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Nouvelles de Science-Fiction


Jean-Gunter
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Au lieu d'ouvrir plusieurs sujets, je mettrais mes histoires courtes (en one-shoot) de sf ici.

Bonne lecture, et toute critique est la bienvenue ^^

 

 

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Elevation

 

 

Le vaisseau semblait immobile, planté là dans le vide froid et austère. Encore loin de la plus proche étoile, ses parois paraissaient ternes, dénuées de couleur. Son séjour prolongé dans les ténèbres épaisses de l’espace avait du déteindre sur son aspect, à moins que cette dépigmentation ait été volontaire. Un mimétisme protecteur faisant office de camouflage.

Une étoile se dégagea rapidement du lot et gagna en intensité. Son rayonnement s’imposait régulièrement, faisant oublier qu’elle n’était pas la seule dans cette galaxie. Elle semblait se rapprocher du vaisseau à vue d’œil, avec la ferme intention de l’engloutir dans son cœur brûlant. Pourtant bien qu’en mouvement permanent, c’était bien le vaisseau qui se rapprochait et non l’étoile, car lui maîtrisait clairement sa trajectoire et ne subissait pas les simples lois de la physique.

Les premiers astéroïdes furent à porté de tir. Leur aspect bosselé, déformé de nombreux cratère, témoignait de leur existence chaotique. Un tentacule jaillit du vaisseau et s’agrippa fermement à l’un d’eux. Il s’étira jusqu’à se rompre, dans un silence imperturbable. L’énorme caillou n’avait pas été choisi au hasard. Il avait permis à l’astronef de ralentir, tout en réajustant sa trajectoire, puisqu’il lui fallait passer au travers du champ d’astéroïde entourant ce système solaire. Cette ceinture gravitant si loin des planètes pouvait paraître inutile, mais il était indispensable à l’arrivé du vaisseau qui avait besoin de freiner énormément, en peu de temps.

Suivant une trajectoire apparemment désordonnée et irréfléchie, les tentacules s’accrochaient par dizaine, se rompant tout en déviant l’engin spatial et les astéroïdes, qui dans son sillage se percutaient entre eux. L’équilibre gravitationnel des ces débris à la dérive était fragile, et s’était façonné au rythme des chocs depuis qu’ils tournaient autour de leur soleil. Cet infime changement dans leur disposition le déréglait déjà beaucoup.

Minutieuse et calculée, la traversée de la ceinture d’astéroïde fut rapide. Mais déjà le vaisseau filait à moins vive allure et s’était orienté plus précisément vers la planète qu’il visait.

Passant au large des géantes gazeuses qui n’avaient aucun intérêt, de larges voiles se déployèrent. Comme s’il s’était agi d’ailes, l’astronef s’appuyait sur le rayonnement émis par l’étoile lui faisant face. En rebondissant, la lumière le freinait de plus en plus efficacement à mesure qu’il s’approchait de sa source.

Une partie des voiles se replia pour que le vaisseau adopte une trajectoire courbe. Arrivé en orbite, ses ailes avaient regagné leur position d’origine puisqu’elles n’avaient plus d’utilité. Plus bas, les reflets de la planète bleue rappelèrent que l’allé était terminé, il resterait le retour.

 

L’état déplorable de cette planète nous avait été signalé par un vaisseau d’observation assigné à cette zone de la galaxie. Il y avait tant d’espace à couvrir que la situation aussi critique soit-elle, n’avait pas pu être diagnostiquée plus tôt. Mais notre groupe d’assainissement était coutumier de ce genre d’horreur, une simple purge et le problème serait réglé.

L’analyse avait démontré un développement du vivant d’une rare pauvreté. Proche d’un état végétatif, le potentiel de ses résidants était resté endormi. Une infection répugnante mais bénigne atrophiait leur capacité. S’était désolant de les voir dans un état si primitif, alors que de telles ressources latentes sommeillaient au plus profond d’eux.

Nous étions touchés par la simplicité de ces formes de vie non-éveillées. Dire que nous étions nous aussi passés par là. Ils n’avaient pas conscience de leur modeste condition de vie puisqu’ils avaient vécu dans cet état inconfortable si longtemps qu’ils s’y étaient habitué, s’en accommodant aisément. Mais ils méritaient mieux, et pouvaient aspirer tout comme nous à un degré de vie plus élevé.

L’évolution logique aurait du les placer au sommet du règne du vivant de cette planète. Cela paraissait évident. Mais leur développement avait été gangréné, rongé au plus profond de leur être par cette maladie insidieuse.

Heureusement nous étions là pour les guérir. La cure que nous allions appliquer à cette planète aurait un effet de rajeunissement flagrant. Celle-ci avait vieilli trop longtemps sur le mauvais chemin. Mais le cours sur lequel nous la dirigerions serait bien plus approprié. Cette même direction que nous avions suivie jadis.

 

Je marchais au bord de l’eau, grignotant un sandwich peu appétissant : sa salade était fanée. Mais ça n’était pas perdu pour tout le monde, des pigeons se battaient déjà pour savoir qui aurait la plus grosse part de laitue avariée. Me promener sur ce semblant de pelouse pendant ma pause-déjeuner suffisait à me distraire un moment. Mais il faut avouer que la tour Eiffel y ajoutait aussi un certain charme.

La musique sur les oreilles, un bruit sortant du lot klaxon-brouhaha retint mon attention. En me retournant, je refis surface brutalement avec le monde réel. Des gens criaient, se bousculaient et de nombreux accidents semblaient avoir eu lieu derrière moi. Une brève déflagration retentit sur les lieux du drame, projetant un nuage de fines particules jusque loin devant moi. Un goût et une odeur étrange me pénétra. S’était irritant et les yeux pleins de larmes, je peinais à les garder ouverts.

Etait-ce ma vue troublé ou mon esprit qui divaguait, mais je cru voir la route remuer, se soulever par endroit. Le bitume et l’asphalte semblait être poussé par en dessous. Je me frottai un peu plus les yeux d’incrédulité : des lianes jaillissaient des voitures où avaient eu lieu les accidents. Le métal, le plastique ou même le verre semblait se ramollir tout autour de moi. Se dissolvant et se transformant, il prenait vie, faisant apparaître une végétation luxuriante qui croissait à vue d’œil.

Un grincement métallique me fit tourner la tête. La tour Eiffel penchait dangereusement, ses pieds ramollis se changeaient devant moi en arbres et plantes entremêlés. Le grondement de la végétation dévorante couvrait tout maintenant, telle une forêt rampante. Sa faim démente animait la ville d’une pulsion surnaturelle.

Des lianes couraient dans ma direction, se tordant sur le sol dont le bitume et tout autre matériau artificiel disparaissait à vive allure. Une des boules accrochées à leur extrémité explosa soudain non loin de moi, me projetant dans une grêle douloureuse à quelques mètres de là. Tout mon corps me brûlait. J’avais peine à respirer, et restait figé au sol tant je souffrais. Je parvins à soulever mon bras au dessus de moi, et un dernier élan de panique me fit frémir. De longues tiges d’un vif vert jaillissaient de mon corps, buvant mon sang et ma vie à gorgées avides. Mais la douleur disparaissait déjà, alors qu’une douce langueur engourdissait mes membres … et mon esprit …

 

Une sphère d’un vert rugueux vint se poser à côté du cadavre dont l’assimilation végétale n’était pas terminée. Elle n’était pas plus grosse que la tête de l’humain d’où naissait de resplendissantes fougères. Un petit essaim de créatures volantes en sorti pour récolter quelques échantillons de « l’infection ». Aussi répugnant que cette chose était, la science végétale ne devait pas occulter cet aspect certes aberrant de la vie.

Puis le petit astronef rejoignit le vaisseau mère qui attendait en orbite.

 

Nous n’arrivions toujours pas comprendre comment cette forme de vie aussi dégénérée pouvait naître sur les planètes où nous avions injecté la vie. Il aurait paru logique qu’elle prenne la même voix que pour nous.

Mais le fait le plus étonnant était que ce cancer s’était développé sur plusieurs de nos planètes, dans des variantes plus ou moins proches. Un remède permanent serait peut-être trouvé à l’ensemble de la galaxie. Mais ce devait être un rêve utopique, notre civilisation se basait sur des notions plus réalistes, et une autre planète à purifier nous attendait encore.

 

Le vaisseau extraterrestre déploya ses ailes pour suivre le courant de lumière partant du Soleil. Il rejoindrait le disséminateur situé non loin de ce système solaire. Celui-ci lui fournirait la poussé nécessaire pour rejoindre la prochaine planète en l’expulsant à travers l’espace.

La planète qu’il laissait derrière lui, s’était teinte de vert plus ou moins prononcé. Les amas de métal et plastique nommés villes, visibles depuis l’espace quelques jours avant avait totalement disparus. Redirigée, la vie allait suivre son cours.

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Oui piéger le lecteur ça me plait ^^ (j'adore moi même me faire piéger dans les textes que je lis)

Enfin Asimov n'est pas le seul à faire ce genre de nouvelles. Mais j'en ai pas lu beacoup de lui de toute façon, juste un recueil "Noël sur Ganymède" je crois. Dick ou Van Vogt sont assez doué pour ça aussi je trouve ^^

 

Et oui j'en ai encore un peu sous la main:

 

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Sol

 

 

Sol, notre dieu lumière a commencé depuis quelques jours à glisser sur l’horizon, colorant les terres de Katkya de teintes rougeoyantes. La saison chaude va bientôt commencer. Mais comme chaque année, les jeunes du village en âge de devenir adulte procèdent au rituel d’initiation. Et comme il s’agit du quinzième levé de Sol auquel j’assiste, mon devoir est d’y participer. Je ne veux pas irriter notre dieu. Sans lui la mort serait inévitable. C’est pourquoi nous devons le prier de revenir chaque année.

Mais pourquoi nous inflige t-il une vie si rude ? Pourquoi le monde ne se transforme t-il pas en cet havre de paix que nous promet la prophétie ? Nous appliquons pourtant toutes les règles que les anciens ont énoncées. Quels odieux pêchés avons-nous pu faire par le passé pour mériter de tels supplices ?

J’étanche ma soif brûlante en recueillant la rosée fraîchement déposée sur la végétation qui m’entoure. L’eau est abondante, mais si précieuse à la fois. Si la pluie venait à cesser, nous mourrions déshydratés car il ne nous resterait à boire que ces étendues d’eau salées indigestes qui entourent les terres de Katkya.

Je trouve quelques herbes grasses que j’applique sur ma peau verte et granuleuse. Cela m’évitera probablement quelques désagréables brûlures de lumière. Notre dieu sait être bon et nous apporter la vie, mais à trop paresser sous ses rayons, la mort peut nous guetter. Le cuisant souvenir de la dernière saison chaude, où j’avais tout le dos craquelé et parsemé de cloques gorgées de pus, est encore douloureux.

Un petit rongeur charognard passe à travers l’épais mur de fougère, plus pressé de trouver un endroit frais et humide que de fuir le prédateur que je suis pour lui. Bien que raide, sa chair m’aurait redonné quelques forces supplémentaires. Mais n’ayant pas été assez vif, je me contente de quelques racines acides peu appétissantes.

Après avoir gravi un versant de montagne baigné de trop chaude lumière, je me retrouve enfin sur sa partie plongée dans l’ombre, dont je vais savourer la lente et fraîche descente. Mais aucun endroit ne reste indéfiniment privé des rayons de notre dieu, et il n’est pas bon de s’attarder trop longtemps à la première température douce. Sol a déjà décrit deux cercles dans le ciel depuis mon départ, et je commence enfin à entendre le chant des oiseaux côtiers.

L’épais matelas végétal est frais sous mes pieds nus fatigués alors que je dévale la pente, pris par une soudaine hâte d’arriver à destination. Quelle vérité m’attend en ce lieu, si importante pour qu’il nous faille la découvrir par nous même ?

La dernière montagne avant cette étendue d’eau infinie se dresse devant moi. Selon les parents de nos parents, un feu liquide jaillissait autrefois à son sommet. Quelle faute avaient bien pu commettre mes ancêtres pour être punis de la sorte par notre dieu ?

Au prix de nombreuses écorchures, j’atteins enfin le sommet. Je reste là un moment le souffle coupé. On m’en avait parlé et je pensais y être préparé, mais c’est si immense. De l’eau à perte de vue. En y regardant mieux j’aperçois des animaux nageant dans cette eau limpide. Certains reposent leur corps gras sur le sable, ondulant comme de gros vers pour aller se rafraîchir dans les flots salés. Selon nos ancêtres, Sol a empoisonné cette eau pour nous punir de nos pêchés passés. Mais comment font ces créatures pour y survivre ? Sommes nous les seuls à subir cette punition, ce courroux divins ? N’avons-nous pas assez payé pour nos fautes passées. Tant de peines traversées, de remise en question et de repentir. J’en viens à douter de cette justice divine. Mais aussitôt je réalise, et honteux de telles pensées blasphématoires, je continue mon chemin la tête basse.

A la fois curieux et effrayé, je m’approche de cette eau, qui inlassablement se lève et se brise contre le sable. Les créatures grasses qui en sont issues sont heureusement loin de moi. En vivant constamment dans ce poison liquide, elles ne peuvent être qu’aussi dangereuses.

Je doute à nouveau. Est-ce bien nécessaire de m’avoir fait venir ici ? Qu’y a-il à voir ? Rien d’important. Ce n’est qu’une vaste farce imaginée par nos ancêtres pour tester notre force physique et morale.

Une forme sombre émerge soudain de l’eau, à quelques mètres de moi, et se dirige vers moi. Un Tas vert et gluant, ce doit être une plante. Mais les plantes ne peuvent se mouvoir !?

D’un geste vif, une de ses parties se détache pour tomber à quelques mètres dans les flots, inerte.

- Ces algues sont gênantes, voudrais-tu m’aider à les retirer ?

Une voix !? Cette chose parle ? Quel est cet accent étrange ? Et ce ton rocailleux !? Je …

- Tu ne m’entends pas ? Ou souffres-tu peut-être de mutisme ? Réponds-moi, fais un geste au moins.

D’où vient cet être ? Certains des mots qu’il emploi me sont étrangers. Il ne peut vivre dans cette eau empoisonnée … Est-il envoyé de Dieu ?

Il continue à s’approcher de moi, et par réflexe je fais un pas en arrière.

- Je … parviens-je enfin à répondre, tremblant.

- C’est heureux pour toi, tu n’es pas muet. Mais n’ais pas peur, je ne te ferais aucun mal. Approche plutôt pour m’aider. Cette plage est envahie d’algues, et elles me gênent dans mes mouvements.

D’un pas hésitant, j’avance, mais m’arrête aux premières gouttes d’eau roulant sur le sable.

- Cette eau salée ne te fera aucun mal, tu peux y pénétrer sans crainte. J’ai fait du chemin pour parvenir jusqu’ici, alors presses toi un peu je te prie.

- Mais … qui êtes vous ? demandé-je, loin d’être rassuré.

- Mon nom ne t’avancerait à rien. Saches juste que j’étais en ce monde bien avant la catastrophe qui força tes ancêtres à se retrancher sur cette île. Bien avant que le Soleil ne fasse tout fondre.

Le Soleil … parle t-il de notre dieu Sol ? Il ne peut dire vrai, il ne peut avoir vécu si longtemps, à moins d’être un envoyé de Sol lui-même.

- Mais … mais … bégayé-je, confus par ces paroles.

- Je t’écoute, réfléchis et poses tes questions. Si tu en as bien sûr, me répond-il.

Il a fini de se débarrasser de cette verdure humide qui s’était collée à son corps. Si ce n’est la couleur et l’aspect de sa peau, il nous ressemble. Des bras, des jambes, mais pas de cheveux. Il ne porte pas de vêtements, mais cette nudité ne m’apparaît pas gênante, tant son existence est étrange.

- Comment pouvez-vous avoir vécu si longtemps ? C’est impossible ! Et d’où venez-vous ?

- Je ne suis pas de chair et de sang comme tous les êtres vivants que tu dois connaître. J’ai été fabriqué par tes lointains ancêtres. Je suis une machine, ou comme on nous nommait au début, un robot.

- Vous … Je n’y comprends rien. Qu’est ce qu’une machine ?! lancé-je.

- Un assemblage de matériaux, fabriqué dans le but d’effectuer un travail ou des tâches précises. Mais nous avons bien évolué depuis nos premiers pas, je nous préfère le terme d’être synthétique, ou d’humain synthétique, puisque nous avons été conçu à leur image.

Bien que loin d’avoir compris ses paroles, je tente de les mémoriser.

- Humain, n’est-ce pas comme cela que s’appelaient nos ancêtres ? Que sont-ils devenus ? Pourquoi ont-il disparu ?

- C’est là une question intéressante, qui demande une explication longue et complexe. Je vais tenter de t’en faire comprendre le principal.

Il fait une pause de quelques secondes. Peut-être réfléchit-il, ou me laisse t-il le temps de remettre de l’ordre dans mes idées.

- L’être humain n’a pas disparu de la surface de la Terre. Bien que mutant, ton peuple en est un direct descendant. Mais nombre d’eux vivent encore sous la surface de l’eau, dans des cités sous-marines. Il y a quelques milliers d’années, les températures qui régnaient sur la planète étaient supportables à n’importe quelle latitude. Aujourd’hui on ne peut survivre à cette chaleur qu’en ce qu’il reste de l’Antarctique, que vous appelez Katkya depuis plusieurs générations, car le Soleil n’y apparaît que la moitié de l’année et très bas sur l’horizon.

Il se tait soudain et me fixe, attendant probablement de moi une réaction. Mais une fois de plus, je n’ai rien compris. Nos ancêtres vivent sous l’eau, la chaleur n’a pas toujours été toujours aussi insoutenable. Mais du reste, c’est flou dans ma tête.

- As-tu d’autres questions ? Cela te semble t-il clair ? ajoute t-il.

- Je … je…

- Je dois rentrer faire mon rapport. Les humains des cités sous-marines tiennent à ce genre de relations avec les peuples mutants. Selon moi elles sont une perte de temps. Donc hâte toi. Ou ôtes moi au moins ce coquillage qui s’est collé dans mon dos.

Il se tourne et me désigne un cailloux étrange qui semble accroché à sa peau. Trop confus pour poser d’autres question, je lui retire ce « coquillage », qui s’avère être mou comme une limace de l’autre coté.

- Bon puisque tu n’as pas d’autres questions, je vais allez à la rencontre de l’homme poisson qui m’attend, tout comme toi.

Et sur cette phrase dénuée de sens, il me tourne le dos et retourne dans les flots salés. Fatigué d’avoir tant réfléchi, sans rien comprendre, je me laisse tomber sur le sable brûlant.

Sol continue sa course dans le ciel, et se reflète sur l’eau agitée qui se colore de teintes orangées. Rentrer au village me semble au dessus de mes forces, mais je devrai bien m’y résoudre si je ne veux pas mourir desséché.

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  • 4 weeks later...

Le double-post c'est mal ? Et bien je suis l'engence du mal dans ce cas... bwahaha !

Une autre petite nouvelle sf que j'ai écrit il y a déjà bien un an ...

 

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No name

 

 

Le monde est-il devenu fou ? Tout ceux que j’ai aimés m’ont quitté pour saisir « cette chance » qui s’offrait à eux. Mais je ne suis pas aveugle, ils ne m’endormiront pas avec leurs fausses bonnes raisons. Avoir la connaissance ultime me disaient-ils ! Mais à quel prix ? Je ne veux pas devenir semblable à ces robots ! J’ai une identité et je compte bien la garder. Jamais je ne la solderais à ces prétentieux qui disent mener le grand dessein de l’humanité !

 

Le vent fouette mon visage. Tout est si beau vu de cette hauteur. C’est en s’approchant qu’on réalise l’horreur, le non sens de leur vie. Mais je ne leur en veux pas, ils ont été conditionnés à vivre et penser ainsi. Pourquoi ne pas leur avoir inculqué la simplicité et l’humilité ?

Je n’ai pas de chance il n’y a pas de nuages aujourd’hui, j’aurais tant voulu traversé leur blanc cotonneux.

Arriver si haut et pouvoir ouvrir la porte de mon auto n’a pas été une mince affaire. Il m’a fallut détourner le programme d’origine de l’engin, prévu pour ne pas dépasser cinq cents mètres d’altitude par rapport au sol, et les portes se bloquant hermétiquement à partir de deux mètres, à moins d’être dans un parking.

Cela m’aurait certainement valu de larges peines et amendes, mais je suis parvenu à pirater ces systèmes et me voilà sur le toit de mon véhicule, assez haut pour avoir du mal à respirer à cause du manque d’oxygène. Le froid est très intense, je grelotte, mais d’ici peu tout sera fini.

 

J’entends encore ma femme me dire qu’elle a été « choisi », qu’on lui « offre » une opportunité. Quelle naïveté ! Rien de ce que j’ai pu lui dire n’a eu d’effet, son choix était déjà fait depuis longtemps.

Quand les capacités d’un robot ne sont plus suffisantes, il faut alors allier cette simple machine au vivant. C’est ainsi que depuis plusieurs années, ils nous injectent ces nano machines. Le savoir accumulé de l’humanité disponible instantanément, avec une vitesse de réflexion, de calcul et de compréhension décuplées. Mais qu’y a-t-il réellement à comprendre quand on sait déjà tout ?

Tous les éminents scientifiques y passèrent d’abord, ils devenaient plus performants, allaient au bout de leurs recherches plus rapidement puisqu’ils avaient tout sous la main. Puis prétendant leur faire des faveurs ou les récompenser pour leur mérite de citoyen modèle, les injections se démocratisèrent. Et où la plupart voyaient des progrès et des avancées technologiques, d’autres voyaient une normalisation, une automatisation de l’humanité. Chacun devenait l’identique de son prochain, perdant son identité propre, sa personnalité, ses défauts et ses qualités.

Les seuls mouvements qui tentèrent de s’opposer à cet engrenage furent étouffés dans l’œuf. Il fallait se soumettre et accepter d’être lobotomisé ou rejeter le « privilège » en silence.

J’ose à peine imaginer la vie lorsque les enfants recevront un savoir qui les dépassent avant de savoir marcher, ou d’avoir inspiré leur première bouffé d’air. Quelle face aura l’humanité quand plus personne ne fera l’effort d’apprendre, de tirer les leçons de ses erreurs et de ses réussites. Quand l’humanité ne sera plus qu’une seule et même personne, chacun de ses sujets reliés en réseau, qui tirera les ficelles ? Quels bénéfices en tirera chacun ?

 

Je ne veux plus en voir d’avantage. Je ne veux pas devenir comme mes amis, ou plutôt les légumes savants qu’ils sont devenus. Aucun d’eux n’a été le même après, et ça empire à chaque fois que je les revois.

Je me penche. Une sensation enivrante s’empare de moi, la chute libre, j’en ai toujours rêvé, quelle ironie que ça se produise avant ma mort. Je pousse légèrement sur mes pieds et me voilà libre. Le vent siffle à mes oreilles. Mes yeux me font pleurer, mais je tiens à les garder ouvert pour admirer la vue. La vision de ma fin.

Ma perception du sol s’éclaircit. J’aperçois les premiers véhicules, volant anarchiquement dans les hauteurs de la ville. Puis le tracé des rues, grouillantes d’activité. Les oiseaux devaient nous tenir en piètre estime quand ils existaient encore, à voir notre grotesque ballet sous leurs ailes.

Où vais-je m’écraser ? Un building ? Au sol dans les déchets ? Je passe à côté de la première auto. A moins que je ne m’écrase sur le toit d’une d’entre elles ?

J’en frôle une de peu, une autre, puis un porte container. Je dépasse un ascenseur dans sa chute. Mon reflet me suit sur les vitres d’un gratte-ciel.

Qu’ai-je percuté ? Tout est devenu noir, et je n’entends plus rien. Où suis-je ? Je ne comprends plus rien, moi qui pensais ne simplement plus exister quand je serais mort.

Puis j’ai l’impression de remonter, comme accroché à un élastique. Je perçois encore mon corps, je ne peux qu’être encore vivant. Que s’est-il passé ?

On me retire de cet emballage de mousse qui m’isolait du monde externe. Un robot se tient devant moi.

 

- Bonjour monsieur, la réception n’a pas été trop violente ? Nos élastiques sont prévus pour amortir de telles chutes.

 

Je ne réponds rien. Des systèmes sont donc prévus pour éviter de tels suicides !?

 

- Nos capteurs vous ont détecté en train de tomber. Que vous est-il arrivé nous n’avons pas repéré de véhicule accidenté ?

 

J’aurais du sauter au dessus de la mer, ou me laisser mourir de froid sur le toit de mon auto. Ils ne vont plus me lâcher.

 

- On vient de me confirmer la présence d’un véhicule vide, une porte ouverte à six mille sept cent trois mètres au dessus de nous. Pourquoi avez-vous sauté ?

 

Nous n’aurions pas pu nous contenter de robots ? Pourquoi avoir poussé le vice jusqu’à introduire la technologie dans nos veines ? Dans nos cerveaux ?

 

- Très bien, puisque vous refusez de me répondre, je vous conduis devant des spécialistes de votre cas.

 

 

« Mon cas » est pris au sérieux au vu des mesures prises. Je suis conduis devant un psychologue lobotomisé. Je lui répond ce qu’il veut entendre : ma vie tourne au désastre, ma femme m’a quitté, je n’aurais pas du me laisser mener par des émotions aussi futiles et passagères, et autres inepties.

Ils me relâchent et m’assignent un robot pour « veiller » à mon bien être. Il me surveille et ne me laisse pas seul une seule seconde. Je ne peux même pas tenter d’en finir dans mon bain. Si je lui demande d’aller me chercher quelque chose, il me répond que je peux y aller par mes propres moyens ou que je n’en ai pas besoin.

Je suis devenu prisonnier de ma vie. Mon existence se ternit de jour en jour. Seul je survis, contre ma volonté. Il est impossible de se blesser avec le matériel ménager. Que ce soit dans la cuisine ou à la salle de bain, tout a été pensé pour notre sécurité et notre confort.

Je cesse de boire, tout en faisant croire à mon invité le contraire. Tenir un verre d’eau au bord de sa bouche et ne pas avaler une goutte alors qu’on meurt de soif, quel supplice. Mais tel est le prix de ma libération.

Après une journée, me sentant proche de l’évanouissement, je prétexte à mon robot avoir besoin de repos, et perds conscience sur mon lit.

Je me réveille, des tubes dans la bouche. Cette maudite machine a du me conduire à l’hôpital. Je tente de cesser de respirer, mais n’y arrive pas, les réflexes de mon corps sont trop incontrôlables.

Il ne me reste plus qu’une seule solution. Après m’être rétabli, et être rentré chez moi, j’appelle un de mes anciens amis. Les nano machines me tireront de l’enfer qu’elles avaient créé. Si je perds mon identité, je perds ma vie.

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  • 10 months later...
  • 3 weeks later...

Tu as bien fait. Honte à moi j'avais oublié ton topic.

Première nouvelle intéressante. Qui aurait mérité une suite je pense. Tu voudrais pas en écrire une petite? sur le pourquoi avoir amené ton personnage là? et les éventuelles interactions humaines/mutantes? Avec un peu d'originalité, pour éviter de retomber dans les clichés qu'on connait.

Je n'ai pas encore lu la suivante.

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