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[Nouvelle Fantasy] Tueuse de l'onde


Jean-Gunter
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La fin n'est pas trop prévisible, mais assez claire j'espère ^^

 

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    Sirp se réveilla en sursaut, le cœur battant. Il sortait d’un cauchemar mais n’en avait déjà aucun souvenir. Seule la violence et l’urgence demeuraient à son esprit.

    La douleur et la fatigue le ramenèrent à la dure réalité : il se trouvait en prison chez ses voisins qui avaient déclaré la guerre à son peuple. Il se savait voué à être exécuté, puisque personne n’était encore venu négocier sa libération.

    Il oublia bien vite toutes ces futiles considérations en réalisant enfin ce qui se présentait devant lui. Des cadavres pliés dans d’improbables positions jonchaient le sol, quand il ne s’agissait pas de simples morceaux. Le sang poisseux s’étendait largement, teintant l’espace environnant de rouge. S’insinuant jusque dans sa bouche, un répugnant goût de mort le harcelait.

    Les barreaux de sa cellule, quant à eux, avaient été déformés suite à de violents assauts. Tordus à l’extrême, ils n’étaient certainement pas loin de céder par endroits.

    Une vive douleur l’envahit lorsqu’il tenta de se redresser en s’aidant du bras. Une large plaie couverte de sang coagulé courrait de son poignet à son coude, et le moindre mouvement des doigts semblait lui déchirer les chairs. Un frisson le parcourut quand il aperçut une tâche blanche dans cet entrelacs de muscles mis à nu. Probablement un os.

Oubliant un instant sa blessure pour ne pas vider son estomac, il s’aida de son bras valide pour se relever et s’avança jusqu’aux barreaux qu’on avait malmenés. Tirant sur l’un d’eux, il parvint à le déloger partiellement. Dans son état de fatigue, ça semblait miraculeux.

    Qu’avait-il pu se passer ? Les habitants de ce village étaient ses ennemis, pourtant il ne leur souhaitait pas une mort si atroce. Cela ne pouvait pas être l’œuvre de son peuple ? Sinon il aurait été libéré, et pas abandonné au milieu de ses cadavres mutilés.

    Donnant un dernier à-coup à la barre rouillée, celle-ci chuta au sol, y rebondissant dans de bruyantes résonances métalliques. Le passage était libre. En se contorsionnant, il put se glisser hors de sa geôle. Fuir ce lieu de carnage sanglant était sa priorité, aussi se précipita t-il vite hors de ce village fantôme.

    Après avoir cavalé une bonne heure, il s’arrêta sur un rocher, haletant, estimant qu’il s’était suffisamment éloigné de ce lieu oppressant et malsain.

    L’aube se levait tout juste, colorant l’horizon de traînées rougeâtres qui rappelaient le sang versé pendant la nuit. Sirp n’aspirait plus qu’à une chose à présent, rejoindre les siens auprès de son peuple, retrouvant ainsi la sécurité et le confort d’être entouré d’êtres chers.

    Ne voulant pas perdre plus de temps, il se remit en route. Il glana sur son chemin la nourriture qui se présentait à lui, apaisant sa faim avant qu’il pût manger tout son soûl à son village.

    Harcelé par l’horreur de la nuit passée, il revit tout le long des images de cadavres ensanglantés et éparpillés. Des flashs de l’attaque semblaient lui revenir, mais tout était encore trop flou pour qu’il comprît ce qui s’était produit.

Alors que l’astre du jour était haut dans le ciel, il arriva enfin en vue de son village. Il était temps, son estomac réclamait un vrai repas, et son corps un repos mérité.

    Dès qu’ils l’aperçurent, les villageois accoururent à sa rencontre. Ils avaient perdu espoir de le revoir un jour, et tous redoublaient d’enthousiasme en le voyant bel et bien vivant. Ils avaient bien craint que Sirp ait été fait prisonnier par leur voisin aux mœurs belliqueuses, mais ne s’étaient pas encore résolus à envoyer une expédition pour négocier. Sachant pertinemment que cela échouerait, ils ne voulaient pas en arriver au dernier recours : employer la manière forte. Qu’il soit revenu par lui-même les allégeait d’un grand poids. Mais lorsque Sirp leur expliqua que leurs voisins avaient tous péri, ils ne comprirent pas plus que lui qui avait pu massacrer ce peuple, qui bien qu’ennemi, ne méritait pas de mourir ainsi.

    Ils réalisèrent qu’ils devaient l’étouffer à l’assaillir ainsi de questions auxquelles il ne pouvait pas répondre. Aussi le laissèrent-ils rejoindre sa demeure, où il pourrait se reposer auprès de sa femme et de ses enfants. Ceux-ci se jetèrent dans ses bras dès qu’il franchit le seuil de son habitation. Ils avaient cru ne plus jamais revoir leur père, ils ne voulaient donc plus le lâcher de peur qu’il s’en allât à nouveau. Sirp supporta sans broncher ces étreintes affectueuses, malgré sa douloureuse blessure au bras. Sa femme la remarqua, et écarta les enfants de leur père. Inquiète pour son mari, elle ne perdit pas de temps et lui appliqua un baume cicatrisant de son cru, protégé d’un bandage d’algues. Le peuple de Sirp était passé maître dans l’utilisation de toutes sortes de plantes poussant dans les vallées environnant le village, s’en servant aussi bien en cuisine qu’en médecine.

    Puis sa femme se hâta de préparer un rapide mais copieux repas pour contenter l’estomac de son mari qui ne cessait de gronder. Tout fut avalé d’un trait. Sa nuit agitée, la fatigue accumulée ainsi que son ventre lourd eurent raison de lui. Il tomba dans un profond sommeil sous les yeux de sa famille, qui l’installa plus confortablement.

 

    Les images cauchemardesques refirent surface, le réveillant le corps tremblant d’effroi. La nuit était tombée et le calme régnait sur le village. Ayant dormi et mangé à souhait, il se sentait déjà bien plus reposé, investi d’une énergie nouvelle. Son bras ne le faisait plus souffrir, tout juste s’il percevait une sourde et lointaine douleur quand il le remuait.

    Il était heureux de pouvoir apprécier à nouveau la sérénité de son village. Il s’avança vers une fenêtre pour en contempler l’image apaisante. Le disque pâle de la Lune ondulait dans le lointain, versant sa timide mais rassurante lumière dans les rues endormies.

    Étrangement, la nuit ne lui avait jamais paru aussi éclairée. Il s’était sûrement simplement habitué à l’obscurité. Il n’était pas allé au bout de sa pensée qu’une douleur cinglante le frappa au ventre. Le souffle coupé, étendu au sol, ses chairs le brûlaient et semblaient être griffées de l’intérieur. Il perdit pied, la souffrance prenant le pas sur sa conscience d’où aucune pensée cohérente n’émanait plus. Toute la résistance que Sirp pouvait y opposer finit par céder, noyant ses dernières étincelles de lucidité. Des convulsions l’agitèrent alors. Des griffes lui poussèrent et ses dents s’allongèrent, grinçant dans sa mâchoire crispée. Ses écailles s’arrachèrent par grappe, laissant à la place d’épaisses touffes de poil brun. Les muscles de ses bras gonflèrent, soulevant brusquement son nouveau pelage. Sa nageoire dorsale s’arracha d’elle-même, et sa nageoire caudale se déchira en deux pour former deux pattes musclées et palmées pourvues de griffes acérées. Ses mains se palmèrent également, et commencèrent fébrilement à brasser l’eau alentour. La métamorphose s’acheva quand une longue queue large et plate vint compléter l’extrémité de son corps.

    La créature s’immobilisa. Les moustaches entourant sa truffe brune vibrèrent, et lorsqu’elles perçurent l’odeur de ses premières proies dans la pièce voisine, son épaisse fourrure ondula d’un vif plaisir. Une seule idée l’obsédait, se repaître de chair ensanglantée avec voracité.

    Sans préambule, Sirp qui était quelques secondes plus tôt un simple ondin, se projeta au travers de la cloison qui le séparait de son repas. Une blanche lueur de griffes et crocs plongea vers les corps de ses trois enfants, leur ôtant la vie un à un. De longs filets de sang s’écoulaient et se diluaient dans l’eau salée, excitant de plus belle l’appétit du monstre réveillé. Pris d’un nouvel accès de colère, celui-ci s’acharna sur les petits êtres, leur arrachant écailles, cartilages et os dans de sombres nuages carmin. Délaissant les dépouilles méconnaissables, il se rua sur sa femme qui entrait dans la chambre, alertée par les cris. D’un claquement de mâchoires, il l’égorgea, puis pris soin d’elle, comme il l’avait fait pour sa progéniture.

    Sa famille massacrée de ses propres mains, il était loin d’avoir étanché sa soif de sang. Il battit souplement sa longue queue, faisant onduler son corps massif vers la demeure de ses futures proies.

 

    L’aube se levait juste, alors que Sirp se réveillait, nu sur une colline bordant son village. Une âcre odeur de sang planait jusqu’ici, faisant entrevoir l’ampleur du carnage. Les souvenirs de la nuit passée étaient hachés et confus, mais sa nudité et le goût de mort omniprésent le forcèrent à regarder la réalité en face. Il s’était transformé en loutre-garou, ce monstre terrifiant issu des légendes de son peuple, et avait massacré tout son village. Chacune des personnes auxquelles il tenait.

    La même chose avait dû se produire chez ses ennemis. C’est à ce moment qu’il avait été contaminé – il avisa son bras qui ne portait plus de blessure – et la prison lui avait permis de survivre à la tuerie.

Il était lui-même une bête sanguinaire désormais. Qu’est-ce qui pouvait bien le rattacher à ce monde à présent ? Que faire ? Fuir, retrouver la créature qui l’avait contaminé ? À quoi bon …

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  • 2 weeks later...

  Huuu... Eh ben, c'est assez sanglant dis moi. Mais moi j'aime  ;D

  Le mythe du loup garou revisité à ta sauce, je m'en délecte. En outre le style est fluide et n'ai trouvé aucune lourdeur ni temps morts dans le récit. Le passage de la métamorphose est excellent, mais le coup des écailles m'a surpris. Bien sûr, avec un nom comme le sien, il ne devait pas vivre dans notre monde, mais que la race de Sirp soit précisée aussi tardivement m'a surpris. Enfin, j'imagine que c'était voulu^^ J'aime aussi le fait que Sirp soit complètement désemparé et hanté par des visions d'horreur... Mais que va-t-il faire, maintenant ? Perpétrer des ignominies ? Se repaitre chaque soir de chair ensanglantée? Huhuhuhu...

  En tous cas, chapeau ! J'ai jamais été fichu d'écrire des histoires courtes, mais je sais les apprécier et celle-ci était bien sympathique. Merci pour ce chouette petit moment de fantastique  ;)

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