Gaël (Jufoba) Posté(e) 7 avril Share Posté(e) 7 avril Je divulgue l’intégralité de l’intrigue de Jujutsu Kaisen Modulo et plusieurs parties du manga original. Idem, ça m'arrive de spoiler Boruto (jusqu'au chapitre 50), ainsi que Next Dimension. Vous vous souvenez de la dernière fois qu’une suite de manga vous a satisfaite ? Je me suis posé la question plusieurs fois ces derniers mois. Les cinquante premiers chapitres de Boruto sont très « inconstants », Next Dimension me rappelle amèrement pourquoi Saint Seiya fonctionnait dans les années 80, mais plus du tout dans les années 2010 et Dragon Ball Super reste toujours le pire du pire. Oui, The Lost Canvas était chouette. Oui, je suis sûr que Tokyo Ghoul Re: est très bien. Oui, Jojo’s Bizarre Adventure pourrait se trouver dans la définition d’une suite, mais en même temps… The Lost Canvas est certes basé sur une idée de Kurumada, mais c’est tout, le reste appartient à Teshirogi. Tokyo Ghoul se rapproche plus d’un diptyque que d’une suite au sens classique et Jojo’s est tellement à part que ça ne compte pas trop. Alors, quand Gege Akutami, auteur de Jujutsu Kaisen, annonce se lancer dans la suite de ce manga, avec un nouvel illustrateur, Yuji Iwasaki, en partant sur ce qui semble être une histoire d’aliens et de power-creeping à la con, autant dire que je suis plutôt inquiet, sans parler des ressemblances troublantes avec Boruto et Dragon Ball Super. En vrai, je préfère désamorcer la tension tout de suite. Même si le projet sentait bizarre, la participation d’Akutami était très différente de celles de Kishimoto et de Toriyama. Le premier ne s’est réellement impliqué qu’à partir de Two Blue Vortex, donc bien après le début du manga, et le second n’en parlons même pas. Aujourd’hui encore, je pense que Toriyama ne participait pas vraiment à l’élaboration de Dragon Ball Super. Akutami, en plus d’être annoncé comme scénariste dès le départ, avait précisé que Jujutsu Kaisen Modulo ne s’étalerai pas sur plus de trois tomes, ce qui implique deux choses. Premièrement, il ne veut plus subir (ou faire subir) l’enfer d’une parution longue dans les conditions du Jump, ce qui est très lucide de sa part. Deuxièmement, il savait précisément où s’arrêter et donc ce qu’il voulait raconter. Et ça, ça rassure, car c’est dans cette configuration qu’il est le meilleur, comme dans l’arc du Passé de Gojo Satoru ou l’arc de Junpei (Shibuya est une exception, comme Soul Society pour Bleach). Lors de la sortie du premier chapitre, on va pas se mentir que j’étais sceptique. Déjà, je trouvais la relation entre Yuka et Tsurugi… Bizarre et grinçante. C’est justifié, mais le fait qu’elle préfère laisser Tsurugi à son sort plutôt que de le sauver, avant que Maru n’intervienne, je trouve ça un peu abusé et surtout ça ne la rend pas très sympathique. Sans parler de son combat improvisé dès qu’elle le retrouve. Je sais pas, dans un shōnen avec un ton plus léger et compétitif, j’aurais pas trouvé ça déconnant, mais dans Jujutsu Kaisen, je trouve ça bizarre. Mais plus que ça, je ne voyais pas beaucoup d’intérêt dans le contexte futuriste et d’invasion alien. Le futur de 2086, qui est à peine exploité esthétiquement parlant, ressemblait plus à un moyen d’évincer l’ancien casting pour éviter qu’il ne vole la vedette aux nouveaux. Et puis l’apparition des aliens me perdait un peu thématiquement. Je ne voyais pas où Akutami voulait en venir. Avec les vingt-cinq chapitres sous les yeux, le thème de l’immigration me semble évident, mais venant d’un auteur japonais, qui n’avait pas spécialement l’air impliqué dans ce genre de sujet jusqu’alors, c’est très surprenant. D’ailleurs, ce second point devient encore plus évident avec le chapitre deux, notamment dans l’exposition que font Usami et Mino de la situation. À l’époque, en couplant le rythme saccadé du Jump et le changement drastique d’ambition entre Jujutsu Kaisen et sa suite, ce chapitre me laissait perplexe. Mais en relisant le manga, je me rends compte que ce qu’évoque Usami, même si ce n’est pas toujours simple à appréhender, est très intéressant. Il expose les limites diplomatiques de son pays, qui a profité seul d’une « révolution » (la découverte de l’exorcisme à l’échelle internationale), l’isolant du reste du monde. Cela servira plusieurs fois de parallèle, avec les Simuriens, bien sûr, mais aussi avec le passé très réel du Japon. Et puis, je trouve qu’Akutami utilise très bien le contexte futuriste de son histoire lorsqu’il fait dire à Usami que la situation diplomatique tendue dans laquelle ils se trouvent actuellement est, en partie, due à la montée des nationalisme de « l’époque » (la notre, en sommes). C’est un commentaire subtil, intelligent et très bienvenu de la part d’Akutami. C’est aussi avec ce chapitre que l’on capte enfin l’enjeu de cette histoire, ainsi que la structure qu’elle compte utiliser. Il faut absolument éviter la guerre, donc la force n’est pas une solution. Souvenons-nous qu’on parle d’un manga d’action du Jump, un magazine qui a publié plusieurs des plus grandes scènes de combats de l’Histoire du manga. Souvenons-nous qu’il s’agit aussi de Gege Akutami, auteur d’un manga célèbre pour ses combats, notamment son Sukuna Vs Gojo Satoru qui s’approchait presque d’un combat de catch avec la participation d’un public, que ce soit dans le manga (avec les exorcistes regardant le combat) ou dans la vraie vie (réseaux sociaux, avec le fameux « Fraudkuna »). Souvenons-nous enfin que le shōnen nekketsu, aussi gris et ambigu puisse-t-il être, reste une structure de récit qui fait la part belle à la dichotomie du Bien et du Mal, à l’antagonisme et donc l’opposition. Avec tout ça, vous comprenez en quoi les ambitions d’Akutami sont assez « folles », dans le sens où elles sont aux antipodes de tout ce qu’il a produit avant, ou presque. Mais comme dit, au début de la parution de Modulo, tout ça ne me parlait peu et, malheureusement, ça continuait dans cette direction, qui me paraissait hasardeuse, avec l’histoire de Toranosuke. Bien sûr, le parallèle avec les Simuriens est assez évident, tout en faisant progresser la relation Maru-Tsurugi, mais n’empêche que ça reste peu palpitant, surtout avec les enjeux très forts des précédents chapitres. On pourrait aussi y voir un parallèle avec Yuji, lui qui a souvent été affilié au Tigre, mais même si on l’intellectualise facilement, c’est plus compliqué émotionnellement parlant, vu que Yuji reste assez opaque sur ses émotions. Comme d’hab’ avec Akutami, on comprend ce qu’il veut dire, mais on le ressent plus difficilement. Heureusement, ça se rattrape avec l’histoire de Takeda. De façon purement formelle, l’intrigue fonctionne relativement bien, même si le mystère autour de ce petit garçon est condensé en un chapitre, rendant le tout assez expéditif. Ça me rappelle l’intrigue du Pont de Yasohachi, avec deux chapitres de mystères qui ne servent au final qu’à set-up le combat avec le Doigt de Sukuna Incarné, Eso et Kechizu. M’enfin, l’avantage, c’est que ça ne perd pas son temps. Takeda reprend la figure du vieillard et, dans Jujutsu Kaisen, c’est rarement une bonne chose. À part quelques rares exceptions, comme Itadori Wasuke, ce sont toujours des gens dépassés par la nouvelle génération, qui tentent de garder jalousement et sournoisement le pouvoir. C’est différent avec Masaki Takeda, qui était dans sa jeunesse un exorciste comme l’est Tsurugi, mais qui est hélas devenu sénile, ce qui s’avère très dangereux pour un exorciste. Cependant, j’ai une interprétation plus poussée que ce qui est textuellement dit. Takeda est le résultat du système de l’exorcisme, mais comme nous sommes dans un monde de paix, où tous les fléaux sont confinés à Tokyo et où la dernière génération était hors norme, du coup, les exorcistes vivent… Et vieillissent. Avant, les exorcistes qui vivaient vieux étaient rares. Canoniquement, avant le manga original, les seuls exorcistes vieux que l’on connaissait étaient Kenjaku, Tengen et Kashimo (éventuellement Sukuna), donc un fou furieux, une garce moralement déconnectée du reste du monde et un psychopathe qui bute des gens pour le sport. À force de voir et faire des choses éthiquement discutables, la base de l’exorcisme, on devient fou et la seule chose qui prévenait ça, c’était le fait que les exorcistes mourraient jeune. C’est comme choisir entre la peste ou le choléra. C’est comme entretenir une armée ou conserver le secret sur des armes ultra-modernes dans un monde de paix. C’est ni bon pour les soldats, ni pour les relations avec les voisins. Là, on pourrait penser que j’extrapole, mais je ne pense pas. Premièrement, l’interprétation (renforcé par un zeste de foreshadowing) est essentielle pour bien comprendre Modulo et on va y revenir. Deuxièmement, les thèmes de la santé mentale du soldat et de la relation internationale sabotée par des secrets dans l’optique de garder un avantage militaire sont traités tout le long du manga. D’ailleurs, autant aborder ce premier cas tout de suite avec Yuji. Quinze chapitres plus tard, il explique que « les vieux soldats ne meurent jamais, ils disparaissent simplement ». Moralement, Yuji s’est perdu. Il l’avoue lui-même, après avoir vu des horreurs, ainsi que ses meilleurs amis partir avant lui. Et bien, selon moi, Takeda sert à préparer ce thème, montrant que Yuji n’est pas une exception, mais que toute une génération risque de finir comme lui, car le système est incohérent. Note : De là à y voir une comparaison avec le Japon, un pays qui entretient une armée (top 5 monde), mais qui a renoncé à la guerre, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas, parce que je suis pas assez calé dans le domaine. À noter qu’on pourrait aussi y voir une critique du gouvernement qui se contrefiche de l’état psychologique de ses vétérans, mais ça sonne peut-être trop américain. J’suis sûr que les japonais de 39-45 étaient psychologiquement ravagés et que l’État s’en fichait, mais ça sonne moins bien avec le reste, surtout avec Yuji qui est de notre génération. Après, si l’on veut rester sur une première lecture plus évidente : Takeda est surtout la représentation de ce que critiquait Usami quelques chapitres plus tôt. « Ce ne sont pas avec les formalités d’adultes que l’on parviendra à ouvrir le cœur des Simuriens, mais bien avec l’âme de la nouvelle génération ». Takeda est un vieux tellement pourris par le temps qu’il est incapable de retrouver sa pureté de jeunesse, dont il débat avec Tsurugi. C’est très ironique qu’il se déguise en petit garçon justement pour retrouver cet instant très superficiel de rentrée des classes. C’est d’ailleurs à la fin de cette intrigue que Cross intervient et que Tsurugi se rend compte qu’il doit abandonner ses méfiances vis-à-vis des Simuriens. Donc ouais, cette intrigue est très bien menée, faisant progresser la thématique principale du manga, ce que l’original a toujours peiné à faire. D’ailleurs, toujours dans cette idée que les thématiques sont préparées en amont et développées simultanément, le fait que Tsurugi veuille à tout prix éviter de devenir comme Takeda est encore plus symbolique avec la fin de son évolution, mais on y reviendra. Par contre, niveau cohérence, est-ce que ça fait toujours sens que Takeda parle des Trois Grands Clans (Gojo, Kamo et Zenin) ? Certes, il est vieux et sénile, probable qu’il soit toujours un peu en 2018 dans sa tête, mais il me semble bien que le clan Zenin n’existe plus. Je chipote. Quelque chose de plus intéressant, c’est le foreshadowing concernant la maladie de Yuka, teasée dès le chapitre 5 avec son essoufflement soudain. Là aussi, pas mal de choses à dire, mais on y reviendra. Et c’est peut-être l’occasion de s’arrêter sur le dessin. Y a pas à dire, Iwasaki est un très bon illustrateur. Il est compétent, très propre, son style est expressif, mais tout de même très lisible. On pourrait simplement s’attarder sur les des deux duo principaux, à savoir Yuka-Tsurugi et Maru-Cross. Yuka est habillée d’une longue veste blanche, ses cheveux sont plaqués en arrière, tout évoque une certaine rondeur chez elle, sauf ses « griffes » qui lui donne une finition pointue. À l’inverse, Tsurugi possède une veste noire proche du corps, ses cheveux sont en batailles, ses yeux constamment froncés, tout est agressif et dur chez lui, sauf son anneau, ainsi que son sort « Maculation », seuls éléments ronds du personnage. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que la « fusion » avec Rika, au chapitre 17 sonne si étrange, vu que son masque est très rond, comme si tout dans son pouvoir était en opposition avec Tsurugi. Bref, opposition et complémentarité, un peu le maître-mot de la relation entre Yuka et Tsurugi. De l’autre côté, Maru et Cross sont littéralement jumeaux, mais c’est impossible de les confondre. Déjà, car ils ont quelques détails qui les différencient, Maru possède un serre-tête, Cross un chouchou. Mais c’est encore plus évident dans le chapitre 7 où Cross se fait justement passer pour Maru. C’est évident pour nous lecteurs, car on est dans la confidence, mais son regard suffit à voir la nette différence avec son frère. D’ailleurs, même Yuka le remarque sans problème. C’est dire l’efficacité du chara-design d’Iwasaki. Ici, on a la même « coquille », car ils ont littéralement vécu les mêmes choses, mais les ont expérimentées de façon différente, d’où leurs regards si divergents. En ce qui concerne la chorégraphie des combats, c’est toujours très chouette, même un peu plus maintenant qu’Akutami s’est calmé sur le narrateur. Il garde son découpage dynamique, avec les personnages qui chevauchent les cases, tout en servant de transition, mais avec le style propre et clair d’Iwasaki, on gagne en lisibilité. Akutami était très bon à ce niveau-là, mais je trouve que c’est encore mieux avec Iwasaki d’un point de vue purement technique. Cela dit, si je devais chipoter, je dirai que son style est un peu passe-partout. Ce n’est pas un mal, surtout quand on est l’illustrateur d’un scénariste, mais comparé au style d’Akutami, plus brute, austère et nerveux, je trouve qu’on perd en originalité. Revenons à l’intrigue avec ma partie préféré : le flashback de Cross. Tout commence avec le célèbre chapitre 7, qui sert à exposer la mentalité de ce dernier, aux antipodes de celle de son frère. Là où Maru cherche la coexistence, la paix, le vivre-ensemble dans une candeur plutôt réjouissante, Cross est pragmatique, vengeur et, on va pas se mentir, assez réaliste. Ce qui est vraiment intéressant, c’est que ses arguments se tiennent. Oui, les réfugiés sont mal vus, car ils semblent s’inviter eux-mêmes et inversement, Cross sait aussi très bien que les japonais sont trop « pourris gâtés » pour se mettre dans leurs godasses. Les japonais ont eu la chance de vivre sous la protection du géant américain, là où les lumeliens n’ont fait que souffrir de la présence de Deskunte, superpuissance impérialiste de leur monde. Idem pour la religion. Yuka prouve son manque de tact et de considération avec l’exemple de la persécution des chrétiens. C’est aussi pour ça que Cross prend rapidement la mouche, car c’est typiquement ce genre d’irrespect pour la religion et la culture qui est la base du conflit avec Deskunte, puis de leur exile (officiellement, en tout cas). Cependant, même si Lumel et le Japon semblent trop différents pour coexister, il y a pas mal de ressemblances assez subtiles. Cela dit, c’est quelque chose que le manga abordera plus tard, car la vraie réponse vient de Yuka. Toujours dans ce chapitre 7, qui est ma foi sacrément dense, on apprend que la jeune femme est atteinte d’une tumeur cérébrale. Cross lui expose froidement la réalité et ainsi les deux personnages sont enfin sur la même longueur d’onde. Pour la première fois, Cross parle en son nom, son propre ressenti en tant que personne et pas en tant que représentant d’une nation antagoniste à une autre. Yuka n’a rien à perdre, elle peut totalement ignorer le futur du Japon et la possible guerre qui pourrait éclater avec Lumel, pourtant elle tente de se rapprocher de Cross, son potentiel ennemi. C’est à ce moment où Yuka et Cross, bien avant leur frère respectif, abandonnent mutuellement ce statut très « adulte » de représentant d’une nation, comme Usami et Jabaloma, pour redevenir de simples individus, capable de discuter, de se disputer, mais aussi de se comprendre. C’est quelque chose qui sera synthétisé par Usami au tout dernier chapitre : « à l’échelle d’un pays ou d’un peuple, l’individu a tendance à être ignoré ». Voire un groupe de personnes comme une masse monolithique est une erreur monumentale. Par contre, ce que je vais dire est un reproche, mais en même temps c’est pas si grave que ça compte tenu son poids tout relatif dans cette suite, mais… Pourquoi Tsurugi voit Mahito ? J’veux dire, il est toujours au carrefour des âmes, donc pourquoi il verrait Tsurugi ? Il était pas si mal en point que ça… Ça ressemble à un set-up un peu gras. Je suis d’accord pour interpréter Modulo, je trouve que l’intrigue s’y prête bien et donne implicitement envie de le faire, mais là (et d’autres fois), je trouve que c’est juste un peu facile. Idem aussi pour les kalyans. Finalement, c’était à peine un twist vu comment Maru identifie direct le shikigami de Takeda comme une bête sacrée de Lumel, mais du coup, Cross aussi le sait… Et, quand il parle des humains qui bafouent leur religion sans même s’en rendre compte… Il parlait aussi de ça, on est d’accord ? Donc, il avait là le parfait prétexte pour déclencher une guerre lors du conseil du chapitre 10 ? D’un côté, ça montre bien qu’il ne voulait pas la guerre, ce qui est cohérent avec son abstention lors des premiers votes et, encore une fois, assez subtil, surtout après relecture. Et donc, le flashback en lui-même. Déjà, je tiens à dire que j’apprécie l’utilisation du narrateur. Sauf erreur de ma part, dans le manga original, à chaque fois qu’Akutami utilisait le narrateur, c’était pour apporter un point de vue omniscient. Note : C’est aussi pour ça que l’animé a eu la bonne idée de faire en sorte qu’il ait la même voix que Tengen, le personnage le plus proche d’un narrateur omniscient. Son utilisation très détachée et objective avait des avantages (précisions bienvenues, ambiance d’un récit quasi-historique), mais aussi des inconvénients (lourdeurs, froideur, complexifications superficielles). Cette fois-ci, Cross est le narrateur et ça règle tous les problèmes. Les précisions apportées sont raisonnables et justifiées par le scénario, vu qu’il raconte tout ça Yuka; l’ambiance détachées paraît mélancolique avec son calme, ses regrets et sa nostalgie; Il ne parle que lorsque c’est nécessaire, comme lorsqu’il faut expliquer la réaction et le passé tragique de Jabaloma. En restant sur une première lecture, le récit de Maru et Cross fonctionne très bien. On démarre très bas, pour remonter lentement, mais sûrement, pour revenir au point de départ… Même pire que ça, car ils n’ont même plus Dura. J’adore la prise de conscience, certes douloureuse, mais bénéfique de Cross vis-à-vis de la coexistence, notamment lors de son clash avec les autres lumeliens. J’adore le regard de chaque protagoniste juste avant le duel entre Dura et Dabra, que ce soit Osuki qui comprend que son peuple s’est fait avoir sur toute la ligne, Maru qui semble serein et digne, sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi, mais ça rend la réaction de son frère Cross encore plus terrible, lui qui réalise que son père de substitution n’a absolument aucune chance de s’en sortir. J’adore la sobriété d’Akutami concernant le duel entre Dura et Dabra. Moins on montre, mieux c’est. Le combat ne doit pas être excitant, car ça ruinerait la thématique de la coexistence, et la retenue dans la mise en scène va parfaitement avec le style de Dabra, rendant sa caractérisation encore plus efficace. Tite Kubo, il t’aurait fait trois chapitres sur Dura qui massacre Dabra, puis finalement ce dernier se sort les doigts pour le one-shot, juste pour flexer. Ce regard, son intervention pour empêcher Maru de se faire tuer et sa déclaration : « Dura, la chose la plus importante à nos yeux, c’était toi », tout ça, c’est ce qui fait de Cross mon personnage préféré de Jujutsu Kaisen Modulo. Un jeune homme très sensible qui tente, tant bien que mal, de garder sa colère et sa tristesse au fond de lui, ce qui le place dans un interstice sentimental très puissant. Il est habituellement tellement froid et impassible que la moindre de ses réactions déclenche chez moi des émotions démultipliées. Ça m’évoque un peu les cas d’Higuruma et de Junpei dans l’original, deux personnages très puissants avec pourtant peu d’apparitions. Un flashback bien écrit et un peu d’authenticité, ce sont les principaux ingrédients d’une backstory réussie. Je ne m’identifie pas à Cross, mais sa situation est étrangement familière. Pour m’expliquer, reprenons le discours plein de lucidité de Dura juste avant sa mort, pointant du doigt l’utilisation de la religion pour cacher une guerre économique, ainsi que l’hypocrisie et la fainéantise intellectuelle des autres peuples. On se retrouve avec Deskunte, un régime impérialiste et guerrier, prônant la violence comme moyen politique, qui cherche à s’accaparer les ressources économiques situées sur le territoire d’un autre peuple, Lumel, en se servant de sa soit-disante violence issue de sa religion comme casus belli, tout en comptant sur la passivité des autres nations pour avancer ses pions tranquillement… Je suis sûr qu’Akutami avait d’autres inspirations en tête, mais d’un autre côté, c’est très difficile de ne pas y voir une analogie au génocide de Gaza. Surtout quand on sait que si Maru et Cross n’avaient pas été là pour fuir Simuria, les lumeliens auraient été acculés sur une minuscule bande de terre, sans ressources, ni nourriture, ne leur laissant comme seuls choix que de mourir de faim ou en combattant, comme le suggère Osuki. Je vais pas me permettre d’affirmer ce à quoi pensait Akutami avant et pendant qu’il écrivait Modulo, mais ce choix de scénario, de point de vue et même de date de parution, tout ça participe à rendre l’histoire de Cross et de Lumel encore plus touchante et tragique. Par contre, un point qui va devenir de plus en plus problématique : « Harmonie et Chaos », le sort de Maru et de Cross, est trop puissant et flou pour ne pas ressembler à un outil scénaristique simpliste. On y reviendra. De retour au présent, avec une partie que j’aime beaucoup dans ce genre de récit : le moment où tout va bien. Évidemment, il précède une pente fatale, mais pour quelques chapitres, on est chill. C’est l’occasion de voir quelques similitudes entre le Japon et Lumel, avec leur conseil, les gens pour le conflit, ceux contre, etc. Il y a des parallèles évidents entre Usami et Jabaloma, deux figures d’adultes positives, qui croient en la jeunesse, puis entre Osuki et Yakumaru, deux hommes belliqueux et beaucoup trop méfiants. Osuki sert de représentant de la majorité des guerriers lumeliens, fier, mais aussi enragé par la situation critique de son peuple. À l’inverse, même si ce n’est pas dit explicitement, fort à parier que Yakumaru est le japonais typique que décrit Cross au chapitre 7 lorsqu’il engueule Tsurugi : une personne ayant évolué dans une société en paix, protégée par quelqu’un d’autre et qui ne veut sûrement pas partager ses privilèges avec des réfugiés. J’avoue, j’extrapole un peu pour Yakumaru, mais son rôle est tellement limité à celui du connard de service que je ne trouve pas ça déplacé ou incohérent de voir en lui toutes les tares de la société japonaise que critique Akutami. C’est d’ailleurs assez bienvenu d’en faire un exorciste jeune et dynamique, ça évite de mettre toute la faute sur la vieille génération, tout en montrant que l’attitude agressive de Yakumaru et d’Osuki est avant tout une question d’éducation et d’environnement. D’ailleurs, c’est vraiment pas si important que ça, mais la première note de méfiance de Yakumaru vient au chapitre 10, lorsqu’il voit une rediffusion de Maru affronter et blesser Tsurugi après son combat contre Takeda. Bien sûr, c’était sûrement un prétexte pour ficher les simuriens, mais c’est pareil pour Cross qui n’est pas intervenu plus tôt pour laisser Maru se battre contre Tsurugi, et ainsi trouver un prétexte pour engager le combat. Bref, que ce soit Yakumaru, la pire ordure de Modulo (ou presque) ou bien Cross, personne n’est parfait et tout le monde est responsable de ses actes. C’est aussi dans ce chapitre qu’on évoque Yuji comme une force de dissuasion. Évidemment, ça va à l’encontre de tout ce que voulait Gojo Satoru, éluder la personne pour ne retenir que sa toute-puissance. Ce que je trouve cool, c’est que Dabra est pareil. On le comparait à Sukuna dès le chapitre 2, pour à la fois monter les enjeux et créer un antagoniste artificiellement, mais en fait, Akutami twist ce ressort scénaristique pour montrer qu’il est, mine de rien, plutôt pacifiste. Ce n’est pas un bisounours pour autant, mais ça le rend tout de suite très différent de Sukuna. C’est simple, mais ça prouve bien la maturité et l’intelligence d’Akutami, de nous faire croire qu’on s’aventure dans une histoire avec des personnages toujours plus forts et méchants que les précédents, pour finalement partir dans une toute autre direction. Là aussi, on y reviendra plus tard, mais avec Dabra, Akutami a réussi à faire un personnage « opposé » aux protagonistes, sans en faire un méchant, ni même un antagoniste. Je sais, il s’oppose à eux, il devrait donc rentrer dans cette définition, mais dans l’exécution et avec le message global de ce manga, Dabra ne peut décemment pas, selon moi, être qualifié d’antagoniste. Dans une histoire qui prône l’harmonie entre les peuples, un antagoniste bas du front aurait de toute façon été malvenu. Proposer ça, c’est déjà très fort, mais s’y tenir, c’est encore mieux. En reprenant les manga avec lesquels je comparais Modulo, on a Dragon Ball Super, qui s’éclate dans le power creeping, avec des aliens toujours plus puissants et méchants que le précédent. Idem pour Boruto, dans les cinquante premiers chapitres, je ne me souviens pas d’une quelconque différence entre Isshiki et Kaguya dans l’original (qui était déjà le pire méchant). À la limite, Saint Seiya Next Dimension propose Ulysse comme méchant subversif, mais je trouve que Kurumada ne s’y tient pas avec l’esprit d’Asclépios qui finit par prendre possession de son hôte. En vrai, c’est un peu malhonnête de ma part, car aucun de ses trois manga n’abordent les mêmes thèmes que Modulo, mais je veux surtout mettre en avant qu’Akutami a choisi de ne pas se reposer sur ses lauriers, en changeant drastiquement la direction de son œuvre, là où Ikemoto et Toyotaro sont restés sur une base qui marchait. Et que, contrairement à Kurumada, il sait écrire un antagoniste jusqu’au bout. Là aussi, ça donne une impression de « mon mangaka est meilleur que ton mangaka », mais je veux surtout démontrer qu’Akutami est un auteur qui progresse et qui, j’en suis sûr, sera très intéressant à suivre, comme Togashi ou Ishida avant lui. Pour en revenir à l’intrigue, j’aime particulièrement le chapitre 13. Déjà, parce qu’Usami est trop cool, actif, mais en même temps assez humble et assez lucide pour ne pas forcer son égo. Et surtout, même si c’est peut-être le chapitre le plus froid et l’un des plus verbeux, avec ces exigences interposées entre japonais et lumeliens, ça fonctionne à merveille. Exit la diplomatie chaleureuse d’Usami et de Jabaloma ou les interactions amicales entre Maru et la fratrie Okkotsu, bonjour les panneaux de textes austères et implacables. C’est simple, narrativement direct, sans être incohérent et sans donner l’impression qu’Akutami rush son histoire, c’est très bien mené. D’ailleurs, j’aime à quel point les revendications des deux nations sont crédibles et justifiées, mais en même temps mortifères et très ironiques. Les lumeliens qui veulent se terrer à Tokyo, un lieu infestés de fléaux (des semi-dieux pour eux), sans entretenir de relation avec l’extérieur, c’est exactement la situation qu’ils avaient avant le duel entre Dura et Dabra. Sans parler de la dérive ségrégationniste, que même les exorcistes évoquent. À l’inverse, le Japon est isolé sur la scène politique, seul face à Dabra, exactement comme Lumel et Dura, seuls face à Deskunte et Dabra. C’est quand même balèze d’écrire tant de ressemblances et d’analogie avec deux nations qui semblaient si antithétiques et inassimilables au début du récit. Cette prouesse est maintenue avec le chapitre suivant, avec le début de la confrontation entre Maru et Tsurugi. Deux jeunes hommes, deux amis, mais poussés par des rôles qu’ils se sont eux-mêmes imposés (avec la société derrière, bien sûr), sont obligés de se battre. Là-aussi, Akutami parvient à leur donner des très bonnes raisons de se battre, alors qu’ils sont potes. Dans le manga original, il savait écrire des personnages ambigus et gris, mais on savait toujours qui l’on devait supporter. Ils ont beau être très similaires, mais à aucun moment l’auteur veut que l’on prenne le parti de Kashimo lorsqu’ils affrontent Hakari. Même quand ce sont deux méchants, comme Yorozu et Sukuna, on est forcément du côté de ce dernier, simple question de temps qui lui ait consacré dans le récit. Là, avec Maru et Tsurugi… C’est compliqué. Les deux ont de bonnes raisons de se battre, mais sont clairement en torts. Maru est plus proche d’un personnage principal, compte tenu de son caractère typique des héros de shōnen, sans parler du fait qu’il est « éditorialement » plus central. Cela dit, Tsurugi, en plus d’être un humain, est le petit-fils d’un des deux héros du manga original et on a toujours plus eu son point de vue au cours du récit (même quand il est au centre d’un combat, Maru est inconscient, cf. Takeda). À la limite, je suis un peu sceptique concernant l’implication émotionnelle des compatriotes de Maru. Les femmes, les enfants, les non-combattants, restent assez vagues pour nous, même si grâce au flashback de Cross (et les comparaisons avec le monde réel), on parvient à intellectualiser la souffrance des lumeliens. Mais je pense qu’ils auraient peut-être mérité une scène à eux, même si la page du Naunax perdu dans l’espace est très puissante. On entre doucement dans le troisième tiers du manga avec l’une des dernières scènes de Yuka. En fait, je suis un peu sceptique concernant la relation Yuka-Tsurugi. Bien sûr, entre frère et sœur, c’est normal d’être une vraie plaie pour l’autre, tout en s’aimant inconditionnellement, mais la vérité, c’est qu’il y a assez peu de scènes entre les deux. Le chapitre 11 met bien en avant les non-dits et à quel point ils tiennent l’un à l’autre. Yuka qui refuse de parler de sa maladie à Tsurugi et lui qui ne peut s’empêcher d’intervenir, même s’il sait qu’elle est parfaitement en mesure de se défendre (d’ailleurs, il touche sa cicatrice frontale sur ce passage spécifiquement). Cela dit, même si je suis un peu perplexe concernant la préparation, y a pas à dire, tout ce que proposent Akutami et Iwasaki pour Yuka dans ce chapitre 15 est très chouette. La préparation un poil mélodramatique avec l’avancée de sa maladie, la pitié de Mino, le bilan concernant sa relation avec son frère, son désir de le retrouver par-delà la mort, la chute libre, puis enfin l’apparition de Makora, c’est pas loin d’être parfait en termes de narration et de gestion de la tension. Mais, je trouve que Ui-Ui, dans son meilleur cosplay de méchante reine de Blanche-Neige, est peut-être de trop. Je comprends son intérêt dans la résolution de Modulo… Mais bon, la pirouette est trop facile pour ce genre d’histoire, même dans l’optique d’un happy ending. Et puis, son mood de Palpatox… Je sais pas, ça sonne bizarre, vu qu’Akutami n’en fait presque rien. Certes, ça rappelle Mei-Mei, machiavélique et égocentrique, mais toujours du « bon côté », mais il y avait un build-up avec elle, contrairement à Ui-Ui. Ah et puis, c’est moins dommageable dans un manga court comme celui-ci, mais Akutami sacrifie encore une fois son personnage féminin le plus important pour du mélodrame et un combat qu’elle ne gère même pas… Ouais, c’est un peu chiant, mais je trouve que c’est thématiquement justifié. Déjà, Yuka est spoliée par sa famille. Non seulement on lui interdit de garder l’alliance que son grand-père lui même lui a léguée, mais en plus, on lui interdit de se servir de son sort. Tout ça, en plus de rendre son parcours débilement plus dur, sabote sa relation avec Tsurugi (et éventuellement son père, mais ça on sait pas trop). Et puis, on va à nouveau entrer dans le domaine de l’implicite et de l’interprétation, mais je pense que c’est très probablement cette restriction qui a provoquée sa maladie. On le sait, le sort inné est gravé dans le cerveau et, même si l’on a pas de précisions sur le rapport sort-maladie, la coïncidence me paraît très suspecte. Sans parler du fait que, thématiquement, ça colle parfaitement. La pauvre est tellement pourrie par les règles archaïques de sa famille qu’elle en devient malade. Et donc, Dabra Vs Makora. Déjà, sa fait plaisir de retrouver un combat très DBZesque. Entre ce duel et celui de Maru-Tsurugi, Iwasaki et Akutami envoie du lourd. J’aime tout particulièrement les deux doubles-pages lorsque Dabra passe en vitesse-lumière. Plus thématiquement, ce combat sert surtout à ancrer et développer Dabra qui semblait pourtant bien parti pour être l’antagoniste de cette histoire. Dans ce duel, c’est bien lui le protagoniste, car on suit son point de vue, il évolue (à très grande vitesse) et il a des raisons émotionnelles de combattre, des raisons que l’on partage grâce au flashback de Cross (et la sympathie que dégagent les lumeliens). C’est d’ailleurs triplement astucieux d’utiliser Makora. Premièrement, il permet de révéler de façon très classe le véritable pouvoir de Yuka, ainsi que la raison qui a poussé les exorcistes à lui faire confiance; deuxièmement, il n’a aucune personnalité, du coup il permet à Dabra de briller sans retenue; et troisièmement, c’est un peu l’archétype parfait pour Dabra, qui est obligé de se surpasser. D’ailleurs, je ne trouve pas ça bullshit que Dabra progresse aussi vite. C’est comme un Pokémon starter qui n’aurait jamais évolué, mais qui est level 99. Ça montre surtout à quel point il était seul au sommet de la montagne, tellement qu’il n’a jamais eu besoin de trouver autre chose que son sort inné basique. Cela dit, j’avoue que son sort inversé ne sert, visiblement, vraiment à rien. Je pensais que c’est ce qui lui permettrait de retourner sur Simuria, mais visiblement c’est vraiment juste Maru qui peut faire ça. Je pense que si Akutami s’était plutôt concentré sur l’élaboration de son territoire, la montée en puissance aurait été conservé et aurait permis de mieux faire passer la pilule (et éventuellement voir les effets de son territoire, même si ce n’est pas bien utile). Idem pour le duel Maru-Tsurugi. J’adore la manipulation de la gravité, surtout cette pleine page de l’immeuble à l’envers, comme si le vide était le ciel. C’est beau et terrifiant à la fois. Cela dit, contrairement à Dabra qui évolue en suivant la voie du guerrier, Maru et Tsurugi y trouvent des limites. Ils se forcent tous les deux à être des guerriers, pour leur peuple, mais surtout pour leur frère et leur sœur respectifs. Maru s’est toujours vu en guerrier, pour ne pas être comme son père et préserver l’innocence de Cross. Tsurugi est devenu un guerrier dès l’instant où il a protégé Yuka et son ami d’un faible fléau. Pour cela, les deux sont prêts à tout. Maru devient ultra-belliqueux avec son sort inné, n’hésitant pas à ravager Tokyo, tandis que Tsurugi bafoue tous ses principes pour faire appel à Rika. Finalement, il préfère abandonné, en se remémorant les souvenirs de sa grand-mère, le fameux « Et si ». Je trouve ça beau et ça symbolise à merveille le thème central de Jujutsu Kaisen Modulo : dans une quête de paix, le combat est toujours vain. Le contexte autour de la mort de Mai et du massacre du clan Zenin était différent, mais Maki a toujours été hantée par ses choix. Tsurugi évite de reproduire cette « erreur » car, malgré son immaturité, il sait que ce n’est pas la bonne solution. Petit point « interprétation ». C’est beaucoup moins sûr que la théorie sur la maladie de Yuka, mais quand je relis le passage où Maru et Tsurugi débattent de leur rôle de guerrier ou de grand frère et que je l’associe à leur confrontation, que l’on pourrait qualifier d’immature, j’ai presque envie d’y voir une critique de la masculinité toxique. J’étais toujours un peu mal à l’aise dans ce chapitre 11. Certes, ils ne se prennent pas non plus trop au sérieux, mais ne remettent pas en question leur rôle de protecteur. Du coup, je savais pas où voulait se placer Akutami, ni même s’il voulait aller quelque part. En fait, il le montre sans le dire, mais c’est cette mentalité qui les pousse à se battre. Tsurugi se bat pour sa sœur (alors que c’est factuellement inutile), Maru se force à être le guerrier de son peuple et finit presque par tuer Tsurugi. Au final, c’est bien ce dernier qui se rend compte qu’il n’a pas a être un guerrier, il n’a pas à imposer son choix à sa petite sœur (comme Maki avec Mai). C’est qui est intéressant, c’est que les personnes qui en souffrent le plus, ce sont Maru et Tsurugi, comme quoi, ce genre de mentalité n’est bonne pour personne. Et, selon moi, la conclusion de ce duel, en plus d’être en accord avec l’évolution de Tsurugi (sauver une vie n’est pas en prendre une, cf. Takeda), fais parfaitement le lien avec Jujutsu Kaisen. Dans l’original, il fallait surpasser la toute-puissance individuelle, instable et nocive de Gojo Satoru. La réponse était l’évolution, l’optimisation des spécialités de ses élèves (l’optimisation des sorts de Yuta, le serment inné de Maki, la chance d’Hakari, la polyvalence de Yuji, etc.). En gros, devenir forts, ensemble. C’est une mentalité qui fonctionnait avec des antagonistes forts comme Sukuna et Kenjaku, mais ce n’est plus le cas dans Modulo. Quand l’ennemi n’en est pas vraiment un et que la force n’est plus une solution, qu’est-ce qu’on peut faire ? Tsurugi, inspiré par sa grand-mère, décide d’épargner son adversaire. Maru lui emboîtera le pas en entamant une discussion avec Yuji. J’aime beaucoup l’idée de le ramener, lui qui a visiblement rétropédaler, devenant un nouveau Gojo Satoru. Non, même pas, il est juste devenu le plus fort. « On s’en fiche de Yuji Itadori », ça veut qu’on se moque de la personne, c’est sa force qui importe. C’est comme ça que le traite tous les exorcistes, comme une force de dissuasion. Maru, plein d’espoir, mais tout de même terrifié par le doute (est-ce juste de modifier l’âme ?), se confie à Yuji, le représentant de l’Humanité, mais aussi de la génération précédente. C’est un peu en filigrane, mais Yuji et ses amis n’ont pas réussis modifier le système mortifère de l’exorcisme. Il produit encore des dégénérés comme Takeda, les clans sont toujours horribles (Yuka, sa restriction, l’anneau de Yuta, Okkotsu Iori, etc.), les secrets sur l’exorcisme cause des problèmes avec les autres pays (diplomatie foireuse, traffic d’enfants) et les lumeliens (existence des fléaux). Du coup, Yuji est une sorte de pansement, capable de contenir à lui seul des problème comme Dabra, la prolifération de fléaux à Tokyo, etc. C’est exactement ce que voulait éviter son maître. C’est particulier. C’est très simple d’intellectualiser la triste vie de Yuji, mais en même temps, le ressentir est plus complexe. Je trouve qu’Akutami retombe un peu dans ses travers, même si ce n’est pas si grave. Peut-être que Yuji aurait mérité une scène un peu plus marquante émotionnellement, justement avec les funérailles d’Hana ou de Megumi (?). Cela dit, c’est très cool de le voir interagir avec Mahito, même s’il l’exécute en sixième vitesse. Je suis un peu plus sceptique concernant l’intégration de Mahito dans le récit, ainsi que la rencontre skippée entre Yuji et Maru. Les deux sont quand mêmes au trente-sixième en-dessous, Maru pense avoir perdu son frère et ses deux meilleurs amis, Yuji est en dép’ comme jamais, mais dès qu’ils se retrouvent au carrefour des âmes, ça va mieux. Il manque une scène de rencontre, vraiment. Mais j’aime beaucoup les trois chapitres de discussion. C’est captivant, car ça parle de concepts et d’enjeux qu’on connaît parfaitement, donc est pas non plus trop perdu (pas comme lors de l’exposition purgesque de Tengen avant le début de la Traque Meurtrière). Et puis, pour moi, terminer Modulo sur une discussion, un projet sans violence, un débat posé, c’est la meilleur des conclusions. C’est en parfait accord avec toute la morale qu’essaye de transmettre ce manga. Même l’interruption du combat Dabra Vs Makora est une bonne idée. Certes, c’est frustrant, mais de une : l’issue était prévisible, Makora n’aurait rien pu faire face au sort inversé intégré au territoire; de deux : l’évolution de Dabra était terminée, donc le combat l’était thématiquement (et c’est encore avec le message pacifique de Modulo, encore une fois). Bon, cela dit, je suis perplexe concernant le retour de Dabra et Spejo à Simuria. Même après trois relecture, je sais pas comment c’est possible. Peut-être que Maru utilise un bout de Naunax pour les ramener sur leur planète, mais temporellement, c’est chelou, mais c’est surtout jamais expliqué. Je veux bien qu’Harmonie et Chaos soit flou et très puissant, mais là, je vois pas la justification scénaristique, ni thématique. Je veux bien qu’Harmonie puisse trouver les bonnes personnes, mais d’où il peut téléporter des gens ? Et ouais, la toute fin est chouette aussi. Posée, calme, sans climax. Un peu comme une journée d’été tout à fait banale. C’est reposant et réjouissant après tant de péripéties. Donc, qu’est-ce qu’on peut retenir de Jujutsu Kaisen Modulo ? Déjà, que c’est un bon manga. Le récit est dirigé par une constellation de thématiques fortes et cohérentes, traitant son sujet jusqu’au bout. Ensuite, que c’est une bonne suite. Modulo reprend des thématiques de Jujutsu Kaisen, les fait évoluer en les plaçant dans un nouveau contexte, pour ensuite développer une synthèse. De plus, il reprend des sous-intrigues laissées en suspens (Yuki et son journal) et leur offre une conclusion, sans faire tache avec l’intrigue principale. Enfin, qu’Akutami est un auteur talentueux. Jujutsu Kaisen, en rétrospective, me fait beaucoup penser à Yū Yū Hakusho. Un manga très imparfait, qui tente de se conformer dans le moule du shōnen nekketsu classique, mais qui ne peut contenir sa part de bizarrerie qui fait son charme. Un peu comme Togashi, il propose une histoire relativement courte, en trois tomes, qui montre tout son talent et sa maturation en tant qu’auteur. Modulo est meilleur que l’original, mais c’est normal, les conditions pour ce dernier étaient largement plus complexes. Sur Jujutsu Kaisen, Akutami était moins expérimenté, il devait tenir une série longue hebdomadairement, ce qui ruinait sa santé et ne lui permettait pas de peaufiner son histoire. Sur Modulo, non seulement il est plus mature, mais il est aussi accompagné d’un illustrateur, sa série est courte et son histoire écrite en avance. Y a pas de miracle. Plus tu prépares ton œuvre, meilleure elle sera. Tout ça pour dire qu’Akutami est un auteur qui a su évoluer et devenir meilleur. Et ça fait tellement plaisir. D’autant plus que, même si je l’ai comparé de Togashi et d’Ishida, il reste différent dans sa volonté à rester proche de sa série. Togashi n’est jamais revenu sur Yū Yū Hakusho. Ishida a écrit une suite à Tokyo Ghoul, mais en vrai, c’est moins une suite qu’une seconde partie essentielle à la première. C’est comme un manga divisé en deux. Puis il est parti sur un tout autre manga, Choujin X. Akutami voulait vraiment apporter quelque chose de plus à son œuvre, quelque chose qui n’était pas nécessaire. J’irai pas jusqu’à dire qu’il voulait la corriger, mais je pense qu’il voulait au moins traiter de son sujet à fond. En conclusion, Jujutsu Kaisen Modulo c’était très cool et surtout très encourageant pour la suite de la carrière de Gege Akutami et de Yuji Iwasaki. 4 1 Citer Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
goon Posté(e) 19 avril Share Posté(e) 19 avril Couverture du tome 3 (Mai 2026) : 1 Citer Lien vers le commentaire Partager sur d’autres sites More sharing options...
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