Avant-propos
One Piece, depuis le début, nous pose bon nombre de questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponse. Parmi toutes ces questions, on trouve celles des fruits du démon, du vide de 100 ans dans l’Histoire, des passés de plusieurs personnes, le Haki, etc.
Eiichirô Oda avait annoncé dans les SBS (« Les questions que tout le monde se pose » en français) qu’il y avait plus de 100 fruits, mais qu’il ne pouvait donner le chiffre exact à cause de son histoire !
L’origine des fruits du démon, par exemple, semble liée aux démons dont plusieurs protagonistes parlent : Alvida, Kreig, Lucci ou encore Jyabura.
Les fruits du démon sont actuellement au nombre de cinquante-neuf (au chapitre 518). De trois types (Paramecia, Zoan, Logia), sont actuellement apparus : dix Logias (dont trois venant tout droit d’un jeu vidéo, le Basa Basa no Mi, et de deux films), douze Zoans, et trente-sept Paramecias (dont huit apparaissant lors des épisodes hors-série et deux qui n’apparaîtront jamais dans le manga car il s’agit d’un délire : deux fans ont demandé à avoir tel fruit qui n’existait pas encore, et Oda a accepté qu’ils existent et qu’ils leur soient attribués. Mais il n’a plus jamais recommencé, sans doute trop de demande !).
Pourquoi laisser des fruits du démon aux animés, en faire apparaître un bref instant, ou encore en laisser deux qui n’apparaîtront jamais ? Vu le nombre de fruits, ça ferait sans doute trop à gérer, bien que son œuvre soit longue (encore faut-il éviter l’overdose). Et ça laisse à l’animé et aux jeux vidéo un peu de marge pour leurs propres scénarios de hors-série…

En effet, un certain nombre de fans, moi le premier, pensent que le nombre exact de fruits du démon est de cent-huit. Oda réutilise aussi ce chiffre pour le nom d’une technique de Zoro, technique utilisée à Upper Yard, sur Skypiea. Pourquoi ce chiffre me direz-vous ? Parce qu’en Asie, il s’agit d’un chiffre sacré. On en retrouve au Japon, en Chine, en Corée, au Vietnam, au Cambodge, en Inde, etc. Mais plus que tout, c’est la théorie des 108 étoiles du destin qui nous intéresse ici. A noter que l'auteur, Oda, est fan de Dragon Ball et de son auteur Toriyama. Dragon Ball est une adaptation très libre de Journey to the West (nom US), un des quatre grands récits majeurs en Chine, avec Shui Hu Zhuan. Il pourrait avoir voulu imiter son idole.
La légende de Shui Hu Zhuan
Tout d’abord, bref rappel de ce qu’est cette légende. Shui Hu Zhuan, en français « Au bord de l’eau » (Suikoden en Japonais, Water Margin en Angleterre), est un roman célèbre dans le monde entier, et plus particulièrement en Chine. Plusieurs adaptations en ont été faites à partir de cette légende. Nul ne sait d’où elle vient ni quand elle a été écrite, mais une chose est sûre, elle relate des faits réels, enjolivés pour mieux passer en lecture. Shui Hu Zhuan narre l'histoire d'individus (des brigands, des notables, des musclés mais aussi des intellectuels, des anarchistes ou encore des philosophes...) qui ne tolèrent ni l'injustice, ni l'arbitraire, ni l'abus de pouvoir… On attribue la légende à Shi Nai’an (XIVe siècle) et Jin Sheng-tan (XVIIe siècle), auteur de la meilleure composition littéraire du sujet, signa du nom de son prédécesseur le livre qu’il écrivit.

On estime que la dynastie des Song du Nord (XIIème siècle) qui vécut son apogée puis déclina lentement, victime de la corruption et de la décadence, a inspiré cette légende. On garda la trace de ces hors-la-loi qui défièrent l'autorité impériale et périrent sous les coups du bourreau. Sous l’ère Edo, durant les « troubles du Bakufu » (1864-1868), de nombreuses estampes, art décrié pour transmettre de mauvaises pensées et influencer de manière négative les habitants, selon le Shogunat, présentent les personnages de cette légende. Si celles-ci ne sont pas du meilleur effet, notamment à cause de scènes de corruptions et d’anthropophagie, enlevées des versions courantes chinoises du livre de Jin Sheng-tan, elles sont tout de même prises pour référence du fait du soulèvement des bandits pour une cause juste, dans uns situation identique à celle des rebelles de l’époque, partisans de l’Empereur.
Reste maintenant à examiner les différents points de l’œuvre et à les comparer à One Piece.
La destinée en chemin
Le premier élément frappant provient du synopsis de l’œuvre :
« l'histoire d'individus qui ne tolèrent ni l'injustice, ni l'arbitraire, ni l'abus de pouvoir ».Dans One Piece, nous nous retrouvons avec des pirates, mais aussi des révolutionnaires (cf. Dragon), qui refusent l’autorité du Gouvernement Mondial. A plusieurs reprises, Oda nous montre des scènes d’injustice, d’arbitraire, ou encore d’abus de pouvoir. Très tôt, certains personnages adoptent ces comportements. Ainsi, Taisa Morgan (Taisa = colonel), Spandam, ou encore Taisa Nezumi affichent clairement un abus de pouvoir. L’injustice nous a été démontré dans le flash-back de Robin, dans lequel le Gouvernement Mondial fait abattre les archéologues d’Ohara et Hagwarl D. Saul. Enfin, l’arbitraire nous est indiqué par le comportement de nombreux officiers de la Marine, mais aussi dans leurs paroles, quand certains, Smoker ou Ao Kiji en tête, nous parlent de différentes justices.

La légende narre l’histoire de hors-la-loi affrontant la corruption du pouvoir en place. Or, nous le voyons bien dans cette œuvre : les pirates sont des hors-la-loi qui affrontent la Marine et s’opposent au Gouvernement Mondial. Les scènes de corruption sont légions, la plus claire étant celle entre Arlong et Taisa Nezumi.
Mais s’arrêter aux similitudes sur les raisons du comportement des protagonistes des deux histoires nous ferait louper des similitudes encore plus troublantes. Nous observerons tout à tour les différents « mondes » de Shui Hu Zhuan, les chapitres et les héros de l’histoire.
Les « mondes » de Shui Hu Zhuan 1) Le monde des mers et des rivièresLes héros du roman se déplacent en général seuls ou en petits groupes. Nous pouvons le remarquer à travers l’équipage de Luffy, de Baroque Works ou du CP9, mais encore Doflamingo, Mihawk ou Eneru.
Au cours de leurs aventures, ces héros sont amenés à longer des fleuves, des rivières ou même à emprunter des bateaux pour traverser ou progresser. Dans One Piece, le monde, tel que les cartes nous l’indiquent, est principalement constitué d’eau, de mers, d’océans et de fleuves. Afin de progresser sur ces voies, les pirates, la Marine, mais aussi des habitants d’îles ont recours à divers bateaux. Par ailleurs, le monde des « rivières et des lacs » désigne pour les Chinois l’univers des bandits et rebelles réfugiés dans la clandestinité (qui a dit Luffy ou Dragon ?). Nouveaux points communs entre les deux histoires.

Mais cela ne s’arrête pas là ! Il existe huit héros qui constituent les capitaines de la Marine de la bande des Marais du Mont Liang. Bien que leur chiffre diffère, il existe dans One Piece sept Shichibukai, ou capitaines corsaires, qui sont à la fois pirates (hors-la-loi, bandits) et à la fois tributaires de la Marine. Par ailleurs, un de ceux-ci a été déchu et sera prochainement remplacé. Nous aurions là notre huitième capitaine. De plus, une théorie sur le retour possible d’anciens personnages, dont Crocodile, sur le devant de la scène, au cours de la bataille Marine – Shichibukai – Barbe Blanche à venir, est apparue çà et là. Petite blague en sus : Luffy, énervé, dira à Crocodile qu’il est le 8e Corsaire : le Hachibukai !
Encore plus troublant sont les personnages de Shui Hu Zhuan. On retrouve les personnages de Tong Meng et Tong Wei, deux frères assez puissants. Tong Wei est surnommé Crocodile hors de l’eau (cela ne vous rappelle-t-il rien ?) et représente l’Attaque. Son frère Tong Meng est le Serpent de Mer (Léviathan ?). Ces deux personnages exercent un trafic dans la région et se cachent pour l’exercer. Or, nous retrouvons ces mêmes personnages dans One Piece ! Tout d’abord, Crocodile, qui s’affaiblit au contact de l’eau et de tout autre liquide, a une tendance particulière pour l’attaque. Il souhaite récupérer Pluton pour dominer le monde, il va à la rencontre de pirates qui envahissent Arabasta, ou encore provoque une rébellion sur le territoire. Ses activités louches sont masquées sous le couvert des Baroque Works. Le personnage de Tong Wei lui sied à ravir. Quant à Tong Meng, le Serpent de Mer rappelle étrangement Jinbei, chef suprême des hommes-poissons, ou Gecko Moria, qui s’apparente à un lézard (nom et apparence avec ses mille ombres) mais aussi se trouve dans un point d’eau célèbre pour ses morts, le Triangle de Florian. Ce dernier cas est plus probable au vu des développements suivants.

Vient ensuite Zhang Heng, le Nautonier. Brigand, frère aîné de Zhang Shun, nécessiteux, il joue le rôle de passeur et rançonne les voyageurs à l’aide de son frère. Il représente l’Equité. Nous ne pouvons dire pour le moment quel capitaine corsaire il représente. Au vu des termes antagonistes “équité” et “rançonne”, j’aurais tendance à imaginer Kuma : le bon Shichibukai avec sa Bible qui, malgré tout, est surnommé le Tyran. De plus, ses récentes actions en font un personnage bien louche et pas forcément des plus gentils.
Li Jun est surnommé le Dragon Brasse Fleuve. Pêcheur sur la rivière du Yang Tse Kiang, il possède le don exceptionnel de pouvoir nager (huh ?! Est-ce si extraordinaire ?). Dans One Piece, pouvoir nager avec un fruit du démon est un don exceptionnel en effet. Une personne a été présentée comme ceci : Brook ! Toutefois, il n’est pas Shichibukai et ne l’a jamais été. Nous avons vu des Shichibukai avec un fruit. Dans ce cas, ce serait peut-être Jinbei (il ne doit sans doute pas avoir de fruit, sinon il serait mal dans son île aquatique !).

Zhang Shun, surnommé « Anguille Blanche », est un contrebandier qui peut lui aussi nager. Il aide son frère à détrousser les voyageurs en leur faisant croire qu’il est jeté à l’eau par son frère. Dans One Piece, pouvoir nager est quelque chose de pratique et de rare. Mais rien ne nous permet de savoir qui pourrait être ce capitaine. Jinbei est, ici aussi, une possibilité. Si on excepte la faculté de nager, car elle est reconnue particulièrement exceptionnelle pour le précédent nageur, alors on aurait ici Boa Hancock, du fait qu’elle aime bien se retrancher derrière les siens, qu’elle porte des bijoux et un nom de serpent (~anguille), qu’elle vit avec des serpents et a deux sœurs ayant manger un Zoan de la famille des serpents.

Enfin, les trois derniers sont frères et porte le nom de Ruan : Ruan le 2e, Ruan le 5e, et Ruan le 7e. On les surnomme « Trépas instantané », « Mort Prématurée » et « Yama Vivant » (Note : Yama est le dieu des morts dans la mythologie chinoise). Ceci prouve qu’ils ont de grandes qualités guerrières. Ils sont les compagnons de la première heure de Wu Yong et du Roi céleste, Chao Gai. Je vous invite à vous reporter à la dernière section pour plus d’informations, mais il semblerait que Mihawk soit de ceux-là, Chao Gai pouvant être Gol D. Roger (de plus, Chao Gai est considéré comme celui ayant créé les 108 Etoiles, donc l’histoire qui est à ce moment racontée. Il meurt par une flèche empoisonnée, Roger par maladie et par une lance aussi). Barbe Noire pourrait aussi en être s’il est nommé Shichibukai, mais sa relation risque d’être plus complexe, notamment parce que son personnage apparaît plus loin (cf. voir les ennemis).
Remarquons que les vertus de ces trois personnages précités sont la Tuerie, le Crime et le Désastre. Leur parfaite connaissance des marais en font les responsables naturels des forces des brigands dans l'univers des rivières où les meilleurs soldats ne peuvent rivaliser avec de simples pêcheurs. Ceci tendrait à ressembler au Nouveau Monde, deuxième partie de Grand Line, mais aussi océan le plus dangereux au monde. Mihawk et quelques Shichibukai y sont postés (dans ce cas, on aurait aussi Doflamingo et Barbe Noire ou Crocodile qui jouerait deux rôles en cas de retour).
2) La Justice de Shui Hu ZhuanDans ce roman, à l’instar de One Piece, la notion de Justice est fréquemment évoquée. Elle semble très expéditive dans le roman chinois, en particulier pour les pauvres gens qui n’ont pas les moyens de corrompre juges et gardiens de prison. Mais elle semble plus lente et plus clémente pour les notables corrompus et malhonnêtes. Vu la grandeur de la Chine, les crimes les plus graves se soldent le plus souvent par des peines d’exil.
One Piece reprend ce constat : Saul, Ao Kiji, Smoker et bien d’autres font état de plusieurs justices. Nous avons pu voir qu’elle était expéditive pour certains (Gol D. Roger, Saul, Robin et Franky, Tom), et lente pour d’autres (Crocodile et sa bande, Taisa Morgan). Le juge Baskerville et les jurés, anciens pirates, sont notamment corrompus puisqu’ils n’exercent pas une justice impartiale.
3) Les aubergesA force de voyager sur les mers, la soif et l’appétit gagnent les plus valeureux combattants. Dans Shui Hu Zhuan, les héros s’arrêtent souvent aux auberges et dépôts de vin pour se reposer et se nourrir. Ces lieux servent aux rencontres, aux renseignements, aux bagarres et embuscades. Ce sont des endroits importants, et One Piece ne déroge pas à la règle. Nous avons d’ailleurs un passage assez fameux à Jaya, lors des rencontres avec Barbe Noire puis Bellamy. Dans l’œuvre chinoise, on retrouve même des capitaines-aubergistes ! Ceci rappelle étrangement Zeff aux Pieds Rouges, chef cuisinier et capitaine du bateau-restaurant « Le Baratie »…
4) Les prisons de l’EmpireOne Piece et Shui Hu Zhuan évoquent souvent les thèmes de la prison. En effet, les deux œuvres traitent de hors-la-loi affrontant les forces de la Marine / de l’Empire. Mais elles abordent aussi le douloureux thème des innocents emprisonnés. Tel fut le cas pour Tom d’un côté, Xie Bao de l’autre. Mais des deux côtés, certaines personnes ont un sens de la justice plus poussé : Saul, libérant Olvia Robin, ou Ao Kiji, laissant s’enfuir Nico Robin, et Shi En et Yue He laissant partir Wu Song. Ces prisons dans One Piece sont Enyes Lobby ou encore la prison d’Ace, sans doute à Marijoa.
5) Les femmes« Où sont les feeemmes, avec leurs gestes plein de chaaaarmee ! ». Les femmes, tant parmi les héros du roman chinois que les possesseurs de fruits du démon dans One Piece, ne sont pas nombreuses. D’un côté, il n’y avait que trois : Hu la 3e (« Vipère d’une Toise »), Sœur Gu et Sun la Cadette. Courageuses et féroces, elles défendent leur village. Hu la 3e sera l’ennemie de Song Jiang, le héros, et causera de nombreux dégâts avant de rejoindre le groupe et obtenir un mari. Gu, la « Tigresse », est une femme rusée et influente. Elle prends souvent des risques. Quant à Sun, ou « Ogresse », elle possède à la fois le charme et la férocité. Les autres femmes du roman ne sont pas très valorisantes pour la gent féminine : hormis un suicide par amour, on ne trouve que des infidèles, des courtisanes, des intrigantes retorses ou harpies venimeuses.
Dans One Piece, temps contemporains obligent, la femme dispose d’une place de choix. On en trouve des combattantes, des mystérieuses, des charmeuses, etc. Mieux encore, on pourrait attribuer au moins deux des trois personnes ici présentes à des femmes déjà rencontrées : Alvida, ogresse et féroce au début, devenant une véritable beauté par la suite, et Hina, femme rusée, influente semble-t-il, et terriblement puissante. Mais le nombre de femmes importantes dans le manga est clairement un écart, loin de nous déplaire, au roman chinois. Ces trois femmes sont aussi, semble-t-il, reprises dans le caractère et le physique des sœurs Boa : Hancock, Marigold et Sandersonia.
6) Les SoldatsAu Bord de l’Eau raconte l’histoire d’une rébellion contre les injustices avant tout. Face à elle, la répression de l’Empire. Ainsi, de nombreux soldats apparaissent dans ce roman. Pour exécuter les gens, l’Empire et ses soldats sont là. Idem pour défendre des lieux comme la préfecture. On trouve des généraux et des milliers d’hommes sous leur commandement. Cependant, leur code de l’honneur s’approche de celui des bandits : une fois vaincu, ils laissent leur vie et leur honneur entre les mains de leur vainqueur.
Tout ceci se retrouve dans One Piece : les pirates d’un côté, la Marine de l’autre. La Marine protège les cent soixante-dix pays qui sont alliés au Gouvernement Mondial, exécute les pirates dangereux et autres bandits, et se compose de nombreux généraux, amiraux, etc., commandant de nombreux soldats. Une fois vaincus, les dirigeants acceptent leur défaite et laissent les pirates décider de leur sort. Ainsi, Taisa Morgan, par exemple, n’a pas cherché à se venger de Luffy et Zoro, conscient qu’il avait bel et bien perdu. Idem pour tous les capitaines pirates. Quant à la rébellion, elle existe bien, sous le commandement de Dragon, pour combattre les injustices du Gouvernement. A une moindre échelle, ce même scénario s’est avéré entre l’armée rebelle d’Arabasta, sous les ordres de Kohza, face aux soldats impériaux du palais d’Alubarna.