?, demande le quinquagénaire, inquiet. - Je…, commence par répondre la martienne avant d'être interrompue par une voix artificielle. Du Hautoy peut l'entendre dans ses oreillettes. Andromède, elle, la perçoit directement dans son esprit. In times of war, I will have no doubt. - Merde, fait l'inspecteur terrien. C'est une cyber-attaque. Titania, vous pouvez vous déconnecter ? - Non… lui répond difficilement cette dernière. Mon cybercerveau ne peut pas… s'isoler si facilement… du réseau ambiant. Facing the death, I will have no remorse. À travers ses lunettes R.A., Charles s'aperçoit que la station mono-rail devant lui commence à se disloquer. Une forme globuleuse noire est en train d'avaler littéralement tout le bâtiment. L'environnement virtuel se fissure. Les hologrammes se brouillent et les murs changent progressivement de couleur. Le terrien retire un temps ses lunettes. Dans la réalité, rien ne semble être altéré. Seules quelques lampes plasmiques commencent à clignoter, signe inquiétant d'une attaque informatique massive de l'environnement R.A. locale. Rapidement, Du Hautoy remet ses lunettes. And against my enemies, I will show no mercy. À ses mots, l'enfer se déchaîne sur les deux policiers. *** Traduction : In times of war, I will have no doubt Facing the death, I will have no remorse. And against my enemies, I will show no mercy. En ces temps de guerre, je ne douterai pas. Face à la mort, je n'aurai aucun regret. Et contre mes ennemis, je serai sans pitié.
  4. Chapitre II : Au commencement était le meurtre Titania regarde son petit coéquipier terrien du haut de ses deux mètres trente. Elle patiente en silence qu'il commence son explication. Charles prend une grosse inspiration. - Par où commencer ?, finit-il par lâcher. Ah oui, connaissez-vous les prix de certaines marchandises venant de la Terre comme le vin, le thé, les épices, le cacao, le café… Bref, de la vraie nourriture cultivée dans un sol riche en biomasse sous des conditions météorologiques particulières ? - Ce n'est pas tous les jours qu'on en trouve, ça c'est sûr, lui répond-elle. Avec toutes les taxes imposées par la Confédération plus le coût du transport, ces produits sont très onéreux. Et même avec ça, ils sont très fréquemment en rupture de stock. - Exactement. Et si je vous disais que certains ici ont des liens privilégiés avec des producteurs locaux sur Terre et qu'ils s'en servent pour acheter directement leur production là-bas avant de la faire parvenir ici, sur Mars, sans payer les taxes ni les droits de passage de la Confédération et de la Mars Global Company ? - On peut facilement diviser les prix par deux, même en ayant une marge très confortable… - Vous avez saisi. Comme la demande surpasse de beaucoup l'offre, le marché noir des produits issus de la biosphère terrestre se porte comme un charme… Et dans les souterrains des cités-dômes, il est très facile d'y cacher des marchandises de toute sorte. Le secteur vingt quatre n'y fait pas exception. Les deux policiers commencent à marcher en direction de la pièce où se trouve le corps. À mesure qu'ils s'en approchent, une forte odeur de sang séché parvient à leurs narines. Avant même de pénétrer dans la salle, ils savent déjà qu'un carnage sans nom s'y est déroulé. Imperturbable, Du Hautoy poursuit ses explications. - La Grenouille est à la tête d'un des plus puissants gangs de Borealis. Il est très respecté dans la pègre locale. Il traîne dans pas mal de trafics… Armes de dernière génération, prothèses cybernétiques illégales, cybercerveaux… Mais curieusement, ce n'est pas sa principale source de revenus. Andromède pose un regard interrogatif sur son collègue. Les deux coéquipiers sont presque rendus à la porte mécanique maintenue ouverte de la salle où est le cadavre. - Eh oui, la Grenouille fait partie de ceux qui ont des relations privilégiés avec plusieurs producteurs terriens. Il a bâti sa fortune et son prestige en amenant du café Arabica d’Éthiopie, plusieurs thés impériaux comme le pu-her, le Oolong, le maccha et j'en passe, ainsi que du cacao et certains légumes dits ''bio''. Il a monté un joli trafic et défendu bec-et-ongle ses parts de marché… Avant de rentrer dans la pièce, Charles marque un temps d'arrêt. Durant quelques secondes, il se met à pianoter dans les airs. Il doit activer des commandes holographique qu'il est le seul à voir dans son environnement de Réalité Augmentée. Soudain, il sort de sa poche une fiole renfermant une sorte de liquide noirâtre. Délicatement, il la débouche avant de renverser un peu de son contenu sur l'une de ses mains. Sous les yeux hallucinés de Titania, la matière se met à se mouvoir toute seule et finit par recouvrir d'une fine couche protectrice le membre de son collègue jusqu'à l'avant-bras. - Des nanites ?, demande-t-elle. - Tout à fait, lui répond Charles. Je vais vous en passer aussi pour que vous puissiez vous en mettre sur vos mains et vos chaussures. On va éviter au maximum de laisser des traces sur la scène de crime. Les nanomachines vont absorber tous les déchets que notre organisme pourrait rejeter en temps normal et isoler les parties de nos corps qui pourraient être en contact direct avec des preuves. Une fois leurs quatre membres recouverts d'une couche isolante de nanites noirâtres, les deux coéquipiers pénètrent dans la salle. Il y règne une atmosphère pesante. L'une des deux lampes plasmiques éclairant la pièce est hors service. C'est un petit espace de stockage. Des dizaines de paquets sont empilés les uns sur les autres. Pour se déplacer dans la salle, il faut zigzaguer entre toutes ces marchandises. De là où ils sont, Charles et Titania ne voient pas encore de corps. Attiré par les bruits de pas, une jeune femme brune de deux mètres cinquante sort tout d'un coup de derrière une pile cartons. Comme Andromède et Du Hautoy, elle porte des gants de nanomachines et ses chaussures sont recouvertes de matière noirâtre. - Salut Emilia !, commence le terrien - Tiens, tiens, tiens… Inspecteur Du Hautoy, ça fait plaisir que tu nous ais rejoint aussi rapidement ! - Tu as déjà bien examiné le corps, je suppose ?… - Oui, et je pense que c'est un coup de The Mouse. C'est un crime signé. - The Mouse ?, demande Titania. Sans répondre, Emilia se tourne vers la jeune martienne et la regarde intensément. Dans les yeux de la colosse de deux mètres cinquante, Andromède perçoit une légère pointe de mépris. Le silence s'éternise et les deux femmes continuent de se défier du regard. Alors que l'ambiance s'électrise davantage, Charles finit par dire : - Emilia, je te présente Titania Andromède. Elle vient d'être affectée à notre commissariat et c'est ma nouvelle coéquipière. Je... - Je vois, lui répond la martienne brune en lui coupant la parole. Je me demande bien ce que cette Gong Zhu de la surface vient faire ici. Tu n'as pas de chance, Charles. - Je fais avec, Emi. Andromède sert les poings. Elle sent la colère montée en elle. Mais elle fait preuve d'une grande maîtrise de soi. Pour l'instant, elle vient tout juste de débarquer dans le milieu. Ce n'est pas le moment de se mettre à dos la plupart de ses collègues de travail. Si Titania veut se faire accepter au sein du secteur vingt quatre malgré le fait qu'elle soit issue d'une famille de privilégiés vivant en surface, elle doit redoubler d'efforts. Et ce n'est pas quelques petites provocations qui vont la détourner de ses objectifs et de ses idéaux. - Madame, commence-t-elle. Si je ne connais pas les différents groupes armés et les rapports de force qu'ils entretiennent entre eux, je ne pourrai pas exercer mon travail d'enquêtrice correctement. Je vous repose donc la question : qui est The Mouse ? Emilia éclate de rire. Visiblement, toute la tension qui s'est accumulée dans son corps s'évacue en un instant. - Eh bien, c'est peut-être une Gong Zhu. Mais c'est une Gong Zhu motivée et qui en a dans le pantalon ! Je peux au moins lui accorder ça. Sans dire un mot, Charles acquiesce de la tête. Il pourra peut-être tirer quelque chose d'intéressant de sa nouvelle coéquipière, tout compte fait. - The Mouse, commence le terrien, est le chef d'un autre groupe du secteur vingt quatre. Tout comme la Grenouille s'occupe de l'importation de certains produits venant de la Terre, The Mouse s'est spécialisé dans le trafic de vins européens, fromages de toute sorte, de viandes et de poissons ainsi que de produits de luxe comme les parfums et les meubles en bois. Comme vous pouvez l'imaginer, il y a souvent des frictions entre les têtards de la Grenouille et les souriceaux de The Mouse. Ils ont parfois les mêmes contacts sur Terre pour acheter des marchandises à bas prix. Il se tourne vers la colosse martienne brune avant de poursuivre : - Comment tu sais que c'est un souriceau qui a fait ça ? - Le mieux, c'est que tu ailles voir par toi-même pour t'en faire ta propre idée, l'ami. À ces mots, Emilia retourne à ses occupations, disparaissant derrière la même pile de cartons aussi rapidement qu'elle en était apparue. De leur côté, Charles et Titania continuent leur progression dans la salle de stockage. Au bout d'un petit moment, ils finissent par apercevoir des tâches de sang séché sur le sol. À mesure qu'ils remontent les traces, ils finissent par débarquer sur la scène de crime proprement dite. L'odeur y est insupportable. Il y a du sang partout : au plafond, sur les caisses alentours et sur une large surface du sol. Le corps de deux mètres quarante ne s'est pas encore décomposé. Le terrien s'attend à voir sa jeune collègue sous le choc. Même pour quelqu'un qui serait né dans les souterrains, une telle boucherie serait très dur à supporter. Mais à sa grande surprise, la martienne n'en laisse rien paraître. Avec assurance, Titania s'approche de la victime tout en évitant au maximum le sang séché sur le sol. Rapidement, elle est rejoint par Du Hautoy. - Ah, je vois pourquoi Emilia nous a dit que c'était signé The Mouse, finit-il par lâcher. En effet, le corps a été véritablement charcuté. Outre sa large entaille au niveau de la gorge, les avant-bras du pauvre diable n'ont plus aucune parcelle de peau, laissant les muscles à découvert. La victime a également été éviscérée. Une partie de ses boyaux coupés est laissée à l'air libre. Enfin, ultime humiliation, une grosse masse de fromage coupée en morceaux irréguliers à été introduite dans la bouche du supplicié. En silence, l'inspecteur terrien s'approche du corps. Tendant la main vers la bouche de la victime, il en retire un morceau de fromage avant de le renifler allègrement. - Mhm... intéressant, fait le policier. - Qu'est ce que vous fai… commence Titania avant de s'interrompre brutalement. Sous ses yeux hallucinés, Du Hautoy mange sans ménagement le petit morceau de fromage qu'il a entre les doigts. Alors qu'il avale le tout, il lâche : - Je vois, je vois… Du Comté trente six mois d’affinage d'origine française… Même avec un an de salaire, je ne pourrai pas m'en payer une telle quantité ici, sur Mars. - Mais bon sang ! Qu'est ce qui vous a pris ?, s'exclame Andromède qui semble être visiblement choquée cette fois-ci. - Avant de me lancer une tomate, mademoiselle, dites-moi ce que vous pensez de cette scène de crime. Je vous ferai part de mes réflexions ensuite. Déstabilisée par la nonchalance du terrien, Titania se met à examiner le corps en prenant soin d'éviter tout contact direct. Dix minutes durant, elle l'observe sous toutes les coutures, tournant autour comme un loup le ferait avec une proie de choix. Après avoir examiné les différentes blessures du supplicié, la martienne se redresse et déclare : - Alors ça, c'est très étrange. Charles éclate de rire. Il doit se reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir reprendre la parole. - « Étrange » ? C'est le seul mot qui vous vient à l'esprit ? - Oui, lui répond-elle sans être décontenancée. Apparemment, la victime a été tuée avant qu'on lui ait fait subir toutes les autres exactions. Elle est morte égorgée, par un coup nette qui lui a aussi coupé les cordes vocales. C'est un professionnel qui a fait ça. La quantité de sang qui s'en est écoulée témoigne de cette première attaque. Le reste, on aurait dit une mise en scène de torture. L'éviscération et le dépouillement de la peau au niveau des avant-bras ont été réalisés post-mortem. Le cœur ne battait plus lorsqu'on lui a fait subir tout ça, ce qui explique une quantité de sang bien plus limitée à ces endroits là. - Pas mal, pas mal. Je commence à comprendre pourquoi vous avez fini major de votre promotion. Votre sens de l'observation est impressionnant. Et qu'est ce que vous en déduisez, de tout ça ? - Malgré cette mise en scène, les tueurs ont souhaité exécuter la victime le plus silencieusement possible. D'ailleurs, on ne remarque pratiquement aucune emprunte de pas. Comment un truc pareil est-il possible avec ce carnage ? - C'est une très bonne question. Regardez par ici, maintenant. Charles pointe une étagère de métal sur laquelle repose plusieurs paquets emballés de néo-polymères. Les barres soutenant le rayonnage ainsi que l'étagère elle-même sont déformées. Titania est atterrée. - Ils avaient des exosquelettes, dit-elle. - Ça m'en a tout l'air, lui répond le terrien. Bien sûr, il faudra attendre les conclusions de l'équipe des scientifiques et des nettoyeurs mais je suis au final persuadé que ce n'est pas un coup de The Mouse. La boucherie fait immédiatement penser aux souriceaux, comme lors de la guerre des Six Mois. Le fromage est ici pour renforcer cette hypothèse et faire propager plus rapidement la rumeur. Mais ce n'est pas le gang des souris qui a fait ça. - Qu'est-ce qui vous permet de le dire ?, demande Andromède. - D'abord, le fait que ce têtard ait été tué beaucoup trop vite. Ce n'est pas le genre de The Mouse. C'est horrible à dire, mais les souriceaux auraient pris leur temps. Toutes ces exactions auraient été réalisées alors que la victime aurait encore été vivante. Ensuite, le fromage introduit dans sa bouche, c'est un produit d'exception ! Pour marquer leur mépris, les souriceaux n'auraient jamais fait ça. Ils auraient plutôt foutu du faux-fromage fabriqué avec des levures cultivées en batterie de masse, histoire de faire passer le message ''en tant que merde, tu ne mérites de manger que de la merde''. Et enfin, quel serait leur intérêt de déclencher une nouvelle guerre avec la Grenouille ? Depuis le conflit sanglant cinq années auparavant, leurs deux groupes ont bien défini leurs parts de marché et s'échangent même leurs contacts terriens pour augmenter leurs revenus. Et pour ce que j'en sais, ce n'est pas près de changer. Cette affaire sent de plus en plus mauvais. - Lorsque vous faites référence au conflit d'il y a cinq ans, vous voulez parler de la guerre des Six Mois ? Il paraît que ça a été plutôt rude dans les souterrains. Même à la surface, je me souviens que les conversations tournaient régulièrement autour de ce sujet lorsque j'étais encore étudiante. - Je ne vous le fais pas dire. Au plus fort de cette guerre des gangs, on sortait plus de quatre cents cadavres des rues par jour rien qu'au secteur vingt quatre… La population a vraiment été traumatisée par ces événements. - Je me souviens que presque toute la planète a failli sombrer dans la violence. - Les deux tiers des cité-dômes ont eu affaire à ce conflit. Borealis a été l'une des villes les plus touchées avec près d'un tiers de ses souterrains complètement détruits… Titania a d'autres questions mais elle se ravise. Elle sent que cette conversation a fait ressurgir des souvenirs douloureux chez son collègue terrien. Tentant de changer de sujet, la jeune martienne blonde demande : - Il me semble qu'il y a eu une témoin de cette exécution. Elle est où, cette jeune fille qui ne veut parler qu'à vous ? - Tiens, vous faites bien de me le rappeler. Sans dire un mot de plus, Charles active son module de communication avant de parler à voix basse dans le vide. Pendant ce temps, Andromède observe le visage du mort. On peut y lire un mélange de surprise et d'incompréhension. Qu'est ce qui a bien pu t'arriver, mon vieux ?, se demande la policière. Au bout d'un petit moment, un autre membre des forces de l'ordre fait son apparition. Cette fois-ci, l'homme qui s'approche mesure entre deux mètres vingt et deux mètres trente. Il porte lui aussi une armure de combat mais a gardé son fusil d'assaut polyvalent en mode transport, accroché dans son dos. Sur lui aussi, des nanites noirâtres recouvrent ses quatre membres. Son casque empêche de voir son visage. Comme ses deux collègues qui refoulent quelques dizaines de curieux à l'extérieur du bâtiment troglodytique, il possède un exosquelette. - Ah, Titus ! Merci d'être venu directement à notre rencontre, fait le terrien. - C'est normal, inspecteur. Après tout, c'est moi qui vous ai demandé de venir en personne… Emilia m'a tout expliqué vis à vis de votre nouvelle collègue. Puis, se tournant vers la jeune martienne : - Enchanté, Titania Andromède. Mon nom est Titus Cmatic. Je fais parti des forces spéciales du commissariat du secteur vingt quatre. - Ravie de vous connaître, lui répond l'intéressée. Sous ses airs polis, le martien reste très pragmatique. Une fois les formalités faites, il plonge directement au cœur du sujet : - Bien, inspecteur. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous conduire jusqu'au témoin. - Avant toute chose, Titus. Est ce que vous avez fait mention de cette fille qui a vu la scène au P.C. ? - Je n'ai pas encore fait mon rapport à Yamamoto, donc… - C'est très bien !, le coupe le quinquagénaire. En fait, je pense qu'il va falloir supprimer toute trace d'elle dans nos logs de communication. Tant que nous ne serons pas branchés au réseau et au serveur interne du commissariat, il ne faut surtout pas transmettre quoique ce soit à propos d'elle. Je sens que si la moindre information fuite, je ne lui donnerai pas plus de vingt quatre heures à vivre. - Qu'est ce qui vous fait dire ça, inspecteur ? - Mon intuition. Et jusqu'ici, elle ne m'a jamais fait défaut. Croyez-moi Titus. Je sens que ce crime va bien au-delà qu'un simple conflit entre têtards et souriceaux. - Je comprends. Je vais voir ce que je peux faire. - Je vous en remercie… et la témoin aussi. En silence, les deux coéquipiers suivent le martien en armure. Ce dernier les conduit tout au fond de la salle de stockage. Avec surprise, Charles et Titania découvrent une seconde pièce qui semble plus petite. Debout, à côté de la porte qui y mène, Emilia a le regard vide. Elle pianote machinalement dans les airs. La martienne brune doit sûrement effectuer des recherches. Alors que ses trois collègues passent tout près d'elle, elle ne les remarque même pas, plongée qu'elle est dans son environnement de Réalité Augmentée. - La fille n'a pas quitté cette petite salle depuis que le crime a eu lieu, commente Titus. C'est une prostituée de seize ans et elle s'appelle… - Kira, fait le terrien alors qu'il entre dans la pièce. *** Petite note pour les lecteurs: ''Gong Zhu'' (公主) signifie ''princesse'' en chinois. J'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! A demain pour la suite !
  5. Bonjour à tous ! Après une (très) longue absence, me voici de retour avec la réécriture d'une nouvelle que j'avais commencé il y a fort longtemps: Péripéties Martiennes. J'ai déjà pas mal de chapitres en avance que je publierai ici petit à petit pour vous laisser le temps de les lire si cela vous intéresse ! Bonne lecture ! Genre: Policier, Thriller, Psychologique et Science Fiction Synopsis: La mort d'un têtard peut avoir de tragiques conséquences. Prenez la Grenouille, par exemple. Elle risque fort de s'énerver ! La Souris fera certainement la sourde oreille face à sa colère et pourrait bien le regretter… Le corbeau, quant à lui, reste à l’affût. Laissant planer son ombre, il guette la moindre opportunité de s'emparer d'un peu de pouvoir. Vous voyez, tout n'est pas rose sur la planète rouge. Enfin, du moins, dans les souterrains des cité-dômes martiennes. C'est ce que va apprendre à ses dépends la jeune Titania Andromède, qui vient juste d'être diplômée de l'école de police. Ses enquêtes avec son collègue terrien deux fois plus vieux qu'elle vont bouleverser les rapports de force dans la ville de Boréalis. L'ensemble du système solaire s'en retrouvera chamboulé et le spectre d'une crise sans précédent risquera même de s'étendre jusque sur Terre. Mais deux individus peuvent-ils à eux seuls inverser le cours des choses lorsque l'humanité entière semble s'être fourvoyée ?... Chapitre I : Premiers pas dans les souterrains En cette première moitié du vingt quatrième siècle, Mars, planète sœur de la Terre, a été colonisée depuis près de deux cents ans. Suite à la formation de la Confédération Terrienne et à l'élaboration de lois planétaires dans l'optique de préserver la biosphère, toute industrie dont l'activité dépasse un certain seuil de pollution a été bannie dans l'espace. Le développement de la génétique, de la médecine et de tout ce qui touche au corps humain lui-même est devenu aussi très réglementé. Les accidents, les dérives et les hackages de cybercerveaux ainsi que de puces électroniques directement implantées dans le cortex cérébral ont forcé les comités de bioéthique à sévèrement encadrer ce secteur du transhumanisme. Ces contraintes réglementaires ont grandement bénéficié à la planète rouge. Les entreprises terriennes ont investi massivement dans le développement de la colonie où les règles qui s'y appliquent sont bien moins contraignantes. La ceinture d'astéroïdes, située entre Mars et Jupiter, permet d'accéder à une source intarissable de matières premières. Par millions, des travailleurs pauvres de la Terre ont émigré vers les cité-dômes. Les grands groupes industriels leur ont promis monts et merveilles. Mais à présent, la plupart ne peuvent même plus se payer leur billet de retour. Ces masses d'individus vivent désormais dans les bas-fonds et les souterrains des villes martiennes. Pour les compagnies, ils représentent une main d’œuvre bon marché et remplaçable utilisée dans la construction des complexes, des centres de recherche, des laboratoires, des champs de culture robotiques souterrains et des réseaux de transport. Seuls les plus riches demeurent à la surface, profitant d'un Soleil authentique dont les rayons passent à travers les dômes, et accèdent à de nombreux parcs et centres de loisir. Du haut de ses deux mètres trente, une taille moyenne pour une martienne, Titania Andromède contemple la façade en permabéton du commissariat du secteur souterrain numéros 24 de la cité de Borealis. Tout juste sortie d'une école de police à la surface, la jeune femme de vingt trois ans est issue d'une riche famille. Malgré l'insistance de ses parents, elle n'a jamais voulu rejoindre les forces de sécurité privées engagées par les différentes compagnies de la planète. Bercée durant toute son enfance et son adolescence par les holos d'enquêtes terriens et les romans, Andromède a très vite développé un fort attrait pour l'uniforme. Sur Mars, seules la police et une petite partie de l'administration sont gérées par la Confédération Terrienne. Le Conseil des Six, l'organe exécutif du régime de la Terre, nomme le gouverneur de la planète rouge. En dehors de cela, la plupart des services sont assurés par les entreprises. D'ailleurs, on dit souvent que sur Mars, il n'y a pas de lois, seulement une police. Titania s'engage dans le hall avant de prendre l'ascenseur. Elle semble un peu nerveuse pour sa première affectation. D'après son ordinateur portable quantique (O.P.Q.), elle doit se présenter au bureau de Yamamoto, sa supérieure hiérarchique, au quatrième étage. La jeune femme profite de ce petit répit pour remettre ses magnifiques cheveux blonds en place. En dépit de sa structure osseuse allongée et de sa silhouette très affinée, Andromède ferait même se retourner un terrien à son passage. Ses yeux d'un bleu azur profond, son nez fin s'accordant parfaitement avec son visage, ses pommettes légèrement rosées et son sourire séduisent la plupart de ses interlocuteurs masculins. Contrairement à la Terre, l'eugénisme génétique est chose courante sur Mars. Du moins, pour ceux qui en ont les moyens… Au bout d'une minute, la martienne se retrouve face à l'imposante porte de la directrice. Son rythme cardiaque s'accélère. Elle fait une pause et souffle un bon coup avant de passer la paume de sa main droite sur le senseur d'identification de l'entrée pour signaler sa présence. Rapidement, la large porte s'ouvre dans un léger grincement mécanique. Titania prend son courage à deux mains et entre. Elle a l'impression de pénétrer dans un coffre fort. La pièce est spartiate. On y trouve un bureau interactif avec, de part et d'autre, deux plantes d'intérieur. Sur le mur, un unique écran affiche en temps réel les affaires en cours dont s'occupe le commissariat et les agents qui y sont assignés. Assise dans son siège rembourré, Yamamoto accueille sa nouvelle employée avec un large sourire. La jeune femme se détend un peu. - Bienvenue au commissariat du vingt quatrième, mademoiselle Andromède, commence la directrice. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu quelqu'un de la surface sous mes ordres. La quadragénaire s'interrompt. Avec son regard scrutateur, elle passe en revue la jeune martienne. Contrairement à cette dernière, elle n'a pas bénéficié de manipulations génétiques poussées. Le poids des années passées à maintenir l'ordre commence à devenir visible. Sans dire un mot, Yamamoto active son propre O.P.Q.. Les deux anneaux de nanites au niveau de ses avant bras s'illuminent. Un petit onglet représentant un micro apparaît sur son bureau interactif. - Du Hautoy, fait-elle. Pouvez-vous venir dans mon bureau ? - Tout de suite, madame, lui répond une voix grave. Quelques minutes plus tard, un homme s'introduit à son tour dans la pièce. Les yeux de Titania s'écarquillent. L'homme est petit, très petit. Sa structure osseuse est tassée et sa musculature est beaucoup plus développée que la moyenne. La présence de cheveux grisonnants indique qu'il a dépassé la cinquantaine et qu'il n'a jamais pris de traitement anti-vieillissement. Un terrien ?, s'interroge la martienne. - Charles Du Hautoy, je vous présente votre nouvelle coéquipière : Titania Andromède. Le terrien se retourne vers la jeune femme. Il l'examine quelques secondes de ses yeux verts émeraude avant de croiser son regard. En un instant, les deux équipiers se détestent déjà. Une petite bourge descendue de la surface, pense-t-il. Un vieux con de terrien, pense-t-elle. - Vous me demandez de jouer les babysitters, maintenant ?, commence le quinquagénaire sur un ton cassant. - Je ne vous comprends pas, Du Hautoy. Vous souhaitiez avoir un nouveau collègue pour vous aider, vous l'avez. - Mais je… - Il n'y a pas de mais. Andromède est sortie major de sa promotion. Je considère que c'est une chance de l'avoir ici avec nous. Et je compte sur vous et sur votre expérience pour lui apprendre les ficelles du métier. De toute façon, c'est un ordre, inspecteur. L'échange s'est effectué dans une ambiance électrique. Le terrien et Yamamoto s'affrontent du regard. Rapidement, Charles finit par lâcher l'affaire. Répondant à sa supérieur par un laconique ''bien, madame'', il fait signe à Andromède de le suivre. En silence, la jeune femme s'engouffre dans le couloir à sa suite après avoir salué la directrice. Redescendant au deuxième étage, Titania découvre son nouveau bureau interactif. Concomitant à celui de Du Hautoy, ce dernier est également entouré de dizaines d'autres espaces de travail. Tout autour, plusieurs membres des forces de police s'activent. Décidément, faire régner l'ordre dans les sous-terrains de Borealis, c'est comme faire régner l'ordre à New York. La jeune martienne s'est à peine installée que Charles l’interpelle un peu brutalement : - Mademoiselle Andromède, c'est l'heure de la pratique. Nous avons une première affaire. Titania est sur le point de répondre mais elle se ravise. Elle s'est aperçue que son collègue terrien a activé son module de communication. Charles parle à voix basse dans le vide. Son visage est soucieux. Sans attendre sa collègue, il se précipite vers l'ascenseur si bien qu'Andromède est obligée de courir pour ne pas le rater. Une fois en dehors du commissariat, la jeune femme demande à son nouveau partenaire : - Où allons-nous ? Le terrien met un temps à répondre : - En enfer, j'en ai bien peur… Sans ajouter un mot de plus, Charles traverse le parking des engins policiers avant de se diriger vers la station de transport automatique la plus proche. - Nous ne prenons pas de voiture ?, demande la martienne, interloquée. L'inspecteur éclate de rire. Il met plusieurs dizaines de secondes à se ressaisir avant de répliquer : - On voit bien que vous venez de la surface, vous ! Dans les souterrains, il est en général plus rapide de se rendre sur les lieux par les transports publiques qu'en voiture. Les voies sont constamment encombrées et ne sont pas toujours suffisamment larges pour laisser passer des véhicules. Sans relever son ton légèrement condescendant, Titania enchaîne sur une autre question : - Dans ce cas, à quoi servent ces engins ? - Ce sont des supports blindés bien pratiques dans certaines situations... La martienne ralentit. Des « supports blindés » ? Maintenant qu'elle observe plus attentivement ces engins de la police, elle s'aperçoit qu'ils ressemblent davantage à de petits tanks magnétiques qu'à de simples voitures. Chaque véhicule semble léviter au-dessus de quatre sphères pneumatiques de quatre-vingt centimètres de diamètre. Avec ce système, il n'y a plus besoin d'amortisseur, les blindés peuvent se déplacer sur tout type de terrain et deviennent extrêmement manœuvrables. Les sphères qui servent de roues étant contrôlées par la force électromagnétique, les frottements et l'usure sont fortement réduits. - Allez, ne traînons pas !, s'exclame Charles. Le quinquagénaire est déjà à la sortie du parking et s'apprête à traverser une large rue. Cette dernière est presque déserte. Mis à part quelques adolescents désœuvrés provenant des quartiers pauvres du vingt quatrième, tout le monde est au travail. De temps à autre, un vieux transporteur électrique du siècle dernier emprunte la route mal entretenue de la rue. En vitesse, Titania rattrape son coéquipier. Côte à côte, ils marchent pendant cinq minutes. D'anciennes publicités interactives s'activent à leur passage. Agacé, le terrien retire ses lunettes de Réalité Augmentée. Sans tous les artifices de son environnement R.A., le corridor se révèle tel qu'il est à ses yeux. Les déchets qui étaient à demi cachés par les hologrammes publicitaires sont désormais pleinement visibles. Quelques lampes plasmiques, devant simuler le Soleil tel qu'on le perçoit sur Terre, sont hors service. Charles sourit. Il comprend pourquoi la majorité des martiens ne retire jamais leurs lunettes R.A. Le spectacle des souterrains qui s'offrirait à leur yeux est vraiment désolant. Seuls les réseaux de transports automatiques, la ventilation et les centres de recyclages sont bien entretenus car indispensables à la survie et à la prospérité des grosses compagnies. Le reste laisse grandement à désirer. Les parois en permabéton sont recouvertes par endroit de mousse verdâtre. Soudain, Andromède fait la moue. Une odeur de pisse, de vomi et de misère monte à ses narines. Remarquant l'expression de son visage, Du Hautoy finit par lâcher : - Bienvenue dans les souterrains, mademoiselle Andromède ! Ne vous en faites pas. D'ici quelques jours, vous vous serez habituée à la puanteur ambiante. La jeune martienne ne répond pas. Elle continue silencieusement de suivre son équipier. Lorsqu'ils arrivent enfin à la station, un souffle d'air les accueille. Le transporteur monorail automatique décélère sans un bruit. Charles et Titania se mettent à courir. Tout essoufflés, ils finissent par entrer dans la rame. Quelques secondes plus tard, les portes se ferment et les wagons sans pilote commencent à se mouvoir. La plupart des sièges sont vides. Seuls trois hommes en costard cravate sont assis au fond de la rame. Aucun d'entre eux ne portent de lunettes de Réalité Augmentée. Les gaillards doivent certainement disposer de lentilles R.A.. - Des recruteurs, répond Charles à la question silencieuse de Titania. Ils viennent chercher de la main d’œuvre dans les souterrains. D'après ce que je sais, il ne faut pas plaisanter avec ces gens là. D'ailleurs, on peut voir que deux d'entre eux sont armés. Andromède les observe plus attentivement. En effet, en plissant des yeux, elle s'aperçoit qu'ils portent discrètement un pistolet lourd en mode transport à leur ceinture. Vu de loin, on a l'impression qu'ils possèdent un petit ballon de rugby pas plus gros qu'un poing. Dix minutes plus tard, le quinquagénaire se prépare à sortir de la rame en se rapprochant des portes coulissantes. Titania fait de même. Lorsque les wagons s'arrêtent à la prochaine station, Charles fait un léger signe de tête aux recruteurs avant de passer les portes. Ces derniers répondent à son salut par un autre mouvement de la tête. Effrayée, la jeune martienne sort rapidement à la suite de son coéquipier. Lorsque les deux policiers déboulent hors de la station, Du Hautoy remet ses lunettes de Réalité Augmentée. - Tiens, fait-il. Une équipe de collègues est déjà sur place. Décidément, pour votre première affaire, vous allez avoir droit à un gros morceau. La déclaration du terrien ne rassure absolument pas la jeune femme. Mais alors qu'elle est sur le point de poser des questions, une voix puissante se répercute contre les parois du corridor. - J'vous ai dit d'circuler. Alors, circulez ! En face d'eux, un important attroupement attire l'attention. Un homme de deux mètres quatre-vingt dix en armure de combat repousse une foule de curieux. Il tient entre ses mains un fusil d'assaut déployé à accélération magnétique. Même de loin, le gaillard semble très intimidant. Tandis que les deux équipiers se rapprochent, Charles lance au gusse vêtu de plaques de céramiques renforcées : - Ça alors ! Juan ? Vous avez sorti l'artillerie lourde, ma parole ! Le martien en armure tourne sa tête vers celui qui l'a apostrophé. - Inspecteur Du Hautoy ? Merci d'être arrivé aussi vite. Je n'aime pas la tournure des événements. Mes trois collègues surveillent la scène de crime et… Il s'interrompt un temps avant de reprendre : - Qui est la jeune femme qui vous accompagne ? - Ah, Juan, laissez-moi vous présenter ma nouvelle coéquipière : Titania Andromède. C'est une bleue de la surface, alors ménagez-la un petit peu. Puis, se tournant vers Titania : - Mademoiselle Andromède, voici Juan Larmonius. Ne vous en faites pas, même s'il fait peur comme ça, c'est un type extrêmement sympa. - Enchantée, fait la martienne. Juan répond par un léger mouvement de la tête. Son casque en néo-polymères empêche de voir son visage. Même sur Mars, les hommes atteignent rarement sa taille. En se tournant légèrement, le policier laisse apercevoir son exosquelette. Avec un tel matériel, il pourrait soulever une charge de plusieurs tonnes facilement. Rapidement, un second homme en armure les rejoint. - Tu peux y aller, Juan. Je vais surveiller ici. - Bien, je compte sur toi, lui répond l'intéressé. Larmonius fait alors signe à Charles et à sa coéquipière de le suivre. Sans dire un mot, le petit groupe s'éloigne en vitesse de l'attroupement et pénètre dans le hall d'un bâtiment troglodytique. Le terrien s'arrête. - Bon, qu'est-ce qu'on a ? finit-il par demander. - Un meurtre. Et pas des moindres. C'est un têtard, lui répond l'homme en armure. - Merde. La Grenouille a commencé à bouger ? - Non, mais c'est pour ça qu'on est un peu tous sur les nerfs ici, inspecteur. Je n'ai vraiment pas envie que les choses dégénèrent. Les deux hommes retombent dans le silence, pensifs. Titania n'ose pas interrompre leurs réflexions, même si elle n'a pas compris grand-chose de ces histoires de têtard et de grenouille. Le terrien finit par lâcher : - Y a-t-il des témoins ? - Oui, une putain de seize ans. C'est d'ailleurs pour ça qu'on vous a appelé en priorité. La petite ne souhaite parler à personne d'autre qu'à vous-même. Faut croire que vous lui avez tapé dans l’œil… - Ha ha, ne me faites pas rire ! Je suis trop vieux pour ça, vous savez. Les deux policiers éclatent de rire. Leur humour un peu lourd dédramatise une situation de crise. La jeune Andromède continue de suivre la conversation sans dire un mot. - Nous allons d'abord examiner la scène de crime avant d'aller discuter avec la témoin, déclare le quinquagénaire. - Très bien. Prenez votre temps. L'équipe scientifique et les nettoyeurs ne seront là que dans une heure. Sur ce, je vais rejoindre mon collègue. J'espère que l'on n'aura pas à affronter une horde de têtards enragés. - Ne vous inquiétez pas, la Grenouille n'est pas aussi stupide. - Je prie pour que l'avenir vous donne raison, inspecteur. Au fait, le corps se trouve dans la pièce du fond, là bas. Titus et Emilia doivent encore être à l'intérieur. Amusez-vous bien ! - Merci, Juan. À ces mots, le policier en armure s'élance à la sortie du hall troglodytique. En un clignement d’œil, il a disparu du champ visuel des deux coéquipiers. Alors que ces derniers se dirigent vers la scène de crime, Titania demande : - Dites-moi, inspecteur. Qui est cette Grenouille ? - Ah oui, c'est vrai que vous n'êtes pas très au courant des forces militaires et des gangs du secteur vingt quatre… Je vais vous faire un rapide topo. *** Suite demain pour le prochain épisode ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez afin que je puisse améliorer le chapitre lors d'une éventuelle réécriture !
  6. Merci Kyojin pour ton commentaire ! Et maintenant, la suite ! Chapitre VI : L'Eureka Control Services Néant. Noir. Froid. Tout en tourbillonnant légèrement sur lui-même, William MacLeod est dans un état semi-éveillé. Il ne ressent presque plus rien. Ses mains, ses pieds et même son torse ne lui renvoient aucune sensation. Son souffle s'affaiblit. La face interne de son casque est presque entièrement gelée. Il va mourir là, comme ça, tout seul dans une dernière danse macabre cosmique. Petit à petit, des souvenirs lui reviennent. Il se souvient de la première fois qu'il a rencontré sa femme à Cambridge. Il se rappelle son sourire si chaleureux, ses magnifiques cheveux blonds flottant au vent et ses yeux bleus aussi beaux que des diamants. Il revoit sa demande en mariage puis la naissance de leur première fille. L'écossai pleure en son for intérieur. Il n'arrive plus à faire la différence entre ses rêves et la réalité. Bientôt, une nouvelle vision s'impose à son esprit. Il revoit son petit village natal d’Écosse. Il fait sombre. La pluie tombe en fines gouttelettes, dispersant la brume matinale. Une cohorte de personnes habillées en noir rentrent dans le cimetière près de la vieille église. Parmi elles, William reconnaît son épouse et ses deux filles. La chevelure de sa compagne est toujours aussi éblouissante. Mais cette fois-ci, la scène est différente. Ses longs cheveux d'or pendent tristement vers le sol. On aurait dit un saule pleurant sur une tombe. Sa tombe. Oh no, pense l'écossai. I'm so sorry, Elizabeth… Tout d'un coup, une lueur blanche l'aveugle. William ne sait pas s'il délire ou s'il contemple les portes de l'au-delà. De temps à autre, la lumière vacille et finit par former une sorte de tunnel illuminé. Au bord de l'épuisement physique et mental, l'esprit de l'écossai finit par sombrer dans l'inconscience. *** Charles enlève rapidement sa combinaison spatiale avant de rejoindre Hoshiko et Sahle. Ces derniers ont déjà déployé la mallette de premier secours et activé l'I.A. d'analyse médicale. Auprès d'eux, William MacLeod gît dans sa camisole de néo-polymère partiellement brûlée et broyée à certains endroits. Sa peau est presque entièrement devenue bleue. - Situation ?, demande l'agent français, inquiet. - Il est toujours vivant, lui répond l'éthiopien. Mais son état est critique. Nous lui avons inoculé une seringue de nanites médicaux. Cela devrait le stabiliser. Cependant, il doit être placé dans un caisson chirurgical au plus vite si l'on souhaite sauver ses membres. - On a combien de temps ? - Deux heures au maximum, d'après les données. Le français ne répond pas. En silence, il consulte son O.P.Q. et se connecte aux systèmes de la corvette. Quelques instants plus tard, l'holo tridim du radar longue portée apparaît dans son environnement de Réalité Augmentée. Aucun navire spatial n'est détecté dans un rayon de dix milles kilomètres autour du vaisseau léger. Tenter de retrouver la position de la Fleur Céleste, de rejoindre le transporteur puis de s'y amarrer prendra du temps. Beaucoup trop de temps. Et lancer un appel à l'aide sur les ondes pourrait attirer de nouveau ceux qui les ont attaqué. - Merde !, finit par lâcher Charles Du Hautoy. L'agent européen refait un listing des dégâts de la corvette. L'I.A. d'aide à la visée est toujours inopérante, soumise à une attaque informatique. Les réacteurs quatre et cinq sont hors service et le générateur de bouclier est gravement endommagé. Le vaisseau léger est dans un bien triste état et ne pourra sans doute se déplacer qu'à vitesse réduite. Charles désactive son ordinateur portable quantique. À ses côtés, Sahle Dagnew et Hoshiko Mori découpent la combinaison de William pour vérifier qu'il n'a pas reçu d'autres blessures fatales. Refusant de laisser tomber son ami, le français se précipite dans la cabine de pilotage. Il commence à activer les protocoles de redémarrage des moteurs et recherche la dernière position connue de la Fleur Céleste. Avec un peu de chance, même s'il perdra ses membres, William pourra survivre à ses mésaventures. Alors qu'il manipule les commandes holographiques, un écran virtuel se matérialise à une cinquantaine de centimètres de son visage. C'est une demande de communication. Avec appréhension, l'agent européen active l'intercom audio. - Ici les forces de sécurité de l'Eureka Control Services. Veuillez nous transmettre votre identification. L'E.C.S. ? Ici ?, se dit Charles. Mais qu'est ce qu'ils foutent à plusieurs dizaines de millions de kilomètres de Mars ? Et cette putain d'I.A. d'aide à la visée qui est toujours H.S. ! Je ne pourrai jamais localiser la position de nos interlocuteurs s'ils ont activé leurs brouilleurs de positionnement ! Ayant entendu la conversation, Hoshiko entre dans la cabine de pilotage. Du Hautoy, quant à lui, pense qu'au point où ils en sont, ils n'ont plus rien à perdre. L'agent français réplique à l'injonction des martiens en ces termes : - Ici l'équipage de la corvette flak défensive du transporteur la Fleur Céleste. Code d'identité répondant au FC.36528.FC.248. Nous avons subi plusieurs avaries suite à une attaque. Un de nos collègues est grièvement blessé. Demandons de l'aide pour regagner notre vaisseau mère au plus vite. - Ah ! C'est donc vous !, lui répond dans un anglais sans accent le pilote de l'E.C.S.. Nous étions à votre recherche. Nous allons nous montrer. À ces mots, le radar repère une formation de six chasseurs lourds, à soixante kilomètres de la corvette. Ces derniers viennent certainement de désactiver leurs brouilleurs de positionnement. Un peu inquiet, Charles suit du regard les six points clignotants qui se rapprochent sur l'holo tridim du radar longue portée. La voix légèrement mélodieuse du militaire de l'E.C.S. se fait à nouveau entendre : - Le destroyer Arès a reçu une demande de la Fédération Terrienne. Nous étions le vaisseau militaire le plus proche de la Fleur Céleste pour lui porter secours. Récemment, les pirates de l'espace sont réapparus dans ce secteur qui est encore peu surveillé par les patrouilles de sécurité. Notre arrivée les a fait fuir. - Nous vous remercions de votre intervention, lui répond Charles Mais qu'est ce qu'il me raconte celui-là ?, se dit l'agent français. Si les pirates avaient repris du service ici, jamais la Fédération ne nous aurait caché une telle information ! En plus, ces fameux « pirates » ont essayé de nous détruire et non de nous dépouiller... Du Hautoy se tourne vers Hoshiko, lui faisant un léger signe de la tête. Les martiens ne doivent absolument pas soupçonner leurs véritables identités. Pour le moment, le français doit se faire passer pour un pilote engagé par Astronav, la société qui est le propriétaire officiel de la Fleur Céleste. - Nous avons repéré les débris de cinq vaisseaux légers, continue l'homme de l'E.C.S.. Vous avez dû livrer une rude bataille. Cinq ?, pense Du Hautoy. Nous avons détruits deux intercepteurs. MacLeod a perdu son chasseur et… Bon sang, quel sacré pilote ce William ! Il a réussi à abattre le bombardier et l'intercepteur l'escortant qui se dirigeaient vers la Fleur Céleste. - Si les blessures de votre camarade sont graves, poursuit le militaire, nous pouvons également le soigner d'urgence sur notre destroyer où nous disposons de plusieurs infirmeries de dernière génération. - Nous vous remercions de votre proposition, lui répond Charles, mais nous avons notre propre matériel médical sur la Fleur Céleste. Comme je suppose que l'Arès doit être en train d'escorter le transporteur d'Astronav, le trajet pour rattraper la Fleur Céleste sera aussi long que celui pour rejoindre votre destroyer. - Nous pouvons faire venir l'Arès jusqu'ici et… - Ce ne sera pas nécessaire. Si nos employeurs venaient à apprendre que nous sommes allés sur un vaisseau d'une compagnie martienne avec nos propres appareils cybernétiques, nous risquons d'avoir un long procès sur les bras sans parler de la perte de nos emplois. - Même si la vie de votre collègue en dépend ? - Nous avons réussi à stabiliser son état. Nous savons également que la Fleur Céleste ne peut pas être à plus de cent milles kilomètres de nous. Si vous nous guidez, nous pouvons atteindre le transporteur bien avant que la santé de notre camarade se dégrade à nouveau. - Très bien, nous allons vous escorter jusqu'à votre vaisseau mère. S'il y a du changement, n'hésitez pas à me contacter de nouveau. Officier de liaison, terminé. L'hologramme de l'intercom se ferme et Charles pousse un long soupir de soulagement. C'est à ce moment que Sahle Dagnew entre dans la cabine de pilotage. Ayant suivi la conversation, il prend les commandes de la corvette sans dire un mot. - Comment va notre écossai national ?, lui demande le français - Eh bien, il est en sursis. J'ai fait tout ce que j'ai pu mais je ne suis pas médecin. J'espère que nous pourrons atteindre la Fleur Céleste avant qu'il ne perde l'usage de ses mains et de ses pieds… - Je vais aller veiller sur lui. Si les martiens reprennent contact, avertissez moi immédiatement. Il va falloir la jouer fine avec ces gars là… L'attaque de tout à l'heure n'était pas du tout une coïncidence, si vous voulez mon avis. Quant à vous, mademoiselle Mori, mettez vous à votre poste et surveillez nos systèmes cybernétiques restants. J'espère qu'ils ne vont pas en profiter pour nous coller des mouchards. - Très bien, lui répond l'intéressée. - Vous faites preuve de beaucoup de prudence, Charles, commente l'éthiopien. - Tout comme vous, j'ai une famille, Sahle. Et je veux rester en vie pour elle. Suite à cette déclaration, Du Hautoy se lève de son propre fauteuil avant de quitter la pièce et de rejoindre son ami, étendu sur une couchette. La peau de William n'est plus aussi bleue que tout à l'heure. Les transfusions et les nanorobots médicaux ont vraiment évité le pire. Mais pour l'instant, il est toujours inconscient. Son souffle est encore saccadé. Certaines parties de son épiderme sont devenues noires au niveau de ses pieds et de ses mains. - Tiens bon, mon vieux, on va te soigner, lui adresse Charles. De leur côté, les six chasseurs lourds martiens prennent position tout autour de la corvette. Restant à une distance de cent mètres, ils envoient à Sahle les coordonnées de la Fleur Céleste. Hoshiko, elle, plonge dans la cybersphère du vaisseau terrien et garde un œil sur toutes les données envoyées par les militaires de l'E.C.S.. Durant plus d'une heure, l'éthiopien pousse le reste des moteurs au maximum de leur capacité. Après une période d'accélération puis de décélération intense, le transporteur terrien et le bâtiment de guerre martien sont en vue. L'éthiopien jette un coup d’œil au travers d'un hublot blindé en néo-polymères. Ce qu'il voit lui coupe le souffle. À deux kilomètres de la Fleur Céleste, le destroyer Arès a déployé toutes ses batteries d'armement. Ce vaisseau de près de quatre cent mètres de long possède un blindage et des barrières cinétiques de dernière génération. Sur Terre, seuls les pays les plus riches ou union de nations peuvent s'offrir de tels mastodontes dont les coûts de production dépassent l'entendement. Et dire que des compagnies privées peuvent désormais s'offrir ces machines de guerre de haute technologie… Sahle s'essuie le front du revers de la main. Face à ce navire spatial de l'E.C.S., les destroyers terriens relativement vieux auront bien du mal à lui tenir tête. Si un conflit généralisé éclate avec les entreprises martiennes, la Fédération Terrienne n'aura l'avantage qu'avec le déploiement de ses sept croiseurs lourds. Cette dernière catégorie de vaisseau représente les bâtiments de guerre les plus grands, les plus puissants et les plus complexes jamais construits par l'humanité. Longs de plus d'un kilomètres, hauts de cent cinquante mètres et larges de trois cents, les croiseurs lourds peuvent embarquer des centaines d'escadrilles de chasseurs et bombardiers. Chaque union de nations terriennes prennent en charge une partie de ces croiseurs : la Fédération Européenne en possède deux, la coalition Panasiatique en a deux aussi. L'Union d'Amérique du Nord en a construit deux tandis que l'Alliance Sud Américaine en détient un. L'Union Centrale Panafricaine, elle, souhaite en acquérir un également. Mais faute de consensus et d'argent, le processus n'en est resté qu'à l'état de projet. L'éthiopien déglutit. Commençant les procédures d'approche et d'amarrage à la Fleur Céleste, il ne quitte pas des yeux le destroyer martien. Ce dernier possède des courbes souples, élancées et élégantes. Toutes armes déployées, le bâtiment de guerre est extrêmement intimidant. Sahle arque un sourcil. Le fait qu'une compagnie de sécurité privée, en dehors de tout contrôle étatique, ait pu s'offrir et se construire ce type de vaisseau a de quoi interroger. Alors que la corvette flak finit ses dernières manœuvres pour intégrer le hangar du transporteur terrien et que les six chasseurs repartent en direction d'Arès, Charles déboule dans la cabine de pilotage. - On est arrivé ?, demande-t-il avec anxiété. - Oui, j'ai déjà envoyé un message crypté à la Fleur Céleste. Une équipe médicale se tient prête à intervenir dés que nous serons dans la soute. - C'est parfait !, commente le français. D'après les données de l'I.A. d'analyse médicale, nous pouvons encore sauver les membres de William. On aura eu chaud, tout compte fait. - Ne crions pas victoire trop tôt, tempère Hoshiko Mori qui, entre temps, est ressortie de la cybersphère. - Ne cassez pas mon espoir après tout ce que nous venons de traverser…, lui répond Du Hautoy. Quelques minutes plus tard, la corvette flak intègre le hangar. Le champ gravitationnel artificiel est rétabli et l'atmosphère est réintroduit dans le local. Peu après, l'équipe médicale débarque dans l'immense salle avant de s'introduire dans le vaisseau léger. L'agent français les accueille à bras ouverts avant de les laisser travailler et emmener William MacLeod à l'infirmerie. Même s'il est sérieusement blessé, le chirurgien en chef assure qu'il s'en sortira sans grande séquelle. Hoshiko, quant à elle, s'est littéralement endormie à son poste des systèmes cybernétiques. La stress intense et la fatigue physique et mentale ont fini par avoir raison d'elle. Lucie Lyonnet et Mina Wang finissent par arriver à leur tour pour venir prendre des nouvelles. Les informations qu'on leur avait données étaient extrêmement préoccupantes et Charles a dû s'y reprendre à plusieurs fois pour les rassurer. Finalement, les deux jeunes femmes s'entre-aident pour porter la japonaise jusqu'à sa cabine. Du Hautoy et Dagnew se retrouvent seuls en compagnie des techniciens qui commencent à réparer les avaries de la corvette. - Eh ben, fait l'éthiopien, on l'a échappé belle. - Oui, et maintenant, on se retrouve en compagnie de nos « protecteurs » de l'E.C.S… On devra constamment rester sur nos gardes alors que nous n'avons même pas encore foulé la planète rouge. Décidément, cette mission commence bien ! Sahle éclate de rire. Charles ne saurait dire si c'est toute la tension accumulée se relâchant d'un coup ou un humour un peu particulier qui a provoqué son hilarité. Quoiqu'il en soit, l'éthiopien lui répond : - Écoutez, l'ami. Si l'on s'en sort vivant, je vous inviterai vous et votre famille visiter mon pays d'origine : l’Éthiopie. Je pense que vous l'avez compris mais j'en suis très fier. Nous possédons une histoire et une culture plurimillénaire et avons été le seul pays d'Afrique qui a gardé son indépendance vis à vis des grandes puissances européennes. Il y a beaucoup de magnifiques lieux, bâtiments historiques ou paysages naturels, que je me ferai une joie de vous montrer. - Faites bien attention à ce que vous dites, Sahle, car je risque bien de vous prendre au mot ! Et en échange, je vous ferai visiter la France, goûter sa gastronomie et participer à plusieurs festivals, à vous et à votre famille. - Mais j'espère bien, Charles ! C'est sur ces mots que les deux collègues se séparent, épuisés par les derniers événements. Lorsque Charles pénètre dans sa cabine, un hologramme s'active au-dessus de son bureau. C'est une espèce de boule rouge clignotante. Oubliant toute prudence à cause de la fatigue, l'agent français se rapproche de cette curieuse apparition. Alors qu'il n'est plus qu'à un mètre de la sphère holographique, cette dernière se transforme en écran virtuel sur lequel s'inscrit un texte en français : Bien le bonjour, fiers agents de la Terre ! Vous qui portez les germes de la guerre, Écoutez bien ce que j'ai à vous dire : On vous surveille et on va vous trahir. Faites attention où vous mettez les pieds Il se peut bien que vous disparaîtrez. Tout comme ce triste agent Yamamoto, Ils finiront par avoir votre peau. Signé : Sidonia. Le poème reste en lévitation dans les airs trois petites minutes avant de se volatiliser sans laisser de traces cybernétiques.
  7. @ Kyojin : Merci pour ton commentaire ! J'espère que le prochain chapitre ne va pas te décevoir Chapitre V : Tempête stellaire Charles, Hoshiko et Sahle entrent en silence dans la corvette sous les yeux inquiets des jeunes Lyonnet et Wang. Bien qu'elle tente de ne rien en laisser paraître, la japonaise tremble de tous ses membres. Elle ne doit pas avoir l'habitude du terrain, en tant qu'experte en cybernétique. Charles, quant à lui, suit simplement son équipier éthiopien qui paraît sûr de lui. Le français fait le vide dans son esprit. Il sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur. Même s'il n'est pas artificier, il va devoir abattre autant de chasseurs ennemis que possible. Au bout de quelques secondes, les trois compères se retrouvent dans la salle de pilotage. Chacun se met à son poste : Sahle Dagnew aux commandes, Charles Du Hautoy à l'artillerie et Hoshiko Mori au secteur des systèmes cybernétiques. Au moment de s'asseoir à son siège, le français remarque qu'un casque possédant plusieurs électrodes est disposé sur l'un de ses accoudoirs rembourrés. Je vais devoir plonger ?, se demande-t-il. Circonspect, l'agent européen prend place. L'instant d'après, des hologrammes informatifs en trois dimensions entourent sa personne. Elles lui indiquent qu'il doit installer le casque. Charles s’exécute. Lorsqu'il active les programmes psychosensibles, il sent son esprit sombrer dans le néant comme s'il effectuait un plongeon dans la cybersphère. Mais cette fois-ci, au lieu de s'éveiller dans une ville numérique, le français peut voir et ressentir tout ce qui se passe autour du vaisseau. La coque du navire spatial est devenue sa peau. Les capteurs sont maintenant ses yeux. Tout fonctionne comme s'il était la corvette flak elle-même. Du Hautoy teste plusieurs systèmes. Apparemment, il peut réaliser une modélisation tridim de tout objet de plus de quatre centimètres qui se trouve à moins de mille kilomètres de sa position. Et, bien évidemment, il peut mettre en marche les options d'aide à la visée des deux canons de Gauss. Comme un enfant, l'agent français met en joue une mouche présente dans le hangar. Les systèmes d'aide lui permettent de suivre facilement les mouvements browniens de l'insecte. Soudain, une voix le fait sursauter. C'est celle de Sahle. - Activation des compensateurs inertiels et du générateur de gravité. Mise en marche des moteurs. Armes, boucliers cinétiques et systèmes cybernétiques parés. Depuis sa vision améliorée, Charles observe tous les techniciens ainsi que Mina Wang et Lucie Lyonnet quitter le hangar. Après leur départ, l'immense salle est verrouillée. Puis, l'atmosphère est aspirée hors de la pièce. Il faut dire que dans l'espace, l'air est une denrée rare qu'il convient de conserver autant que possible. Bientôt, un silence absolu fait place autour de l'appareil. Le champs de gravité de la Fleur Céleste est annulé au sein du hangar avant que les énormes sas donnant sur l'espace ne s'ouvrent sans un bruit. Aussitôt, William démarre en trombe et sort du transporteur avec son chasseur lourd. Sahle Dagnew, quant à lui, manœuvre avec précision la corvette, lançant l'appareil dans les profondeurs glacées de l'espace. Une fois à l'extérieur, le groupe s'éloigne à faible vitesse de la Fleur Céleste. Lorsque les deux engins légers sont à plus d'un kilomètres de distance, William et Sahle enclenchent leurs réacteurs principaux. En un instant, le transporteur long courrier disparaît de la vision direct de Charles. Il doit maintenant se servir de ses systèmes de radar et d'aide à la visée pour visualiser tous les objets en trois dimensions passant à moins de mille kilomètres. D'après les données du radar longue distance, le navire spatial inconnu qui a attaqué la Fleur Céleste se trouve à cinq mille kilomètres. La petite escadrille ennemie qui en provient, elle, n'est plus qu'à deux mille kilomètres. Rapidement, les deux groupes d'astronefs se rapprochent l'un de l'autre. La tension monte d'un cran lorsque tout d'un coup, toute l'escouade adverse disparaît des hologrammes de surveillance. - Ils ont enclenché leurs brouilleurs de positionnement, fait Hoshiko. Nous allons faire de même. Agent Du Hautoy, vous devez être sur le qui-vive. Grâce à vos systèmes, vous pourrez repérer l'ennemi dés qu'il sera à porté de vos détecteurs et… La jeune femme s'interrompt. Visiblement, elle doit déjà repousser une première attaque informatique. Sans hésiter, elle effectue un plongeon dans la cybersphère de la corvette. Charles reporte son attention sur la zone qu'il a à surveiller. Au bout de cinq minutes, le français repère l'escadrille. Ils sont à neuf cent cinquante kilomètres. Aussitôt, il relaie l'information à William et à ses deux autres coéquipiers avant de mettre en joue les six astronefs. Il attend. Les vaisseaux légers ne semblent pas encore les avoir repéré. La corvette et le chasseur lourd passent en trajectoire d'interception. Le cœur de Charles commence à battre la chamade. Lorsqu'ils seront à deux cents trente kilomètres de portée, il tirera une première salve. Les obus devraient atteindre leurs cibles en dix secondes, en prenant en compte la vitesse relative entre la corvette et leurs cibles. Tout d'un coup, alors qu'ils sont encore à trois cent kilomètres, l'escadrille ennemie se ceint en deux. Le bombardier et un chasseur quittent la formation pour éviter tout contact avec les forces de défense de la Fleur Céleste. - Shit !, lance William via l'intercom. Ces salopards nous ont repéré ! - Allez abattre le bombardier, lui recommande Sahle. Nous allons vous couvrir. Dés qu'il finit sa déclaration, Charles fait feu. Les quatre chasseurs quittent leur formation pour éviter les tirs, ce qui réduit considérablement leur vitesse. Une dizaine de secondes plus tard, de multiples explosions se produisent tout autour d'eux, sans pour autant les toucher. Le groupe du bombardier est vraiment trop loin pour tenter quoi que ce soit. Le chasseur lourd de William fonce à leur rencontre. Comprenant son intention, les quatre intercepteurs essaient de prendre en chasse l'écossai. Mais Charles effectue un véritable tir de barrage qui les empêchent de passer en trajectoire d'interception. Mis en échec, les astronefs recentrent leur attention sur la corvette et tirent quelques missiles de base. Sans difficulté, Hoshiko lance plusieurs leurres et diffuse un champ d'interférence qui déroute les projectiles. Ces derniers explosent à plusieurs dizaines de kilomètres de leur cible. Le français, quant à lui, continue d'arroser abondamment ses adversaires. Mais tout comme des moustiques, ces derniers réalisent des figures complexes afin d'éviter les tirs. Cela dit, les bougres se rapprochent. Lorsqu'ils seront à moins de vingt kilomètres de portée, ils ouvriront le feu sans aucun doute. Charles décide de se concentrer sur un seul ennemi. Il observe attentivement ses mouvements et tente d'évaluer sa position future dans les deux ou trois prochaines secondes grâce aux I.A. d'aide à la visée. Au bout d'un moment, Du Hautoy finit par tirer plusieurs rafales précises. Peu après, le chasseur adverse ciblé se retrouve entouré d'une multitude de déflagrations comme s'il était au centre d'un gigantesque feu d'artifice. Soudain, une explosion à une trentaine de mètres de sa position lui projette des fragments de titane à haute vélocité. L'un de ses deux moteurs explose et il part en vrille. Ayant à présent une trajectoire prévisible, Charles laisse l'intelligence artificielle d'aide à la visée finir le travail. L'instant d'après, l'intercepteur disparaît sous un déluge de feu. - Joli tir !, le complimente Sahle. - Mer… L'agent Charles Du Hautoy n'a pas le temps de lui répondre. Des milliers de projectiles explosent tout autour de la corvette. L'équipage est violemment secoué. Les boucliers absorbent une bonne partie de l'énergie des déflagrations. L'éthiopien exécute plusieurs figures pour échapper aux salves. Hoshiko, quant à elle, tente de s'introduire dans les systèmes d'un des chasseurs. Le français n'arrive pas à verrouiller ses poursuivants. Ces derniers virevoltent comme de véritables feux follets. Restant entre quinze et vingt kilomètres de distance, les trois intercepteurs les arrosent copieusement. Même si Salhe est un pilote expérimenté, les barrières cinétiques baissent dangereusement à mesure que des centaines d'obus légers explosifs percutent les boucliers à chaque seconde. Charles commence à paniquer. Même s'il faut moins d'une seconde à ses tirs pour atteindre les chasseurs, il n'arrive pas à analyser leur trajectoire pour les descendre à coup sûr. Ses adversaires ne sont pas des débutants. Leurs mouvements coordonnés perturbent les analyses de l'I.A. de visée. Bordel de merde!, se dit-il . Je suis agent, moi, pas artificier ! Entre temps, les boucliers sont presque hors services. Certains projectiles parviennent même à atteindre la coque. Les avaries ne tardent pas à se multiplier. - Brouilleurs de positionnement H.S. !, lance Hoshiko. Réacteur quatre inutilisable. Armure détériorée à vingt pour cent. - Du Hautoy ?, demande désespérément l'éthiopien. - Je fais ce que je peux, merde !, lui répond Charles. Une nouvelle fois, Sahle Dagnew fait partir en vrille l'astronef pour éviter autant d'obus que possible. Mais leurs trois poursuivants sont tenaces. Tout en évitant les tirs flak, ils arrivent à suivre sans difficulté les mouvements de la corvette. - Cela devrait pouvoir vous aider, fait soudainement Hoshiko. L'instant d'après, les réacteurs d'un des intercepteurs se coupent. Le français ne laisse pas passer cette chance. Aussitôt, il vise et détruit l'appareil avant que le pilote ne reprenne le contrôle de ses systèmes cybernétiques. Décidément, l'agent japonaise est d'une compétence remarquable. - Merci, lui adresse Charles. - Restons concentrés, on n'est pas tiré d'affaire, réplique-t-elle. Surpris par la perte de leur camarade, les deux autres intercepteurs prennent de la distance. L'éthiopien en profite pour pousser les réacteurs toujours en service à leur maximum. Il souhaite mettre la corvette hors de leur portée. Charles, quant à lui, continue de les harceler. Cependant, les pilotes ennemis reprennent vite leur esprit et repassent en trajectoire d'interception tout en évitant les tirs flaks. Cette fois-ci, ils semblent décidés d'en finir. Bon sang ! Mais vous allez vous les prendre, mes obus ?, pense le français. Alors qu'ils sont sur le point de tirer de nouvelles salves, les deux chasseurs réduisent tout d'un coup leur vitesse. La distance entre la corvette et ses poursuivants s'accroît considérablement en quelques secondes. - Qu'est ce qu'ils font ?, demande Hoshiko. - Je n'en sais rien, mais ça nous laisse un répit !, lui répond Sahle Dagnew. Tout d'un coup, l'un des intercepteurs tire un dernier missile de base avant que les deux chasseurs survivants ne repartent en direction du navire spatial qui a attaqué la Fleur Céleste. - On va peut-être pouvoir s'en sortir, finit par lâcher l'agent français. - Je n'en suis pas sûre… lui rétorque Mori, paniquée. Les brouilleurs de positionnement sont H.S. et les lanceurs de leurres ont été détruits. Je ne peux rien faire pour détourner le missile qui nous a pris pour cible ! - C'est pas vrai ! À ces mots, Sahle Dagnew consulte le radar. Même en poussant les moteurs au maximum, le point clignotant sur l'hologramme de bord tridim se rapproche dangereusement. Cette fois, même lui semble être à court de solution. Dans vingt secondes, les trois agents redeviendront poussières d'étoile. Le désespoir s'empare du petit équipage. Charles se déconnecte et enlève son casque d'artificier. Il est en sueur. Une nouvelle fois, il voit sa vie défiler dans son esprit et adresse une dernière pensée à sa famille restée sur Terre. Brusquement, la voix reconnaissable de William MacLeod vient les tirer de leur torpeur. - J'arrive ! J'vais vous tirer de là !, crie à tue-tête l'écossai dans l'intercom. Avec habilité, l'agent des services de renseignement britanniques place son chasseur lourd à deux kilomètres derrière la corvette. Dans leur désespoir, les trois agents ne l'ont pas vu arriver sur leur radar. Aussitôt, le missile prend pour cible MacLeod. Ce dernier se décale progressivement. Le projectile se déroute petit à petit. Une seconde avant l'impact, l'écossai lance des leurres. La déflagration qui suit aveugle les capteurs de la corvette. Tout signal de l'astronef de l'écossai disparaît. - Will ? Will !, fait Charles dans l'intercom. Aucune réponse. Les secondes passent. Les trois agents attendent dans l'angoisse. Toujours rien. Le radar de proximité reste désespérément vide. - Je… Je suis désolée, finit par lancer la japonaise. Je... - Attendez une seconde, je capte quelque chose, la coupe Sahle. Manipulant ses commandes holographiques, l'éthiopien se cale sur un signal, faible au premier abord. L'intercom commence à diffuser des grésillements qui, progressivement, se transforment en mots presque audibles. - May.. day… Est-ce que… quelqu'un m'entend ?… - Will ! Nous sommes là !, lui répond le français, soulagé. Cependant, malgré le bruit présent sur le canal de communication, les trois membres d'équipage de la corvette peuvent entendre les râles de leur camarade écossai. Ce dernier est dans une très mauvaise posture. - J'ai… déployé mes leurres trop tard… Le missile a… failli disloquer mon chasseur… J'ai dû m'éjecter mais… William MacLeod grogne de douleur. Son souffle se fait plus lourd. Il a des difficultés à articuler correctement ses mots. L'inquiétude gagne les pilotes de la corvette. - Ma combinaison… est endommagée… Mon régulateur de chaleur… est H.S…. Mes réserves d'oxygène diminuent… à vue d’œil… Le visage de Charles se décompose. Sans système de contrôle thermique, il ne pourra pas tenir plus de dix minutes. Et ce maudit radar de proximité qui est toujours brouillé à cause de la déflagration ! En vitesse, le français se réinstalle à son poste d'artificier. Avec le système d'aide à la visée, il devrait rapidement pouvoir repérer son ami. Il met son casque avant d'enclencher les programmes de démarrage. Il attend. Dix secondes. Puis vingt. Aucune réponse. Tout d'un coup, un écran virtuel se matérialise dans son espace de Réalité Augmentée. L'I.A. d'aide à la visée renvoie une erreur. Une attaque informatique l'a rendue inutilisable. - Putain de merde !, s'écrie Du Hautoy. Le système d'aide à la visée est H.S. - Avec le radar de proximité brouillé, on ne va pas pouvoir le retrouver rapidement, déclare Hoshiko, paniquée. Je vais essayer une autre méthode pour le localiser mais il faut absolument qu'il continue à émettre quelque chose ! Sans attendre, l'agent japonaise plonge dans la cybersphère. Sahle, quant à lui, redirige la corvette vers l'épicentre de la précédente déflagration. - Will !, fait Charles dans l'intercom. T'es toujours avec moi, mon vieux ? Il n'a pour toute réponse qu'un léger grésillement. - Will ! Il faut absolument que tu restes conscient. Ne t'endors surtout pas ! Tu m'entends ? On arrive ! On vient te chercher ! Le français se tait. À travers les crépitements, il arrive à discerner la respiration rauque de l'écossai. Cette dernière devient de plus en plus irrégulière. - Mon… ami…, finit-il par entendre. Je… Je n'en peux plus… Je ne sens plus… mes doigts de pied… J'ai si mal à mes mains… Le moindre… de mes gestes… me fait souffrir… Mes narines gèlent… Pareil pour la… visière de mon… casque. - On arrive, Will. Tiens bon ! - Charles… On ne… me la fait pas… à moi… Je n'en ai plus… que pour quelques minutes… Je veux juste que… tu dises à ma femme… - Putain de merde, Will ! Tu le lui diras toi-même ! S'il y a bien quelqu'un qui peut se sortir de cette situation, c'est bien toi ! Reste avec moi ! - Ça y est ! Je l'ai repéré !, s'écrie Hoshiko. Il est à douze kilomètres de notre position. - Tiens bon, mon vieux !, hurle Charles dans le dispositif de communication. Ne lâche pas l'affaire ! Pense à ta femme et à tes enfants qui t'attendent ! L'intercom retransmet une quinte de toux avant de sombrer dans le silence.
  8. @kyojin : nous allons voir si ton hypothèse se révélera juste ou non. ^^ En attendant, voici la suite ! Chapitre IV : Sous l'ombre de la faucheuse - On n'y arrivera pas ! On n'y arrivera pas !, lance Hoshiko Mori via le canal de communication local. Parallèlement à l'approche des missiles, une attaque cybernétique met à rude épreuve les systèmes du transporteur long courrier. Les technologues ne peuvent s'occuper des deux menaces à la fois. Depuis son O.P.Q., Charles observe la situation qui dégénère de plus en plus rapidement. S'il n'est pas endigué dans les minutes qui suivent, l'holo-virus risque bientôt d'avoir accès aux systèmes primaires de la Fleur Céleste. - Will, fait soudainement le français via son intercom. Dis moi que t'es connecté. - Je suis là, lui répond l'écossai. Que veux-tu qu'on fasse ? - On doit laisser le temps aux ingénieurs du vaisseau de brouiller les têtes d'ogive. C'est une priorité absolue. Que fait le capitaine ? - Il supervise justement le piratage des missiles mais il est préoccupé par l'attaque cybernétique, l'informe Lucie Lyonnet. Sans lui répondre, Du Hautoy ouvre une nouvelle fenêtre de communication reliée à la passerelle centrale. - Monsieur, fait-il, une partie de mon équipe et moi-même pourrons nous occuper de l'holo-virus. J'ai déjà eu affaire à ce type de menace informatique. Je sais comment l'endiguer efficacement. Je vous préconise de concentrer toutes vos ressources sur les ogives. - Agent Du Hautoy, c'est bien cela ? Nous vous en serons très reconnaissant si vous pouvez vous en occuper. Capitaine Adam Arthur, terminé. La fenêtre d'intercom se referme. Charles pousse un long soupir avant d'annoncer : - Mori, Wang et Lyonnet, concentrez vos efforts sur le brouillage tactique des ogives avec tous les autres technologues. Will et moi, on va endiguer la menace cybernétique. - Vous allez effectuer un plongeon ? Vous n'y pensez pas !, lui répond en français la jeune Lucie. - Je l'ai déjà fait. Je sais que je peux le faire. Du Hautoy, terminé. Le français ferme toutes ses communications sauf celle qui le relie à William MacLeod. - T'es prêt, mon vieux ?, lui demande-t-il. - Non et t'es complètement barré. C'est ce que j'aime bien d'ailleurs chez toi… Paré au plongeon. - Bien, on se retrouve dans la cybersphère. Rapidement, alors que les alarmes continuent d'envoyer leur signal sonore strident, l'agent Du Hautoy se saisit de ses lunettes modifiées de Réalité Augmentée avant de les installer avec précipitation sur ses yeux et de les relier à son crâne via quelques câbles cybernétiques spécifiques. Pour la troisième fois de sa vie, il va effectuer un plongeon sensoriel dans la cybersphère… Normalement, une telle activité est strictement réglementée et requiert un entraînement particulier. Tout comme certains autistes férus de mathématiques voient les opérations et les chiffres comme autant de formes et de couleurs mentales, le plongeur se construit une représentation psychique des données informatiques dans son esprit. Il peut ainsi évoluer dans le monde virtuel tout comme nous, nous le pouvons dans le monde réel. Plonger dans la cybersphère, c'est pouvoir manipuler directement les yottaoctets de données et agir bien plus vite qu'en étant à l'extérieur de cette réalité virtuelle. Mais naviguer dans l'univers des intelligences artificielles n'est pas sans risque. On peut facilement y perdre sa raison et finir handicapé mental si l'on n'y prend pas garde, à fortiori si l'on y combat un holo-virus… Lorsqu'il plonge, Charles sent son esprit basculer dans le néant. Puis, tout d'un coup, il se retrouve entourer par une lumière blanche éblouissante. L'agent français n'a plus aucune sensation de son corps. Il regarde sur sa droite puis sur sa gauche. Des formes se dessinent : ses mains, son torse puis ses pieds. Son corps lui paraît translucide, comme s'il était devenu un spectre errant entre le monde des morts et celui des vivants. Soudain, sous ses pieds, surgit un socle bleuté parcouru par des suites de un et de zéro qui deviennent de plus en plus petits. Ces successions de chiffres se transforment progressivement en de minces filaments cyans. Autour de lui, des bâtiments cubiques font leur apparition. Des milliers de liens se créent puis disparaissent entre eux. Charles reconnaît les systèmes cybernétiques de la Fleur Céleste. Bientôt, c'est toute une ville numérique qui prend vie sous ses yeux. L'agent français semble être au beau milieux d'une avenue où des milliards de paquets de données circulent, passant d'un serveur cubique à un autre. Au loin, à cent mètres devant lui, un autre avatar en forme humaine se matérialise. C'est MacLeod. L'écossai semble porter entre ses mains une sorte de marteau de guerre. La tête de l'arme est constituée d'une boule lumineuse étincelante. Très subtil, envoie mentalement Charles à son collègue. Tu me connais, lui réplique ce dernier. Je ne suis pas fait pour les méthodes douces. Alors qu'il entend dans sa tête le rire de William, l'agent français s’agenouille. Posant sa main sur le socle fourmillant de traînées cyans, il se met à ressentir les paquets d'information. En moins d'une seconde, il repère les corruptions de l'holo-virus. Je l'ai, se dit-il. Charles ferme les yeux. Il se laisse littéralement fondre dans le sol bleuté avant de d'y ressurgir l'instant d'après, à vingt « kilomètres » de sa position initial. Du Hautoy rouvre les paupières. Devant lui, un immense bâtiment cubique est en train d'être entièrement englouti par une forme globuleuse rougeâtre. Les systèmes du dit bâtiment sont en train de changer de couleur, passant du bleu à l'orange. Il n'y a plus rien à faire pour ce serveur. Il faut le placer sous quarantaine. De temps à autres, l'holo-virus forme plusieurs centaines de filaments pour tenter d'accéder aux autres bâtiments à proximité mais les I.A. de protection parviennent encore à repousser les attaques. William, je vais avoir besoin de ton soutien. On dirait qu'on a affaire à un blurb. J'arrive, j'arrive, lui répond l'intéressé. Aussitôt dit, aussitôt fait, l'agent MacLeod apparaît juste à côté de lui, comme s'il s'était téléporté. Que c'est moche, commente William. Les I.A. n'ont pas de sens esthétique très développé, lui rétorque Charles. Bon, je vais commencer la mise en quarantaine. L'agent français étend ses bras. À partir de son avatar, des milliers de filaments verts sont envoyés contre l'holo-virus. Une couche gélatineuse violacée se met à recouvrir la forme globuleuse rougeâtre. L'I.A. d'attaque cybernétique riposte. Une vingtaine de tentacules rouges se matérialisent avant de foncer sur Charles. Elles veulent tenter de corrompre son esprit. Avec son arme, William les repousse violemment. Chaque coup de son marteau semble provoquer une déflagration numérique qui désintègre une bonne partie des appendices rougeâtres. Mais ces dernières se régénèrent. Prends bien ton temps, surtout !, lance l'écossai entre deux attaques. Je fais mon maximum, Will !, s'écrie son collègue français. Au bout de dix minutes, Du Hautoy finit par recouvrir entièrement l'holo-virus d'un barrage infranchissable de protection numérique. Plusieurs bâtiments cubiques se retrouvent entourés par la couche gélatineuse violacée de Charles. Les deux amis poussent un soupir de soulagement. Ils ont réussi à endiguer la contamination cybernétique. Mais alors que les deux compères se réjouissent, les serveurs corrompus se mettent à pulser de manière sinistre. L'holo-virus utilise les applications des systèmes qu'il a réussi à pirater. Mais qu'est ce qu'il fout ?, se demande l'agent français. Charles ouvre un écran virtuel, à une cinquantaine de centimètres du visage de son avatar. Il est inquiet. Très inquiet. L'I.A. d'attaque cybernétique contrôle les processus de sécurité d'un compartiment où se trouvent cinq personnes. Elle les a enfermé, coupant la pièce du reste du vaisseau. Du Hautoy observe, impuissant, les passagers se débattre contre les portes blindées. Si l'on veut les libérer, il faut reprendre le contrôle des systèmes de sécurité et donc, détruire l'holo-virus. L'agent français ne sait pas le faire. Seuls les plus talentueux plongeurs et hackeurs sont capables d'une telle prouesse. Or, en ce moment, ceux qui sont présents sur ce vaisseau sont occupés à contrer une autre menace. Merde !, finit-il par lâcher. Soudain, les cinq prisonniers semblent suffoquer. Oh non… Pas ça, fais pas ça !, implore Charles. L'I.A. reste sourde à ses suppliques. Elle continue d'actionner les systèmes de sécurité anti-flamme. Tout l'air se trouvant dans la pièce est aspiré par une pompe à vide. Cela permet d'éteindre très rapidement tout incendie en privant ce dernier d'un apport en oxygène. L'agent français est horrifié. William MacLeod, qui a lui aussi matérialisé un écran virtuel, finit par détourner les yeux. Les cinq personnes se mettent à griffer les murs, rongeant leurs ongles jusqu'au sang. Certains d'entre eux se prennent la gorge entre leurs mains. Leurs poumons, soumis à une très faible pression, commencent à grossir à cause de l'air emmagasiné qui est resté à l'intérieur. Plusieurs minutes durant, les pauvres diables se tortillent dans tous les sens avant de s'immobiliser, leurs visages figés dans un rictus de souffrance. Du Hautoy dématérialise son écran. Il n'a absolument rien plus faire. Ce n'est pas la première fois qu'il est impuissant dans une telle situation et ce ne sera certainement pas la dernière. Bon sang, Will ! On n'est même pas arriver sur Mars qu'on a déjà des cadavres sur les bras !, s'écrie-t-il. C'est pas la première fois qu'on nous envoie au casse-pipe, l'ami, lui répond l'intéressé. Très réconfortant, Will, vraiment… De leur côté, Lucie Lyonnet, Mina Wang et Hoshiko Mori se démènent avec tous les autres technologues pour brouiller les têtes d'ogive. Un des missiles a déjà été dérouté et a explosé sans activer sa charge à fusion. Un deuxième est sur le point de subir le même sort. La jeune rousse française se concentre donc sur le troisième projectile. Il reste cinq minutes avant que ce dernier n'atteigne la Fleur Céleste. Les autres ingénieurs cybernétiques tentent déjà de repérer ses capteurs. Face à ce type de missile bourré de technologies, les brouilleurs de positionnement et les leurres ne servent absolument à rien. Il faut donc envoyer manuellement des informations erronées aux capteurs du projectile en espérant que l'I.A. de guidage finisse par le dérouter. Même avec les meilleurs ingénieurs terrestres, ce type d'opération reste d'une complexité sans nom. Lorsque la deuxième ogive est déroutée, il ne reste plus que trois minutes avant que le dernier projectile n'atteigne le transporteur long courrier. Plus de deux cents vingt technologues se triturent les neurones afin d'éviter la catastrophe. Les secondes défilent. Toujours pas d'amélioration. L'alarme de collision continue de retentir contre les parois. Charles et William décident de sortir du monde virtuel. Quitte à mourir, autant jeter un dernier coup d’œil aux étoiles à travers le hublot. Lorsque l'agent français se redresse sur sa couchette, il reste trente secondes avant l'impact. Las, il s'approche lentement du hublot de sa cabine donnant sur l'espace intersidéral tout en écoutant les paroles affolées des trois autres jeunes femmes de son équipe. Il contemple les nébuleuses, laissant une dernière pensée à sa femme, son fils et sa fille restés sur Terre. Quelle façon pathétique de mourir, se dit-il. Soudain, une vive lumière force le hublot à se polariser tant la lueur est intense. Charles recule instinctivement. La boule de fusion finit par englober la Fleur Céleste. Mais ses boucliers tiennent bon. Surpris d'être toujours en vie, l'agent français consulte son O.P.Q. : - On a réussi ! On a réussi !, entend-t-il. La voix de la jeune Lyonnet le rassure. Très vite, Hoshiko et Mina se joignent à elle : - Oui, c'était moins une !, commente l'agent japonaise. - L'ogive a explosé à trente kilomètres de notre position, informe Wang. Boucliers diminués de quinze pour cent. On s'en sort bien. Charles pousse un soupir de soulagement. Au moment où il allait lâcher un « bien joué, les filles ! », un appel l'interrompt dans son élan. Sur le canal de son équipe, l'agent éthiopien Sahle Dagnew déclare d'une voix paniquée : - Monsieur Du Hautoy, monsieur MacLeod. On a besoin de nous immédiatement dans le hangar ! - Comment ça ?, demande William. - On va devoir piloter la corvette flak et le chasseur lourd qui s'y trouvent. Six unités légères dont un bombardier s'approchent de notre position. - 何 (nani) ? Et les pilotes ?, réplique Hoshiko Mori - Ils sont morts. L'attaque cybernétique, que M. Du Hautoy et M. MacLeod ont endigué, les a tué en les privant d'oxygène. - Bordel de merde !, s'écrie l'écossai. Moi-même, je peux me mettre aux manettes du chasseur vu que j'ai passé cinq années dans la Royal Spaceforce. Mais Charles, lui, ne sait pas piloter. - Ne vous inquiétez pas, fait l'éthiopien. Je dirigerai la corvette. Mais il me faut deux autres personnes avec moi qui contrôleront les canons anti unité légère et les systèmes cybernétiques d'anti-intrusion. - Je viens avec vous, déclare immédiatement l'agent japonaise. Visiblement, il vous faudra un bon techno à bord. Je ne vais pas vous laisser aller au devant du danger sans que je ne puisse rien y faire. - Et je suppose que c'est moi qui fera l'artificier, conclue Charles. En vitesse, l'agent français sort dans le corridor. L'instant d'après, il est rejoint par le reste de son équipe. Même Lyonnet et Wang sont présentes. Le groupe se dirige vers le hangar de la Fleur Céleste. Alors qu'ils courent à tout allure, Du Hautoy demande à son coéquipier éthiopien : - Vous savez manier des corvettes, vous ? - Oui, lui répond-t-il. L’Éthiopie a développé toute une flotte de vaisseaux de guerre légers : chasseurs de toute catégorie, bombardiers, corvettes lourdes, corvettes flaks et même une frégate. Nous voulons rester indépendants des puissances occidentales et asiatiques sur le plan militaire et spatial, comme l'ont été nos ancêtres. Et moi, j'ai appris à piloter tous ces appareils sauf la frégate bien entendu qui nécessite un équipage d'une quinzaine de personnes. À peine a-t-il fini son explication que l'équipe déboule dans le hangar. Plusieurs techniciens finissent de préparer et d'armer les deux vaisseaux de guerre. Le chasseur lourd ressemble un peu à une araignée géante de dix mètres, avec ses huit canons mitrailleurs électromagnétiques. Chacune de ces espèces de gatlings peut envoyer un petit projectile explosif à dix kilomètres par secondes avec un rythme de trois mille coups par minute. La corvette flak, elle, est plus imposante. Elle ressemble à une soucoupe de vingt mètres de diamètre avec deux énormes canons de gauss de type flak, chacun disposé sur l'un des flancs de l'appareil. Ces armes électromagnétiques peuvent tirer un obus toutes les dix secondes à une vitesse de vingt kilomètres par seconde. En général, un quart de seconde avant l'impact, chaque projectile libère une quinzaine d'explosifs à fragmentation qui se déclencheront à proximité de la cible. Pour cette raison, une corvette flak dirigée par un équipage de trois personnes aguerries peut réduire à néant toute une escadrille de vaisseaux légers. Contrairement au chasseur lourd, la corvette dispose de boucliers et de barrières cinétiques. Elle possède également un blindage plus important que tout autre unité de plus faible catégorie. Alors qu'ils s'approchent des deux navires spatiaux militaires, un écran virtuel se matérialise dans l'espace de Réalité Augmentée de chaque membre de l'équipe. Un homme d'une cinquantaine d'années apparaît sur l'image en bidim. C'est le capitaine Adam Arthur. - Mesdames, messieurs, fait-il. Notre transporteur ne dispose pas de défenses actives vu que les pirates sont censés avoir disparu de cette région depuis plus de quarante ans. M. MacLeod et M. Dagnew, vous êtes les plus qualifiés actuellement pour piloter nos unités de défense. Nous avons envoyé un appel à l'aide à la Fédération par transcription quantique. Jusqu'à ce qu'un bâtiment militaire arrive à proximité, vous devez repousser les escadrilles de ces forces inconnues. Au nom des cinq cents vingt quatre passagers et membres d'équipage de la Fleur Céleste, je vous souhaite bonne chance. L'hologramme se dématérialise. Inquiet, Charles jette un coup d’œil à son ami écossai qui s'installe rapidement aux commandes du chasseur lourd avant de suivre Sahle et Hoshiko dans la corvette. Encore une fois, il va devoir foncer au cœur de la tempête sans savoir s'il reviendra en vie.
  9. @Kyojin : Mhm, on commence déjà à sortir les théories du complot ? Remarque, c'est un monde assez sombre. On a de quoi psychoter sur bien des sujets ! En attendant, voici la suite : Chapitre III : Un voyage plein de surprises La navette commence sa phase de décélération. Les pilotes retournent l'appareil, de manière à positionner les réacteurs principaux vers la station d'Europa Alpha, à mille kilomètres de là. Charles vient tout juste de se réveiller. Il observe à travers les hublots les petits jets de matière ionisée projetés par la coque de l'astronef pour se diriger. La phase de ralentissement dure une vingtaine de minutes. Pourtant, les passagers ne ressentent rien. Les compensateurs inertiels contre-balancent parfaitement les effets de la décélération. Bientôt, la station commerciale de la Fédération Européenne apparaît. Elle est gigantesque. La jeune Lucie ne décolle pas son visage du hublot, tant elle est absorbée par la vision de cette immense structure. Europa Alpha mesure trois milles deux cents mètres de haut, cinq cents de long et quatre cents de large. Vu de loin, Charles aurait comparé la station à une sorte de banane cosmique. L'activité y est intense. Toutes les minutes, des dizaines de cargos, de navettes, de transports long courrier spatiaux et même de frégates militaires s'y amarrent ou repartent. À dix kilomètres de la station, la navette effectue de nouvelles manœuvres. Les I.A. du trafic spatial lui ont attribué une baie d'amarrage. Une dizaine de minutes plus tard, l'astronef est enfin rattaché à la station. William MacLeod se fait réveiller en sursaut par la voix d'une hôtesse de l'espace : - Chers passagers, nous espérons que vous avez passé un agréable voyage. Nous vous avertissons que le trajet de notre navette à la baie d'accostage se fera sous gravité zéro. Nous vous souhaitons un bon séjour à bord de la station d'Europa Alpha. Rapidement, Charles, William et Lucie se lèvent afin de ne pas être pris dans la file d'attente des voyageurs cherchant à récupérer les bagages légers qu'ils ont pu introduire en cabine. Lorsqu'ils arrivent au niveau d'un des sas de transit, des stewards leur demande de prendre une poignée sur le côté qui les entraînera à une vitesse sécurisée dans la zone sous gravité zéro. Lorsqu'il franchit le sas pour parvenir à la baie d'amarrage, Charles entend une voix féminine lui indiquer dans un français parfait : - Entrée zone sans gravité. Le passage de la navette à la zone de transit lui triture l'estomac. Une vingtaine de secondes plus tard, les trois compères se retrouvent au bout du petit corridor où d'autres stewards se pressent pour les accueillir. La baie d'accostage est soumise elle aussi à un champs de confinement de gravité artificielle. Les employés situés à la sortie de la zone de transit remettent les passagers maladroits dans une position appropriée pour que ces derniers puissent entrer dans la station. Charles et William franchissent sans aucun soucis le second sas, la voix sans émotion de l'I.A. d'Europa les accueillant avec un « Entrée zone sous gravité » particulièrement austère. Lucie, elle, a plus de difficulté. Ayant lâchée la poignée prématurément, elle se retrouve la tête en bas avant de se faire réceptionner par trois stewards. À la sortie du second sas, elle semble dans tous ses états. William et Charles ne peuvent s'empêcher d'éclater de rire lorsqu'ils voient sa mine déconfite. - C'est ça les mecs, fait la jeune rousse, marrez-vous. - Ne le prenez pas mal, mademoiselle, lui répond MacLeod. Ça me rappelle la première fois que Charles et moi avons été dans l'espace. - Oui, renchérit Du Hautoy encore pris de quelques spasmes. Tu t'étais cogné la tête contre la paroi et tu avais traité les pauvres stewards de tous les noms d'oiseaux possibles et inimaginables. Qu'est ce que j'ai ri à l'époque ! - Ouais, j'ai surtout eu droit à un très beau bleu au front… - Excusez-moi, vous êtes bien monsieur Du Hautoy, monsieur MacLeod et mademoiselle Lyonnet ? Surpris, les trois intéressés se tournent vers celui qui les a apostrophé en anglais. Face à eux, un africain en costard les passe en revu. Du haut de son mètre quatre vingt, l'homme semble attendre une réponse. D'un œil discret, Lucie admire sa musculature peu commune. - Oui, c'est bien nous, fait MacLeod. - Je me nomme Sahle Dagnew. Je fais partie des services de renseignements éthiopiens. On m'a demandé de vous conduire jusqu'à notre prochaine destination. - Qui est ?… reprend Charles. - Vous le verrez lorsque vous y serez, lui réplique Dagnew. En silence, les quatre personnes se mettent en marche. Tout comme le terminal un du spatioport Charles De Gaulle, les quais d'amarrage sont bondés. Après avoir joué des coudes, ils se retrouvent dans un immense hall. Des milliers de passagers s'y déplacent dans toutes les directions comme autant de petits insectes pressés. Des panneaux holographiques d'une dizaine de mètres de haut affichent tous les vols en partance pour la Terre, la Lune ou Mars. De temps à autres, lorsque les quatre agents passent devant, des hologrammes publicitaires s'allument. L'un d'entre eux représente un homme en pleurs. Charles y jette un coup d’œil et y lit :« Si vous n'avez pas de chocolat Monka, n'en faites donc pas tout un plat ! ». Il sourit. Eh beh, que ce soit sur Terre ou dans l'espace, les publicitaires ont toujours un humour un peu douteux, pense-t-il. Au bout d'une dizaine de minutes, le petit groupe déboule dans une station monorail de transport automatique un peu particulière. Toutes les deux ou trois minutes, des sortes d'immenses ascenseurs s'arrêtent à leur hauteur, recrachant une bonne centaine de personnes avant d'être rapidement pris d'assaut. En vitesse, les quatre agents se prennent une place à bord de l'un d'entre eux. - On va aux baies d'amarrage privées ? Demande immédiatement MacLeod. - En effet, à l'anneau H-4526, plus précisément. Un vaisseau nous y attend, lui répond l'éthiopien. Lucie Lionnet, quant à elle, n'a prêté aucune attention à la conversation. Elle observe, les yeux grands ouverts, la vie à bord d'Europa Alpha. Une multitude de robots, parfois de grande taille, et autres automates transportent les marchandises d'un bout à l'autre de la station. À chaque étage, des milliers de personnes vaquent à leurs occupations dans une cacophonie digne des plus importantes métropoles terrestres. Près d'une demi-heure plus tard, après s'être arrêtés au bon étage et avoir marché jusqu'aux baies d'amarrage privées, Lucie, William et Charles découvrent avec étonnement le vaisseau long courrier qui les emmènera jusqu'à la planète rouge. Long de trois cents mètres et large de cinquante par endroit, le navire spatial en impose. Plusieurs centaines de personnes doivent pouvoir y voyager confortablement. Une fois à bord, juste après avoir franchis les sas de transit, Sahle Dagnew se retourne et fait face à ses trois interlocuteurs. - Bien, fait-il. Nous allons pouvoir librement parler ici. L'éthiopien réfléchit un petit moment avant de reprendre la parole. - Avant toute chose, bienvenue sur la Fleur Céleste. Officiellement, c'est le vaisseau privé du chef d'entreprise français Lionel Artonnier. C'est pour cette raison que vous rencontrerez à bord plusieurs centaines d'employés de la compagnie d'Astronav, l'un des plus importants armateurs spatiaux terrestres. Cela dit, la Fleur Céleste transportera aussi toutes nos équipes des différents services de renseignement de la Fédération. Je suppose qu'on vous a déjà mis au parfum de la mission qui nous attend. - Oui, nous sommes au courant, lui répond l'écossai. - Je vois. Et savez vous dans quelle équipe vous allez être mobilisés ? - Ça, pas encore, informe Charles. - Mhm… Veuillez me suivre dans ce cas. Sans attendre, Sahle les conduit à travers un méandre impressionnant de couloirs et de corridors. Sur leur chemin, ils rencontrent quelques personnes qui les saluent poliment. Charles ne peut deviner s'ils sont agents ou non. Au bout de quelques temps, le petit groupe déboule dans une salle de réunion. - Prenez place, je vous en prie, demande l'éthiopien. Les autres ne devraient pas tarder… Les deux français et l'écossai obtempèrent en silence. Alors qu'ils s'assoient autour de la table ronde au centre de la pièce, deux autres personnes entrent dans la salle. Elles apportent avec elles des appareils cybernétiques de dernière génération. Charles les observe. Il s'agit de deux asiatiques. L'une est japonaise, l'autre chinoise. Toutes les deux ne doivent pas avoir plus de vingt cinq ans. - Bien, fait Sahle Dagnew. Je vois que notre équipe est au complet. Charles, Lucie et William se regardent les uns les autres avant de lancer un what de surprise. - Laissez-moi donc faire les présentations, finit par déclarer l'éthiopien. Tout d'abord, voici Hoshiko Mori, des renseignements japonais. Elle est l'une des hackeuses les plus douées que j'ai jamais rencontrées. La jeune femme se penchent gracieusement vers l'avant. Ses yeux rusés suggèrent une vive intelligence. Discrètement, elle passe en revue ses trois collègues européens. - C'est un honneur de vous connaître, dit-elle en guise d'introduction. - Eh bien, pour nous aussi, lui répond Lucie, enjouée. Dagnew se tourne alors vers la seconde asiatique. - Et voici Mina Wang, des services de renseignement chinois. Elle aussi fait partie des agents les plus réputés d'Asie du Sud Est. Suite à cette présentation, l'intéressée penche légèrement la tête vers l'avant. Ses longs cheveux bruns particulièrement entretenus mettent en valeur son visage rond et son nez fin. Rien ne semble échapper à ses yeux observateurs. - Je suis ravie de faire partie de cette équipe. J'espère que nous nous entendrons bien, pour notre salut à tous. - Nous l'espérons aussi, madame Wang, fait MacLeod. Après un court silence, Charles finit par demander dans un anglais sans accent : - Mes amis, surtout ne le prenez pas mal, mais je m'attendais à ce qu'on soit affecté à une équipe européenne. À moins que… - Poursuivez donc, Du Hautoy, l'encourage Sahle Dagnew. - À moins qu'en plus de nos propres enquêtes, notre équipe ait à regrouper, trier, synthétiser les informations et résultats des autres équipes européennes, asiatiques et panafricaines, puis à faire parvenir nos rapports à nos supérieurs. - Je vois que votre réputation n'est pas exagérée. Vous comprenez vite. En effet, notre rôle consistera à faire le lien entre les agents sur Mars et Central. Bien sûr, nous pourrons réaliser aussi nos propres investigations sur place. Il faut savoir que sur Mars, toutes les communications en partance vers la Terre passent par les serveurs de la Martian Telecommunication Company, que ce soit par onde électromagnétique via les quatre stations relais en orbite ou que ce soit par les trois complexes de transcriptions quantiques sur Mars. La transcription quantique est une des technologies ayant pris son essor au court du 22ème siècle. Elle permet notamment la transmission d'informations de manière instantanée entre deux points de l'espace. Si toutes les stations de transcription sont aux mains des entreprises martiennes, il ne serait pas étonnant que ces dernières aient accès à toute donnée qui y transite… Après un petit silence, Dagnew continue : - C'est pour cette raison que la Fleur Céleste possède en son sein son propre dispositif de transcription quantique, en plein milieu du vaisseau. Et notre groupe est l'une des trois équipes qui y auront accès. - Je vois, commente Charles. C'est ingénieux. Il faudra réduire au strict minimum les communications entre nous une fois sur la planète rouge. Les deux agents japonaise et chinoise déposent alors sur la table les appareils cybernétiques. - Voici les O.P.Q. que nous utiliserons, fait Hoshiko Mori. Mina et moi avons déjà installé un certain nombre de programmes et d'I.A. autonomes de protection informatique. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je vais aller dormir. J'ai travaillé à l'élaboration de ces anti-virus depuis plus de vingt heures et je n'ai pas encore eu l'occasion de fermer l’œil. Charles observe un moment les visages des deux asiatiques. Effectivement, elles ont l'air d'être exténuées. Intérieurement, le français se demande si un groupe aussi hétérogène aux cultures si différentes pourra être efficace sur le terrain. Il finit par lâcher : - Bien, merci à toutes les deux pour vos efforts. Je propose que l'on se revoie dans une douzaine d'heures pour les derniers préparatifs. Tout le monde aura le temps de se reposer à souhait. Il faudra être en pleine possession de ses moyens à cette réunion. - C'est justement ce que j'allais dire, lui répond l'éthiopien. - Sur ce, nous allons donc prendre congé, fait Mina Wang. Alors que les deux jeunes femmes sortent de la salle, MacLeod demande : - Le vaisseau partira quand ? - Dans deux heures, lui dit Sahle. Sur ce, je vais moi aussi retourner dans ma cabine. Il me reste quelques petites choses à faire avant la prochaine réunion. Pour rejoindre vos propres loges, il suffira de suivre les indications de vos O.P.Q. Mais il me semble que nous sommes tous les uns à côté des autres, dans la même zone. - Bien, ça facilitera les choses dans ce cas. D'ici douze heures, je promets de ne déranger personne, commente Charles Du Hautoy. - Vous m'en voyez ravi. À dans douze heures alors, conclue Sahle. À son tour, l'éthiopien finit par quitter la salle. Les trois européens restant s'équipent en silence de leur ordinateur portable quantique. Les yeux de Lucie se mettent à pétiller. Le matériel personnel qu'on leur a donné est de toute dernière génération. Même une année de salaire n'aurait certainement pas suffi pour s'acheter l'O.P.Q. qu'elle a entre les mains. Elle sort de sa rêverie en entendant le petit rire de MacLeod. Ce dernier commente, en français : - Eh beh, si même vous vous êtes impressionnée par ce qu'ils nous ont confié, ce doit être vraiment du sacré matos ! - C'est le minimum pour une mission risquée comme celle-ci, rétorque la jeune Lyonnet. Mais je dois avouer que j'ai très rarement eu l'occasion d'utiliser ce type d'O.P.Q. Bien, vu que nous en avons terminé, je vais rejoindre ma couchette. Je n'ai pas beaucoup dormi moi non plus. - Très bien, je pense que nous allons faire de même, pas vrai Will ? - Oui, allons-y tous ensemble puisque nous sommes les uns à côté des autres. Les trois compères repartent donc dans le méandre de corridors du vaisseau, leur Réalité Augmentée activée afin de ne pas se perdre. Au bout d'une quinzaine de minutes, ils arrivent à leurs loges respectives, non loin des hangars secondaires de la Fleur Céleste. Les trois européens prennent alors place dans leurs cabines. *** Dix heures plus tard, Charles se réveille en sursaut. Le son strident de l'alarme du vaisseau raisonne contre les parois. La voix paniquée du haut-parleur ne cesse de répéter : - Alerte de niveau un ! Je répète : alerte de niveau un ! Que tous les membres d'équipage rejoignent leur poste ! En vitesse, le français se saisit de son O.P.Q., l'installe autour de ses avant bras avant d'activer les programmes de démarrage et de plonger dans la cybersphère. Étant agent, Du Hautoy a accès à toutes les données de la Fleur Céleste. Rapidement, il consulte les radars du vaisseau. La grille de commandement apparaît devant lui en tridim dans son espace de Réalité Augmentée. À quatre mille cinq cent kilomètres de la Fleur Céleste, un navire spatial non identifié d'assez grande taille est passé en trajectoire d'interception. Mais ne pouvant rivaliser avec les moteurs modernes du transporteur long courrier, il a lancé ce qui semble être trois missiles. Par réflexe, Charles consulte l'alarme radiologique. Elle est activée. Merde, pense-t-il. Des ogives thermonucléaires. D'après les instruments qui ne sont pas touchés par les attaques informatiques, l'impact aura lieu dans une vingtaine de minutes. Tous les ingénieurs et autre technologues présents dans le vaisseau tentent désespérément d'embrouiller les systèmes de guidage des projectiles. Malgré cela, rien ne semble perturber les missiles. En sueur, le souffle coupé, Charles continue d'observer les trois points clignotants se rapprochant inexorablement de leur destination finale.
  10. @Kyojin : Merci pour ton commentaire ! Si tu le souhaites, tu pourras émettre des hypothèses tout au long de la série et des enquêtes qui avancent. En attendant, voici le second chapitre ! Chapitre II : Une mission délicate L'image en tridim de la planète Mars se met à frétiller. Des flèches montrant des endroits en surbrillance à sa surface apparaissent. Sur la côté, plusieurs diagrammes, graphes ou hologrammes 3D de complexes industriels se matérialisent. Charles observe avec attention certaines de ces images. Les cités martiennes sont vraiment impressionnantes. Installées sous des dômes de néo-polymères transparents dont certains peuvent atteindre une hauteur de cinq cent mètres, elles s'étendent sur plusieurs kilomètres carrées. En surface, les habitants bénéficient d'une très bonne qualité de vie. Leurs journées sont rythmées par le cycle naturel du soleil dans le ciel martien. De grands espaces verts sont aménagés, les plantes et les arbres poussant dans des solutions salines bourrées d'oligoéléments et de minéraux. Cependant, tout cela ne représente que la partie émergée de l'iceberg. Sous la majorité des dômes, les villes peuvent se développer sur plusieurs niveaux sous terre. Des centaines de milliers de galeries, de tunnels et d'espaces troglodytiques ont été aménagés pour accueillir une population en forte progression. Dans l'hémisphère Nord, de gigantesques plantations hors-sol ont été bâties sur le site de l'océan Boréalis, à proximité de la ville portant le même nom. Exobiotech est l'entreprise qui s'en occupe. En l'espace de quelques décennies, elle s'est imposée dans ce secteur et est devenu le véritable grenier à blé de Mars. Beaucoup de ses installations sont apparues au-dessus de la table ovale en trois dimensions, à côté de l'hologramme de Mars. Du Hautoy s'interroge. - Bien, finit par dire la directrice des services de renseignements français. Ce que vous avez devant vous sont les premiers résultats d'enquêtes poussées réalisées par la Fédération sur les entreprises martiennes. - Je me disais bien qu'un jour ou l'autre, tout cela allait nous retomber en pleine poire, commente William MacLeod. La quadragénaire lui lance un regard réprobateur. Malgré tout, l'écossai continue sur sa lancée : - Ce fut une folie d'avoir laissé la colonisation de Mars aux seules compagnies et intérêts privés, sans mettre en place une certaine réglementation. Et maintenant que toutes nos matières premières et la majorité de nos produits manufacturiers proviennent de la planète rouge, la Fédération est bien embarrassée quand certaines affaires déraillent… Le silence fait place à cette déclaration. Toutes les personnes présentes savent qu'il a raison. - Nous ne sommes pas là pour commenter les décisions de nos politiques mais pour agir, finit par trancher la directrice. Vous ne connaissez pas encore l'objet de notre réunion urgente ici. - Et quelle est-elle, cette raison ? demande Charles. Qu'est ce qui vous a poussé à faire écourter nos vacances ? - Je dois d'abord vous expliquer le contexte, agent Du Hautoy. La quadragénaire manipule ses commandes bidim sur la table ovale. Très vite, les hologrammes se floutent et laissent place à l'apparition d'une immense station spatiale. - Vous la reconnaissez, je suppose ? - Le centre de recherche d'Athéna… fait la jeune rousse. - C'est exact, répond la directrice. Si vous vous souvenez, on y testait un mode de propulsion révolutionnaire capable, si on arrivait à maîtriser ce genre de technologie, de nous faire voyager bien plus vite que la lumière. L'humanité aurait enfin pu tutoyer les étoiles. Les yeux de Lucie Lyonnet s'illuminent. - C'était vraiment l'un des projets les plus ambitieux de ce siècle, se lance-t-elle, passionnée. Réunir des milliers de génies scientifiques au même endroit et les faire travailler dans un même but commun : maîtriser la distorsion. On y cherchait à mettre en pratique la métrique d'Alcubierre, mathématicien du 21ème siècle qui a proposé une méthode mathématique pour modifier la géométrie de l'espace. Elle implique notamment une déformation en formes de vague de l'espace-temps. En gros, le principe est de réduire la distance à parcourir en contractant l'espace devant nos vaisseaux spatiaux et en dilatant l'espace derrière. Imaginez donc… - Tout cela est fascinant, docteur Lyonnet, mais ce n'est pas l'objet de notre réunion, la coupe la directrice. - Veuillez m'excuser, madame, répond-t-elle, penaude. Après un instant de flottement, MacLeod finit par prendre la parole : - Si je me souviens bien, la station Athéna a explosé ? - En effet, réplique la quadragénaire. C'était il y a deux ans. Le centre de recherche était en orbite géo-synchrone autour de Mars. D'après ce que nous avons compris à l'époque, les scientifiques étaient sur le point de réussir leur pari. Mais un incident lors des tests finaux du générateur à distorsion a provoqué une déflagration qui a anéanti Athéna. Il y eut 1826 morts, pas de survivants. L'enquête pour déterminer l'origine de ce drame est toujours en cours. Parmi les victimes, on compte l'éminent physicien russe Oleg Polonov, père du générateur de gravité ou encore le français Lucas Jean, mathématicien pionner des espaces d'hypercalcul. Le silence retombe dans la salle. Tout le monde a déjà entendu les rumeurs à propos de cet incident qui a mis un coût d'arrêt brutal au projet Distorsion. Certaines viennent du monde scientifique lui-même et des collègues des victimes. Ces derniers affirmaient que les chercheurs d'Athéna avaient pris toutes les précautions requises et qu'il était statistiquement presque nul qu'un tel accident puisse se produire… Ce qui est sûr en tout cas, c'est que le projet Distorsion a coûté une fortune aux états de la Fédération Terrestre qui ont participé à hauteur de 85 % du coût total. Cela représente plusieurs trillions de crédits. Les 15 % restant ont été financés par des entreprises privées, notamment martiennes comme la Meteor Corporation. Pour autant que l'on en sache, l'enquête sur l'explosion de la station d'Athéna semble s'éterniser. Des dissensions régulières entre la Fédération et la Mars Global Company ainsi qu'une législation martienne extrêmement floue empêchent les enquêteurs d'effectuer correctement leur travail, sans parler du rechignement de certaines entreprises martiennes travaillant sur Athéna à fournir leurs données scientifiques et techniques du générateur pour comprendre l'origine du drame… C'est pourquoi l'incident empoisonne depuis deux ans les relations entre la Terre et Mars. La directrice manipule une fois de plus ses commandes bidim de la table ovale. Les hologrammes précédents de Mars, de ses diagrammes et de ses complexes industriels réapparaissent à la place de l'image en trois dimensions de la station d'Athéna. La quadragénaire passe en revue ses trois interlocuteurs avant de dire : - Vous vous doutez bien que la Fédération souhaite faire toute la lumière sur cette affaire. La Terre a investi beaucoup de temps, de scientifiques et d'argent dans ce projet pour le laisser tomber ainsi. Les retombés potentielles de la Distorsion sont trop importants pour être abandonnées. Par ailleurs, les premières enquêtes que nous avons effectué sur Mars à propos de cet incident nous ont révélé d'autres choses troublantes. Les hologrammes représentant les installations d'Exobiotech et les complexes industriels de Borealis grossissent jusqu'à occuper la totalité de l'espace de projection de la table ovale. - Savez-vous combien de personnes résident actuellement sur la planète rouge ?, demande tout d'un coup la directrice. - Dans les deux cent millions, répond sur le champs Charles Du Hautoy. - Exact. Maintenant, regardez les résultats de production de nourriture d'Exobiotech. Nous avons obtenu ces documents confidentiels grâce à notre réseau sous-terrain d'agents et de contacts que nous avons sur place. William, Charles et Lucie plissent les yeux avant d'exprimer leur étonnement. Les installations produisent de la nourriture en quantité suffisante pour au moins huit cents millions de personnes. Pour ce que l'on sait, Mars n'exporte pas de denrées alimentaires. Et même si c'était le cas, les états terriens n'en voudraient certainement pas. - Que peuvent-ils faire de toute cette bouffe ?, se demande à haute voix MacLeod. - C'est bien la question, lui répond la quadragénaire. Nous n'en savons rien. La directrice montre alors d'autres diagrammes présentant des flux d'argents. Des transits de plusieurs centaines de millions de crédit. - Nos équipes ont également découvert d'autres informations intéressantes. Apparemment, certaines entreprises martiennes n'hésitent pas à… et bien, à financer plusieurs campagnes politiques terrestres. À l'heure actuelle, il nous est quasiment impossible de savoir qui reçoit cet argent. Pour pouvoir le tracer, il faudrait accéder directement aux serveurs primaires des compagnies martiennes sur Mars. En revanche, sur Terre, nous nous apercevons que petit à petit, les lois concernant le transhumanisme, la génétique et les contrôles qualité sur les produits importés ont tendance à devenir de moins en moins restrictives. Cela, nous l'observons dans à peu près tous les pays ayant développés une industrie spatiale florissante. Mais pour le moment, nous ne pouvons prouver qu'il y a un lien de cause à effet. La quadragénaire fait une pause. Le silence s'éternise. Cependant, ses trois interlocuteurs attendent patiemment que la directrice reprenne la parole, ce qu'elle fait au bout d'un petit moment. - Afin d'enquêter sur toutes ces affaires, le Conseil Central de la Fédération a élaboré une mission internationale mettant en relation les agences de renseignements européennes, américaines, canadiennes, japonaises, chinoises, indiennes et russes. Plusieurs équipes se sont rendues sur Mars. Elles ont commencé à y travailler de concert et à tisser leurs réseaux d'information et de contacts. Le coordinateur de toutes ces opérations est l'agent japonais Shinji Yamamoto. De nouveau, la chef des renseignements français manipule ses commandes et affiche le portrait tridim de l'intéressé. - Malheureusement, cela fait maintenant une semaine que Yamamoto n'a plus donné signe de vie. Les agents sous ses ordres sont, quant à eux, injoignables directement. Transmettre des informations via un canal de communication sûr depuis Mars est extrêmement complexe et requiert une technologie de pointe… Très sincèrement, je pense que l'agent japonais a découvert quelque chose de capital et le fait qu'il n'ait pas fait de rapport journalier depuis plus d'une semaine ne me dit rien qui vaille. La quadragénaire fait une pause. Elle profite de ce temps pour afficher au-dessus de la table ovale l'hologramme de la station orbitale commerciale Européenne. Cette dernière est en orbite géo-synchrone au dessus de l'Europe, à trente six milles kilomètres d'altitude. Mesurant plus de trois kilomètres de long, elle peut accueillir en même temps des centaines de vaisseaux cargos et commerciaux. Les stations spatiales militaires sont, quant à elles, situées soit aux points Lagrange L1 et L2 à 1,5 millions de kilomètres de la Terre pour les plus importantes. Soit, elles orbitent à faible altitude. - Votre mission, messieurs, mademoiselle, est de vous rendre sur la station d'Europa Alpha, de rencontrer les équipes envoyées par les autres agences de renseignements et de partir pour Mars. Une fois sur place, vous devrez enquêter sur la disparition de Yamamoto, récupérer les données récoltées par ses agents et enfin, poursuivre leurs recherches sur les trois situations que je vous ai exposées précédemment. Je dois également vous avertir : si vous jugez nécessaire que la Fédération doive déployer sa flotte et l'envoyer en intervention sur la planète rouge, vous devrez rapporter des preuves en béton armé. Car mobiliser les troupes de la Fédération, c'est mobiliser les armées du monde entier et implique donc de convaincre indépendamment chaque gouvernement ou alliance d'états. Avez-vous des questions ? - Oui, une seule : quand partons-nous pour Europa Alpha ?, demande aussitôt Charles Du Hautoy. - Votre astronef décolle dans une heure. Dés que vous serez sur place, on vous fournira toute une panoplie d'équipements nécessaires à votre mission. Bonne chance à tous. Sans perdre un instant, la directrice éteint les hologrammes de la table ovale avant de sortir de la pièce aussi rapidement qu'elle y était entrée. Les trois agents restent assis sans rien dire, stupéfaits de la tâche qu'on leur a confiée. Au bout d'un moment, William MacLeod rompt le silence. - Vont-ils nous rendre nos affaires personnelles ? - Je ne crois pas, lui répond la jeune Lyonnet. S'il on doit s'infiltrer sur Mars, il ne faut surtout pas recourir à notre matériel personnel, O.P.Q. ou autre. On devrait en recevoir à Europa Alpha. - Je suis du même avis, renchérit Charles. Sur ce, nous ferons mieux d'y aller. La navette ne va pas nous attendre. Suite à cette déclaration, la jeune femme et ses deux compagnons se lèvent et sortent à leur tour de la salle, saluant au passage le soldat gardant l'entrée de l'annexe à l'extérieur. En moins d'un quart d'heure, ils franchissent les portiques de sécurité qui les laissent passer sans encombre. Leur profil génétique, associé au billet de leur navette, est vérifié automatiquement par les scanners du spatioport. Comme de nombreux autres terriens, ils finissent par s'installer confortablement aux places qui leur sont attribuées. Lorsque l'astronef décolle, Charles ne sent pas très bien. Il a un très mauvais pressentiment vis à vis de sa mission. Il jette un coup d’œil par le hublot, voyant les magnifiques bâtiments de la capitale française devenir de plus en plus petits. Il se demande s'il reverra un jour le sol de sa planète natale. En attendant, la navette est en phase de vol atmosphérique. Elle n'utilise que son moteur électrique alimenté par l'énergie solaire. Pour se diriger, les pilotes emploient uniquement les ailerons et les gouvernails de direction et de profondeur. Une fois que l'appareil aura atteint une altitude de douze kilomètres, elle passera en phase de vol spatial. Le générateur de gravité ainsi que les compensateurs inertiels seront activés. Ces engins permettent de contre-carrer les effets d'une forte accélération et de garantir aux passagers une gravité de 1G vers le sol de l'engin. Dans un second temps, le générateur de fusion à hélium 3 sera enclenché, ce qui permettra à la navette d'accroître significativement sa vitesse. Soudain, une dizaine de minutes après le décollage, la voix d'une hôtesse de l'espace prévient les passagers : - Chers voyageurs, nous allons bientôt passer en phase de vol spatial. Préparez vous à l'activation des compensateurs inertiels et du générateur de gravité. Dix secondes avant leur mise en marche. Neuf. Huit. Sept. Six. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un. Zéro. Très vite, une bonne partie des appareils cybernétiques de bord s'activent de concert. La plupart des passagers ressentent la mise en place du champ de gravité par une légère pression au niveau de leur ventre et de leurs intestins. Cette sensation disparaît rapidement au bout de quelques secondes. Peu après, la navette active sa propulsion principale : son moteur à impulsion. Ce dernier rejette dans l'atmosphère une traînée de particules ionisées qui seront traitées plus tard par les stations de surveillance météorologiques et climatiques. L'astronef se met à la vertical et prend de la vitesse. Rapidement, il dépasse les nuages les plus hauts et atteint la limite atmosphérique à cent kilomètres d'altitude en moins d'une minute. L'entrée dans l'espace est toujours un moment intense. Même s'il a déjà fait des centaines de voyages hors atmosphère, Charles Du Hautoy ne s'en lasse pas. Les étoiles, resplendissantes comme jamais, se dévoilent les unes après les autres aux voyageurs. Certains d'entre eux poussent d'ailleurs des exclamations d'émerveillement. La voix lactée finit par devenir visible ainsi que certaines nébuleuses. C'est un spectacle de toute beauté qui a inspiré de nombreux artistes du 22ème et 23ème siècle. William MacLeod, lui, n'en a cure. Dés qu'il s'est assis dans son siège confortable, il s'est aussitôt endormis. Il a dû se lever tôt pour venir assister en urgence à la réunion de ce matin. Charles reporte son attention sur la jeune femme. Lucie Lyonnet, elle, continue d'observer intensément les étoiles comme une enfant qui découvrirait un univers féerique. Peut-être est-ce la première fois qu'elle voyage dans l'espace. Quoiqu'il en soit, il reste encore six heures de trajet avant d'arriver à destination. Le français se recale sur son siège avant de fermer les yeux. Il n'aura sans doute plus beaucoup d'occasion de se reposer par la suite : autant en profiter.
  11. Merci Kyojin pour ton commentaire ! Et sans plus attendre, voici le premier chapitre ! Chapitre I : Réunion d'urgence Le soleil se lève sur le bassin parisien. Il est près de sept heures. Les bâtiments haussmanniens, vieux de plus de quatre siècles, resplendissent dans la lumière matinale. Les véhicules électriques de transports automatiques commencent à se faire de plus en plus nombreux dans les avenues. Quelques silhouettes pressées descendent dans les rues pour se rendre à leur travail. Grâce aux lois planétaires environnementales et à la propagation des technologies de la fusion nucléaire, la pollution a presque été éradiquée en cette moitié du vingt troisième siècle, du moins dans la plupart des pays. Les entreprises et techniques polluantes ont été bannies dans l'espace. Désormais, la biodiversité terrestre retrouve une partie de sa quiétude d'antan sous l’œil attentif des scientifiques. On peut donc respirer un air pur à Paris, chose impensable au 21ème et 22ème siècle. Et en cette belle matinée d'été, un spectacle assez saugrenu se déroule sous les yeux des passants. - Bordel !, s'écrie tout seul un jeune français en costard. J'étais censé être en vacances. En vacances ! Et voilà qu'on me rappelle dés le premier jour ! J'ai même pas pu en profiter plus de vingt quatre heures ! Furieux, l'homme d'une trentaine d'années ne se soucie pas des regards réprobateurs qu'on lui porte. Mais comme on dit, un français qui râle est un français qui va bien. Et l'individu semble être au meilleur de sa forme. Dans tous les cas, sa silhouette en impose. Cheveux blonds coupés courts, il possède une musculature impressionnante. Ses yeux verts émeraudes dévoilent un esprit vif et une intelligence peu commune. D'un pas pressé, il se rend au réseau métropolitain tout en soupirant bruyamment de temps à autre. À peine arrive-t-il au niveau des quais que la rame monorail électromagnétique arrive avec un fort courant d'air. En vitesse, il s'engouffre dans le wagon en ne prêtant aucune attention aux hologrammes publicitaires tridim qui s'activent sur son passage. À sept heures du matin, le jeune homme trouve sans difficulté une place assise. Alors que la rame démarre doucement, il met ses lunettes de Réalité Augmentée et démarre les programmes annexes. La voix féminine de l'intelligence artificielle de son ordinateur portable quantique ou O.P.Q. parvient à ses oreilles : - Profil génétique confirmé : bienvenue, Charles Du Hautoy. - C'est ça, répond cyniquement l'intéressé. Le français n'a pas le temps de rajouter un commentaire désobligeant. Un appel de sa directrice le fait sursauter sur son siège. Il répond aussitôt. - Madame ?, fait-il avec une intonation volontairement désagréable. - Bonjour, agent Du Hautoy. Je suis sincèrement désolée d'avoir interrompu vos vacances bien méritées. - Vraiment ?, lui répond-t-il. Je n'ai même pas eu le temps de voir ma femme, mon fils et ma fille. - Croyez bien que j'en suis navrée. Mais c'est une situation d'urgence. Vous avez ordre de vous rendre au spatioport de Roissy – Charles De Gaulle. Moi-même, qui étais en vacances à Antibes, je me rends instamment à l'aéroport de Nice pour venir à Paris. - Je suppose que vous ne pouvez pas m'en dire plus sur cette ligne. - En effet. On vous expliquera tout lorsque vous serez sur place. Je peux néanmoins vous dire une chose : il n'y a pas seulement les services de renseignement français qui sont sur cette affaire. Bonne chance, Du Hautoy. - Merci, madame. La connexion se termine. Charles se passe sa main droite sur son front en sueur. La voix de sa supérieure était légèrement tremblotante. Quelque chose de grave a dû se produire. Cela fait cinq ans maintenant qu'il travaille pour les services de renseignement français et européens. Et durant tout ce temps, il n'avait jamais vu sa directrice aussi inquiète. Dans quoi va-t-il s'embarquer ? La trentaine de minutes qu'il passe dans les transports en commun s'écoule rapidement. La brume qui s'étend sur la banlieue se disperse peu à peu. Bientôt, la partie industrielle du spatioport se dessine sous les yeux du jeune français. De gigantesque grues s'activent ça et là, chargeant et déchargeant des conteneurs longs de près de vingt mètres sur des transports automatiques de monorail électromagnétiques. Toutes les deux minutes, d'imposants cargos orbitaux atterrissent après une longue approche en vol plané pour économiser leur carburant. Plus des deux tiers apportent dans leurs soutes des matériaux raffinés pour les fabriques et les complexes industriels terrestres. Le secteur astrominier s'est considérablement développé lors de ce dernier siècle. Les autres appareils ramènent toute sorte de produits manufacturés dont la production est considérée comme trop polluante pour être réalisée sur Terre. Des centaines d'aéronefs électriques recrachent un nombre impressionnant de travailleurs. Ces milliers de techniciens et d'ingénieurs vont prendre leurs postes pour veiller au bon fonctionnement des installations automatiques, des robots et des I.A. de gestion. Confortablement installé sur son siège, Charles lève les yeux. Au loin, à cinq ou six kilomètres d'altitude, le jeune français repère une station météorologique de pointe. Cette dernière analyse avec une extrême minutie l'atmosphère et ses taux de particules diverses. Mais bien vite, sa rame de métro entre dans la partie réservée aux passagers du spatioport. Quelques minutes plus tard, l'agent Du Hautoy descend au terminal un. Même à sept heures trente cinq, le hall principal commence à être bondé. Des milliers de personnes pressées se croisent sans s'adresser un regard. Charles se sent comme happé dans une immense fourmilière. D'après son O.P.Q., il a un premier rendez-vous dans l'annexe B-314 au deuxième étage. Étant familier du spatioport, le jeune blond se dirige d'un pas sûr vers le lieu de la réunion. Après quelques pas dans le hall, une flèche rouge clignotante se matérialise dans son espace de Réalité Augmentée, à un mètre du sol et à deux mètres devant lui. - Oh, c'est pas vrai !, commence-t-il. Désactivation du support d'aide à la locomotion. - Si je puis me permettre, lui répond dans ses oreillettes la voix de son I.A. assistante, suivre mes instructions pourraient vous permettre de réaliser un gain de plusieurs minutes sur votre trajet. - Oui, maman. Merci maman, mais je connais mon chemin. - Techniquement parlant, je ne peux pas être votre mère et… - Ouh là là, coupe le français. Il va falloir que j'améliore ton programme d'humour, à toi… Suite à cette remarque, la flèche rouge se dématérialise et l'I.A. de son O.P.Q. replonge dans le silence. Tiens, si ce n'est pas mignon, se dit l'agent français. On a l'impression qu'elle boude… Une I.A. qui boude ! Cette pensée lui arrache un sourire. Il sait bien qu'une telle chose est impossible. Les intelligences artificielles n'ont pas de conscience d'elles-même puisqu'elles n'ont pas d'émotions. Toutefois, la situation telle quelle peut prêter à confusion. De nos jours, la technologie peut analyser finement nos émotions par l'observation des expressions et rictus de nos visages. Si l'on est agacé, énervé, en colère ou au contraire heureux, les I.A. peuvent alors réagir en conséquence grâce à leur programmation donnant une fausse impression d'être vivantes. Cela dit, il est aujourd'hui interdit d'introduire un dispositif cybernétique pour une raison non médicale à l'intérieur du corps humain. Les accidents, les dérives et les hackages des cybercerveaux et des puces électroniques directement implantées dans le cortex cérébral ont forcé les comités de bioéthique d'imposer une réglementation extrêmement sévère. Désormais, chaque dispositif cybernétique doit pouvoir s'enlever et se désactiver sans danger pour l'utilisateur. Ces mesures se sont finalement étendues à tout ce qui touche le corps humain lui-même comme les prothèses et exosquelettes. Le secteur du transhumanisme est maintenant aussi réglementé que celui de la génétique et de la recherche médicale. Après cinq minutes de marche, Charles se retrouve devant la porte de l'annexe B-314. Il y pose sa main gauche, s'attendant à ce qu'elle s'ouvre dans l'instant. Au lieu de cela, un étrange phénomène se produit. Toute sa personne se retrouve entourée par un hologramme d'analyse. Quelques secondes plus tard, tous ses appareils électroniques et cybernétiques cessent de fonctionner. Ne voyant presque plus rien, le français enlève ses lunettes de Réalité Augmentée. Lorsqu'il lève les yeux, la porte s'est ouverte. Face à lui se trouve un homme en armure de combat. Ce dernier lui tend la main : - Monsieur Du Hautoy, veuillez me remettre votre O.P.Q. s'il vous plaît. - Ça ne me plaît pas du tout mais je n'ai pas vraiment le choix, lui répond-t-il. Joignant l'acte à la parole, Charles enlève deux anneaux qui se trouvaient au niveau de ses deux avant-bras puis les remet au garde. Ces objets sont de véritables concentrés de nanotechnologie. Possédant une puissance de calcul phénoménale, ils permettent aux citoyens de jouir de toute une panoplie d'autres objets connectés. Les I.A. qui y sont installées reçoivent en permanence des mises à jour et peuvent s'améliorer d'elles-même grâce aux réseaux qu'elles tissent entre elles. - Vous pouvez entrer, à présent, lui annonce le soldat. Vous récupérerez votre O.P.Q. après votre opération. - Très bien. Le français entre dans la pièce. Il y fait un peu sombre. Instinctivement, l'agent observe les murs de la salle. Ces derniers sont faits d'un matériaux composite absorbant les ondes électromagnétiques. La pièce doit être isolée de tout réseau externe. On ne doit pas pouvoir se connecter à l'extranet d'ici. L'instant d'après, Charles recentre son attention sur les deux autres personnes, hormis le garde, qui sont présentes. Toutes les deux sont assises autour d'une table ovale assez grande. L'une d'entre elles est une belle rousse d'un mètre soixante dix. Le français estime qu'elle doit avoir une vingtaine d'années. Les yeux azurs de la jeune femme pétillent de malice. Rapidement, elle détourne le regard, gênée, lorsqu'il la dévisage. Elle est plutôt mignonne. - Toujours à observer les belles choses, à ce que je vois ! Cet anglais avec un fort accent écossais, Du Hautoy le connaît bien. Il se tourne vers la deuxième personne assise à la table ovale. - William MacLeod. Toi, ici ? - Ça fait un bail, Charles, reprend l'homme dans un français parfait. - S'ils t'ont fait venir, c'est que c'est une opération européenne. - Je n'en sais pas plus que toi pour l'instant. Le français fixe son vieux partenaire écossais. En deux ans, ce dernier n'a pas vraiment changé. Il a toujours sa barbe soigneusement entretenue. Ses larges épaules carrées donnent encore l'impression qu'il est capable de soulever deux fois son poids. Malgré sa stature imposante, ses yeux bruns dévoilent une gentillesse sans pareille. La première fois qu'il l'a vu, Charles l'a considéré comme un ours au cœur d'or. Et c'est toujours cette comparaison qui lui vient à l'esprit lorsqu'il se retrouve en présence de MacLeod. - Tu es venu directement d'Angleterre ? demande le français - Non, j'étais au festival interceltique de Lorient lorsque l'on m'a fait venir ici en urgence. J'ai dû laisser ma famille en plan là-bas. - Je vois… Toi aussi, tu as eu des vacances écourtées… - Euh, excusez-moi, messieurs. Les deux compères se retournent vers la jeune femme qui les a apostrophé. - L'un d'entre vous sait-il quand notre superviseur arrivera ? - Il ou elle sera bientôt là, lui répond Charles. Le rendez-vous est à 7h45 et il est… Le français jette un coup d’œil à l'horloge de la salle. - il est 7h44, reprend-t-il en poussant un soupir. Soudain, le garde surveillant l'entrée se met en position devant la porte. Cette dernière s'ouvre dans un léger bruit de coulissement. Une femme brune, la quarantaine, entre dans la pièce après s'être débarrassée de son propre O.P.Q. Charles la reconnaît instantanément. Il s'agit de la directrice générale des services secrets français. La supérieure de l'agent Du Hautoy qui se trouvait à Nice est directement sous les ordres de cette quadragénaire. Le garde, quant à lui, sort de la salle avec les différents appareils cybernétiques avant de refermer la porte derrière lui. Le jeune blond arque un sourcil. Il doit vraiment s'agir d'une affaire d'importance pour que la directrice générale se déplace elle-même. - Bien, fait-elle. Je vois que tout le monde est réuni. Nous allons pouvoir commencer. Prenez donc une place, agent Du Hautoy. Sans dire un mot, Charles obtempère. Tandis qu'il s'assoit, la quadragénaire allume les hologrammes de la table ovale. Une image en tridim de la planète Mars y apparaît. On peut y apercevoir les différentes villes-sphères ainsi que les grands réseaux monorail qui parcourent sa surface. En près d'un siècle de colonisation, la planète rouge a radicalement changé d'aspect. Cent cinquante ans auparavant, les hommes exploitaient les dernières ressources minières à la surface de la Terre. Pour rechercher davantage d'or, de zinc, de germanium, de polonium ou d'autres matières premières, ils ont dû creuser bien plus profondément dans le manteau terrestre, souvent sous la barre des vingt kilomètres, avec toutes les contraintes techniques et physiques que cela impose. C'est à cette époque que l'industrie astrominière s'est développée. Grâce aux évolutions technologiques, la ceinture d'astéroïdes devenait accessible. Une véritable ruée aux ressources s'est déroulée dés les années 2150. L'extraction spatiale requiert de nombreux systèmes robotiques et automatisés. Pour entretenir et améliorer tous ces systèmes, des centaines de milliers voir des millions de techniciens et d'ingénieurs sont nécessaires. Mais loger tout ce monde dans des stations spatiales à gravité artificielle coûte extrêmement cher. C'est ainsi que la colonisation de Mars a véritablement débuté. Ne présentant qu'un simple intérêt scientifique de prime abord, la planète rouge est devenue en l'espace de dix ans le lieu d'habitation de plusieurs millions de personnes. Par ailleurs, suite aux nombreuses lois environnementales très restrictives de la Fédération Terrestre, la plupart des industries polluantes se sont déplacées sur Mars. Aujourd'hui, de gigantesques usines et fabriques fleurissent sur sa surface. La colonie martienne s'est principalement développée grâce aux entreprises et compagnies privées qui souhaitaient se soustraire aux réglementations jugées trop contraignantes de la Terre. De nos jours, Mars est devenue un gigantesque secteur industriel à la pointe de la recherche et de la technologie. Là-bas, tout y est régie par des groupes financiers. La sécurité est par exemple assurée par plusieurs compagnies privées. La Mars Global Company gère le développement de laboratoires et de complexes de recherche qu'elle loue aux autres entreprises. La MGC s'est imposée dans le domaine de la construction martienne d'une manière générale. Suite à ces faits, la bourse de Mars est rapidement devenue une référence dans le monde économique. Le silence s'abat autour de la table ovale. La directrice le rompt d'une manière abrupte : - Je suppose que vous avez déjà fait connaissance ? - Nous n'en avons pas eu le temps, madame, lui répond la jeune rousse. - Je vois. Je vais donc faire une rapide présentation. Comme vous le savez certainement, je suis Samantha Danniens, l'actuelle dirigeante des renseignements français. Puis, se tournant vers Charles, elle déclare : - Ici présent, voici l'agent Charles Du Hautoy, l'un de mes subordonnés les plus talentueux de ces dernières années. - Vous m’honorez, madame, lui répond-t-il avec courtoisie. Elle s'intéresse ensuite au barbu écossais : - Ici, je vous présente l'agent William MacLeod des renseignements britanniques. Comme il n'était pas sur place dans son pays d'origine, il participera à cette réunion avec nous. Car cette opération que nous nous préparons à faire est une opération internationale. Après quelques instants de silence, elle enchaîne : - Et enfin, voici Lucie Lyonnet, dit-elle en portant son attention sur la jeune femme. C'est une experte en réseau cybernétique, informatique et en technologie robotique. Reprenant son souffle, la directrice générale passe en revu ses trois interlocuteurs avant de déclarer d'un ton solennel : - Messieurs, mademoiselle. Tout ce que je m'apprête à vous dire, vous devrez le retenir dans votre mémoire. Pas de papier ni de sauvegardes mémorielles. Je dois également vous avertir qu'aujourd'hui est un jour historique dans l'histoire de l'espionnage. Sur cette affaire, en plus des autres agences de renseignement européens, nous travaillerons de concert avec les États Unis, la Chine, le Japon, la Russie et l'Inde. Suite à cette présentation, tout le monde reste silencieux. La quadragénaire poursuit donc : - La réunion va pouvoir débuter.
  12. Salut à tous ! Je suis de retour après pas mal de vacances et un jeu de rôle que j'ai meujeuté (en gros, j'ai créé un univers dans lequel d'autres joueurs ont évolué et on joue avec des fiches de personnages et des dés comme à l'ancienne quoi !). Me revoilà ainsi avec pas mal de nouvelles idées ! Je reviendrai sans doute sur à la planète des origines un peu plus tard. Voilà donc les Péripéties Martiennes, un thriller de science fiction qui, je l'espère, vous transportera dans ce monde futuriste. Synopsis : Vingt troisième siècle. La conquête spatiale a fait des bonds de géant. L'homme ambitionne désormais de coloniser d'autres planètes du système solaire et d'accéder aux innombrables ressources de la ceinture d'astéroïdes située entre Mars et Jupiter. Mais l'humanité est encore jeune. Bien des dangers la guettent. Les hommes sont-ils prêts à y faire face ? ... Prologue : - Merde ! L'agent Yamamoto court à en perdre haleine. De temps à autre, il jette un coup d’œil affolé à son ordinateur portable quantique. Son camouflage optique ne va plus tenir très longtemps. Douze minutes, tout au plus. Si seulement il pouvait envoyer les données qu'il possédait à la Fédération Terrienne… Au lieu de cela, le jeune japonais se retrouve traqué comme l'un des pires terroristes que la planète rouge ait connu. En vitesse, s'aidant de la faible gravité martienne, il s'enfonce de plus en plus dans les souterrains de la cité de Boréalis. À mesure qu'il descend, les loges troglodytiques des habitants deviennent misérables. Les déchets, à demi cachés par des hologrammes publicitaires, jonchent les corridors principaux. On y respire un mélange de pisse, de vomi et de misère. La moitié des lampes plasmiques éclairant les galeries sont hors services et la ventilation laisse grandement à désirer. Les compagnies martiennes avaient promis monts et merveilles à des millions de travailleurs pauvres de la Terre. Mais à présent, la plupart ne peuvent même plus se payer leur billet de retour. Par centaines de milliers, ils finissent par s'entasser dans les bas-fonds et les souterrains des villes martiennes. Pour les entreprises, ils représentent une main d’œuvre bon marché et remplaçable utilisée dans la construction des complexes, des centres de recherche, des laboratoires, des champs de culture robotiques souterrains et des réseaux de transport. Soudain, en pleine course, Yamamoto percute une adolescente. Cette dernière, surprise d'avoir été projetée à terre par une force invisible, regarde d'un air hagard les alentours. Rapidement, l'agent japonais reprend ses esprits. La collision l'a fait planer sur une distance de six ou sept mètres et il se retrouve allongé sur un tas de vieux débris. Un écran virtuel se matérialise à une cinquantaine de centimètres de son visage. Seul le japonais peut le visualiser dans son environnement de Réalité Augmentée. Un chronomètre rouge y figure. Il reste une minute avant que son camouflage optique ne se désactive. En vitesse, l'agent cherche un endroit où se cacher. S'il réapparaît là, comme ça, en plein milieu du corridor, il deviendra une cible facile à repérer pour ses poursuivants. Allez, réfléchis, réfléchis… se dit-il. Tout d'un coup, il remarque une ancienne boutique troglodytique. Il y fait si sombre que l'on ne voit même pas le fond de la première pièce. Parfait, pense Yamamoto. Vif comme l'éclair, le terrien se précipite dans les alcôves de cet ancien magasin. Passant en vision infra-rouge, le jeune homme finit par se terrer dans la pièce la plus profonde de la structure. À peine a-t-il refermé la vieille porte rouillée de la salle que son camouflage se désactive. Il va devoir attendre une vingtaine de minutes que sa combinaison se recharge en énergie. Le japonais lève les yeux. Il n'y voit strictement rien. C'est le noir total. Patiemment, il tend l'oreille. Dix secondes passent. Puis vingt. Toujours rien. La vie continue normalement dans le corridor principal sur lequel donne la vieille boutique où il s'est terré. Brusquement, le silence s'empare des passants. Des bruits d'exosquelettes et de bottes d'armures énergétiques se répercutent contre les parois. Ils sont là. Ces putains d'enfoirés de l'Eureka Control Services sont là. Ils ne font que passer, ils ne font que passer… se répète en boucle Yamamoto. Mais bien vite, ses espoirs sont réduits à néant : - Monsieur !, entend-t-il dans un anglais fortement accentué. J'ai repéré des traces calorifiques menant à cette ancienne structure. - Allons voir ça de plus près, répond une voix plus grave encore. Sans hésiter, Yamamoto déploie son fusil d'assaut polyvalent. Dans le noir et un silence absolu, il adresse une dernière prière à ses proches restés sur Terre. Lorsque la vieille porte rouillée s'ouvre dans un fracas métallique, l'agent japonais s'élance sur ses adversaires en poussant un cri de désespoir.
  13. Bonjour à tous ! Etant de retour en France après mes examens au Canada, j'ai enfin pu terminé le chapitre XXXIV. J'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture Chapitre XXXIV : Le dragon de Jade Une odeur de bois brûlé parvient à mes narines. Je tousse. C'est âcre et ça me brûle légèrement la gorge. Alors que je me réveille peu à peu, j'ouvre les yeux. Quelque chose ne va pas. Je suis affalé sur un bureau en bois laqué. Ne suis-je pas censé me trouver dans un igloo ? Autre chose me semble bizarre. Je ne contrôle plus le moindre geste de mon corps. Mes yeux me renvoient des informations contradictoires. Les couleurs que je perçois sont différentes de celles que j'ai l'habitude de voir, comme si j'avais un filtre optique sur mes pupilles. Le rouge me paraît plus profond. Le bleu tend plus vers cyan. Et il en est de même pour toutes les couleurs. C'est comme si je regardais les choses à travers les yeux d'une autre personne. Soudain, sans que mon esprit ne l'ait ordonné, ''je'' me redresse, contemplant le bureau sur lequel ''je'' m'étais vraisemblablement endormi. Les quatre pieds de la petite table sont tous finement sculptés et légèrement courbés vers l'extérieur. Je reconnais immédiatement quatre dieux de la mythologie auroreine : la déesse Amaterasu, le dieu de la Terre Aurora et deux de leurs fils : le dieu du vent Shina-Tsu-Hiko et le dieu des océans Ryüjin. Le bureau est surplombé d'une plaque lisse de verre sur laquelle des piles de papiers et de livres de compte sont entassés. Sous ladite plaque, le bureau de bois laqué est aussi finement sculpté. On y aperçoit des scènes de la vie quotidienne. Des marchands négocient avec de potentiels clients, des tramways bondés emmènent leurs passagers à destination et des V.E.M. de transport acheminent leurs cargaisons dans des entrepôts sécurisés aux abords de la ville. ''Je'' lève la tête. Une lumière jaunâtre m'éblouit. En clignant les yeux, ''je'' m'habitue peu à peu à la forte luminosité. C'est un cristal d'Amaterasu qui éclaire l'ensemble de la pièce. Ce dernier, finement sculpté, ressemble à une jeune femme nue aux formes voluptueuses qui ferait tourner de la tête n'importe quel homme. Visiblement, ''je'' suis enfermé dans un bureau. Chaque mur de bois est recouvert de riches estampes représentant des monstres mythiques. Les volets de la salle sont fermés. Il doit faire nuit dehors. Tout d'un coup, j'entends un bruit sourd de canonnade au loin. Précipitamment, ''je'' me dirige vers la fenêtre avant d'ouvrir les volets. Ce que je vois depuis l'ouverture en hauteur me coupe le souffle. Sous les milles et une aurores boréales s'étend le palais impérial de l'Empire de Jade. Des centaines de jardins entretenus avec soin séparent les innombrables bâtiments du château. Des dizaines de tours à plusieurs toits de tuiles à embouts décoratifs s'élancent fièrement vers le ciel. Certaines toitures sont recouvertes de feuilles d'or et disposent de sculptures rouges en terre cuite représentant des créatures du bestiaire aurorein. Au loin, de gigantesques bâtiments regroupent les fonctionnaires vivant au palais. Chaque édifice du palais est relié avec un autre par un mur d'enceinte en pierres recouvert de plâtre blanc et disposant d'une toiture en tuiles noires. Les espaces séparant chaque construction sont pourvus d'un jardin. Alors que je m'enfonce dans la contemplation de cette merveille architecturale, mon attention est attirée par des événements se déroulant à plus de huit cents mètres de ma position. Un V.E.M de combat restant en vol stationnaire à trois cent mètres du sol tire sporadiquement des obus lourds sur certaines parties du palais. Deux tours sont en flammes. En plissant les yeux, je peux voir un échange soutenu de balles traçantes dans certains jardins à proximité des deux tours enflammées. On aurait dit de véritables feux follets rougeoyants. De là où je suis, je n'entends qu'une faible pétarade de fond. Seuls les tirs lourds du V.E.M. me parviennent distinctement, décalés de trois secondes par rapport aux scènes que j'observe. - Mais, c'est le quartier des ambassadeurs ! M'écriai-je. Je reconnais la voix qui sort de ''ma'' bouche. Une voix plutôt grave et énergétique. C'est celle de Li Mu Bai. Suis-je en train de voir un de ses souvenirs ? Soudain, la porte du bureau s'ouvre brusquement, ''me'' faisant sursauter. Un petit homme trapus d'une trentaine d'années entre dans la pièce. Il est totalement paniqué. Habillé d'une tenue en soie bleue sur laquelle est brodée de nombreuses fleurs de lotus, le fonctionnaire a le visage crispé par la peur. Son couvre-chef de soie rouge, surmonté d'un petit pompon en fibres d'or, est ballotté dans tous les sens. - Mon prince, fait-il. Pardonnez-moi de vous interrompre dans votre travail. Suite aux troubles à l'est du palais, nous devons nous assurer de votre sécurité. Si vous voulez bien suivre ma modeste personne… Observant les événements du point de vue de mon ami, je peux ressentir les émotions qu'il éprouve à ce moment là, comme si j'étais Li Mu Bai. À cet instant, le prince héritier du trône de Jade est extrêmement surpris. - Qu'est-ce que tout ceci signifie ? finit-il par lâcher. - Une insurrection, mon prince. Les célestiens dans le secteur de l'ambassade se sont soulevés. - Quelle fable êtes-vous en train de me conter ? J'ai personnellement mené les négociations avec les dirigeants du Royaume des Toits Célestes. Eux comme nous souhaitent que cette guerre cesse. Nous n'avons jamais été si près de signer un traité de paix en trois ans d'hostilité. Ils ne risqueraient pour rien au monde les avancées que nous avons réalisées jusqu'ici. - Quoiqu'il en soit, mon prince, une bataille fait rage à quelques centaines de mètres d'ici. Nous devons vous mettre en sécurité. Toujours coincé dans le corps de Li, je sens son pouls s'accélérer et ses poils se dresser. C'est une véritable explosion d'émotions qui déferlent dans sa tête. La peur, la peine, le doute mais aussi la colère. Pourtant, il parvient sans difficulté à n'en laisser rien paraître. Sans même le voir, j'imagine qu'il a revêtu un masque sans expression sur son visage que j'ai pu voir un nombre incalculable de fois. En vitesse, il suit le fonctionnaire dans le couloir. Alors qu'il sort de la pièce, il remarque deux soldats impériaux au garde-à-vous de chaque côté de la porte. L'un d'entre eux porte une petite mitraillette tandis que l'autre possède un fusil de combat en bandoulière. Les deux gaillards sont bien plus grands que Li. - Nous allons maintenant chercher votre famille, annonce le fonctionnaire. Nous devons nous dépêcher. J'ai un très mauvais pressentiment, pensé-je. Encadré par les deux militaires et le mandarin, Li descend en un temps record les escaliers. Après avoir traverser treize étages, le petit groupe déboule dans l'un des nombreux jardins du château. De l'autre côté de cet espace vert se trouvent les appartements princiers où réside la famille de Li Mu Bai. Même dans la pénombre, le bâtiment de trois étages et à toits multiples resplendit sous la lueur des aurores boréales. Une fois de plus, je sens la respiration du prince s'accélérer. Il observe avec insistance les fenêtres de la résidence. Elles sont toutes éteintes. Ce n'est pas normal. Sans un mot, il se précipite à travers le jardin vers la porte principale, suivi de près par les deux gardes et le fonctionnaire. À peine parviennent-ils sur le parvis en bois de l'édifice que Li remarque trois corps sur le côté. Ce sont des serviteurs. Ils ont été égorgés. Leur sang n'a pas encore totalement coagulé. Sans hésitation, Li entre dans l'appartement. - Mon prince, ce n'est pas prudent, lui fait remarquer le fonctionnaire à voix basse. - Le temps que les renforts arrivent, il sera certainement trop tard. Dans la pénombre, le prince traverse en silence la première pièce. Plusieurs meubles sont renversés. Près de la porte d'accès au couloir, Li remarque la présence d'un quatrième corps. Cette fois-ci, c'est une jeune servante. Elle a été abattue de trois balles dans le dos. L'héritier du trône de Jade est de plus en plus inquiet. Précipitamment, il déboule dans le couloir, oubliant la prudence la plus élémentaire. Courant à en perdre haleine, il distance le fonctionnaires et les deux gardes. Dans une obscurité presque totale, Li monte au premier étage, découvrant ça et là des cadavres de serviteurs. Il finit devant la chambre royale. La porte est défoncée. De l'autre côté de la pièce, les volets ouverts laissent entrer la luminosité des aurores boréales, éclairant la scène. Et quel spectacle… Le souffle du prince est coupé. Sa tête bouillonne. Une tristesse sans nom s'empare de son esprit. Des larmes se mettent à couler abondamment sur ses joues. Sous le choc, Li tombe à genoux. Face à lui, sa jeune épouse et deux de ses suivantes gisent, leurs vêtements en lambeaux et la gorge tranchée. Leurs seins sont à découverts. Visiblement, elles ont été violées avant d'être tuées. - Yona… parvient-il à articuler. Sous le poids de la douleur, Li rampe vers sa femme. Alors qu'il observe son corps violenté, il se remémore les moments heureux qu'il a passé avec elle. Jamais plus il ne reverra son sourire, ses yeux pétillant de vie et de malice ni ses magnifiques cheveux bruns flottant allègrement dans le vent. À travers ses souvenirs, je revois également sa première rencontre avec la princesse Yona, descendante de la famille royale d'Auranaria, un grand territoire annexé par l'empire de Jade trente années auparavant. Lorsque Li s'est marié avec elle, ils n'avaient tous les deux que dix huit ans. C'était un mariage arrangé pour calmer les velléités d'indépendance de la région. Mais au fur et à mesure de leur relation, un amour profond et sincère s'est progressivement tissé entre l'auranarienne et le jadien. Qui aurait pu prédire qu'un tel carnage se déroulerait dans les appartements royaux à peine deux ans plus tard ? Soudain, le prince se rend compte que son épouse tend son bras et a la tête tournée vers une partie non éclairée de la pièce. Complètement abattu, Li plisse les yeux dans cette direction. À ce moment là , même moi je ne peux pas décrire ce que ressent mon ami. Quelque chose se brise en lui. Sans parvenir à se contrôler, il est pris de tremblements. Dans la pénombre, deux petits corps sont couchés côte à côte. Son fils Yun, âgé d'à peine un an et demi et sa fille Jiao, âgée de six mois, ont tous deux reçu une balle dans la tête. À côté d'eux, un troisième corps a presque la tête arraché. Il s'agit du jeune frère de Li, Qiang. Ce dernier devait fêter son dix-septième anniversaire dans quelques jours. Quelques instants plus tard, le mandarin suivi des deux militaires se retrouvent sur le pas de la porte de la chambre royal. Ils découvrent Li agenouillé aux côtés de la princesse Yona, rongé par la douleur. Le fonctionnaire s'avance dans la pièce, refoulant son envie de vomir. Voyant la souffrance de son souverain, il tente de le réconforter : - Mon prince, je ne sais quels mots vous dire pour apaiser votre peine. Je ne peux qu'imaginer votre… Le mandarin ne finit pas sa phrase. Un coup de feu l'a interrompu, se répercutant aux quatre coins de la résidence. Le fonctionnaire s'étale de tout son long, le crâne explosé. Atterré, couvert d'éclaboussures de sang et de morceaux de cervelle, Li se retourne lentement. Les deux militaires pointent leurs armes vers lui. - Alors, c'est comme ça… dit il en esquissant un sourire nerveux. - Oui, mon prince, c'est comme ça, lui répond l'un des soldats. [musique d'ambiance : https://www.youtube.com/watch?v=LtuxLwQSesE&index=2&list=PL-pjZLXWDkj_ICzO6oKMmoigIZkx-cHaj ] Je ne peux décrire ce qui se passe ensuite avec des mots. Face à cette trahison et au massacre de sa famille, la colère de Li explose. La vision qu'il a de l'environnement change du tout au tout, comme si ses yeux pouvaient désormais voir dans l'infrarouge, l'ultraviolet ou encore le domaine des rayons X. C'est une perception très étrange que je n'arrive pas à dépeindre. Autant expliquer les couleurs à un aveugle. Le temps semble ralentir. L'atmosphère autour du prince se déforme. Une aura blanchâtre se dégage de sa personne. À partir de là, une seule pensée obnubile son esprit : tuer. Le monde n'a plus aucun sens. Les nobles valeurs auxquelles il croyait tant se sont effondrées. Tout ce à quoi il tenait lui a été retiré en une seule nuit et par traîtrise. Rapidement, Li se dirige vers le mur ouest de la chambre là où se trouve un katana décoratif. Les deux militaires sont immobiles, leurs visages déformés par la peur. Lorsque le prince se déplace, je sens que l'air oppose une pression anormale contre son corps comme s'il se déplaçait dans de l'eau liquide. Mais cela ne semble pas le perturber outre mesure. Alors qu'il arrive au niveau de la lame accrochée au mur, un coup de feu retentit à nouveau. Mais cette fois, le son est beaucoup plus grave et dure plus longtemps. Je rêve ou le temps a réellement ralenti ? pensé-je. Li se retourne, son arme à la main. Les deux militaires pointent toujours leurs armes en direction de l'endroit où le prince était agenouillé auparavant. Un second tir part de la mitraillette et la balle percute le sol au moins une demi-seconde plus tard. Je suis impressionné. Jamais je n'aurai imaginé qu'un homme puisse avoir une telle perception du temps et de l'espace. Sans hésitation, le prince se dirige en marchant vers les deux soldats. L'atmosphère exerce une force incroyable sur son corps. Lors de son déplacement, j'arrive à percevoir l'onde de choc au ralenti produite par son avancée. Lorsqu'il se trouve au niveau des gardes impériaux, Li empoigne son katana dans ses deux mains. Il abat de toutes ses forces son arme sur le soldat portant la mitraillette. La lame traverse sans difficulté le chair et les os. Mais loin de couper l'homme en deux, ce dernier reste debout, toujours immobile. De rage, le prince taillade de part en part sa cible une deuxième fois, puis une troisième avant de s'en prendre au deuxième militaire. Ce dernier se retrouve aussi taillader trois ou quatre fois. Puis, aussi incroyable que cela puisse paraître, le temps reprend son cours normal. Un grand bang parcourt tout l'édifice. La chambre est soufflée par l'onde de choc engendrée par les déplacements du prince. Les deux soldats, quant à eux, explosent littéralement en mille morceaux, recouvrant de leur chair et de leurs boyaux les murs environnants. Toujours enveloppé de son aura biotique blanchâtre, Li se dirige en marchant vers la sortie des appartements royaux sans que le temps ne soit ralenti. Alors qu'il est sur le point de sortir du bâtiment, il ressent la présence de seize soldats dissimulés un peu partout dans le jardin devant lui. Est-ce l'escouade responsable du carnage sans nom des appartements royaux ? Rien qu'en y pensant, la colère du prince redouble d'intensité. Soudain, un cri attire son attention : - C'est Li Mu Bai ! Il est possédé par l'esprit du dragon ! - Abattez-le, vite ! Les militaires pointent tous leurs armes vers le souverain déchu. Li passe en revue chaque position de ses adversaires. Il prend une profonde inspiration avant de plier ses jambes. Je sens qu'il est en train d'accumuler de l'énergie dans ses membres inférieurs. Sous l'effet de ses pouvoirs biotiques, l'air se met à tourbillonner autour de lui. Tout d'un coup, sans que les militaires ne puissent réagir, le prince libère toute la puissance accumulée. Il fait un bon prodigieux. Sous l'effet de sa poussée, tout se qui se trouve à moins de dix mètres de son ancienne position est soufflé. Li vole dans les airs. Il dépasse les trente mètres d'altitude sous les yeux médusés de ses adversaires. Puis, il retombe. Dans sa chute, il réunit de nouveau de l'énergie dans son corps. Son aura biotique devient aveuglante. Lorsqu'il percute le sol à pleine vitesse au centre du jardin, le prince libère tous ses pouvoirs dans la terre et l'atmosphère. L'explosion qui s'en suit est assourdissante. L'onde de choc est si puissante que des amas condensés de terre et de roc pesant plusieurs tonnes sont projetés dans les airs. Certains murs d'enceinte entourant l'espace vert sont éventrés. Douze des seize soldats présents sont tués sur le coup. Les quatre survivants, protégés par un énorme rocher décoratif, sont complètement sonnés. La poussière se disperse. Le prince se retrouve au centre d'un énorme cratère. Il ne pense plus qu'à une seule chose : tuer pour noyer son chagrin. Soudain, il sent que trois des quatre survivants commencent à se relever. Autour de lui, le temps recommence à ralentir. Il se dirige derrière l'énorme roc décoratif, l'un des seuls à être resté en place après la déflagration. L'atmosphère lui oppose une pression hors norme, encore une fois. Dés qu'il arrive à la hauteur des trois soldats, le prince n'hésite pas. Tenant fermement son katana entre ses deux mains, il taillade plusieurs fois ses adversaires sans qu'ils ne puissent réagir. Lorsque le temps s'écoule de nouveau normalement, le corps des trois hommes disparaissent dans des gerbes de sang, de boyaux et d'os broyés. Le quatrième militaire, toujours allongé, est tétanisé par la peur. Pour s'en sortir, il fait le mort. Mais Li n'est pas dupe. Tendant son bras vers l'infortuné, le prince le soulève dans les airs avec ses pouvoirs biotiques avant de le plaquer contre un mur encore intact. Sous le choc, le soldat émet un grognement. - Pitié… finit-il par articuler faiblement. J'ai deux fils… Le prince lui répond avec une voix d'outre-tombe : - De la pitié… en avez-vous eu pour ma femme, pour mon fils et ma fille ? En avez-vous eu pour mon frère ? Il accentue la pression sur le corps de sa victime. Cette dernière gémit de douleur. - Maintenant, vous allez répondre à ma question, fait Li Mu Bai. Qui a ordonné l'exécution de ma famille ? Qui est derrière l'attaque de l'ambassadeur du Royaume des Toits Célestes ? Au bord de l'évanouissement, le soldat lâche finalement : - Je… C'est votre demi-sœur, la princesse Wencheng. Sous l'effet de l'annonce, Li relâche son étreinte. Le militaire retombe au sol dans un bruit mat, inconscient. Alors qu'il digère la révélation, l'héritier du trône de Jade ressent une présence derrière lui. Tout en se retournant précipitamment, l'aura biotique du prince devient plus lumineuse. - Doucement Li Mu Bai, je ne suis pas venu vous nuire. Calmez-vous. Je suis sûr que Yona ne souhaiterait pas vous voir dans cet état. Avant même qu'il n'ait vu l'individu qui l'a apostrophé, l'aura biotique du souverain déchu s'effondre. Peu à peu, sa vision redevient normal. Son souffle se calme. Toutes ses émotions remontent à la surface. La douleur, la peine et surtout, une souffrance sans nom. Li pousse un cri. Un cri de désespoir si poignant que je m'en souviendrai sans aucun doute toute ma vie. Debout devant lui, tendant une main amicale, se tient le maître du vent Dafu Shi. L'aviateur trentenaire porte en bandoulière une mitraillette de petit calibre et dispose à sa ceinture d'un pistolet et d'un couteau de combat. - Dés que j'ai su ce qu'il se tramait au Palais, je me suis précipité ici, fait-il. Visiblement, je suis arrivé trop tard. J'en suis désolé, mon prince. Li ne réagit pas. Il s'est comme coupé du monde. Même si la voix de son ami pilote l'a tiré de sa transe meurtrière, le prince s'est retrouvé accablé par le chagrin. Sans attendre, l'as des flottes jadiennes le prend par le bras avant de l'emmener en dehors du jardin. - Nous devons vous faire traverser la frontière, vous faire disparaître… Dés que la situation sera favorable, je ferai en sorte que le trône vous revienne. Nous allons au devant d'une période funeste. Je prierai chaque jour pour qu'il ne vous arrive rien. Pendant qu'ils parcourent le palais en tentant d'éviter les patrouilles, ma vision se trouble soudainement. Ma conscience est comme aspiré hors du corps de Li Mu Bai avant de sombrer dans le néant. ********** J'ouvre les yeux. Cette fois, je suis bien dans mon sac de couchage sous la voûte rassurante de l'igloo de Fubuki. Je me passe la main sur mon visage. Mes joues sont encore mouillées de larmes. Soudain, j'entends des pleurnichements à ma gauche. C'est Shizuku. On dirait que nous avons tous visionné les souvenirs de Li. D'ailleurs, ce dernier ne tarde pas à se relever. Il semble en colère. - Fubuki… commence-t-il, de mauvaise humeur. - Ah non, c'est vous-même qui avez projeté vos rêves et vos souvenirs dans nos cerveaux. Et vous l'avez fait tout seul, comme un grand, lui répond l'intéressée avec cynisme. - Wo cao, grommelle le prince dont on pourrait traduire l'injure par un ''merde'' bien prononcé en galactique standard. Tandis que je tente de sortir de mon sac, Li fait les cents pas dans l'igloo. C'est la première fois que je le vois aussi décontenancé et énervé, lui qui est d'habitude si posé et si calme. - Li, je… commencé-je. - Écoutez, mon ami, me coupe-t-il. Je ne veux pas de votre sollicitude… Je souhaite désormais aller de l'avant. Il prend une profonde inspiration avant de continuer : - Enfin, vous avez vu et vécu un passé que je gardais profondément enfui en moi… Je suppose que je vous dois quelques explications… - Ne vous forcez pas, Li, si vous n'en avez pas envie, lui répondis-je. - Non, je vais le faire. Après ce que je vous ai fait subir, je vous dois bien ça. Et puis, cela me soulagera sans doute un peu du poids que je porte sur mes épaules. Sans dire un mot de plus, nous nous réunissons tous en cercle au centre de l'igloo, autour du cylindre lumineux d'Orda. Li se gratte nerveusement la tête. Il doit se demander par où commencer. Ne te presse pas, mon ami. Après tout, nous avons encore beaucoup de temps avant qu'Amaterasu ne se lève...
  14. Bonjour à tous, Comme certains d'entre vous le savent déjà, je suis étudiant dans une grande école d'ingénieur dont près de la moitié des étudiants sont internationaux. Suite au tremblement de terre qui s'est déroulé au Népal et qui a fait, d'après le dernier bilan, plus de 5500 morts, je ne peux que vous retransmettre l'appel à l'aide d'un de nos étudiants népalais. Sur le terrain, la famine et les épidémies guettent car les routes et la majorité des hôpitaux ont été détruits par le séisme. Voici le mail que j'ai reçu : De: "Mahesh POUDEL" <mahesh.poudel@telecom-bretagne.eu> À: eleves-brest@mlistes.telecom-bretagne.eu, tous-th@telecom-bretagne.eu, tous@telecom-bretagne.eu Envoyé: Mercredi 29 Avril 2015 09:46:04 Objet: Vous pouvez vous aussi aider le Népal English version below -------- French Version: Bonjour à tous, Je m’appelle Mahesh Poudel et je suis népalais. On parle beaucoup de mon pays en ce moment à cause du terrible tremblement de terre (http://www.bbc.com/news/world-asia-32475030) qui a frappé le Népal samedi dernier. Déjà presque 3800 victimes, et les chiffres ne cessent d’augmenter. Aujourd’hui, le peuple souffre et est contraint de dormir dehors par terre, sous la pluie. La plupart des bâtiments se sont écroulés, sous la violence des secousses à répétitions (qui frappent encore aujourd’hui). Ma famille vit en ce moment à proximité d’une école, et d’après ce que j’ai pu apprendre des brèves conversations, l’eau et la nourriture commencent à manquer. Une récolte de fonds a déjà commencé pour aider toutes les organisations humanitaires qui travaillent sans relâche sur le terrain. En ces temps d’urgence, votre aide représente beaucoup. Si vous le souhaitez, vous pouvez faire un don à : La Fondation de France (https://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/don/index.html?gclid=CPagh_aIlsUCFSHItAodxTMAHw) **Sélectionnez "Solidarite Nepal" Si vous préférez passer par d’autres services de donation, il y a ici (http://jamieleung.github.io/appeals-nepal/) une liste d’organisations qui en ce moment travaillent à apporter leur aide. Vous pouvez nous aider. Nous vous serions aussi reconnaissants d’accepter de diffuser ce message à toutes les personnes et réseaux que vous jugez appropriés. We can’t help everyone, but everyone can help someone –Ronald Reagan Mahesh Poudel --------- English Version: Hello Everyone, My name is Mahesh Poudel. I am an international student from Nepal. By now, most of you have probably heard that Nepal has suffered a massive (http://www.bbc.com/news/world-asia-32475030) earthquake that has claimed around 3800 lives so far, and rising. With most of the infrastructure failing, and persistent aftershocks (even now), people have been camping out in open ground in persistent rain. My own family has been camping at a nearby school, and from what I have been able to gather through intermittent connections, food and water resources are depleting quickly. We are raising funds to help relief organizations that are working tirelessly on the ground, in this dire hour of need. At this point, your support would mean a lot. So, please consider donating to: la Fondation de France (https://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/don/index.html?gclid=CPagh_aIlsUCFSHItAodxTMAHw) **You can select "Solidarite Nepal" and continue with the amount of your donation. If you feel passionately about some other areas of need, here (http://jamieleung.github.io/appeals-nepal/) is a list of other organizations that are working on relief efforts. Please donate appropriately. We would also appreciate it if you could forward this to any network you feel might be relevant. We can't help everyone, but everyone can help someone. -Ronald Reagan Mahesh Poudel Personnellement, cette catastrophe me touche, en tant qu'être humain et je ne peux qu'être de tout coeur avec les népalais qui se retrouvent à plus de 8 millions dans les rues dévastées alors que les secousses continuent de ravager le pays. Pour info, la fondation de France apporte toutes les garanties d'un bon usage des dons que vous pourrez lui faire. De mon côté, je vais m'empresser de participer à cette campagne de dons. Sur ce, je vous souhaite une bonne journée ! HouSonMeiTong
  15. Ah, je vois que le manga avance bien ! J'aime beaucoup le style de dessin, un mélange entre ce que l'on a l'habitude de voir avec les mangas japonais et un dessin à l'occidental... si je puis dire ^^. En tout cas, ce style me rappelle la série d'Oban Star Racers, un animé franco-japonais que j'ai bien aimé quand j'étais plus jeune. Pour en venir au scénario, les autres ont déjà tout dit. On entre vite dans l'univers et dés le premier chapitre, tu nous présentes une sorte d'anti-héro qui, rejeté de tous, attire notre sympathie. Bref, j'ai bien aimé et je vais suivre avec intérêt l'évolution de ce franga !
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