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Alestan

Le Vagabond du Désert

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I - LE PRINCE SANS ROYAUME

 

 

 L'air était sec et la chaleur déformait les contours de la ville sur l'horizon. Alestan avait voyagé trois semaines vers le Sud-Ouest depuis son départ d'Elanor, et ses provisions s'étaient épuisées l'avant veille. Seul au milieu d'un paysage de roches stériles, le jeune homme dégrafa une outre de sa ceinture pour humecter ses lèvres des dernières gouttes qu'elle contenait. Las et fatigué, il jeta la gourde au loin avant de reprendre péniblement sa route. Alestan égara ses pensées vers les vertes prairies et l'ombre des arbres de la contrée qu'il avait laissé derrière lui. « Mon royaume pour me jeter à l'instant dans les ruisseaux d'Elferden... » pensa-t-il en songeant à la fraîcheur de l'eau qui ruisselait dans la forêt.


 La rencontre de sa botte contre une pierre le ramena à la réalité, et par conséquent à la raison de sa venue en cette région sauvage. Alestan palpa machinalement la missive qui se trouvait dans une poche de son manteau, laquelle avait été rédigée et signée par la main d'Yilda Fëalya, reine d'Elanor. Celle-ci s'adressait à l'héritier de ces terres hostiles, un prince exilé qui tentait de reconquérir sans grand espoir le trône de son père, usurpé par un coup d'état et une révolution sanglante. Le message, à peu de choses près, délivrait les lignes suivantes :


 « Votre Excellence, suite à notre entretien je suis dans le regret de vous annoncer qu'il me sera impossible d'honorer pleinement mes engagements. Croyez en ma sincérité en vous exprimant mes excuses, mais aussi ma peine et mon inquiétude concernant votre situation et celle de votre peuple. Hélas, un mal semblable à celui qui frappa lâchement votre défunt père s'est immiscé dans mon royaume, et je ne puis me séparer pour le moment de mes fidèles soldats.


Néanmoins, et malgré la honte qui s'empare de moi en écrivant ces mots, je tiens à vous apporter mon soutient en vous confiant l'un de mes meilleurs guerriers, si ce n'est le meilleur. Cette aide peut vous sembler ridicule aux premiers abords, mais je vous assure que sa force et son intelligence ne souffrent d'aucun rival en ce monde, car son destin est lié à ce dernier par un Art qui nous dépasse tous. Son nom est Alestan, et si votre père avait partagé avec vous le secret de nos origines, vous serez heureux d'apprendre qu'il est en vérité l'un des Sept.


Je prie pour votre victoire et pour le bonheur de votre peuple, que Jelaka retrouve gloire et sagesse sous votre règne. Votre amie et alliée.


Yilda Fëalya d'Elanor


PS : Ne jugez pas trop vite ce jeune homme, et pardonnez sa conduite téméraire et impétueuse. Il n'y a pas d'ombre sans lumière. »


 Alestan grimaça en se rappelant le contenu de cette lettre. S'il n'était pas autant redevable à la reine, et il l'était à un tel point que son cœur s'en serrait encore de reconnaissance, le jeune guerrier aurait fui à l'autre bout du continent sans demander son reste. Mais le voilà après maints péripéties, traînant ses pieds sur le sol aride du plateau d'Algoreb, aux portes du pays du sable et des oasis.


 - Cette vieille pie, grommela-t-il à moitié délirant, et ces vautours qui me narguent... Venez plus près pour voir ! s'écria-t-il soudainement en levant le poing vers le ciel, l'autre main sur la poignée de son sabre.


 Ce simple contact avec l'arme lui provoqua un étrange frisson, et il retrouva ses esprits. Le moment était mal choisi pour sortir imprudemment cette lame de son sombre fourreau. Sans compter qu'elle le tourmentait déjà insidieusement depuis plusieurs jours, comme si elle tirait profit de son irritation et de sa faiblesse. Alestan savait que trop bien ce qui risquait d'arriver s'il cédait à la tentation. Il était sensé apporter son aide à ce royaume en crise, et non pas l'engloutir dans les ténèbres. « Quoiqu'elles ont le mérite de refroidir l'atmosphère. » pensa-t-il avec sarcasme.


 Alestan crût marcher encore de longues heures avant d'apercevoir distinctement les premières maisons de la cité où il se rendait. Carrées ou rectangulaires, dépassant rarement deux étages, ces demeures étaient pour la majorité faites de terre et de paille. Une palissade en bois, d'apparence neuve, entourait la ville, tandis que des hommes s'affairent à creuser un fossé à quelques pas de cette dernière. Alestan jeta un regard indifférent aux ouvriers en franchissant l'entrée, lorsqu'une voix l'interpella dans un dialecte étranger.

 

 - Kalda !


 Un soldat se précipita vers lui, le forçant à s'arrêter tout en brandissant sa lance. Il était grand, le teint mât et les cheveux noirs. Une armure de cuir légère couvrait sa tunique ample et souple, qui avait la même couleur que le sable. Ses yeux sombres le dévisageaient suspicieusement, allant de son visage à son sabre.


 - Dab rinate osi ? questionna-t-il sévèrement.

 - Qu'est-ce que tu me chantes ? rétorqua Alestan, agacé.

 - Que fais-tu ici Radia ? répéta l'homme dans le langage commun.


 Quelques habitants s'étaient arrêtés pour les observer avec une curiosité craintive. D'un simple coup d’œil, le jeune homme devina que les gens du coin avaient récemment subit une épreuve douloureuse, et la construction hâtive de défenses autour de la ville trouva une explication. Alestan baissa légèrement la tête en signe de politesse, et prit un ton plus doux.


 - Je viens pour une affaire de la plus haute importance, dans votre intérêt croyez-moi. ajouta-t-il devant l'expression méfiante du garde. Je dois rencontrer le prince Eliad Amaëna, et vous rendrez un grand service à votre seigneur en me menant au plus vite auprès de lui.

 

 

 - Rencontrer le prince ? Rien que ça ?


 L'homme éclata d'un rire bruyant, puis il porta les doigts à ses lèvres pour émettre un long sifflement. Trois soldats accoururent promptement pour encercler Alestan, qui ne put retenir un soupir. La soif asséchait sa gorge et son estomac criait famine. Il transpirait à grosses gouttes et sa patience était déjà à ses limites. Le garde reprit la parole, déterminé à soumettre l'intrus à un interrogatoire détaillé.


 - Et pourquoi un blanc-bec comme toi devrait rencontrer notre chef ? Un vagabond sans le sous, et armé qui plus est ! Regardez-moi ce teint pâle ! lança-t-il à l'adresse de ses compagnons. Les yeux n'ont pas la même couleur en plus de ça. Une gobille verte et l'autre... Ah mais ma parole ! s'exclama-t-il en haussant ses épais sourcils. T'es un maudit ! Il a la pupille du reptile ! Arrêtez-le !

 L’œil en question était gris comme de l'argent poli. Une fine cicatrice le barrait pour se terminer en croix sur la joue du jeune homme. La fatigue qui marquait son visage s'estompa momentanément, et après avoir vivement redressé son dos courbé, Alestan toisa le soldat d'un regard impérieux.


 - Assez ! commanda-t-il.


 Les hommes qui l'entouraient s'immobilisèrent, comme pétrifiés. Ils semblaient rétrécir en sa présence, et le soleil lui-même donna l'impression de s'être voilé. Le malaise passé, Alestan fit mine de s'éloigner, mais le garde qui l'avait insulté s'empressa de le saisir par le bras.


 - Tu restes ici rad...


 Sa voix s'étrangla, il poussa un glapissement et le relâcha aussitôt. Le soldat et ses camarades regardèrent Alestan s'éloigner avec une expression de surprise mêlée de crainte. Le jeune étranger se courba à nouveau en marchant avec lassitude, mais les quatre hommes n'osèrent pas le poursuivre. Ils s'étaient figés de terreur en observant sur le sol l'ombre du vagabond, qui rengaina un sabre avant de reprendre sa forme ordinaire.

 

 Alestan se trouva fort embarrassé par cette altercation. Il errait désormais au hasard dans les rues de cette cité dont il avait oublié le nom. Il tenta de se renseigner auprès des habitants mais ceux-ci le fuyaient comme la peste. Sans un sous en poche, il ne lui restait plus qu'à compter sur sa chance. Ce dernier recours lui arracha un sourire narquois, « autant rebrousser chemin et rentrer au pays » .

 

 Cependant, des traces de sang sécher sur la terre battue et les premières effluves d'une odeur nauséabonde le poussèrent à lever les yeux au ciel. Comme il s'y attendait, plusieurs charognards décrivaient des cercles au-dessus d'un endroit précis, à quelques pâtés de maisons de là. Alestan s'y rendit et découvrit une grande place pavée, sans doute destinée aux jours de marchés. Mais à la place des étales et des marchands, il y trouva des guerriers et des charrettes sur lesquelles s'amoncelaient des tas de cadavres. Les soldats dépouillaient les corps sans vie de leurs armes et armures ; la puanteur était si insupportable que le jeune homme se couvrit le nez avec son foulard.

 

 Il y avait au moins une centaine d'hommes affairés à cette tâche ingrate, et trois fois plus de morts. Des traces d'une récente bataille marquaient les murs des maisons, et pas un seul citadin était visible aux alentours. Alestan traversa la place macabre en détaillant les guerriers, dont l'expression morose indiqua un moral au plus bas. Il chercha des yeux celui dont le visage lui semblait le plus sympathique, et le trouva sur un soldat d'âge avancé, robuste malgré ses cheveux grisonnants.


 - Melda, l'accosta poliment Alestan, pouvez-vous renseigner un voyageur égaré ?


 L'homme, qui retirait une cote de maille ensanglanté à un cadavre mutilé, se tourna vers lui avec étonnement. Il ne sût s'il devait ignorer l'étranger où le dénoncer à ses camarades. Après un instant d'hésitation, il se dressa sur ses jambes pour faire face à Alestan. Sa voix était grave et rocailleuse, et bien qu'il parla avec autorité, son regard demeurait bienveillant.


 - Comment êtes-vous parvenu à franchir l'enceinte ? Nul ne doit entrer ou sortir de la ville. Ne voyez-vous pas que nous sommes en guerre ? ajouta-t-il en désignant la scène sordide qui les entourait.

 - Les gardes de la porte m'ont laissé passer en apprenant ma mission. répondit Alestan avec assurance. Il se trouve que ma présence est justement liée à cette guerre.

 

  Afin d'appuyer ses paroles, il présenta au soldat la missive de la reine Yilda, laquelle était cachetée par le Sceau d'Elanor ; une salamandre à trois têtes cerclée de feuilles de chêne. Bien que la lettre demeurait scellée, le vieil homme l'examina longuement, son visage passant du trouble à la surprise, puis de la surprise à la joie. Des larmes brillaient dans ses yeux lorsqu'il redonna la lettre à Alestan.


 - Par l'amour divin ! se réjouit-il. Les Elnaë nous viennent en aide ! Ils ont répondu à l'appel ! C'est le destin qui vous envoie ! Mais pourquoi ne me l'avez-vous pas dit d'entrer de jeu ? ria-t-il avec embarras. Votre allure n'y trompe pas, il y a en vous la noblesse d'un capitaine. Vos guerriers sont les bienvenus ! Où avez-vous établi votre camp ?

 - Je suis seul. l'informa sans détour Alestan. Le royaume d'Elanor est en proie à une crise semblable à la vôtre. Aucune armée ne quittera l'orée de la forêt du monde.

 L'expression du soldat se décomposa devant la franchise de l'étranger. Il sembla même lutter pour ne pas l'envoyer paître, et ses mains tremblèrent contre ses hanches, résistant à la tentation de les porter sur son visage honteux. Alestan l'observait avec compassion, mais il se sentait si faible qu'il souhaitait au plus vite mettre fin à ses recherches.


 - Allons, allons. le réconforta-t-il maladroitement. Ne désespéré pas. Je n'ai pas fais deux-cent lieux pour rien. Conduisez-moi à votre prince, je dois lui faire parvenir un message de la plus haute importance, vital même !

 - Je ne sais pas si...


 L'homme se tortillait les mains, ne sachant quelle décision il devait prendre. Alestan fouilla dans une poche de son pantalon pour en tirer une chaîne d'argent, qui retenait un anneau sculpté en deux serpents. Un diamant brillait de mille feux entre leurs crochets. Il offrit le bijou en gage de bonne foi au vieux soldat qui, après avoir plusieurs fois refusé, finit par le prendre dans sa main fébrile.


 - Je vous le rendrais après votre entretien avec mon prince, assura-t-il.

 

 - Peu importe, guidez-moi.

 

 Alestan le suivit jusqu'à l'extrémité Ouest de la ville, où la plupart des habitations étaient en ruines et désertées par leurs habitants. Des traces d'incendies indiquaient que des bouches à feu avaient été utilisés au cour de la dernière bataille. « C'est donc à ce type de guerre que je dois m'attendre. » regretta silencieusement Alestan qui, malgré son jeune âge, avait déjà participé à de nombreux conflits.


 Son guide le mena à quelques pas hors de la cité, où s'étendait un deuxième village formé de tentes, en toile sombre et triangulaire. Le campement était assez vaste, pouvant héberger au moins cinq cents hommes. Des soldats au repos s'enivraient et jouaient aux dés sans leur accorder un regard. Ils passèrent devant des écuries en plein air, des stocks de poudre et quelques canons pour ensuite arriver au centre du bivouac. Un grand pavillon leur faisait face, étroitement surveillé par d'impressionnant guerriers en armure dorée.


 - Attendez-moi ici. Dit son guide d'un ton peu rassuré.


 Alestan l'observa rejoindre les gardes de la tente princière, puis écouta sans comprendre la discussion animée qui s'en suivit. On le désigna d'un geste, et le vieil homme se prosterna plusieurs fois avec respect. Les voix montèrent d'un cran puis se calmèrent, lorsque finalement deux des soldats richement armés se dirigèrent d'un pas ferme vers lui. Alestan chercha le regard de son guide, mais ce dernier fixait anxieusement le sol. Il souhaita lui demander si tout allait bien, mais le duo de guerriers le saisirent brusquement par les épaules pour le forcer à s'agenouiller. Ils le fouillèrent minutieusement, s'emparèrent de son sabre et de la missive de la reine, puis on le releva pour le questionner.


 - Ton nom, ton royaume et la raison de ta venue, lança l'un des gardes en le regardant droit dans les yeux.

 - Alestan né sans nom, renseigna-t-il sans ciller, Drake de la Reine Yilda d'Elanor, je viens rencontrer votre seigneur sur la demande de cette dernière.

 - Qui sont tes parents d'adoption et que font-ils ? poursuivit le guerrier.

 - Je n'en ai pas... Pas officiellement.

 - Ton âge et la « véritable » raison de ta venue.

 - Je ne connais pas mon âge et je viens m'entretenir avec votre prince.

 

 L'homme approcha son visage à un pouce du sien, le foudroyant de ses yeux noirs. Des runes étaient tatouées sur ses joues, qu'Alestan reconnues aussitôt. Elles se traduisaient par Edaïr Erilia, Gardien de la Vérité dans le langage perdue de l'Ouest. Le soldat était sans doute un adepte de l'Art.

 

 

 - Il ne ment pas, déclara-t-il, rendez-lui son arme.

 - Maste, Daranorelim, le remercia aimablement Alestan.

 

 L'homme haussa un sourcil, puis il étira mystérieusement le coin de ses lèvres. Lorsque l'on eût remit au jeune voyageur son sabre et sa lettre, son inquisiteur fit signe aux soldats de reprendre leur poste avant de l'inviter à le suivre.

 

 - Je me nomme Galan, se présenta-t-il. Je suis l'un des prêtre-guerriers du prince. J'espère que tu apportes de bonnes nouvelles, car l'heure est au deuil parmi les fidèles de la couronne. Ared, ajouta-t-il en s'adressant au vieux guide, suis-nous.

 

 L'homme se pencha trois fois avec ferveur, puis marcha aux côtés d'Alestan sans détourner son regard du sol. Ils pénétrèrent dans le grand pavillon après avoir ôté leurs bottes, et traversèrent un vestibule où les visiteurs devaient déposer leurs armes. Ils arrivèrent ensuite dans la pièce principale, richement décorée par d'épais tapis et des tentures. Le prince et deux de ses conseillers étudiaient une carte, dépliée sur une grande table ronde finement sculptée. En voyant son seigneur, Ared se prosterna avec passion. Galan se pencha avec la main sur le cœur, attitude qu'imita aussitôt Alestan.

 

 - Pardonnez-nous d'interrompre votre réunion mon prince, s'excusa le prêtre-guerrier, mais un émissaire de la reine d'Elanor à traverser l'Algoreb pour vous rencontrer.


 Eliad Amaëna leva lentement les yeux vers eux. C'était un homme de grande stature, guère plus vieux qu'Alestan. Son visage avait une forme de diamant, avec des traits fins dissimulés sous une barbe naissante. Sa longue chevelure noire était tressée vers l'arrière de son crâne, et son regard d'ambre brillait comme sous l'effet d'un feu invisible. Sa tunique était cousue de fils d'or, et une amulette sertie de rubis reposait sur sa poitrine.

 

 - Elanor ? répéta-t-il à demi-voix, avant de se tourner vers ses conseillers. Ce sera tout pour aujourd'hui, laissez-nous et que personne ne nous dérange tant que j'en aurais pas terminé avec notre visiteur. Et relevez ce vieil homme, s'irrita-t-il, Galan, relève donc ce soldat !

 

 Ared se remit sur ses jambes tandis que la table fut débarrassée, et ne resta dans la pièce plus que le prince, le vieux soldat, Alestan et le prêtre-guerrier. Eliad frappa deux fois des mains et un serviteur arriva comme par magie pour apporter des coussins, du vin et quelques mets modestes. Ils s'installèrent et ne pouvant se retenir plus longtemps, Alestan se jeta sur la boisson et la nourriture. Son comportement arracha un éclat de rire au jeune souverain, qui observait intensément l'étrange voyageur.

 

 - La route n'a pas été de tout repos à ce que je vois.

 - Surtout aux portes de ton royaume, acquiesça Alestan après avoir vider d'une traite sa coupe. Mon sang est trop épais pour le désert.

 - Le désert ? répéta Eliad avec un sourire. L'Algoreb est une promenade de santé en comparaison.

 - Et je te prierai de t'exprimer avec plus de respect envers notre seigneur, le corrigea Galan, qui s'irritait du comportement d'Alestan.

 - Laisse, dit le prince sans quitter des yeux son invité. Je pensais que les Elnaë avaient les cheveux clairs et la barbe épaisse, mais ton apparence contredit mes croyances. Les guerriers des forêts sont-ils semblable à toi ? Impoli, les cheveux gras et sombres, et le regard défiant ?

 

 Alestan interrompit son repas pour examiner plus attentivement la figure d'Eliad. Il ignorait si son hôte était courroucé ou amusé, et à la vérité il s'en fichait royalement. Il n'avait pas fait le voyage dans ce pays aride pour se faire juger, et pire encore, moquer.

 

 - Non, répondit-il doucereusement, non... La grâce et l'agilité des Elnaë n'a pas son pareil dans les cinq royaumes. Tous les autres peuples que j'ai pu croisé lors de mes nombreux périples m'ont paru lourdauds et vulgaires en comparaison. Il faut dire que le sang qui coule dans les veines des fils et des filles d'Elanor est semblable à celui des Enfants du Ciel. Ils parlent le langage des oiseaux, et leurs yeux peuvent voir les esprits de la forêt. Moi... reprit Alestan devant les visages offensés de son auditoire, moi je ne suis pas touché par cette grâce divine. Je suis né dans les terres gelées, au-delà des chaînes du serpent. Dans une région maudite et souillée, autrefois riche et glorieuse. J'ai crû comprendre que ma mère était l'esclave d'une race monstrueuse, mi-reptile, mi-homme, et qu'elle s'est échappée des cavernes où elle était retenue avec son nourrisson dans les bras. Elle traversa les neiges éternelles pieds nues, et c'est son cadavre qui me maintînt en vie. Ainsi, prince Eliad, pardonnez mon impolitesse car elle me vient de ces origines sordides, et excusez mon regard, car il est né d'une relation impure et contre-nature.

 

 Un silence de plomb s'abattit dans la pièce. Ared se couvrit le visage de ses mains tremblantes, et Galan, hors de lui face à tant d'insolence, esquissa un geste pour punir Alestan. Le prince leva la main pour l'en dissuader, et bien qu'il gardait une expression apaisée, des éclairs brillaient dans ses yeux.

 

 - Mes paroles t'ont blessé, je m'en excuse. fit-il en penchant légèrement la tête. Une telle fierté cache certainement une grande bravoure. Ne perdons pas plus de temps en bavardages inutiles, quelle est la raison de votre venue ?

 

 Sans dire mot, Alestan tendit la missive de la reine Yilda à Eliad, qui l'examina sous tous les angles avant de la décachetée. Le prince lut la lettre une première fois avec un visage impassible, puis une deuxième fois où il fut incapable de cacher sa déception. Lors de sa troisième lecture, il sembla en proie à une vive colère avant de lâcher un long soupir, pour finir par se laisser retomber mollement sur ses coussins, le message froissé négligemment dans sa main.

 

 - Mon prince ! Mon prince, tout va bien ? s'inquiéta Galan, à deux doigts de se précipiter vers son seigneur.

 - Laissez-moi seul avec lui. ordonna Eliad d'un ton morne. Que personne ne nous dérange, apportez de la liqueur et donnez cinq derim au vieux soldat.

 

  La mine abasourdie, le guerrier-prêtre exécuta les consignes de son seigneur. Ared, après avoir reçu son argent, se prosterna à nouveau devant le prince et rendit la chaîne avec son anneau confiée plus tôt par Alestan. Celui-ci se trouva désormais seul avec le prince, et l'attitude d'Eliad changea du tout au tout. Il s'étira, versa deux coupes de liqueur et ramena deux longues pipes d'ivoire ainsi qu'un grand pot d'herbe à fumer. Il ressemblait à un jeune homme des plus ordinaires, las et soucieux. Après avoir expirer un premier nuage de fumée, il s'adressa à Alestan avec une surprenante familiarité.

 

 - Je n'ai plus qu'à me saouler, ricana-t-il. Noyer mes espoirs dans la liqueur...

 - Qu'est-ce qui vous arrive tout d'un coup ? s'étonna Alestan après avoir allumé sa pipe. Les mots de la reine vous ont fait perdre la tête ?

 - Assez des « vous » et des formules ! s'irrita Eliad. Un prince sans royaume n'a que faire de ces choses. Mon dernier allié vient de s'en aller... Il me reste plus de toi vagabond. Si la « légende » dit vraie, ajouta-t-il sur un ton sarcastique, tu me suffiras à reconquérir le trône. On partira les deux à l'aube, comme des voleurs... Direction Aradel ! Ah... Misère...

 - Mais la légende dit vraie, lui assura Alestan. Sept fragments pour sept guerriers, une pierre forgée dans le sang pour dominer les éléments...

 - Et à la fin du Cycle, la Cité Céleste consumée par l'Abîme renaîtra de ses cendres, l'interrompit le prince. Je connais la chanson. Mon père me contait les mêmes fables au palais.

 

 Eliad se resservit de la liqueur avec un rictus goguenard. Repus et libéré de sa soif, Alestan retrouva ses forces et la vivacité de son esprit. Ce prince avait besoin d'une leçon, même si la guerre qui déchirait son pays était en grande partie la cause de ses désillusions.

 

 - Il n'y a rien de plus vrai que ces fables, le corrigea-t-il. Elles renferment l'immense sagesse de nos ancêtres, et les leçons qu'elles délivrent surpasses en tout point celles des temples et des écoles. Ce n'est pas pour rien que les rois doivent les apprendre par cœur dès leur plus tendre enfance.

 - On voit bien où cela nous a mené. dit Eliad avec ironie. La révolution du peuple n'a que faire de ces sottises. Les imbéciles, marmonna-t-il avec chagrin, ils se rebellent contre l'injustice et la pauvreté, tout ça pour se condamner à un monde encore plus pauvre et plus injuste...

 - Le peuple ne peut donc pas se diriger lui-même ? demanda Alestan avec une fausse incrédulité.

 - Mais comment ? s'énerva le prince. En se choisissant un pantin qui jouera mon rôle jusqu'à ce qu'ils se lassent de lui ? Une marionnette à la merci de riches individus, qui ne pensent qu'à leurs propres intérêts ? Ils enverront ces pauvres révolutionnaires guerroyer pour des mines d'or sous prétexte qu'elles appartiennent à des barbares ! Mais ce sont eux les barbares ! Et qui prendra ma place ? Un marchand boursouflé à la langue bien pendue, placé sur mon trône sur de fausses promesses, acclamé par une foule d'idiots sans éducation ! Les même qui ont acclamé le bourreau qui cloua mon père sur les portes du palais ! Non Radia... Le peuple ne peut pas se diriger lui-même. Sans aimer ou haïr la même figure, ils s'autodétruiraient.

 

 Eliad était à bout de souffle à la fin de sa tirade, mais ses yeux brûlaient à nouveau d'un feu intérieur. Alestan avait ravivé l'étincelle, et il pouvait presque voir le légendaire Gildae derrière ce regard d'ambre passionné. Il fallait plus qu'une mauvaise nouvelle pour éteindre la lumière d'une lignée millénaire. Le vagabond s'amusa à faire quelques ronds de fumée avant de relancer le prince sur la même voie.

 

 - Pardonne mon audace, mais en quoi serais-tu un meilleur choix pour diriger ce royaume ?

 - Comment oses-tu... commença Eliad avec fureur, avant de se reprendre plus calmement. Je suis né pour guider mon peuple ! Mes précepteurs m'ont gavé de textes de lois et de l'histoire de Jelaka alors que je tenais à peine sur mes jambes ! On m'a inculqué le sens du sacrifice et celui de mon devoir sacré alors que les enfants de mon âge apprenait seulement à écrire leur nom. Je suis né pour donner ma vie au royaume, et je mourrais pour lui... Si un corrompu veut me détourner des intérêts de mon pays avec un coffre remplit d'or, je fais fondre les pièces pour les lui faire couler dans la gorge ! Trouve un meilleur choix que moi pour aimer et défendre Jelaka ! Allez ! Dis le moi Radia !

 - Présenté ainsi, je ne vois pas un autre que toi sur le trône, reconnu Alestan avec un sourire énigmatique.

 

 Le prince Eliad s'était levé sans en être rendu compte. Il essuya la sueur de son front et se rassit lentement, le dos bien droit. Il réalisa que l'étranger venait de le manipuler pour qu'il retrouve son rang et sa fierté. Cet envoyé d'Elanor était un drôle de personnage. Pas impressionnable pour un sous, et dangereusement téméraire. Ne savait-il pas qu'un simple ordre du prince pouvait le condamner à mort sur le champ ? La curiosité d'Eliad était plus que jamais éveillée. Il remplit la coupe d'Alestan jusqu'à ras bord et s'employa à l'interroger.

 

 - D'où vient cette cicatrice ? demanda-t-il en désignant l’œil mystérieux du jeune homme.

 - Je n'en ai aucune idée.

 - La reine Yilda a écrit que tu es l'un des Sept, poursuivit le prince. De quoi s'agit-il exactement ? Possèdes-tu un pouvoir ou quelque chose de la sorte ?

 - Et bien, oui. répondit distraitement Alestan. Oui, on peut dire ça. Il y en a six autres comme moi de part le monde. Mais je n'en connais que deux.

 - Par les dieux, sois plus clair ! le pressa Eliad. Est-ce une faculté comme celle de Galan ? Il peut voir la vérité dans les yeux des hommes.

 - Non, ce n'est pas la même chose... Lui a juste apprit un peu d'Art de ce que j'ai vu. Moi j'ai acquis mon don par la source même de cet Art.

 - De quel art parles-tu ? Les Runes ? La sorcellerie ? Parles je te l'ordonne !

 - Mieux que te le dire, je vais te le montrer.

 

 Eliad autorisa Alestan à ramener son sabre afin de lui faire une démonstration. Le prince demanda à examiner l'arme, qui possédait les caractéristiques des forgerons d'Aërdan, le royaume qui se trouvait à l'extrême Orient du sien. La poignée était lassée de cuir noir, et elle se terminait par un croissant de lune en guise de pommeau. La garde représentait quand à elle deux serpents entrelacés, avec une pierre d'onyx à la place des yeux. Le sabre était anormalement lourd, et quelque chose d'à la fois inexplicable et malsain s'en dégageait. Malgré tout ses efforts, Eliad ne parvînt pas à retirer le fourreau en bois d'ébène, si bien qu'il finit par rendre l'arme à Alestan, préférant ne pas se ridiculiser d'avantage.

 

 - La liqueur fait son effet. plaisanta-t-il avec embarras.

 - Je suis le seul à pouvoir dégainer ce sabre, révéla l'invité avec le plus grand sérieux. Il n'a pas été forgé dans ce monde, mais dans un lieu où le temps et l'espace est différent du nôtre. Il y avait autrefois plusieurs passages pour s'y rendre, mais il n'en reste plus qu'un de nos jours, dans une petite cité logée au cœur des collines. Celui qui a crée ce sabre vit toujours, et pourtant il marchait jadis aux côtés des fondateurs des cinq royaumes, lorsque la vallée d'argent et la voûte des étoiles n'étaient pas encore séparées par l'abysse des eaux.

 - Que de poésie ! le félicita le prince, amusé.

 

 Le sourire d'Eliad s'évanouit aussitôt qu'Alestan ôta le fourreau pour en révéler la lame. La tente plongea dans l'obscurité la plus impénétrable, et la température baissa si drastiquement que le prince frissonna de la tête aux pieds. Peu à peu, des symboles s'illuminèrent d'une pâle lueur rouge sur le tranchant du sabre, dévoilant sa forme légèrement incurvée et le métal qui avait servit à le forger. Mais Eliad fut incapable de décrire cette matière, si ce n'est qu'elle lui rappelait les ténèbres séparant les étoiles. Enfin, incrustée dans la base de la lame, il vit un fragment de pierre d'une teinte identique à celle du sang. Un mouvement de fluide semblait s'opérer sous sa surface, mais le prince ne put en voir plus, car Alestan rangea le sabre dans son fourreau. L'obscurité disparut en un instant, et la pièce retrouva sa chaleur familière.

 

 - Par les dieux... balbutia Eliad. Je n'ai jamais rien vu de pareil. Mais comment... Ai-je bien vu ?

 - Tu as bien vu prince, certifia Alestan. Mais n'en parle pas à tes sujets, même aux plus fidèles. Ma tête est mise à prix et mes ennemis ont des oreilles partout.

 - Je ne dirais rien. Mais quand même... Yilda m'a donc réellement envoyé son meilleur combattant ! Ton pouvoir pourrait même renverser le cour de la guerre !

 

 Eliad serrait fermement la main d'Alestan dans les siennes en prononçant ces mots. Il imaginait déjà des tactiques usant de l'avantage procuré par le sabre ; des opérations nocturnes, des diversions ingénieuses, allant même jusqu'à imaginer une infiltration dans les rangs des rebelles.

 

 - Quelle est la portée de cette obscurité ? demanda-t-il avidement. Peux-tu choisir la cible à aveugler ? Ah ! Et dire que je désespérais... Nous allons accomplir de grandes choses !

 - Je préfère ne pas utiliser ce sabre, déclara sévèrement Alestan. En vérité, je ne l'utiliserais qu'en cas d'extrême nécessité, et seulement pour défendre... Car je n'ai aucun contrôle sur lui, où plutôt, sur « elle ». Mon rôle est de vous protéger et vous conseiller, ni plus, ni moins.

 

 Un voile d'ombre passa sur le visage du prince, et il parut terriblement déçu. Il se ressaisit rapidement et reprit place sur les coussins pour remplir à nouveau les coupes de liqueur.

 

 - Oui... murmura-t-il, comme perdu dans ses pensées. Oui je comprends. Ce combat est le mien. Tu disais qu'il en existe six autres comme toi ? Qui l'aurait cru... Voilà que les contes se mêlent à la réalité.

 - Il en a toujours été ainsi, dit Alestan en s'agenouillant, son sabre à ses côtés. Les gens ont juste oublié... Ils se contentent de voir avec leurs yeux et entendre avec leurs oreilles, alors qu'ils voient et entendent dans leurs rêves sans utiliser ni l'un, ni l'autre.

 - Tu parles comme un mystique. ricana Eliad. Mais tes mots sonnent justes. Mon père s'exprimait ainsi lui-aussi... C'était un homme honorable. Un roi sage et humble...

 

 L'alcool avait fait son effet sur le prince, et Alestan vit avec surprise une larme rouler sur sa joue. Eliad lui raconta que son père, Araël de Jelaka, tenta de mettre fin à la révolte d'une manière pacifique. Mais au cour des longues négociations, certains de ses généraux profitèrent de la révolution pour organiser un coup d'état, enfermant le roi et ses proches dans une partie du palais d'Aradel. Le pouvoir se scinda alors entre l'armée et les rebelles, mais leurs dissensions firent éclater une guerre civile dans la capitale. Les révolutionnaires remportèrent la ville et assassinèrent l'ensemble de la famille royale, des enfants aux vieillards, jusqu'aux servants.

 

 - Ils ont attaché mon père, puis ont violé ma mère et mes sœurs avant de leur briser le crâne à coups de bâton... décrivit Eliad, la gorge serrée. Jusqu'à son dernier souffle, maman les supplia de nous épargner. Je vois son visage dans mes rêves... Et ceux de ses bourreaux. Ils emmenèrent ensuite papa sur le balcon du palais, il ne cessait de me répéter « pardonne-leur Eliad, pardonne notre peuple ». Je me suis retrouvé seul avec deux de ces meurtriers. Ils comptaient certainement me tuer, mais c'est là que Galan, sur ordre de mon père sans doute, fit irruption pour les abattre et s'enfuir avec moi. La foule hurlait de joie en voyant leur roi se faire clouer, ignorant que son fils s'échappait à leur insu.

 

 Alestan resta silencieux, incapable de commenter une telle tragédie. Il se demanda si un retour du prince serait bien accueilli par le peuple. Le royaume de Jelaka était essentiellement composé de tribus disparates, dont l'union résidait dans l'allégeance de leurs chefs au grand roi. La mort de ce dernier avait certainement éveillé des ambitions chez les plus puissants d'entre eux. Mais malgré tout ce qu'il lui avait infligé, Eliad gardait la foi en son peuple.

 

 - Il y a des fidèles dans toutes les régions de Jelaka, assura-t-il. La guerre civile s'est désormais propagée dans tout le royaume, et les deux camps sont de forces égales. Mais les plus nombreux sont dans la majorité silencieuse, qui ne demande que la paix et de quoi nourrir ses enfants. Ceux-là n'ont que faire de celui qui dirige, tant qu'il les protège et partage leurs croyances. Ce sont eux que j'aime et respecte par-dessus tout. Les petites gens Alestan... Ils n'ont rien demandé eux ! Je les aime... Ils sont ma famille tu comprends ?

 

 

  Le prince s'apprêtait à se resservir de la liqueur, mais Alestan stoppa doucement son geste. Il en avait assez entendu pour vouloir aider sincèrement Eliad Amaëna. Il pouvait s'identifier à sa triste histoire, et n'avait plus aucun doute quand à la noblesse de ses intentions.

 

 - Tu as assez bu mon prince, lui conseilla-t-il. Gardes espoir, je ferais mon possible pour que tu récupères ta couronne.

 - Oui, tu as raison... Tu m'es sympathique radia. Impétueux comme l'a écrit ta reine, mais sympathique.

 

 Eliad mit fin à leur entretien, et ordonna que l'on prépare une tente pour son invité. Alestan resta en compagnie de Galan jusqu'au crépuscule, l'écoutant décrire le fonctionnement du camp sans réellement y prêter attention.

 

 - Dis-moi radia, demanda soudainement le prêtre-guerrier, tu as parlé d'une race mi-homme, mi-reptile plus tôt... S'agissait-il d'une métaphore ?

 - Qu'avez-vous tous à douter de mes paroles aujourd'hui ? soupira Alestan, las de devoir tout expliquer.

 - Il ne faut pas nous en vouloir, se rattrapa Galan. Tu parles du merveilleux sur le même ton que l'ordinaire, voilà tout. Et qui peut encore croire à l'existence de créatures fabuleuses de nos jours ? Personne en a jamais vu de ses propres yeux.

 - Et tant mieux... dit Alestan avec un air sombre. Qui a osé foulé les profondes cavernes du monde ? Ou les lieux les plus reculés de la forêt ? Qui a visité les crevasses de l'océan ? Pourquoi serions-nous les seuls êtres à penser ? Enfin... Ne parlons pas de Rakshas à la tombée du jour. Je m'en voudrais d'être la cause de tes cauchemars.

 - Tu m'en as déjà trop dit ! protesta Galan. Mais je respecte ton souhait. Je ne manquerais pas de te questionner à l'occasion. Il est rare de croiser un homme qui parle le langage oublié.

 - Ië... Mëaim oren anel selemante.

 - Imwëna.


 Alestan regarda le prêtre-guerrier s'éloigner, et réalisa seulement que celui-ci l'avait guidé jusqu'à sa tente. Il passa la tête sous la toile pour examiner une couchette de paille, un panier et une petite table basse en guise de mobilier. Après son long périple, cet aménagement lui sembla digne des établissements les plus luxueux. Il était épuisé, mais sans éprouver le besoin de dormir. Alestan sortit de sous son manteau la pipe en ivoire qu'il avait subtilisé à Eliad, ainsi qu'une poignée d'herbe à fumer qu'il avait fourré en plusieurs fois dans sa poche. Il s'amusa à faire des ronds en regardant les soldats aller et venir dans l'allée de tentes, perdu dans ses pensées.


 Des cinq royaumes du continent d'Alesta, il séjournait dans celui qu'il appréciait le moins. Non pas à cause des habitants, mais du climat et de la nourriture. Il espérait en finir au plus vite avec la reconquête du prince, même si la tâche s'avérait plus difficile que prévue. D'autres forces étaient à l’œuvre dans cette rébellion, bien loin des revendications du peuple. Le choix de la reine se serait porté sur un autre que lui si ce n'était pas le cas. Alestan médita jusqu'à ressentir l'appel du sommeil. Il entra alors dans sa tente pour se laisser tomber sur son modeste lit, et s'endormit presque aussitôt.

 

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Ah, te voilà, et pas seul ! Armé une nouvelle fois d'un nouveau chapitre sur les péripéties d'Alestan, je replonge dans ton univers, toujours en évolution.

 

L'histoire commence avec ce bon vieux Al', qui, comme à son habitude, se retrouve en galère d'une manière ou d'une autre. Cette fois-ci, il ne supporte pas la chaleur du désert, et sans eau ni provision, cela se comprend. Cela ne s'est pas toujours passé comme ça (par exemple lorsqu'on quittait un arc pour rentrer dans un autre qui en était la continuité direct), mais j'aime la façon dont débute chaque premier chapitre d'un de tes arcs avec Alestan, qu'on suit soit dès le début ou via les yeux de quelqu'un d'autre, généralement important pour la suite. Ça renforce le côté vagabond un peu paumé du protagoniste qui arrive de nulle part, et je me sens directement accroché dedans, car je n'ai qu'une envie : connaître la destination !

 

Quel plaisir de constater que ce pan de l'histoire se déroule à Jelaka, un royaume qui n'avait hélas pas encore été abordé en détail. J'ai hâte d'en apprendre plus sur les lieux, de mieux découvrir ses habitants et sa culture. J'ai pu déjà voir leur langue ainsi que faire connaissant avec Eliad. Un prince sans trône qui n'aspire qu'à le récupérer dans le but de restaurer la paix au sein de de son peuple, ceux qui n'ont rien demandé et qui souffrent de la situation. Je le sens fier de son héritage et prêt à endosser son rôle. Il semble s'investir beaucoup dans sa cause, mais n'a-t-il pas été forcé de récupérer un lourd fardeau (bien que préparé depuis sa plus tendre enfance) trop tôt, dans les pires conditions possibles ? La route pour redresser la situation du royaume risque d'être longue et pavée de sacrifices.Ça promet ! J'ai bien envie de voir l'évolution du prince tout au long de l'arc.
  
J'y pense, mais c'est drôle de savoir qu'après chaque aventure, Alestan me reste encore si mystérieux. Il est comme un ami que je chéris alors que je ne sais pas grand-choses de lui, parce qu'à travers ses actes et ses valeurs, j'ai y vu une personne bien, aux milles nuances, digne de confiance. Ha, ha ! J'ai l'impression de me sentir comme tous ceux dont les destins se sont emmêlés un jour avec le sien l'espace d'une petite aventure. C'était sympa aussi de découvrir un côté plus diplomatique de lui, bien qu'il garde son franc-parler, c'est rare !

 

En tout cas, je me demande quelles sont les forces extérieures qui poussent la reine Yilda à faire appel à Alestan. L'un des Sept fera-t-il son apparition, leurs chemins étant étroitement liés ? 

Au fait, « radia » veut-il dire « étranger » ? J'essaie de comprendre le langage de ton monde via les gestes et la façon dont est employé chaque mot, et c'est qu'il m'a sonné le plus juste vis-à-vis d'Alestan. Comme « Kalda ! » qui doit certainement signifier « Halte ! » ou quelque chose dans le genre.  ;D

Edited by Arsène

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Salut Arsène ! Merci pour ton retour 😃

 

J'avais envie de changer de paysage en effet ^^, et partir sur quelque chose de plus... politique. Mais je n'en dis pas plus, je vais poster la suite bientôt !

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II - LE STRATEGE

 

 La lune brillait encore dans la clarté de l'aube lorsqu'Alestan se réveilla. La bouche pâteuse et ses cheveux noirs emmêlés, il profita de la solitude matinale pour se laver dans le bassin du camp. L'eau était tiède et trouble, mais il fut ravi de se débarrasser de la crasse qu'il supportait depuis plusieurs jours. De plus, le fait d'être seul lui évita d'être questionné sur les nombreuses cicatrices qui sillonnaient son corps. Son dos gardait les traces du fouet, et certaines lacérations avaient si profondément altéré sa chair qu'il était difficile de croire qu'un homme puisse survivre à de telles blessures. En vérité, seul un miracle pouvait permettre à un mortel de se tenir debout après tant de mutilations.


 Mais ce qui dérangeait le plus Alestan sur sa physionomie, c'était le glyphe tatoué sur sa poitrine. Un cercle entouré par sept clefs, dans lequel figuraient cinq runes et un croissant de lune. Les symboles formaient le mot « urkaëb », qui se traduisait par « ténèbres » en langage commun. Un homme comme Galan, s'il venait à contempler la chose, l'accuserait à juste titre d'être maudit. Le prêtre-guerrier aurait également raison d'affirmer que tous ceux liés de près ou de loin à Alestan se verraient frapper par une malédiction. L'Art des runes n'était pas à prendre à la légère et, bien que méconnu, la plupart des gens le craignait, faute de le respecter.

 

 Une fois son bain terminé, il se rhabilla pour regagner sa tente. Les premiers rayons du soleil illuminaient le bivouac, et plusieurs soldats s'étiraient avec hardiesse dans le plus simple appareil. Certains lui jetaient un regard curieux, d'autres le surveillaient avec méfiance. Alestan trouva étrange d'être ainsi jugé par des hommes qui affichaient sans gêne leur attirail. L'un d'eux, remarquant son étonnement, l'interpella en saisissant vulgairement son entrejambe.


 — T'en vois pas de cette taille dans ton pays radia !

 — C'est vrai... Il faut dire qu'il n'y a pas de gorilles par chez moi.


 L'autre rit sans comprendre, et Alestan retrouva son petit pavillon avec une expression navrée. Devant l'entrée, il aperçut une petite silhouette qui se tenait au garde-à-vous. Sa tunique était ample et brune, comme la plupart des Jelakim, bien que celle-ci dévoilait ses bras et son ventre. Les cheveux courts et bouclés, ce ne fut qu'en s'approchant qu'Alestan remarqua qu'il s'agissait d'une jeune femme. Ses traits délicats et ses grands yeux noirs n'y trompaient pas. Lorsqu'elle s'aperçut de sa présence, elle sursauta et se pencha précipitamment en guise de salutation.


 — Second siège Oriana, se présenta-t-elle d'un ton tremblant. Je serai désormais à votre service, selon les ordres du prince Eliad.

 — Ah... Non, protesta Alestan avec un rire nerveux. Non, non et non...

 

  Il pâlit et se frotta les joues comme s'il venait de se réveiller après un mauvais rêve. Face à cette réaction, les oreilles d'Oriana virèrent au rouge et elle fixa ses pieds. Mais contrairement à ce qu'il espérait, elle ne bougea pas d'un pouce et s'exprima même d'une voix plus forte.


 — Je ferai selon les désirs de mon seigneur. Je vous guiderai et je répondrai à vos questions sur notre histoire et notre culture.

 — Bon, écoutez Orina...

 — Oriana, le corrigea-t-elle.

 — Oriana, reprit Alestan en dissimulant mal son irritation. Je sais que vous obéissez au prince mais je n'ai pas besoin de guide ou de quoi que ce soit. Je préfère vous le dire tout de suite pour ne pas vous faire perdre votre temps. Vous pouvez disposer.


 Il fit un geste pour entrer dans sa tente, mais la jeune femme resta immobile, lui bloquant le passage. Il s'excusa en la poussant d'abord avec douceur, puis plus fermement en voyant qu'elle s'entêtait à ne pas le laisser passer. Alestan recula, un sourire crispé aux lèvres.

 

 — J'aimerais entrer, signala-t-il.

 

 Oriana resta figée, l'air embarrassée et ses grands yeux toujours baissés vers le sol. Exaspéré, il se pencha pour la forcer à le regarder.

 

 — J'ai-me-rais en-trer, répéta-t-il en insistant sur chaque syllabe.

 — J'ai reçu l'ordre de vous servir, dit-elle sans sourciller. Je ne bougerais pas tant que vous n'aurez pas accepté mes services.

 — C'est ridicule !

 

 La scène avait attiré quelques soldats qui les écoutaient avec attention. Alestan souhaitait simplement récupérer son manteau et son sabre ; il ne s'attendait pas à cette tournure des événements. Après avoir effectué quelques pas devant Oriana, il tenta soudainement de passer en force. Elle s'écarta et lui saisit le bras d'un mouvement vif. Sentant qu'elle s'apprêtait à l'attaquer, Alestan se dégagea pour revenir à son point de départ, troublé.

 

 — Je peux savoir à quoi tu joues ? s'énerva-t-il en abandonnant toute politesse.

 — Mon prince m'a ordonné d'utiliser la force si nécessaire.

 

 Elle le regardait droit dans les yeux. L'intensité de son regard le frappa au cœur. Il y avait tant de pureté et de fierté dans ce regard, comme si elle le suppliait de l'accepter tout en le mettant au défi de l'affronter. Des murmures s'élevèrent parmi les hommes qui les observaient, et certains ricanaient en les pointant du doigt.

 

 — Je vois... comprit Alestan. Il veut me « tester », c'est ça ? Il peut se fourrer le doigt où je pense s'il compte...

 — Comment osez-vous ! s'indigna Oriana, le visage écarlate. Retirez immédiatement vos paroles sinon...

 — Sinon quoi ?

 — Sinon... reprit-elle, haletante. Sinon je vous forcerai à faire des excuses ici-même !

 — Très bien, allons-y.

 

 

 Alestan se mit en garde, la main droite dans le dos et la gauche tendue devant lui, paume vers le ciel. Oriana croisa les poings sous son menton, prête à en découdre avec lui. Elle faisait preuve de courage en acceptant un duel aussi déséquilibré, et il hésita à se donner un handicap. Mais réflexion faite, cela aurait été une atteinte à l'honneur de la jeune femme.

 

 — Le premier à terre a perdu, énonça-t-il.

 

 À peine eût-il terminé sa phrase qu'Oriana plongea vers le sol pour lui faucher les jambes. Alestan sauta, mais elle répliqua aussitôt par un coup de pied vertical qui manqua de peu son entrejambe. Sa souplesse l'impressionna, et son agilité témoignait d'un long entraînement acharné. Après s'être relevée d'un bond, elle enchaîna son offensive par une série de crochets rapides, qu'il dévia sans difficulté. Un autre que lui aurait certainement encaissé un ou deux poings bien placés dans la mâchoire. Pour Alestan, les attaques défilaient avec une telle lenteur qu'il pouvait pleinement profiter du joli visage concentré de son adversaire. Après deux minutes d'échanges ininterrompus, de la sueur perlait sur le petit nez retroussé d'Oriana, qui recula d'un pas pour reprendre son souffle.

 

 — Pourquoi vous n'attaquez pas ? lui reprocha-t-elle.

 — Je n'en ai pas le temps. Et je te prie de me tutoyer, on se connaît mieux maintenant. Un combat vaut plus que mille mots.

 — Allez-vous accepter mes services ? demanda-t-elle, le regard brûlant.

 — Tu n'as pas encore gagné.

 

 Il lui adressa un clin d’œil, la faisant rougir d'indignation. Lorsqu'elle revînt à la charge, ses coups redoublèrent d'intensité. Alestan l'étudia tout en esquivant, de plus en plus intrigué par son adversaire. Il ne s'en rendait pas compte, mais les spectateurs étaient plus nombreux et ne riaient plus du tout. Oriana exécutait des mouvements d'une vitesse et d'une complexité prodigieuse. Quand au vagabond, il parait et évitait absolument tout au dernier instant, toujours au bord de la catastrophe. On jurait dans la foule que le pied avait touché le visage de l'étranger, qu'il perdait l'équilibre, que cette fois-ci était la bonne, mais rien n'y faisait.

 

 — C'est Oriana... murmurait-on. Elle n'arrive pas à le toucher.

 — Le second siège ? Celle de la garde du prince ?

 — C'est un sorcier.

 

 Plusieurs hommes se tournèrent vers le grand soldat qui avait prononcé ces mots, celui qui rencontra en premier Alestan, à l'entrée du village. Il regardait le combat en fronçant les sourcils, l'air inquiet.

 

 — Il n'est pas humain, ajouta-t-il sombrement.


 Oriana transpirait abondamment. Elle n'y comprenait rien. Elle se donnait corps et âme dans le duel, déterminée à faire respecter la volonté de son seigneur à cet étranger. Mais malgré tout ses efforts elle ne parvenait pas à percer la défense de son adversaire. Pire encore, elle pressentait que le moindre relâchement dans ses attaques pouvaient lui coûter la vie. Une crainte infondée qu'elle n'arrivait pas à ignorer. L'expression du vagabond n'était pas menaçante, mais elle avait l'impression d'avoir constamment un poignard sous la gorge. La moindre erreur, la moindre variation de rythme et les ténèbres l'engloutiraient.

 

 Alors que toutes ses pensées se bousculaient dans la tête d'Oriana, Alestan profita de l'élan provoqué par un coup direct pour contre-attaquer. Toute l'assemblée des soldats retînt son souffle au même instant. En un battement de cil, d'un mouvement si rapide qu'il sembla instantané, le vagabond se retrouva derrière Oriana tout en lui maintenant les deux bras dans le dos. Il se contenta alors de lui faucher les jambes pour la faire basculer à plat ventre sur la terre battue, la retenant sciemment à un pouce du sol afin d'amortir la chute. Le duel était terminé.

 

 Alestan, dont les réflexes dépassaient de loin ceux de ses semblables, s'avoua pourtant vaincu. Les yeux d'Oriana étaient rouges, et deux de ses larmes avaient mouillé le sol aride et impur du camp des soldats. Il se sentit si honteux qu'il cria à la foule admirative de se disperser, et après avoir aidé la jeune femme à se relever, il s'agenouilla devant elle.

 

 — J'accepte ton service, et je m'excuse d'avoir manqué de respect à ton seigneur.

 — Relevez-vous, je vous en prie, bredouilla-t-elle avec embarras.

 — Pas de « vous » avec moi, je m'appelle Alestan. Al pour les intimes.

 

Oriana essuya d'une main les larmes sur ses joues et serra celle que lui tendit le vagabond. Elle paraissait un peu plus joyeuse, même si sa défaite continuait de l'affecter. Son visage était très expressif, et malgré sa timidité elle ne cherchait pas à cacher ses émotions. Alestan récupéra son manteau et son sabre, puis il interrogea sa guide sur le programme de la journée.

 

 — Nous avons encore une petite heure avant de retrouver le prince Eliad, l'informa-t-elle. Je peux vous... Je peux te faire visiter Osira, rectifia-t-elle.

 — Je te suis.

 

 Ils se dirigèrent vers la ville, parcourant dans un premier temps les quartiers touchés par la récente bataille. Oriana lui raconta comment son prince avait défendu les habitants contre l'armée des rebelles, récupérant la cité rue après rue, maison après maison.

 

 — Toute cette partie sera à reconstruire, regretta-t-elle. Mais on les remplacera par des dômes plus solides, avec un enduit de terre cuite pour mieux isoler l'intérieur de la chaleur.

 — J'ai vu quelques habitations de ce genre sur le chemin, se rappela Alestan.

 — C'est une vieille tradition qu'on a retrouvée depuis quelques années. Le roi Araël a mené une grande campagne pour adopter ce type d'architecture.

 

 Oriana le mena ensuite aux infrastructures essentielles d'Osira, ces lieux où la population se réunissait et participait à la vie en communauté. Ils visitèrent les bains, le lavoir, une école et plusieurs commerces, pour se rendre ensuite dans un amphithéâtre en plein air, où se déroulait la tribune du peuple.

 

 — Chaque ville est gouvernée par une assemblée qui veille au respect des lois et au bon fonctionnement des services publics, le renseigna-t-elle. Elle est choisie au hasard chaque année parmi les habitants. Avant la guerre, toutes sortes de propositions, comme les plaintes ou les idées d'innovations, étaient compilées et envoyées au chef de la tribu. Puis, trois fois par an, un conseil des tribus se tenait à la capitale pour étudier les demandes du peuple en présence de notre souverain. Chaque région de Jelaka est sous l'autorité d'une tribu. Par exemple, Osira fait partie des Shakrina, les Léopards. Leur chef se nomme Meneïr, et il est fidèle au prince.

 

 Alestan hocha la tête en signe d'approbation. Le système ressemblait à celui des clans d'Elanor. Oriana était ravie de lui parler de son peuple, insistant sur le fait que les Jelakim vivaient mieux sous le règne de la royauté. Ils terminèrent leur excursion au temple, qui se trouvait au Nord de la ville. Le bâtiment consistait en une vaste coupole d'or, percée d'une cheminée en son centre et soutenue par douze piliers minutieusement sculptés. Sous l'ouverture du dôme s'élevait un autel circulaire, où crépitaient des flammes dorées. Il s'agissait de l'édifice le plus ancien d'Osira.

 

 — La légende veut qu'elles brûlent depuis la fondation du royaume, rapporta Oriana d'une voix mystérieuse.

 — Un feu éternel, conclua Alestan, guère impressionné. On en trouve dans la plupart des lieux de cultes. Le combustible est un liquide mercuriel qui se recycle indéfiniment en se consumant.

 — C'est l’œuvre des dieux, affirma-t-elle en joignant ses mains.

 — Non, c'est l’œuvre de l'homme, la corrigea-t-il. Regarde ces inscriptions. Il est écrit : Par les Aerim de Daranor à la gloire de l'Esprit Universel. Qu'il éclaire les générations à venir, qu'il les guide en temps de paix, et dans les heures les plus sombres.

 

 Oriana le dévisagea avec étonnement. Seuls les prêtres pouvaient déchiffrer les symboles gravés sur le marbre de l'autel, du moins les plus érudits d'entre eux, et avec l'aide de manuscrits antiques. Il était difficile de croire qu'un étranger puisse traduire une langue aussi ancienne et complexe d'un simple coup d’œil.

 

 — Aerim est l'un des noms que nous donnons à la race des dieux, révéla-t-elle. Où as-tu appris à lire cette écriture ?

 — Je connais un vieillard qui parle cette langue couramment, répondit distraitement Alestan. C'est d'ailleurs lui-même un Aerim, et je peux t'assurer qu'il n'est pas un dieu.

 — Chacun est libre de croire ce qu'il veut, se défendit Oriana. Et selon les croyances de mon peuple, il y a un dieu qui sommeil en chacun de nous.

 — Eh, pourquoi pas... C'est une façon de voir les choses. J'ajouterais même qu'il a un démon pour colocataire.

 

 

  Elle fronça les sourcils, puis décrocha un sourire discret. Alestan avait conscience de la déconcerter. La grande majorité des gens le considérait comme une anomalie, voire une bête de foire. Son œil argenté, avec cette pupille verticale généralement associée aux prédateurs, lui donnait un regard difficile à soutenir. C'était comme s'il n'appartenait pas à ce monde. Pourtant Oriana n'éprouvait ni peur, ni curiosité déplacée. Elle cherchait simplement à le comprendre.

 

 — Ta patrie ne te manque pas trop ? demanda-t-elle d'une voix douce, tout en contemplant les flammes.

 — Un peu, avoua Alestan, même si je suis habitué aux voyages.

 — Où es-tu allé ?

 — Ara, attends voir... réfléchit-il en comptant sur ses doigts. J'ai visité la plupart des villes d'Aërdan, et j'ai vécu quelques temps à Fyren. Elanor, ça va de soi... Ademar en long et en large, mais pour de mauvaises raisons. J'ai vu Estelba et la vallée d'émeraude, bien qu'il ne reste que des grosses pierres couvertes de mousses. Les ruines ressemblent à des champignons géants de loin ! Je suis également passé par le Sentier des Larmes en me rendant à Albieros, on peut même apercevoir le Tertre du Traître depuis la route... Et si tu longes le Dovelion, tu verras le Veilleur de la Fleur du Soir. L'hiver est rude là-bas, mais ce n'est rien comparé aux Terres Gelées. On peut encore voir le cratère où se dressait autrefois la sublime cité de Varelden... Mais je vais m'arrêter là où on sera encore ici demain matin.

 — Tu viens de me décrire le monde entier ! s'exclama joyeusement Oriana. J'aimerais tant voyager moi-aussi... Quand la guerre sera finie.

 

 Elle avait ajouté cette dernière phrase sur une note de tristesse. Alestan la regarda alors prier avec ferveur devant l'autel, puis elle l'invita à retourner au camp pour se rendre au pavillon du prince. Les soldats étaient en pleine effervescence à leur arrivée. Des convois de vivres, d'armes et d'armures, soulevaient des nuages de poussière entre les tentes. Tous ces signes indiquaient que l'armée s'apprêtait à partir. Grâce à la présence d'Oriana, ils entrèrent sans être fouillés dans les appartements du prince.

 

 — Ah ! les voilà !

 

 Eliad les attendait autour de la table ronde en compagnie de Galan et de trois autres hommes. Il arborait un plastron de cuir sur lequel figurait un soleil percé d'une lance, et une grande cape beige était nouée autour de son cou par une broche en or. Ses yeux d'ambre étincelèrent en croisant le regard d'Alestan.

 

 — Tu connais déjà Galan, capitaine de mon armée. reprit le prince. Voici Fouad, son lieutenant. À sa gauche, le premier siège Naïm et enfin mon grand ami, Meneïr, chef de la tribu Shakrina. Messieurs, je vous présente Alestan, envoyé de la reine Yilda.

 

 Ils se saluèrent avec convenance, tout en se dévisageant. Fouad ressemblait à Galan par son imposante carrure et son expression naturellement sévère. Les deux étaient des guerriers vétérans, marqués par les combats et les épreuves de la vie. Naïm devait quant à lui être aussi jeune qu'Alestan et Eliad. Sa peau était sombre et ses cheveux frisaient sur son crâne. Enveloppé dans une large tunique blanche, il affichait un sourire aimable en se tenant bien droit, les mains derrière le dos. Quand à Meneïr, son apparence tranchait avec le reste. Il avait une longue barbe parsemée de gris, et sa tête était rasée sur les côtés. Des lanières de cuir serpentaient sur sa tunique brune en guise de protection, et une peau de léopard lui couvrait les épaules. Ses yeux étaient d'un bleu saisissant, presque électrique.

 

 — Sommes-nous sur le point de partir ? demanda Alestan pour rompre le silence.

 

 Eliad l'invita à s'approcher de la table, où était dépliée la même carte que la veille. Oriana resta derrière lui, légèrement en retrait. Il reconnut assez rapidement la région, avec la ville d'Osira figurant à l'extrémité du plateau d'Algoreb. Il remarqua trois autres cités majeures qui les séparaient d'un grand fleuve, et à l'Ouest de ce dernier, une forteresse avait été plusieurs fois entourées. Le prince hocha la tête vers Galan, qui exposa la situation à Alestan.

 

 — Il y a deux jours, une armée a tenté de reprendre Osira en partant de Teneb, dit-il en pointant la plus proche des trois villes. Ils ont été entièrement défaits, même si la victoire nous a coûté cher... Mais selon nos sources leurs pertes restent largement supérieures aux nôtres. Nous allons donc porter un coup décisif sur Teneb puis, après avoir libéré la cité, nous récupérerons nos forces, gonflerons nos rangs et engagerons les deux autres villes. L'Est du fleuve sera sous notre contrôle, et nous pourrons alors envisager de prendre la forteresse d'Alkazir. Ce sera notre ouverture sur les Landes du Lion, et si les dieux sont avec nous, la reconquête d'Aradel.

 

 Galan regagna sa place sous les regards approbateurs de Fouad et Naïm. Alestan demeura pensif, sans quitter des yeux la carte. Le plan était simple et se basait certainement sur une bonne connaissance du terrain. Il s'agissait aussi, et selon lui non sans raison, de la tactique la plus rapide. Le temps jouait-il contre les fidèles de la couronne ? Si c'était le cas, la stratégie ressemblait à une manœuvre désespérée. Eliad remarqua son intense réflexion, ce qui attisa sa curiosité.

 

 — Parle Alestan, j'aimerais entendre ton opinion.

 — C'est-à-dire... commença-t-il en caressant son menton, hésitant. J'imagine que ça peut marcher, « idéalement ». Si les rebelles ont effectivement essuyé des pertes plus importantes... Si les habitants de Teb-chose soutiennent votre combat et acceptent de s'enrôler. Alors oui, ça peut marcher... Enfin, si tout se passe comme prévu.

 

 — Voilà ! s'exclama bruyamment Meneïr.

 

 Le chef de tribu frappa dans ses mains à répétition, comme s'il venait d'énoncer un argument imparable. Galan leva les yeux au ciel, visiblement irrité. Tout portait à croire qu'Alestan avait soulevé un point important dans sa tirade ironique, et que Meneïr s'était jeté sur l'occasion pour relancer un vieux débat.

 

 — Même le radia l'a vu ! s'excita-t-il en gesticulant. Inave wa nase nodaran ! Nodaran !

 — Car vous avez un meilleur plan peut-être ? objecta calmement Fouad d'une voix grave.

 — Nabekta... gronda Meneïr. Retirons-nous vers les cotes de la Mer Intérieure.

 — Cela nous rapprocherait trop d'Elaris, contra Galan.

 — C'est une terre neutre ! s'emporta le chef en frappant la carte du poing. Pourquoi êtes-vous autant effrayés par une bande de politiciens ?

 — Car l'argent qui transite entre les cinq royaumes passe systématiquement par leurs mains, trancha le prince Eliad avant d'ajouter, sur un ton plus conciliant. Allons mes amis, ne nous emportons pas. J'ai conscience des défauts de notre stratégie, mais ce n'est pas en se terrant à Osira que nous remporterons la guerre.

 — Sauf si l'ennemi pense que c'est le cas, proposa nonchalamment Alestan.

 

 Tous les visages se tournèrent vers lui, et on n'entendit plus que le brouhaha des soldats à l'extérieur du pavillon. Oriana se mordait la lèvre inférieure, craignant qu'une nouvelle dispute éclate entre ses supérieurs. Seul Eliad donnait la curieuse impression de s'empêcher de sourire. Meneïr fut le premier à briser le silence, ses sourcils tellement froncés qu'ils ne formaient plus qu'un.

 

 — Qu'est-ce qu'il raconte celui-là ?

 — Si l'ennemi pense que votre armée est à Osira, mais qu'elle n'y est pas, reformula Alestan.

 — Développe, l'encouragea Eliad.

 — Imaginons que les rebelles interceptent un message qui affirme que vos troupes attendent l'arrivée imminente de renforts... Disons, des guerriers d'Elanor. Que feriez-vous à la place des ennemis qui occupent ces trois villes ?

 — Si ces renforts arrivent dans les prochains jours, répondit Galan, je frapperais d'un coup décisif avant leur arrivée.

 — Logique, reprit Alestan. Je ferais pareil. Je vide les garnisons des trois villes pour en finir une bonne fois pour toute. Et puis surtout, pas le temps d'en informer le haut commandement, je risquerais d'agir trop tard. Bon... Je réunis mon armée, je laisse quelques soldats derrière au cas où, et direction Osira ! Pof, j'arrive, on sonne les cors, j'investis la cité... Personne. Pendant ce temps, mon bon prince Eliad débarque chez l'ennemi et prend les villes les unes après les autres sans grande résistance. Je reviens un instant sur Osira... ajouta-t-il à demi-voix, comme si une idée venait de lui traverser l'esprit. Ah oui, oui... En fait, il y a des gens à Osira. Moins d'une centaine. Toutes les habitations ont été évacuées. Par contre, elles sont remplies de barils de poudre. Donc, l'armée rebelle investit la ville, fouille chaque recoin et... Bam !

 — Bam ? répéta Meneïr en écarquillant ses yeux bleus.

 — On fait sauter la ville, traduisit Alestan avec un large sourire. On la réduit en cendres, et l'ennemi avec.

 

 On le dévisagea longuement, comme pour s'assurer qu'il n'était pas fou. Mais petit à petit, ils réalisèrent le potentiel de cette stratégie. Galan se massait la tempe en scrutant la carte, évaluant la préparation nécessaire pour mettre en place une telle tactique. Quand à Eliad, son regard s'était illuminé.

 

 — On fera ce qu'il dit, approuva-t-il.

 — Et les habitants ? protesta le chef de tribu. Vous n'allez quand même pas raser Osira ?

 — Ils pourraient nous suivre, proposa Naïm, qui parlait pour la première fois. Teneb est à une journée de marche. Et je doute qu'ils refusent de quitter leurs maisons en apprenant qu'une immense armée s'apprête à les envahir.

 — Et qui restera ? poursuivit Meneïr. Qui mettra la ville en feu ?

 — Laissez-moi une cinquantaine d'hommes, trois canons et l'intégralité de votre stock de poudre, sollicita Alestan. J'espère que tu as conservé la lettre de ma reine Eliad.

 

 Ils passèrent le reste de la matinée à finaliser son plan. Galan affirma qu'Osira pouvait être entièrement piégée en deux jours s'ils limitaient la zone à incendier. Le prince redonna la missive d'Yilda à Alestan, qui ôta délicatement le sceau d'Elanor et recopia parfaitement la signature de la reine sur un nouveau parchemin. La stratégie reposait sur la crédibilité du message à intercepter, et il fit un travail d'orfèvre pour le rendre officiel.

 

 — Qui me dit que ce n'est pas toi qui a créé l'original de toute pièce ? plaisanta Eliad en examinant la copie.

 

 Alestan esquissa un sourire mystérieux, et les grandes lignes de son plan furent achevées à l'heure du déjeuner. Meneïr fut chargé d'annoncer l'évacuation prochaine d'Osira, tandis que Galan et Fouad allèrent organiser les tâches auprès de leurs hommes. La mission la plus essentielle, qui consistait à faire intercepter le message aux rebelles, fut confiée à Naïm.

 

 — Dans cinq jours, lui rappela Eliad. Nous partirons à l'aube.

 

 Il ne resta bientôt plus qu'Alestan et Oriana en présence du prince. Ce dernier était enflammé, faisant les cents pas dans son pavillon en jetant parfois un regard étincelant vers le vagabond. Il frappa deux fois dans ses mains, et un serviteur s'empressa de débarrasser la table pour servir trois bols de ragoût. Dans le même temps, Eliad s'était approché d'Alestan pour lui passer un bras autour des épaules.

 

 — Rusé ! l'accusa-t-il après avoir éclaté de rire. Ori, notre invité n'est-il pas le plus habile des stratèges ?

 — Je... Oui... balbutia-t-elle, les joues empourprées.

 — Tu sais, reprit Eliad à l'attention d'Alestan, mais sans quitter des yeux la jeune femme. Ori était la seule à avoir proposé une idée similaire. Son père, Galan, n'a même pas daigné lui accorder de crédit.

 

 Alestan demeura impassible, mais il ressentit un élan de compassion pour Oriana. Elle détournait les yeux avec embarras, triturant machinalement la ceinture de son sarouel. Il fallait être aveugle pour ne pas comprendre ce qu'elle ressentait pour son prince.

 

 — Mais pour songer à embraser une ville entière... ajouta Eliad. Il faut être fou ou avoir une âme damnée.

 — Les deux, dit Alestan en se dégageant de l'étreinte du prince.

 

 

  Il éprouva soudainement le désir d'être seul, et bien qu'il partagea son repas avec Eliad et Oriana, Alestan trouva rapidement une excuse pour s'éloigner du camp. Il marcha d'un pas rapide jusqu'au temple, et s'adossa à l'ombre d'un pilier, incapable de supporter plus longtemps les rayons ardents du soleil. En fermant les yeux, il retrouva en vision les paysages d'Elanor, et la quiétude des jardins d'Enur Kaneb. « Leomë, Caëlys... Même toi Milo ! Vous me manquez... » pensa-t-il avec nostalgie.

 

 Alestan finit par s'endormir, et son esprit se trouva transporté dans une cité en ruine, profondément enfouie sous la croûte terrestre. Son apparence était celle d'un enfant, et il marchait vers un trône en pierre noire. Une femme y était enchaînée, enveloppée dans une brume de ténèbres. Elle l'invita à la rejoindre, et il frémit en levant les yeux vers son visage, dissimulé sous un masque en forme de crâne.

 

 — Viens mon garçon, l'appela-t-elle tendrement. Tu n'as rien à craindre ici.

 

 La peur le faisait trembler, mais Alestan se sentait irrésistiblement attiré par la voix. Lorsqu'il fut suffisamment proche, elle tira sur ses chaînes pour le prendre dans ses bras et l'installer sur ses genoux. Elle lui caressa les cheveux et le pressa contre sa poitrine. Sa peau était blanche et glaciale.

 

 — J'ai bien vu la façon dont il t'utilise, murmura-t-elle avec une note de regret. Il te voit comme une arme... Un outil pour son ambition.

 — Je veux aider son peuple, se défendit Alestan.

 — Mais moi, je sais ce que tu ressens, poursuivit-elle en resserrant son étreinte. Mon pauvre garçon... Je suis la seule qui t'aime vraiment. Je suis la seule qui te comprend.

 

 Ses longs doigts s'enroulèrent autour des poignets d'Alestan, et l'obscurité s'intensifia autour d'eux. Il aperçut brièvement le regard de la prisonnière, qui le dévisageait derrière son masque hideux. Deux pupilles verticales, cerclées de rouge, exprimaient une passion brûlante, presque oppressante.

 

 — Utilise-moi, ordonna-t-elle d'un ton impérieux. J'ai senti ton désir dans cette tente... Égorge ces ingrats !

 

 Les ongles de la femme s’enfoncèrent dans sa peau, et il se débattit pour chuter lourdement devant le trône. Alestan se releva pour s'enfuir aussi vite qu'il le put, résistant aux appels désespérés de la voix envoûtante.

 

 — Non ! Pardonne-moi ! Je ne voulais pas... Alestan !

 — Alestan ?

 

 En ouvrant les yeux, il se trouva nez à nez avec Oriana. Il avait dormi jusqu'à la fin de l'après-midi, toujours adossé contre l'un des piliers du temple. Elle l'observait avec inquiétude, et avant qu'il ne puisse dire un mot, elle posa doucement sa petite main contre son front brûlant.

 

 — Tu as de la fièvre, réalisa-t-elle. C'est dangereux de s'endormir sous le soleil de Jelaka.

 — Je croyais être à l'ombre... marmonna-t-il.

 

 Oriana l'aida à se remettre sur ses jambes, et il resta plusieurs secondes à regarder autour de lui, comme pour s'assurer qu'il était bien éveillé. Une crainte soudaine le poussa alors à tirer le col de sa chemise, puis il poussa un soupir de soulagement en constatant la présence du tatouage sur sa poitrine. Alestan récupéra son sabre qui gisait sur les dalles du temple, et après l'avoir accroché à sa ceinture il remarqua le regard interrogateur d'Oriana. Il venait certainement de passer pour un aliéné.

 

 — La fièvre me fait perdre la tête, plaisanta-t-il avec un sourire forcé. Je devrais me reposer un moment dans ma tente.

 — Allons manger, dit-elle en ignorant son étrange comportement.

 

 Il la suivit à contrecœur jusqu'au centre d'Osira, où ils s'installèrent sur la terrasse d'une auberge. Après avoir passé commande, Oriana l'informa de l'avancée des préparatifs du plan. Alestan n'écoutait qu'à moitié. Il fixait avec un profond dégoût les traces d'ongles qui sillonnaient ses poignets.

 

 — Désolée, s'excusa timidement Oriana. Je t'ennuie avec tout ça.

 

 Il leva les yeux vers elle, réalisant à quel point sa conduite était malpolie. L'arrivée de leurs plats, de l'agneau en sauce, brisa le silence qui s'était installé entre eux.

 

 — Enfin un plat qui m'a l'air comestible ! se réjouit Alestan.

 — Profitons-en, il ne restera plus que de la soupe à partir de demain.

 

 Le repas chassa ses sombres pensées, et il passa le reste de la soirée à plaisanter sur les curieux personnages croisés lors de son voyage. Oriana l'écoutait en se retenant tant bien que mal de rire, mais la dernière anecdote lui fit cracher son verre d'eau par le nez.

 

 — Je n'ai pas compris ce que voulait ce soldat en jouant avec son entrejambe, fit-il avec le plus grand sérieux. Cherchait-il à reproduire le mouvement d'une hélice, comme celles des Perce-Nuages ? Peut-être qu'avec la bonne inclinaison et un vent favorable il se serait envolé jusqu'au désert... À moins que ce soit une technique secrète des guerriers de Jelaka ! Mais du coup, tu es désavantagée.

 

 

 — Arrête ! protesta-t-elle, à bout de souffle. S'il-te-plaît, je n'en peux plus...

 

 Ils bavardèrent ainsi toute la soirée, jusqu'au moment où Oriana commença à bailler et lui proposa de rentrer au camp. Ils se séparèrent devant sa tente, et Alestan la regarda s'éloigner avec un sourire attendrit. Elle lui avait remonté le moral sans chercher à le questionner sur son étrange comportement.

 

 — Ce pays n'est pas si terrible... murmura-t-il en tapotant la poignée de son sabre. Je ne peux pas en dire autant de ce qu'on s'apprête à faire pour lui redonner un roi.

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Le 19/09/2018 à 18:40, Alestan a dit :

Salut Arsène ! Merci pour ton retour 😃

 

J'avais envie de changer de paysage en effet ^^, et partir sur quelque chose de plus... politique. Mais je n'en dis pas plus, je vais poster la suite bientôt !

Salutation à toi ! Oui, j'ai remarqué cela, notamment lorsqu'Alestan demanda si le peuple ne pouvait pas se diriger lui-même. À ce moment, j'y ai vu une légère critique de la démocratie et du peuple. L'un n'allant pas sans l'autre. 

 

 

Quant à la suite, ce fut un chapitre plutôt calme, mais bourré d'informations ! Je comprends mieux comment fonctionnent les Jelakas, maintenant. C'était sympa de découvrir Osira, à travers Alestan et ton nouveau personnage Oriana. 


Cette dernière m'a faite bonne impression, que ce soit au niveau de son caractère, de ses manières, ou de ses techniques de combat. D'ailleurs, j'aime la garde à mains nu d'Alestan dans ce chapitre. Son style me faisait penser aux arts martiaux asiatiques, je me demande si Maëda lui aurait enseigné à se battre au corps-à-corps. À l'inverse, celui d'Oriana ressemblait clairement à de la boxe. Ça tranche avec la première impression tirée de son apparence qu'on pourrait facilement avoir. Une certaine alchimie se dégage entre eux, j'apprécie leurs interactions. Oriana ne le juge pas, tente de le comprendre et ne s'immisce pas dans ses maux, attendant peut-être qu'il en parle de lui-même plutôt que de lui poser indiscrètement la question. Et Alestan... C'est Al, quoi ! Ça fait un moment que je le suis, et je ne m'en lasse toujours pas. Les personnages sont vraiment la clé d'une histoire, à mon sens. Couplé à ton univers, c'est vraiment plaisant de les « voir » vivre à travers un tel monde. Mais honnêtement, tu pourrais m'emmener dans un univers entièrement différent avec d'autres personnages, j’apprécierais toujours autant de te suivre.

 

Pour revenir au fonctionnement des Jelakas, on sent l'implication du peuple, qui a droit à la parole et peut réellement s'exprimer, avec la politique menée par les rois du royaume. Le problème, je dirais, c'est de s'assurer de la fidélité des tribus. Mais rien n'est parfait. J'imagine que le dicton « garde tes amis près de toi, mais tes ennemies encore plus » doit bien marcher là-bas. Le passage avec le feu éternel m'a fait remarquer à quel point les fils du ciel laissèrent leur empreinte à Alesta. Toutefois, je me demande s'ils auraient apprécié d'être considérés comme des dieux. Peut-être que leur extinction sur le continent fut une bonne chose. Cela aurait apporté son lot de problèmes, sinon. 


Par contre, tous ces noms quand Alestan raconta brièvement ses destinations ! J'en ai reconnu quelque-uns, le reste m'était inconnu. Tout comme Oriana, ça m'a fait rêver. Maintenant le plan fixé, grâce aux propositions folles du vagabond, jusqu'où marchera-t-il ? Eliad l'a dit : il faudrait être un fou ou avoir une âme damnée pour songer à ça. C'est pour ça qu'il peut marcher, justement. Les ennemies ne s'y attendront pas. Et si... Et s'il y avait parmi l'ennemi quelqu'un d'aussi fou que lui ? Que se passerait-il ? J'ai hâte de découvrir les autres personnes qui se trouvent derrière tout ça, les principaux antagonistes de l'arc. 

 

Au fait, ce passage...

 

Le 19/09/2018 à 21:12, Alestan a dit :

 

 

 — Je n'ai pas compris ce que voulait ce soldat en jouant avec son entrejambe, fit-il avec le plus grand sérieux. Cherchait-il à reproduire le mouvement d'une hélice, comme celles des Perce-Nuages ? Peut-être qu'avec la bonne inclinaison et un vent favorable il se serait envolé jusqu'au désert... À moins que ce soit une technique secrète des guerriers de Jelaka ! Mais du coup, tu es désavantagée.

 

 

Il est entièrement goldé ! Je ne m'y attendais pas aussi. Si je l'aurais lu avec une boisson, j'aurais été à deux doigts de la recracher ! Sacré Al. ;D

Edited by Arsène

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